Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Vendée Globe Les grands entretiens 17/29

Pieter Heerema : «Un challenge personnel»

S’il n’est pas le doyen de cette huitième édition du Vendée Globe, le Hollandais a tout de même largement dépassé la soixantaine. Novice de la course au large et encore plus du solitaire, Pieter Heerema part sans s’illusionner sur un résultat aux avant-postes : l’objectif est de boucler la boucle en découvrant de nouveaux horizons maritimes et régatiers car cet homme est un redoutable compétiteur. En rachetant le foiler de l’Italien Andrea Mura, il dispose d’une machine très performante.
  • Publié le : 30/10/2016 - 00:01

Pieter HeeremaLe Hollandais Pieter Heerema a fêté ses 65 ans en juin dernier, mais cela ne l’empêche pas de conserver la fraîcheur du novice face à ce défi planétaire : faire le tour du monde en solo…Photo @ Jacques Vapillon

Voilesetvoiliers.com : Avant de vous engager sur ce tour du monde en solitaire sans escale, vous avez beaucoup pratiqué la régate au contact, en particulier sur des monocoques RC44 conçus par Russell Coutts…
Pieter Heerema
: Oui ! Dès 2009 et durant quatre ans. Avec un équipage très international de Danois, de Suédois, de Norvégiens ainsi qu’avec deux Français, dont Bernard Labro. Nous avons ainsi gagné le championnat RC44 lors de notre première saison, puis terminé troisièmes en 2010.

Voilesetvoiliers.com : Vous avez aussi beaucoup régaté en Dragon !
P. H.
: Pendant plusieurs années, j’ai participé à de nombreux championnats dans le monde. Mais auparavant, j’ai aussi beaucoup pratiqué le 470, le Yingling, le J/22 et le J/24… J’ai aussi fait la Three Quarter Tonner sur un X-Yachts (Escapade), un dessin de Jeppesen de série qui marchait très bien dans les années 1990.

No way BackL’ex-Vento di Sardegna a été le dernier prototype construit l’an dernier pour le Vendée Globe : il n’a rien à envier aux meilleurs IMOCA présents pour cette huitième édition.Photo @ Jacques Vapillon

Voilesetvoiliers.com : De fait, vous avez commencé à naviguer très tôt !
P. H.
: Dès mon enfance ; et à l’âge de 15 ans, je faisais déjà du dériveur, d’abord en école de voile, puis avec les équipes juniors des Pays-Bas (Flying Junior, 470…). Ensuite, dès que mon travail dans l'offshore pétrolier me laissait du temps, je faisais de la compétition avec des bateaux jaugés IOR, puis CHS ou monotypes.

Voilesetvoiliers.com : Mais pourquoi avoir décidé de vous inscrire pour le Vendée Globe ?
P. H.
: Cela fait vingt ans que je suis avec passion le Vendée Globe. Il y a eu l’opportunité de relever ce challenge. Il se trouve que j’ai rencontré Michel Desjoyeaux et que nous nous sommes dit : «Pourquoi pas ?» J’ai toujours beaucoup navigué, dès que ma carrière professionnelle m’en laissait le temps. Et là, j’ai du temps devant moi… La voile offre plein d’aspects, et il y a beaucoup de voies différentes pour pratiquer ce sport : j’ai presque tout fait, du dériveur au petit quillard, du monotype au voilier IOR. C’est juste une nouvelle étape et c’est très intéressant.

Voilesetvoiliers.com : C’était aussi la première fois que vous naviguiez tout seul !
P. H.
: Oui et c’est plaisant ! Sûr, c’est un gros bateau, un voilier compliqué et technique : c’est une grande montagne à franchir… Une sorte d’Himalaya à gravir. Mais j’ai fait cela par étapes, et la véritable ascension, ce sera le tour du monde.

