Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Vendée Globe

Pieter Heerema, le Hollandais flottant

Dix-septième solitaire à franchir la ligne d’arrivée aux Sables-d’Olonne, Pieter Heerema est le premier skipper hollandais à participer au Vendée Globe. Un profil atypique pour ce marin plutôt tourné vers la régate au contact qui a passé 116 jours 9 heures 24 minutes en mer ! A la vitesse moyenne de 10,6 nœuds sur les 29 747 milles parcourus…
  • Publié le : 02/03/2017 - 22:46

Heerema arrivéeLe Hollandais Pieter Heerema a fêté ses 65 ans en juin dernier, mais cela ne l’a pas empêché de conserver la fraîcheur du novice face à ce défi planétaire : faire le tour du monde en solo… Photo @ Jean-Marie Liot/DPPI/Vendée Globe
Cette huitième édition du Vendée Globe aura marqué un tournant sur ce tour du monde en solitaire sans escale ! Non seulement le temps de course a été pulvérisé par Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII) en 74 jours 3 heures 35 minutes, mais surtout le nombre d’abandons est particulièrement bas au regard du marathon que représente cette épreuve : un tiers seulement (38 % exactement si Sébastien Destremau en termine), soit 18 skippers sur 29 partants. Mais ce qui est aussi remarquable, c’est que parmi les neuf étrangers présents au départ, seuls deux ont jeté l’éponge : le Japonais Kojiro Shiraishi (Spirit of Yukoh) et l’Irlandais Enda O’Coineen (Kilcullen Voyager-Team Ireland) tous les deux sur démâtage, le premier avant d’entrer dans l’océan Indien, le second au large de la Nouvelle-Zélande.

Les skippers français en ballottage…

Ainsi avant de lancer à la cantonade des commentaires acerbes, voire acides, sur les performances des solitaires de cette édition, certains skippers français devraient parfois se pencher sur les statistiques avant de débattre… Depuis la première édition de 1989, cinquante-huit étrangers se sont présentés aux départs, parfois plusieurs fois à l’image de Sam Davies, Nándor Fa, Rich Wilson, Dominique Wavre, Bernard Stamm… et vingt-neuf ont été classés. Hors de la France, dix-sept nations ont été représentées dont quatre nouveaux pays en 2016-2017 : le Japon, la Nouvelle-Zélande, l’Irlande, les Pays-Bas.

No way BackLe Néerlandais n’a pas choisi de grand spinnaker de 400 mètres carrés pour son tour du monde, une voile technique et très exigeante pour un solitaire sur un bateau de 18,28 mètres. Photo @ Jacques Vapillon

Et lorsque certains s’inquiètent du temps de course, il suffit de se pencher sur les résultats des sept précédents Vendée Globe pour pondérer les excès : Alain Gautier avait mis 132 jours 13 heures en 1989 (6e), Philippe Poupon 117 jours 3 heures en 1992 (3e), Eric Dumont 116 jours 16 heures en 1996 (4e), Patrice Carpentier 116 jours en 2000 (11e), Benoît Parnaudeau 116 jours 1 heure en 2004 (11e), Rich Wilson 109 jours en 2008 (9e) et Alexandro di Benedetto 104 jours 2 heures en 2012 (11e)… Alors on pourra objecter que Pieter Heerema (No Way Back) qui a bouclé la boucle en un peu plus de 116 jours, disposait quasiment du même bateau que le vainqueur de cette édition, sister-ship de StMichel-Virbac (4e) mais aussi de Safran et de Edmond de Rothschild, tous deux abandons ! Or quel est le premier commentaire avant le départ de tous les concurrents, favoris ou non, expérimentés ou novices ? «Le premier objectif est d’arriver…»

A l’organisateur de se positionner…

Certes, cette huitième édition a aussi montré ses limites entre les compétiteurs acharnés et les «coubertinistes», entre les favoris qui se dévoilent avec parcimonie et les «aventuriers» qui enflamment les réseaux sociaux. Or comme bien d’autres disciplines ouvertes, le Vendée Globe attire aussi de nouveaux marins grâce à la technologie développée ces dernières années, particulièrement en termes de navigation (GPS), de routage (logiciel Adrena), de données météo (fichiers Grib). Tout comme ce fut le cas avec la Mini-Transat lorsque le GPS a été autorisé, puis les girouettes électroniques couplées aux pilotes. Alors l’organisateur peut-il interdire la participation d’un millionnaire qui choisit plutôt le Vendée Globe par affinité que l’ascension de l’Everest ou une circonvolution spatiale autour de la Terre ?

