Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

TRANSAT JACQUES VABRE : L’ANALYSE

Plaies et bosses à tous les étages !

Combien de temps les équipages encore en course vont-ils vivre une telle punition ? La journée de mercredi a encore été contrastée entre les Multi 50, les IMOCA et les Class 40 aux prises avec un front très actif, tandis que les Ultime butaient dans une dorsale anticyclonique, Macif et Sodebo cherchant le bon angle de descente jusqu’à raser la côte marocaine, avant de retrouver un peu plus de pression et poursuivre leur match race nocturne sous les îles Canaries. La fatigue se fait déjà sentir autant sur les équipages que sur les bateaux… et il reste 4 500 milles. Vivement le week-end qui devrait enfin être un peu plus clément.
  • Publié le : 29/10/2015 - 07:16

Plaies et bosses à tous les étages !Dans le match dès le début de course, Sébastien Josse et Charles Caudrelier ont dû abandonner, suite à des soucis techniques sans gravité, mais pas réparables au vu de la météo.Photo @ T. Martinez/Gitana SA
Les langues commencent à se délier à mesure que la flotte tente de gagner dans le Sud. Car papoter à l’Iridium avec son service de presse ou la direction de course n’est pas forcément la priorité. On peut comprendre !
Depuis la première nuit, les conditions de vent et surtout de mer ont malmené les organismes, à commencer par les estomacs. Nombre de marins ont eu bien du mal à s’alimenter, sont trempés et ont pu vérifier une fois de plus cet odieux adage des 3 F - froid, faim, frousse (de casser) - qui favorise le mal de mer…
Erwan Le Roux, très discret dans la catégorie des Multi 50 depuis le départ, a été l’un des premiers à dire tout haut ce que beaucoup pensaient tout bas, à savoir qu’il « n’avait pas encore régaté ».
Avec un nouveau front engendrant des vents de Sud-Ouest de plus de 30 nœuds sur une mer démontée, les bateaux les plus à l’Est ont dû faire de l’Ouest au près serré, avec un VMG de misère. Chez les IMOCA, les partisans de la route Sud ont payé au prix fort le fait de retraverser au près le plan d’eau pour enfin pouvoir choquer les écoutes. On ne voit plus comment, aujourd’hui, ils pourraient croiser à proximité de la meute des Nordistes, déboulant à plus de 15 nœuds tribord amures sous des trombes d’eau. Et dans ces conditions dantesques et humides, les hommes, mais aussi les bateaux, ont bien souffert.
A la cape en fin de journée,
Hugo Boss, l’ancien leader, n’a pas pipé mot de l’origine de ses soucis techniques… avant d’annoncer laconiquement, en milieu de nuit de mercredi à jeudi, qu’il se déroutait vers Vigo en Espagne pour tenter de réparer. Pas bon signe !

Plaies et bosses à tous les étages !Novices du multicoque, mais routés par Macaire, les Marseillais Bouchard et Krauss dominent la classe Multi 50 avec brio !Photo @ P. ContinDeux nouveaux abandons

En panne de pilote depuis le début de la course, puis en proie à des boulons de quille récalcitrants mais en train de se dévisser, Bretagne Crédit Mutuel mené par Nicolas Troussel et Corentin Horeau, favori chez les Class 40, a finalement jeté l’éponge, et mis le cap sur Port-La-Forêt.
Un vol plané d’Horeau en milieu de nuit, et qui s’est ouvert la lèvre, a sans doute été la goutte d’eau faisant déborder le vase. Pourtant, les deux Bretons formés à l’exigeante école du Figaro, sont des durs au mal réputés. Cela donne une bonne idée de ce que les équipages endurent depuis 72 heures !
Quant à l’ami « Cali » alias Arnaud Boissières et son compère Stan Maslard, auteurs d’un excellent début de course sur Le bateau des métiers by Aérocampus (l’ex-Virbac-Paprec 2), ils ont été trahis par leur grand-voile qui s’est ouverte en deux, les obligeant à mettre le cap sur Les Sables d’Olonne.