Pieter HeeremaPas de problème pour la navigation et l’électronique : Pieter Heerema a cumulé les expériences nautiques sur nombre de voiliers. Photo @ Jacques Vapillon

Voilesetvoiliers.com : Et que pensez-vous de ces monocoques IMOCA ?
P. H.
: Ce sont des voiliers très excitants et très intéressants techniquement. Mais je sais que cela reste un gros défi pour moi. Parce que je n’avais jamais navigué en solitaire à part en dériveur, parce qu’il y a beaucoup de voiles et il faut les déplacer, ce qui est physiquement dur à mon âge : j’ai 65 ans depuis le mois de juin… C’est vraiment un challenge personnel de faire le Vendée Globe. Mon succès sera de revenir aux Sables-d’Olonne. En bon état physique et avec un bateau prêt à repartir. Je ne suis absolument pas intéressé par le résultat. 

Voilesetvoiliers.com : Vous n’êtes jamais allé non plus dans les mers du Sud !
P. H.
 : J’y suis allé, mais pas en course : en croisière. J’ai navigué avec ma famille dans plein d’endroits du monde, aux Etats-Unis sur la côte Est et Ouest, jusqu’au Canada et en Alaska, puis vers le Mexique et j’ai traversé le Pacifique jusqu’en Nouvelle-Zélande. Et j’ai ramené mon bateau avec deux équipiers jusqu’en Europe. J’ai donc vu le Sud, mais avec un tracé différent de celui du Vendée Globe.

No way BackLe Hollandais semble ne pas avoir choisi de grand spinnaker de 400 mètres carrés pour son tour du monde, une voile technique et très exigeante pour un solitaire sur un bateau de 18,28 mètres. Photo @ Jacques Vapillon

Voilesetvoiliers.com : Vous semblez un peu interrogatif sur ce long passage de l’Indien et du Pacifique...
P. H.
: J’y pense, mais cela ne me stresse pas. Je dois juste finir la course et je n’ai aucune pression. Je commence à connaître mon bateau et à me débrouiller correctement tout seul. Cette saison, j’ai participé à la course de qualification entre les Canaries et Newport (la Transat Calero Solo, ndlr), puis j’ai pris le départ de la transat New York-Vendée, et ensuite j’ai navigué jusqu’en Islande et aux Açores pour me familiariser avec le grand large. Au total, cela fait tout de même plus de 15 000 milles à bord de No Way Back

Voilesetvoiliers.com : Le fait d’être tout seul pendant trois mois ?
P. H.
: Si tout fonctionne à bord, cela ne devrait pas poser de problème car finalement, j’aime bien naviguer tout seul. Evidemment, si je commence à avoir des soucis techniques, cela ne sera pas pareil ! Nous verrons. Je me sens bien et je n’ai pas de problème avec moi-même.

Pieter HeeremaAvec deux transats et un périple jusqu’en Islande cette saison, Pieter Heerema commence à se familiariser avec son plan VPLP-Verdier à foils.Photo @ Jacques Vapillon

Voilesetvoiliers.com : No Way Back est un monocoque IMOCA de dernière génération, avec des foils. Ce n’est pas trop technologique ?
P. H.
: Bien sûr qu’au début j’ai eu du mal, mais il faut bien une phase d’apprentissage. Au fil des jours et des semaines, je me sens de plus en plus à l’aise à bord. Et il y a des choses très compliquées à faire mais cela commence à rentrer : il suffit de prendre son temps. Il ne faut pas me comparer avec des skippers français ou britanniques très expérimentés !

Voilesetvoiliers.com : Et que pensez-vous des foils ?
P. H.
: C’est le début d’un nouveau développement et il faudra probablement attendre deux-trois ans avant que ces foils soient parfaitement au point. Déjà, je pars avec la version 2 qui semble nettement plus efficace et facile. Mais de toute façon, le Vendée Globe est avant tout une aventure pour moi parce que c’est mon premier et mon dernier tour du monde en solitaire sans escale ! Je naviguerai à mon rythme.

No way BackL’objectif premier de Pieter Heerema est de faire le tour, de revenir aux Sables-d’Olonne en forme physiquement et mentalement sur un bateau en bon état. Photo @ Jacques Vapillon