Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Vendée Globe

Le bon tour de Louis Burton

Louis Burton (Bureau Vallée) a achevé son premier tour du monde ce jeudi 2 février en 7e position de cette 8e édition du Vendée Globe. Après 87 jours 19 heures 45 minutes et 49 secondes, le marin de 31 ans aura bouclé son odyssée de 27 447 milles à la moyenne de 13 nœuds. Retour sur le périple d’un jeune marin heureux.
  • Publié le : 02/02/2017 - 16:17

Burton Arrivée 3En ce jeudi 2 février, Louis Burton et son fidèle Bureau Vallée remontaient le chenal des Sables. Un certain Sir Richard Francis Burton, explorateur britannique du XIXe, premier Européen à entrer à La Mecque, est l’un de ses ancêtres. Il eut pour épouse une dénommée Isabel Arundell. Cela ne s'invente pas... La tour d'Arundel est l'un des monuments phares des Sables-d'Olonne. Photo @ Olivier Blanchet / DDPI / Vendée Globe
En février 2013, Louis Burton, terrien frustré et à la fois penaud, assistait aux arrivées processionnaires des concurrents de la 7e édition du Vendée Globe. Son rêve de tour du monde en solitaire, alors qu’il était le benjamin de l’épreuve, s’était achevé contre la coque d’un chalutier, après seulement cinq jours de course. Depuis cette déception amère, les vagues ont inlassablement léché l’étrave de son coursier. En ce jeudi matin, quatre ans plus tard donc, la boucle est enfin bouclée à bord de son fidèle 60 pieds Bureau Vallée. Avec une belle 7e place, le Malouin et Parisien d’origine pouvait pleinement savourer ce beau résultat en embouquant le chenal menant à Port Olona. Et son sourire devant le public clairsemé mais surtout devant sa compagne, Servane Escoffier, leurs deux jeunes enfants et les amis et partenaires bruyants à souhait, en disait long sur le bonheur dans lequel il fonçait tête baissée. «Je viens de vivre une belle compétition. J’étais parti pour ça. Pas pour une aventure qui pour moi est une entreprise dont la fin est incertaine. Je suis donc heureux. Je ne sais pas si je suis un autre homme. Je ne me suis pas rendu compte de la transformation et il me faut encore du temps pour réfléchir à cela» déclarait-il le pied sur le plancher des vaches vendéennes.

Burton Arrivée 1Alors qu’il reste encore onze concurrents en course, Louis Burton vient de vivre son plus fort moment de marin.Photo @ Olivier Blanchet / DDPI / Vendée Globe
Solitude

La solitude ne l’a pas trop marqué. Il n’était pas totalement coupé du monde. Recevant de la part de son équipe et de ses amis des nouvelles du monde, de ses affaires, des potins. En revanche, sportivement, Louis Burton s’est retrouvé bien seul dans le Pacifique et surtout sur la route après le cap Horn menant vers l’écurie. Une situation qui malgré tout ne l’a pas trop angoissé : «Je n’ai pas ressenti cela comme ça. Il y avait du match dans la descente de l’Atlantique et jusqu’à la fin de l’océan Indien, jusqu’au moment où Stéphane Le Diraison (Compagnie du Lit-Boulogne Billancourt) casse son mât. Ensuite, il y avait un écart important en milles mais je me battais pour en grappiller un peu plus sur ceux de devant et ceux de derrière. Vu de l’extérieur, j’étais tout seul, mais je n’avais pas ce sentiment. Evidemment, j’y ai songé quand il y a eu des casses, pensant que si une telle mésaventure m’arrivait, il n’y avait pas grand-monde pour venir me chercher.»

Burton Arrivée 2Quelques minutes après le passage de la ligne, Louis Burton peut savourer. Avec son équipe, il va désormais s’atteler à un nouveau challenge pour préparer la prochaine édition de l’emblématique tour du monde à bord du bateau vainqueur en cette année 2017.Photo @ Olivier Blanchet / DDPI / Vendée Globe
Peurs

Son parcours de marin est atypique. La filière olympique ou le circuit Figaro, université de la course au large en solitaire n’ont pas été son berceau vélique. Le marin avoue même qu’il est encore en apprentissage. C’est dire si l’aventure se termine avec bonheur. Mais il y a eu évidemment des périodes de doutes, de peur même : «C’était pour moi la découverte des mers du Sud. Un truc de taré. Cela ventile tout le temps, jusqu’à 40 nœuds pendant des jours et des jours. C’est génial quand tu aimes ça. C’est vraiment grisant quand tu es au surf sur un bateau de près de dix tonnes en bon état. Ensuite, quand Kito (Bastide Otio) a perdu sa quille, je me suis dit qu’il fallait peut-être freiner un peu. Surtout que dans ces coins, certains par le passé avaient eu de grosses difficultés. C’est assez effrayant quand tu y penses. Tu penses aussi à ce moment-là aux icebergs. Après un Pacifique passé comme une navigation en baie de Quiberon, je me suis fait massacrer au cap Horn. La plus grosse épreuve de ma vie. En fait, j’ai serré le caillou de trop près. Une vraie connerie car le vent ne m’aidait pas à m’en dégager

