Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

L'analyse de Dominic Vittet

Quand l'Amérique pond des bulles

Pas de changement en tête de la flotte depuis 24 heures, Alex Thomson imprimant toujours le rythme de l’échappée des sept premiers, tout en accroissant son avance sur ses poursuivants. Symboliquement le premier d’entre eux, Armel Le Cléac’h possède déjà un retard supérieur à 100 milles ! A noter le détour prévu par Bertrand de Broc sur l’île de Fernando de Noronha au large du Brésil pour vérifier son MACSF, suite à un choc ressenti lors des premiers jours de course au large du Portugal. Pour lui comme beaucoup, cette semaine, le Pot au Noir a bel et bien distribué les cartes. Mais surtout les bulles anticycloniques que génère l’Atlantique Sud comme autant d’œufs, dans la zone où naviguent les premiers, pourraient changer la face de la course.
  • Publié le : 19/11/2016 - 07:30

La FabriqueA quelques 1 500 milles du premier, Alan Roura effectue sur La Fabrique une course qui n'a rien à voir avec celle des leaders. Il fait partie de ce groupe qui accumule un retard conséquent, retard qui ne va faire que s"accroître. Mais il fait à son rythme le tour de son monde.Photo @ Olivier Blanchet/DPPI/Vendée Globe

Comme souvent, la sortie du Pot au Noir s’est effectuée au compte-goutte.  Les premiers ont quitté cet enfer depuis lundi soir et remuent le couteau dans la plaie de leurs camarades. Ils accélèrent de plus en plus dans l’alizé de l’Atlantique Sud et alignent les milles dans un vent de travers medium idéal pour leurs puissants voiliers. La zone maudite a eu de plus la mauvaise idée de s’étendre vers l’Ouest et d’offrir des calmes beaucoup plus sévères pour le peloton que pour les leaders. Ainsi Louis Burton (13e sur Bureau Vallée) et tous ceux qui le suivent payent double. Non seulement leurs vitesses potentielles sont moindres, mais de plus leur sortie de la zone de calme est douloureuse. Profonde injustice certes, mais réalité fréquente pour ces coursiers des mers qui ont déjà accepté leur sort depuis longtemps avec plus de 1 000 milles de retard. Un monde.

La flotte est à peine sortie de ce traquenard, qu’un autre scénario, encore plus cruel se prépare pour les tous prochains jours. La côte Est américaine est la nurserie des dépressions. Du Brésil à l’Argentine, les contrastes de température entre la terre tropicale et l’immense masse d’eau de l’Atlantique Sud favorisent les conflits atmosphériques. Des œufs dépressionnaires naissent, se détachent de la mère Amérique, grossissent et vont faire leur vie d’adulte en filant rejoindre les 40e Rugissants vers le Sud-Est.

Ce type  de phénomène météo offre des opportunités intéressantes. Dans un premier temps, un petit ‘’monstre’’ apparu juste au large de Rio, génère du vent de Nord. Puis il va bousculer l’anticyclone de Sainte-Hélène vers l’Afrique et propose une route plus courte pour rejoindre l’océan Indien.

Dépression BrésilSur cette carte, on peut visualiser la zone de création de ces dépressions. Les leaders vont être peu à peu catapultés par celle notifiée en gris.Photo @ DR

Pour en profiter il faut encore pouvoir se présenter à la gare au bon moment. Hugo Boss, toujours premier, commence à sentir dans ses voiles l’accélération ainsi générée en venant flirter avec le haut de la dépression brésilienne.  Alex Thomson ne mollit surtout pas car il sait qu’il peut faire un coup exceptionnel et qu’il est le mieux placé pour profiter de l’aubaine.  Le Cléac’h (Banque Populaire VIII), Josse (Edmond de Rothschild)  et Riou (PRB), aux basques du Gallois, se pensent dans le bon wagon. Mais leurs 100 milles de retard vont les desservir et l’écart va encore s’aggraver. Toute la question est de savoir si Thomson peut accrocher la vitesse de déplacement du phénomène et en tirer avantage pendant plusieurs jours. Si oui, le coup de massue pourrait être énorme. Les prévisions donnent une vitesse de déplacement de la masse d’air humide à 30 noeuds. C’est sans doute trop rapide pour Hugo Boss. Mais il sera toujours le mieux placé pour bénéficier des vents favorables et allonger la foulée. Va-t-il réussir à faire le break ?

Derrière, Lagravière (Safran) et Meilhat (SMA) s’accrochent. En espérant limiter les dégâts mais seront très vite rattrapés par les vents plus mous qui vont gagner la zone dans le sillage du tourbillon. Beyou (Maître CoQ) qui accuse déjà plus de 300 milles sait que l’élastique n’est pas loin de se rompre. Tous les autres ne pourront suivre la bagarre de devant que sur leur écran. Même Eliès (Quéguiner-Leucémie Espoir) qui, malgré ses qualités de marin hors pair, ne dispose sans doute pas d’une machine suffisamment performante pour revenir sur les foilers. Il devra maintenant compter sur les aléas des concurrents pour espérer le podium.

QuéguinerHuitième à près de 600 milles du premier, Yann Eliès s"accroche.Photo @ Alexis Courcoux/Quéguiner/Vendée Globe

Les trajectoires jusque-là relativement proches les unes des autres vont s’écarter. L’anticyclone reprendra sa place et fermera la porte. Chaque bateau distancé devra imaginer désormais un autre scénario  pour rejoindre le Sud et le parfum des 40e. La situation est passionnante et l’enjeu est majeur, avant d’attaquer le mois de navigation dans les mers du Sud où les gains et les pertes sont en général assez faibles. Il faudra peut-être attendre la remontée de l’Atlantique, après le cap Horn, pour retrouver des situations à fort potentiel de renversements. A l’heure qu’il est, les leaders ont sans doute effectué leur dernier check-up et pris leur ultime douche chaude avant d’attaquer la falaise. Les dés sont jetés, ils roulent…

(Cette nouvelle analyse matinale est signée Dominic Vittet. Durant tout le Vendée Globe, l’ancien vainqueur de la Solitaire du Figaro, Champion de France solitaire ou Champion du Monde Class40 – entre autres – devenu analyste météo et routeur, nous livre son analyse de l’évolution de la course.)

Classement samedi 19 novembre à 5 heures

1.       Alex Thomson (Hugo Boss), à 20 096 milles du but
2.       
Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII), à 112,5 milles du premier       
3.       
Sébastien Josse (Edmond de Rothschild), à 127,1 milles
4.       Vincent Riou (PRB), à 180,2 milles
5.       Morgan Lagravière (Safran), à 264,8 milles

Classements et positions live ici : cartographie du Vendée Globe.