Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Vendée Globe les grandes entretiens 15/29

Louis Burton : «Personne n’était obligé de me faire confiance»

Un chalutier portugais avait rapidement mis un terme à son tour du monde il y a quatre ans. Présent cette fois-ci avec le même bateau mais sérieusement optimisé, il a récemment annoncé que cette 8e édition du Vendée Globe ne serait pas la dernière pour lui !
  • Publié le : 27/10/2016 - 00:01

Louis BurtonA 31 ans, Louis Burton va s’élancer pour la deuxième fois sur le Vendée Globe. La désillusion de 2012 est oubliée. Terminer la course et se battre avec les autres IMOCA de la même génération seront ses principaux moteurs. Photo @ Stéphane Maillard/Bureau Vallée

Voilesetvoiliers.com : Pourquoi ce retour sur cette épreuve ?
Louis Burton :
Au-delà du rêve, du sujet inaccessible qu’est le Vendée Globe, que cela soit en termes de budget et de compétences, être tout seul autour du monde sans s’arrêter n’a de sens pour moi que si c’est en compétition. Sinon, je partirais avec des potes avec le maximum d’arrêts possibles. Après mon abandon en 2012, j’avais tenu à embouquer le chenal des Sables plutôt que rentrer directement à Saint-Malo. Pensant que c’était sans doute la première et dernière fois dans ma vie de marin. Cette année, mon implication a donc une saveur particulière. Pour moi, c’est une chance inouïe. Personne n’était obligé de me faire confiance. Et puis c’est une vraie fierté par rapport à mon père avec qui j’étais très proche et qui nous a quittés au printemps.

Voilesetvoiliers.com : Votre sourire prouve que vous êtes prêt…
L. B. :
Il y a quatre ans, nous étions vraiment à la bourre. Cette fois-ci, le fait d’avoir relancé le projet dès 2013 me permet d’être serein. Avec deux Jacques Vabre et une Route du Rhum disputées en vue de ce Vendée Globe, tout a été bien planifié. Les tests pour l’entretien et les modifications effectués avaient été validés avec l’expérience acquise. Il n’y a donc pas eu de surprise dans la préparation. Il ne nous restait plus qu’à améliorer des éléments de confort. Le siège de veille, la casquette, la table à cartes entre autres.

Casquette Bureau ValléeLe confort à bord de Bureau Vallée a été repensé. Si le bruit généré par les coups portés par les vagues ne peut être atténué, une nouvelle casquette vient à présent protéger plus efficacement le skipper. Photo @ Stéphane Maillard/Bureau Vallée

Voilesetvoiliers.com : Le budget n’est pas le même cette fois-ci ?
L. B. :
Je ne le cache pas, mon budget est de 2 millions et demi d’euros. Il est monté en puissance au fur et à mesure. Avec le plus gros ticket sur l’année du Vendée. Sur un projet comme celui-là, tu peux gérer l’usure. Tu t’arranges pour utiliser tes câbles jusqu’au bout de leur durée de vie par exemple. En termes de gestion budgétaire, c’est optimum. En plus, nous sommes repartis avec mon bateau de l’édition de 2012 qui n’avait pas eu le temps de souffrir. J’avais heurté un chalutier au large du Portugal après cinq jours de course !

Voilesetvoiliers.com : Un cruel souvenir…
L. B. :
Bien sûr. Ma thérapie a été de participer immédiatement à l’Africa Race avec un ami. Un rallye-raid à travers le Maroc, le Sahara occidental, la Mauritanie, pour une arrivée à Dakar. Cela m’a fait énormément de bien. A mon retour, Bureau Vallée, mon sponsor, m’a confirmé qu’il ne me lâchait pas. Mes bonnes cinquièmes places sur la Transat Jacques Vabre avec Guillaume Le Brec puis sur la Route du Rhum ont confirmé que tout était possible. La mauvaise expérience de 2012 est donc bel et bien oubliée.

Voilesetvoiliers.com : Votre bateau n’a pas eu de chance sur le Vendée Globe. Comment est-il aujourd’hui ?
L. B. :
Ce plan Farr va en être effectivement à son troisième départ. En 2008, il s’appelait Delta Dore et était mené par Jérémie Beyou (il avait abandonné quinze jours après le départ sur une avarie de gréement, ndlr). C’est un bateau qui, avec son mât classique, avait tendance à plonger le nez dans l’eau. Pour la performance, notre boulot a consisté à reculer les poids pour qu’il soit plus performant au débridé. Ces modifications ont commencé dès 2013. On a pu d’ailleurs enlever les moustaches à l’avant grâce à cela. Depuis, on a eu quelques ennuis mais j’ai confiance en sa structure. Et puis, nous l’avons complètement mis à poil l’hiver dernier. Avec ses 9 tonnes, il est rapide et robuste au reaching dans la brise. Tu peux allumer fort et longtemps en restant en confiance. Après, j’ai un peu plus de mal en glisse au portant dans le médium. Je le connais bien puisque c’est ma deuxième maison depuis 2011…

Bureau ValléeCe plan Farr construit chez JMV Industries et mis à l’eau en 2006 a été reconfiguré par Louis Burton et son équipe. Robuste et rapide au reaching dans la brise, il accuse avec ses 9 tonnes un important déficit de vitesse par petit temps. Photo @ Stéphane Maillard/Bureau Vallée

Voilesetvoiliers.com : En parallèle, vous avez votre propre entreprise.
L. B. :
Le projet IMOCA Bureau Vallée a pris de l’ampleur depuis quelques années. A côté, les activités que nous avons créées avec Servane Escoffier, ma compagne, ont bien évolué aussi. Cette année, il a fallu faire un choix. Nous avons accepté de faire entrer des investisseurs dans notre chantier Archambault by BG Race. Ils vont être des dirigeants actifs. Je vais conserver mon rôle dans la partie commerciale et dans la partie technique pour les nouveaux modèles qui seront lancés.

