Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Vendée Globe

Nándor Fa, le récit de son tour du monde

Le Hongrois Nándor Fa a bouclé son Vendée Globe ce mercredi 8 février à 11 heures 54 minutes 9 secondes après 93 jours 22 heures 52 minutes et 9 secondes à la vitesse moyenne de 12,35 nœuds. Il arrive en 8e position à bord de Spirit of Hungary qu’il a dessiné et construit. Après s’être classé 5e en 1993 puis avoir été contraint à l’abandon en 1997 (à la suite d’une avarie de quille puis une collision avec un cargo), le skipper de 63 ans prend une très belle 8e place après avoir affronté une ultime tempête lors des derniers jours. Retour sur le tour du monde en solitaire de l’homme de fer à travers ses déclarations.
  • Publié le : 08/02/2017 - 00:01

Départ de Nandor FaDernier contact avec la foule lors de la sortie du chenal des Sables-d'Olonne, le 6 novermbre dernier, avant de longs mois en solitaire. Photo @ C.Favreau/Spirit of Hungary
6 novembre 2016
Jour du départ
«Je suis vraiment très excité par ce départ. Je vais essayer de profiter au mieux de ce Vendée Globe. Ce qui se passe ce matin est fantastique, impressionnant !»

16 novembre 2016
Dans le pot au noir
«Je ne sais pas quel jour nous sommes. Je suis bien avancé dans le pot au noir. J’ai eu une forte averse avec 30 nœuds de vent et je naviguais comme une fusée. Puis j’ai été encalminé pendant quelques heures sous de la pluie… encore de la pluie. En ce moment, je vois de gros nuages. Je me suis décalé vers l’Ouest à une bonne vitesse ce matin, mais un nuage est arrivé et j’ai été arrêté. D’ici un jour et demi, je devrais en sortir et j’aurai trouvé les alizés du Sud-Est. C’est bizarre car ce n’est pas vraiment comme dans mes souvenirs. Ce ne sont pas de nuages isolés, mais une masse, qui couvre tout le ciel.»

22 novembre 2016
En 19e position
«Il fait chaud ici, mais pas autant qu’à l’équateur. J’ai un vent d’Est-Nord-Est d’environ 9 nœuds, sous grand-voile et code 0. Le bateau avance à 8-9 nœuds. Cela devient très compliqué : devant il y a un gros anticyclone et il est difficile de savoir de quel côté passer. La route vers le Sud est carrément barrée ! Il va falloir aller vers le Sud-Est aussi longtemps que possible. Mes fichiers me disent qu’un vent faible soufflera demain, ce qui permettra éventuellement d’avancer. Au moins le vent devrait être plus stable. Ceci dit, je suis heureux à bord du bateau et content avec la météo. Lorsque j’avance, je suis un homme heureux !»

Départ Nándor FaLe 60 pieds IMOCA Spirit of Hungary a été conçu en grande partie selon les propres plans de son skipper.Photo @ Vincent Curutchet/DPPI/Vendée Globe
30 novembre 2016
Grosse frayeur à l’entrée des 40es
«Une nuit épouvantable avec une grosse frayeur à la barre. Du coup, je suis fatigué. C’était un souci avec le système informatique. J’ai perdu les données concernant ma vitesse et j’ai dû me battre toute la nuit. Il reste encore quelques problèmes, mais le bateau va bien. Hier soir, j’avais le spi à poste et j’ai eu de fortes rafales. J’ai dû l’affaler. On s’éloigne de l’anticyclone sur la voie express, mais je suis encore aux abords de cette zone. Le vent devrait se renforcer. Dans deux ou trois heures, j’aurai 25 nœuds et ma vitesse devrait s’améliorer. Le bateau aime bien ces conditions. Hier, j’étais un peu dégoûté par la météo qui n’était pas comme prévu. Le vent ne venait pas de la direction annoncée. Et cela explique pourquoi j’ai perdu un bon nombre de milles. Mais là je progresse bien et cela me rend heureux.»

Nandor FaComme lors de son Vendée Globe 1992-1993, le Hongrois est revenu avec de magnifiques photos du Grand Sud.Photo @ Nándor Fa / Spirit of Hungary
4 décembre 2016
Panne électrique
«C’était une nuit mouvementée. Mon pilote a décroché pour la deuxième fois et le bateau est parti au lof avec la grand-voile et le gennaker à poste. J’ai arrêté le bateau pour réparer le pilote. Le câblage était rouillé et il était impossible de le débrancher. Du coup, j’ai été obligé de le couper. J’ai nettoyé les câbles et tout allait bien jusqu’à ce matin. Je venais de sortir lorsque le vent s’est renforcé. Une vague gigantesque et une forte rafale sont arrivées au même moment. J’ai entendu un bruit sec énorme et j’ai vu que le gennaker s’était déchiré. Je n’avais pas d’autre choix que de le couper pour le libérer. Je l’ai perdu et une des drisses est également partie avec…»

Depuis les Quarantièmes : toute la flotte rencontre des conditions musclées, fatigantes pour les hommes et les bateaux. Nándor Fa adresse un message à Kojiro Shiraishi contraint d’abandonner.
«Ton esprit et l’esprit de Yukoh (en rapport avec le nom du bateau du Japonais, Spirit of Yukoh ; Yukoh étant Yukoh Tada, le maître de Shiraishi que Fa a bien connu, ndlr) resteront avec moi. Je garderai cet esprit pour toi. Mes pensées sont avec vous deux et votre esprit m’accompagne. Yukoh est avec moi et je pense beaucoup à toi. Garde la flamme !»