Heerema chenalPieter Heerema salue ses admirateurs venus l'accueillir dans le chenal des Sables-d'Olonne. A 65 ans, le premier Néerlandais de l’histoire de la course peut se féliciter d'avoir bouclé son tour du monde.Photo @ Jean-Marie Liot/DPPI/Vendée Globe
Question délicate lorsque tous les paramètres de qualification ont été remplis ! Qui pourrait en juger ? Certainement pas la classe IMOCA qui ne peut être juge et partie. Un conseil de sages ? Constitué par qui ? Faut-il imposer un temps limite ? Et lequel et sur quelles bases ? Faut-il interdire les «vieux» bateaux sous prétexte qu’ils sont moins rapides que les foilers alors que cette édition démontre que tous les IMOCA construits avant 2006 ont bouclé la boucle ? La Fabrique (ex-Superbigou de 2000) mené par le Suisse Alan Roura à la 12e place, One Planet One Ocean (ex-Kingfisher de 2000) qui termine 14e aux mains de l’Espagnol Didac Costa, Famille Mary-Etamine du Lys (ex-Whirlpool de 1998) 15e aux Sables-d’Olonne avec Romain Attanasio, Foresight Natural Energy (ex-Maisonneuve de 2005) qui finit sous gréement de fortune à la 16e place grâce au Néo-Zélandais Conrad Colman et TechnoFirst faceOcean (ex-Gartmore de 1998) qui devrait en finir la semaine prochaine à la 18e et dernière place avec Sébastien Destremau…

Près de quatre mois de solitude !

Alors quand Pieter Heerema en termine après 116 jours et 9 heures, peut-on ignorer un marin qui décide par passion de faire le tour du monde en solitaire alors qu’il n’avait jamais pratiqué la voile seul si ce n’est en dériveur ? Passer près de quatre mois sur les océans de la planète en résolvant tous les problèmes techniques inhérents à un tour du monde, n’est-ce pas aussi remarquable que franchir la ligne d’arrivée en vainqueur même si la performance sportive n’est plus du tout la même ? N’est-ce pas aussi un exploit que finir un marathon même si c’est au double du temps du coureur victorieux ?

Pieter HeeremaAvec deux transats et un périple jusqu’en Islande avant le Vendée Globe, Pieter Heerema avait commencé à se familiariser avec son plan VPLP-Verdier à foils.Photo @ Jacques Vapillon

Avant le départ, le «Hollandais flottant» déclarait clairement : «De toute façon, le Vendée Globe est avant tout une aventure pour moi parce que c’est mon premier et mon dernier tour du monde en solitaire sans escale ! Je vais naviguer à mon rythme… Je dois juste finir la course et je n’ai aucune pression.» Et il a réussi son challenge ! Malgré bien des déboires… Evidemment, en termes comptables, le résultat sportif n’est pas à la hauteur des possibilités du bateau : dès le passage du cap Finisterre, No Way Back concède plus de 170 milles de retard sur les leaders et plus de 1 600 milles en passant dans l’hémisphère Sud. Et comme le gros du peloton, il se fait piéger par l’anticyclone de Sainte-Hélène qu’il choisit de déborder par l’Ouest en compagnie d’Alan Roura et de Enda O’Coineen.

Mais c’est à l’entrée de l’océan Indien que le Hollandais connaît ses pires galères : son électronique est à moitié en rade et son pilote automatique n’en fait qu’à sa tête. Pieter Heerema mettra très longtemps à retrouver tous les moyens techniques indispensables pour boucler son tour du monde, bricolant au large du cap Leeuwin pour trouver une solution. Comme ses prédécesseurs, il évite au maximum les mauvaises dépressions en remontant parfois en deçà des Quarantièmes Rugissants dans l’Indien avant de plonger sur les Cinquantièmes Hurlants tout au long du Pacifique pour enfin déborder la «borne» majeure du Vendée Globe le 24 janvier alors que le vainqueur est déjà au ponton des Sables-d’Olonne depuis cinq jours… Mais au passage du cap Horn, Pieter Heerema ne cachait pas sa joie et son plaisir ! Ne restait plus qu’à remonter les 7 000 milles de l’Atlantique.

Un long périple qui se terminait en évitant de nouveau une grosse dépression qui balayait le golfe de Gascogne… pour arriver juste avant une nouvelle cartouche ! Le «Hollandais flottant» aura probablement été le plus solitaire de tous les skippers durant ces presque quatre mois de mer, mais il restera dans les annales de la course comme le premier représentant des Pays-Bas à avoir effectué le tour du monde en solitaire sans escale. Chapeau !