Passage au HornLouis Burton, tout sourire après s'être fait malmené lors de son passage du cap Horn, une première pour lui. Le jeune skipper de Bureau Vallée reconnait avoir eu un peu le trac à l'approche de celui-ci. Photo @ L. Burton / Bureau Vallée

Podium

Compétiteur, il aime à sourire de sa prestation : «Pour cette édition, les foils étaient le bon choix. Après, je termine derrière Yann Eliès (Groupe Queguiner-Leucémie Espoir) et Jean Le Cam (Finistère Mer Vent), juste des tueurs ! Avoir mon nom sur la troisième marche du podium de la deuxième division est un vrai bonheur. Et puis, j’avais un bateau exceptionnel et surtout fiable.» Son plan Farr mis à l’eau en 2006 sous le nom de Delta Dore, alors mené par Jérémie Beyou, vient d’achever lui aussi son premier tour du monde. Il n’a pas souhaité répondre à nos questions !
Louis Burton a accepté malgré tout de parler à sa place : «J’avoue que je lui ai tiré dessus comme un bœuf. Nous étions un peu plus lourds par rapport aux autres. Il fallait donc que j’appuie à fond tout en gardant à l’esprit de ne pas l’abîmer. Je le répète, c’est notre travail de fiabilisation pendant cinq années qui a payé. J’ai d’ailleurs fait tout le tour avec des sécus de bastaques. Je suis ravi de le ramener beau et fringant alors que moi je ressemble aujourd’hui à un clochard

BurtonLa définition simple de l’homme heureux. Louis Burton vient de retrouver le monde des terriens après plus de 87 jours de solitude.Photo @ Olivier Blanchet / DDPI / Vendée Globe
L’avenir de Louis Burton va donc s’inscrire bientôt avec la prise en main du bateau vainqueur de cette édition 2016/2017. Portant les couleurs de Bureau Vallée dorénavant, l’ex-Banque Populaire VIII, après un chantier d’un mois, sera son nouvel engin en vue de la prochaine édition de ce Vendée Globe. Une nouvelle vie, un nouvel apprentissage. «J’ai suivi la course des premiers intensément. Leurs vitesses moyennes étaient pour moi déconcertantes. Quand tu es à 18/19 nœuds de moyenne, au taquet, tu les vois aller plus vite de deux ou trois nœuds. C’est incroyable. Déjà avec un bateau traditionnel comme le mien, c’est plutôt inconfortable, j’imagine que pour eux cela a dû être parfois invivable. En charge émotionnelle et avec le stress. Maintenant, et c’est génial, j’ai tout le temps de m’y préparer. Il faudra aussi regarder l’évolution des futurs nouveaux bateaux pour pouvoir prendre le bon wagon» conclut le skipper alors que ses aficionados le réclament à corps et à cris.

Prochain rendez-vous important pour Louis Burton, la Transat Jacques Vabre l’automne prochain en compagnie de Servane Escoffier qui, pour l’occasion, fera son retour à la compétition en course au large. Pour certainement foiler de bonheur ensemble.

Classement jeudi 2 février à 15 heures

1.       Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII), arrivé le 19 janvier à  16 h 37'46''.
Temps de course : 74 j 03 h 35'46''. Moy. : 13,77 nœuds (sur l'orthodromie de 24 499,5 milles) 
2.       Alex Thomson (Hugo Boss), arrivé le 20 janvier à 8 h 37'15''. Temps de course : 74 j 19 h 35'15''. 
Retard sur le premier : 15 h 59'29''. Moy. : 13,64 noeuds.

3.      Jérémie Beyou (Maître CoQarrivé le 23 janvier à 19 h 40'40''. Temps de course : 78 j 06 h 38'40''.
Retard sur le premier : 4 j 03 h 02'54''. 
Moy. : 13,04 noeuds.
4.     Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac), arrivé le 25 janvier à 14 h 47'45''. Temps de course : 80 j 01 h 45'45''.  Retard sur le premier : 5 j 22 h 09'59''. Moy. : 12,75 noeuds.
5.       Yann Eliès (Quéguiner-Leucémie Espoir), arrivé le 25 janvier à 16 h 13'09''. Temps de course : 80 j 03 h 11'09''.  Retard sur le premier : 5 j 23 h 35'23''. Moy. : 12,74 noeuds.
6.       Jean Le Cam (Finistère-Mer Vent), arrivé le 25 janvier à 17 h 43'54''. Temps de course : 80 j 04 h 41'54''.  Retard sur le premier : 6 j 01 h 06'08''. Moy. : 12,73 noeuds.
7.       Louis Burton (Bureau Vallée), arrivé le 2 février à 8 h 47'49''. Temps de course : 87 j 21 h 45'49''.  Retard sur le premier : 13 j 18 h 10'03''. Moy. : 11,6 noeuds.
8.       Nandor Fa (Spirit of Hungary), à 1 762 milles de l'arrivée
9.       Eric Bellion (commeunseulhomme), à 2 344 milles de l'arrivée
10.     Conrad Colman (Foresight Natural Energy), à 2 641 milles de l'arrivée