Voilesetvoiliers.com : Vous n’avez pas songé à y construire votre propre 60 pieds ?
L. B. :
Nous ne faisons pas encore de carbone. Aujourd’hui, construire un IMOCA est un défi technologique et financier qui, en tant que coureur, sans être accompagné, représente un truc trop gros pour moi. Et puis nous ne sommes pas prêts pour cela. Avec l’expérimentation des foilers, c’est possible dans des boîtes qui ont des budgets illimités. Cela étant dit, je trouve génial qu’il y ait des gens très riches et des banquiers qui défrichent le terrain, l’avenir s’écrivant évidemment avec des bateaux à foils.

Voilesetvoiliers.com : Justement, vous venez d’annoncer que votre prochaine monture sera équipée de ces fameux foils ?
L. B. :
Effectivement. Avec Bureau Vallée, nous venons de repartir ensemble pour un programme de quatre années de manière à être présents à la fois sur la prochaine Route du Rhum 2018 et le Vendée Globe 2020. Au centre de ce nouveau programme, un accord a été finalisé avec le Groupe BPCE et le Team Banque Populaire pour la reprise du monocoque à foils Banque Populaire VIII dont la livraison se fera peu après le retour du Vendée Globe. Avec comme objectif de jouer les podiums lors des quatre prochaines saisons en IMOCA.

Banque Populaire VIIIA l'issue de ce Vendée Globe, Louis Burton disposera de ce bateau-là, l'actuel Banque Populaire VIII, avec lequel il entend prendre de nouveau le départ du tour du monde en 2020.Photo @ Y. Zedda/BPCE

Voilesetvoiliers.com : La pression commence à monter pour cette tentative 2016 ?
L. B. :
Mes partenaires ne me mettent pas de pression autre que celle que je me mets moi-même. Le principal est de terminer et faire malgré tout un résultat. Il faut avoir des rêves quand on aime la compétition. Nous sommes un bon nombre de concurrents qui ne partent pas pour la victoire. Les IMOCA de 2008 qui avaient bénéficié de l’évolution de la jauge sont assez proches de la nouvelle génération, hormis les foils. Mais malgré tout, Alex Thomson, la dernière fois, termine troisième. Avec son plan Farr, il met quelques jours de plus que les plans Verdier mais termine en 83 jours. Et c’était le sister-ship de Delta Dore à l’époque de sa mise à l’eau. Je vais donc me battre contre Kojiro Shiraishi (Spirit of Yukoh), Arnaud Boissières (La mie Câline) ou encore Stéphane Le Diraison (La Compagnie du Lit-Boulogne-Billancourt). Je pense même que nous allons faire une belle course entre une quinzaine de bateaux. Cela va me servir d’étincelle. Je vais faire en sorte de vous raconter cela pendant la course.

Vie intérieure Bureau ValléeComme sur tous les bateaux du Vendée Globe, les skippers vont passer près de trois mois dans des intérieurs qualifiés de spartiates. Musique, podcast et lecture seront les dérivatifs de Louis Burton, même si la compétition sera sa priorité. Photo @ Stéphane Maillard/Bureau Vallée

Voilesetvoiliers.com : Communiquer est important pour le public et bien sûr pour les sponsors ?
L. B. :
Nous avons répondu à l’annexe audiovisuelle imposée par l’organisation. Nous avons une caméra en fish-eye qui filmera le cockpit, une à l’intérieur, une bulle satellitaire pour faire des directs. Tout cela pompe de l’énergie et surtout de l’argent ! (Rire.) C’est même très cher. Je suis gavé de batteries au lithium en augmentant l’ampérage global. J’ai mon bon diesel avec deux gros alternateurs. En souhaitant bien sûr faire tourner les hydrogénérateurs à bloc. Néanmoins, le principal est de faire partager nos images avec le grand public. Les sponsors s’y retrouvant. Tout cela va dans le bon sens. Je n’ai rien préparé de particulier. Je vais essayer de faire vivre mes moments les plus sympas et les plus marquants, au plus proche de la réalité. Pour revenir aux Sables-d’Olonne avec encore plus d’histoires à raconter.

Bureau ValléeL’horizon de Louis Burton semble d’ores et déjà bien dégagé pour ses futures aventures en IMOCA. Reste malgré tout à finir ce pourquoi il est engagé sur cette 8e édition du Vendée Globe. Photo @ Stéphane Maillard/Bureau Vallée