Nandor Fa 23/12/2016Passage au large des îles Campbell (Nouvelle-Zélande).Photo @ Nándor Fa / Spirit of Hungary
21 décembre 2016
Sa pire nuit.
«Je viens de passer la nuit la plus difficile de l’épreuve. Je ne voyais rien. Même pas les nuages qui arrivaient. Je me suis rendu compte de leur arrivée quand un grain de 40 nœuds a fouetté le bateau. J’ai vite enroulé le reacher, qui fonctionnait si bien jusque-là. J’étais encore au winch, lorsqu’une nouvelle rafale est arrivée. Le bateau a violemment empanné puis s’est couché sur l’eau. La grand-voile s’est bloquée sur les bastaques et je n’arrivais pas à la libérer. Tout s’envolait partout à l’intérieur. Puis une immense vague a déferlé sur le tableau arrière. Une des portes de descente était ouverte et l’eau est entrée. J’ai actionné la quille et j’ai repris l’autre bastaque. Après tout ce bazar, le vent a molli à 17 nœuds et nous étions presque à l’arrêt. Quelques minutes plus tard, j’ai entendu un bruit très fort et le bateau s’est couché de nouveau. J’ai encore enroulé le reacher, mais une partie s’est entremêlée et là j’ai compris que la voile avait été endommagée. Je suis allé manger quelque chose et d’un coup le bateau s’est arrêté net. J’ai été projeté à l’intérieur et je me suis cogné l’oreille contre la table à cartes. Le sang pulsait comme si c’était cassé. Comme à l’époque où je faisais de la lutte ! A l’aube, je me suis réveillé et le silence m’a surpris. Je me suis levé pour voir ce qui se passait. J’avais incroyablement mal partout.»

29 décembre 2016
Réflexion sur Armel Le Cléac’h, rattrapé par Alex Thomson
«Les avantages acquis grâce aux nuits blanches et aux plus grands efforts peuvent disparaître très rapidement. Vous pouvez toujours essayer de faire le maximum, mais si votre adversaire trouve des conditions plus favorables, vous ne pouvez rien.»

3 janvier 2017
8 mètres de creux
«Après une journée et une nuit terribles, et des vents très forts à plus de 40 nœuds, je me suis retrouvé un moment sans vent dans 6 à 8 mètres de creux. C’était horrible !»
Puis peu après : «j’ai de nouveau du vent raisonnable, il y a même du soleil, je vais bien et je peux recommencer à faire du bateau.»

Nandor Fa au Cap-HornNándor Fa franchit le cap Horn le 9 janvier 2017.Photo @ Nándor Fa / Spirit of Hungary
9 janvier 2017
Au cap Horn
«Chers tous, à 6 heures 38 UTC ce matin (7 heures 38 heure française), j’ai passé la longitude du cap Horn. Voilà, je suis de retour dans l’Atlantique. Bien à vous, depuis Spirit of Hungary.»

24 janvier 2017
A l’équateur
«C’est super d’arriver à l’équateur. Traverser le pot au noir est toujours difficile mais apparemment je vais avoir de la chance cette fois-ci… Il fait 32 degrés dans la cabine comme dehors. Je supporte mal cette chaleur. »

2 février 2017
Tempête en vue
«Je passe mon temps à étudier mon routage. Je télécharge les derniers fichiers GRIB et je pense aux Sables-d’Olonne. Mais cela reste très frustrant. Il y a peu de vent et il est difficile de continuer d’avancer. Cela fait trois jours que j’essaie de sortir de cet anticyclone. Je me bats pour gagner le moindre mille. Dans quelques heures, je devrais pouvoir profiter d’un vent d’Ouest au Sud de la dépression et d’ici cinq jours, soit le sept, je devrais arriver. Mais difficile d’y croire. La situation est simplement trop complexe pour moi. J’ai pu tout vérifier à bord du bateau et j’ai séché l’intérieur en sortant quelques litres d’eau. J’ai vérifié tous les boulons. Celui d’un safran n’était pas bien serré, mais j’ai pu régler cela. J’ai hâte maintenant d’arriver pour revoir ma femme et mes jolies filles.»