Plaies et bosses à tous les étages !Ils faisaient partie des favoris… mais ont dû abandonner aussi.Photo @ B. Stichelbault

Lamiré et Bourgnon mal barrés

Avec un trimaran en très sale état suite au choc avec un conteneur (flotteurs sans étraves, un seul safran et une seule dérive), les deux navigateurs étaient encore à 400 milles des côtes françaises mercredi en milieu d’après-midi. Plus problématique, avec une piteuse journée de 50 milles en 24 heures et des vents désormais mal orientés, ça ne sent malheureusement pas bon pour l’équipage de La French Tech Rennes Saint-Malo.
L’inoxydable Yvan Bourgnon, qui en a vu d’autres, reste philosophe, mais moyennement optimiste : « Nous arriverons où le vent nous emmènera. Nous savons aujourd’hui qu’il ne nous ramènera pas en Bretagne, contrairement à ce que nous pensions hier. Notre objectif maintenant est de ne pas rater l’Irlande. La situation est de plus en plus périlleuse mais nous avons bon espoir d’y arriver. »

 
Josse : « Apprendre le monocoque à 30 nœuds ! »

Sébastien Josse, skipper d'Edmond de Rothschild, avec qui nous avons pu nous entretenir après son arrivée à Lorient dans la nuit de mardi à mercredi, a beau être toujours aussi calme, sa voix traduit un vrai questionnement. Si lui et Caudrelier ont raisonnablement décidé de faire demi-tour suite au bris d’une pièce en titane (padeye) sécurisant l’outrigger bâbord, plus l’arrachement de la plaque anti-déjantement qui évite à la boule soutenant le mât-aile de sortir de sa cavité malgré la compression de plusieurs dizaines de tonnes, c’est bien car les conditions météo non seulement ne permettaient pas de réparer en mer, mais qu’il y avait clairement le risque de démâter.

Edmond de RothschildAprès les retraits de Safran, Edmond de Rothschild et Hugo Boss, il ne reste plus que deux IMOCA à foils en course.Photo @ Thierry Martinez / Gitana SA

Et quand on lui pose la question sur la rupture d’une pièce calculée et conçue pour résister à des charges colossales, Seb répond avec la mesure qui le caractérise : « C’est peut-être une malfaçon… mais surtout il faut voir ce que ces nouveaux IMOCA encaissent ! Nous avons marché toute la seconde nuit au reaching à plus de 22,5 nœuds de moyenne. Nous étions à 25 nœuds voire plus tout le temps et ce dans une mer forte ! ».
D’accord, mais encore ? « Avec Charles, outre les foils, nous avons découvert un monde que nous ne connaissions pas auparavant en monocoque ! »
Et pour bien comprendre ce que veut dire le vainqueur de la Transat Jacques Vabre 2013 en MOD 70 (avec Caudrelier déjà), il convient de rappeler que les deux garçons cumulent, entre autres, trois Volvo Ocean Race et deux Vendée Globe à eux deux.
Bref, le mono, ils connaissent… Plus préoccupant peut-être, est cette phrase lâchée par « Jojo » dans la foulée : « Quand tu es à 30 nœuds et que l’outrigger rentre dans la vague, tu n’imagines pas les efforts induits. On n’avait pas forcément mesuré tout ça auparavant. »
Et pour avoir juste goûté quelques heures aux fabuleuses performances des nouveaux IMOCA (sur Banque Populaire VIII ; ndlr), mais aussi être effaré par leur brutalité dans à peine 20 nœuds de vent et une mer rangée, une question me taraude : Comment se passe la vie dans 30 nœuds et à 30 nœuds dans une mer pourrie ?
Le skipper d’Edmond de Rothschild marque un long silence...  et avec pudeur lâche d’une petite voix : « Disons que c’est très sollicitant pour les organismes. » En clair, ça signifie que c’est juste l’enfer, et entre nous un peu n’importe quoi !

Plaies et bosses à tous les étages !Banque Populaire VIII, 3e est actuellement le seul IMOCA doté de foils à être dans le trio de tête. Photo @ Y. Zedda/BPAvec deux IMOCA à foils sur trois encore en course après seulement quatre jours - Saint-Michel Virbac (11e) et Banque Populaire VIII (3e) – en embuscade derrière le nouveau leader PRB et Queguiner Leucémie Espoir, les mots de Josse ont encore un peu plus de signification. En tout cas, la flotte a pu enfin un peu souffler cette nuit… mais ça ne devrait pas durer, car une dépression très nerveuse va cueillir tout ce petit monde dès ce soir au large des Açores !

Cliquez ici pour les classements complets et la cartographie de la Transat Jacques Vabre 2015

Plaies et bosses à tous les étages !Un nouveau front va toucher les concurrents de la Transat Jacques Vabre… sauf les Ultime. Photo @ WSI Corporation