Pieter HeeremaPieter Heerema (No Way Back) a franchi la ligne d'arrivée du Vendée Globe ce jeudi 2 mars à 22 heures 26 minutes 12 secondes. Il termine la course en 17e position.Photo @ Jean-Marie Liot/DPPI/Vendée Globe
Vendée Globe 2016-2017

Classement au vendredi 3 mars


1.       Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII), arrivé le 19 janvier à  16 h 37'46''.
Temps de course : 74 j 03 h 35'46''. Moy. : 13,77 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 15,4 nœuds sur le fond (27 455,6 milles parcourus).
2.       Alex Thomson (GBR, Hugo Boss), arrivé le 20 janvier à 8 h 37'15''. Temps de course : 74 j 19 h 35'15''.
Retard sur le premier : 15 h 59'29''. Moy. : 13,64 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 15,4 nœuds sur le fond (27 636,1 milles parcourus).
3.      Jérémie Beyou (Maître CoQ) arrivé le 23 janvier à 19 h 40'40''. Temps de course : 78 j 06 h 38'40''.
Retard sur le premier : 4 j 03 h 02'54''. Moy. : 13,04 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 14,4 nœuds sur le fond (27 101,8 milles parcourus).
4.     Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac), arrivé le 25 janvier à 14 h 47'45''. Temps de course : 80 j 01 h 45'45''.
Retard sur le premier : 5 j 22 h 09'59''. Moy. : 12,75 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 14,5 nœuds sur le fond (27 857,1 milles parcourus).
5.       Yann Eliès (Quéguiner-Leucémie Espoir), arrivé le 25 janvier à 16 h 13'09''. Temps de course : 80 j 03 h 11'09''.
Retard sur le premier : 5 j 23 h 35'23''. Moy. : 12,74 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 14,1 nœuds sur le fond (27 138,6 milles parcourus).
6.       Jean Le Cam (Finistère-Mer Vent), arrivé le 25 janvier à 17 h 43'54''. Temps de course : 80 j 06 h 41'54''.
Retard sur le premier : 6 j 03 h 06'08''. Moy. : 12,73 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 14,1 nœuds sur le fond (27 115,7 milles parcourus).
7.       Louis Burton (Bureau Vallée), arrivé le 2 février à 8 h 47'49''. Temps de course : 87 j 21 h 45'49''.
Retard sur le premier : 13 j 18 h 10'03''. Moy. : 11,60 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 13 nœuds sur le fond (27 477,3 milles parcourus).
8.       Nándor Fa (HON, Spirit of Hungary),  arrivé le 8 février à 11 h 54'09''. Temps de course : 93 j 22 h 52'09''.
Retard sur le premier : 19 j 19 h 16'23''. Moy. : 10,9 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 12,4 nœuds sur le fond (27 851 milles parcourus).
9.       Eric Bellion (CommeUnSeulHomme), arrivé le 13 février à 17h 58'20''. Temps de course : 99 j 04 h 56'20''.
Retard sur le premier : 25 j 01 h 20'34''. Moy. : 10,3 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 11,8 nœuds sur le fond (28 048 milles parcourus).
10.    Arnaud Boissières (La Mie Câline), arrivé le 17 février à 09h 26'09''. Temps de course : 102 j 20 h 24'09''.
Retard sur le premier : 28 j 16 h 48'23''. Moy. : 9,9 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 11,4 nœuds sur le fond (28 156 milles parcourus).
11.       Fabrice Amedeo (Newrest-Matmut), arrivé 18 février à 10h 03'00''. Temps de course : 103 j 21 h 01'00''.
Retard sur le premier : 29 j 17 h 25'14''. Moy. : 9,8 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 11,1 nœuds sur le fond (27 712 milles parcourus).
12.       Alan Roura (SUI, La Fabrique), arrivé le 20 février à 09h 12'32''. Temps de course : 105 j 20 h 10'32''.
Retard sur le premier : 31 j 16 h 34'46''. Moy. : 9,6 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 11,2 nœuds sur le fond (28 358 milles parcourus).
13.       Rich Wilson (USA, Great American IV), arrivé le 21 février à 13h 50'18''. Temps de course : 107 j 00 h 48'18''.
Retard sur le premier : 32 j 21 h 12'32''. Moy. : 9,5 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 10,7 nœuds sur le fond (27 480 milles parcourus).
14.       Didac Costa (ESP, One Planet One Ocean), arrivé le 23 février à 08h 52'45''. Temps de course : 108 j 19 h 50'45''.
Retard sur le premier : 34 j 16 h 14'59''. Moy. : 9,4 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 10,7 nœuds sur le fond (27 964 milles parcourus).
15.       Romain Attanasio (Famille Mary-Étamine du Lys), arrivé le 24 février à 11h 06'00''. Temps de course : 109 j 22 h 04'00''.
Retard sur le premier : 35 j 18 h 28'14''. 
Moy. : 9,3 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 10,83 nœuds sur le fond (28 569 milles parcourus).
16.       Conrad Colman (NZL, Foresight Natural Energy), arrivé le 24 février à 15h 00'41''. Temps de course : 110 j 01 h 58'41''.
Retard sur le premier : 35 j 22 h 22'55''. Moy. : 9,3 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 10,57 nœuds sur le fond (27 929 milles parcourus).
17. Pieter Heerema (HOL, No Way Back), arrivé le 2 mars à 22h 26’12’’. Temps de course : 116 j 09 h 24’ 12’’. 
Retard sur le premier : 42 j 05 h 48'26''. Moy. : 8,8 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 10,60 nœuds sur le fond (29 747 milles parcourus).