Nandor Fa -Spirit of HungaryAprès trois mois de mer, le skipper de Spirit of Hungary va boucler son Vendée Globe à la 8e place.Photo @ Guillaume Daumail / M&M
5 février 2017
40 nœuds de vent établis
«Je vais vite, j’ai de bonnes conditions avec du vent fort. Il me reste moins de 1 000 milles avant les Sables donc je suis motivé. Les jours précédents ont été plus compliqués. Les conditions n’étaient pas comparables à ce que les fichiers annonçaient. C’était très fatigant car il faut être attentif et manœuvrer tout le temps. Chaque mille parcouru dans cette course demande beaucoup d’efforts. Je vais essayer de rester le plus Sud possible. Pour le moment, j’ai 42 nœuds de vent en avant de la dépression et j’avance à 25 nœuds. Je vais changer ma voile d’avant pour passer sous J3 car je vais rencontrer des conditions fortes avec 40-45 nœuds. Le bateau montre des signes de fatigue surtout dans les voiles, mais le mât tient le coup. Je croise les doigts car les bouts sont usés, un peu comme moi. Il est temps que ça se termine. Je me suis reposé une heure ou deux dans mon pouf mais j’essaie de ne pas trop dormir pour tout garder sous contrôle. En revanche je mange bien. J’ai hâte d’avoir mes filles dans mes bras, ainsi que ma femme et tous mes amis. Je ne sais pas ce que je vais manger mais je veux bien un vin de Provence ou un vin hongrois, voire un Bordeaux. Encore 920 milles. Patience ! J’arrive !»

Arrivée Nandor FaLors de sa remontée du chenal des Sables-d'Olonne, Nándor Fa peut enfin fêter sa très belle 8e place pour sa troisième participation au Vendée Globe.Photo @ Olivier Blanchet/DPPI/Vendée Globe

8 février 2017
La vague de l'émotion
« C'est l'un des plus beaux moments de ma vie. Je me suis battu pendant 94 jours. Parfois, cela semblait interminable. C'était froid, humide. Je me suis transformé en machine pour résister à la difficulté. Au départ, je ne pensais pas à ma position finale, car la flotte était tellement impressionnante. Avec mon bateau et vu mon âge, j'aurais pu imaginer finir entre la 15e et 20e place. Je voulais surtout finir en moins de 100 jours, mais terminer 8e, je n'aurais pas pu l'envisager et je suis fier de ce résultat. Dans quatre ans, j'aurai 67 ans. Je suis jeune d'esprit et même physiquement, mais j'ai pu constater la motivation dont il faut faire preuve jour après jour. Et je n'ai plus la force. C'était donc ma denière course. L'avenir, ce sera avec ma famille.»

Classement mercredi 8 février à 12 heures

1.       Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII), arrivé le 19 janvier à  16 h 37'46''.
Temps de course : 74 j 03 h 35'46''. Moy. : 13,77 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 15,4 nœuds sur le fond (27 455,6 milles parcourus).
2.       Alex Thomson (GBR, Hugo Boss), arrivé le 20 janvier à 8 h 37'15''. Temps de course : 74 j 19 h 35'15''. 
Retard sur le premier : 15 h 59'29''. Moy. : 13,64 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 15,4 nœuds sur le fond (27 636,1 milles parcourus).
3.      Jérémie Beyou (Maître CoQ) arrivé le 23 janvier à 19 h 40'40''. Temps de course : 78 j 06 h 38'40''.
Retard sur le premier : 4 j 03 h 02'54''. Moy. : 13,04 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 14,4 nœuds sur le fond (27 101,8 milles parcourus).
4.     Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac), arrivé le 25 janvier à 14 h 47'45''. Temps de course : 80 j 01 h 45'45''. 
Retard sur le premier : 5 j 22 h 09'59''. Moy. : 12,75 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 14,5 nœuds sur le fond (27 857,1 milles parcourus).
5.       Yann Eliès (Quéguiner-Leucémie Espoir), arrivé le 25 janvier à 16 h 13'09''. Temps de course : 80 j 03 h 11'09''. 
Retard sur le premier : 5 j 23 h 35'23''. Moy. : 12,74 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 14,1 nœuds sur le fond (27 138,6 milles parcourus).
6.       Jean Le Cam (Finistère-Mer Vent), arrivé le 25 janvier à 17 h 43'54''. Temps de course : 80 j 06 h 41'54''. 
Retard sur le premier : 6 j 03 h 06'08''. Moy. : 12,73 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 14,1 nœuds sur le fond (27 115,7 milles parcourus).
7.       Louis Burton (Bureau Vallée), arrivé le 2 février à 8 h 47'49''. Temps de course : 87 j 21 h 45'49''. 
Retard sur le premier : 13 j 18 h 10'03''. Moy. : 11,60 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 13 nœuds sur le fond (27 477,3 milles parcourus).
8.       N
ándor Fa (HON, Spirit of Hungary),  arrivé le 8 février à 11 h 54'09''. Temps de course : 93 j 22 h 52'09''. 

Retard sur le premier : 19 j 19 h 16'23''. Moy. : 10,9 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 12,4 nœuds sur le fond (27 851 milles parcourus).