Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Vendée Globe

Qui est Alex Thomson ?

Qu’il parvienne à doubler Armel Le Cléac’h dans le pot au noir ou qu’il se maintienne en 2e position, Alex Thomson aura dans les deux cas imposé sa marque sur la course. Le navigateur Roland Jourdain, le journaliste britannique James Boyd et l’ancien directeur de l’Artemis Offshore Academy Charles Darbyshire nous livrent quelques anecdotes sur la personnalité du skipper d’Hugo Boss…
  • Publié le : 04/01/2017 - 07:24

Alex ThomsonQui est vraiment ce mystérieux Mister Thomson... Pas facile de briser le masque d'une personnalité étonnante qui aura marqué ce 8e Vendée Globe.Photo @ Vincent Curutchet/DPPI/Vendée Globe

Après un océan Indien englouti à 35 nœuds de moyenne (record battu en 4 jours et 9 heures), Idec Sport et ses 6 hommes d’équipage, dans leur tentative du Trophée Jules Verne, sont sur le point de déboîter la queue de flotte du Vendée Globe ! Et pour cause, les ultimes retardataires du tour du monde en solitaire, pourtant partis un mois et (presque) 10 jours avant le grand trimaran rouge, ont progressé à moins de 10 nœuds de moyenne. Aujourd’hui, nombre d’entre eux accumulent les déboires dans le Pacifique. Sébastien Destremau (TechnoFirst-FaceOcean) est en arrêt au stand dans le sud de la Tasmanie pour checker bateau et gréement ; le benjamin de la course Alan Roura (La Fabrique) a étanché une voie d’eau causée par la perte de son safran tribord, safran adroitement et promptement remplacé ; Didac Costa (One Ocean One Planet) a un trou dans la grand-voile. Enfin, Conrad Colman (Foresight Natural Energy), à 180 degrés de la route, se bat depuis hier avec un étai (J1) qui s’est désolidarisé du pont et un génois en lambeau.

Roland Jourdain : « Ce côté chien fou »

Plus lents que la tête de course, les derniers du peloton subissent logiquement un nombre plus élevé de dépressions et nous embarquent dans une aventure bien éloignée de la compétition. « On savait depuis le départ des Sables qu’il y aurait des rythmes de course très différents, commente Roland Jourdain, trois Vendée Globe au compteur et fraîchement rentré à terre après le convoyage de Safran depuis l’Afrique du Sud, C’est un peu comme sur un Paris-Dakar. Si on n’avait que des pilotes de F1 dans le Vendée Globe, est-ce que cela susciterait un tel intérêt ? Je n’ai toujours pas de réponse. Concernant la tête de course, en tout cas, le travail des deux lascars Armel et Alex est nickel ».
Roland JourdainLe navigateur Roland Jourdain, 3e du Vendée Globe 2000/2001 avait vendu en 2003 son 60 pieds IMOCA Sill à Alex Thomson et disputé avec lui la Transat Jacques Vabre (2e). Pour ce 8e Vendée Globe, Bilou et sa société Kairos ont accompagné le projet de Morgan Lagravière. Photo @ Benoît Stichelbaut

Roland Jourdain a connu Alex Thomson à ses débuts en IMOCA en 2003, au moment où ce dernier faisait l’acquisition de son ancien bateau, l’ex-Sill. Le deal, avec cet achat était de disputer ensemble la Transat Jacques Vabre. « Alex voulait tout savoir, il parlait tout le temps. Il avait alors ce côté chien fou et pied au plancher qui a fait sa réputation. Mais il y a l’Alex de l’époque et l’Alex de maintenant. En dehors d’un de ses plus gros progrès, celui d’avoir soigné son accent gallois auquel je ne comprenais rien, plaisante Bilou, il a évolué en tant que marin : sa 3e place au Vendée Globe 2012, et ce qu’il fait maintenant est brillant. Il n’a peut-être pas la même méthode qu’Armel, mais elle est assez efficace ! Nous, les Gaulois un peu chauvins, on est toujours rapides à la détente lorsqu’il s’agit de critiquer les Anglais. Nous sommes aussi nombreux à penser que ça ferait du bien à la course, pour son internationalisation, qu’elle soit un jour remportée par un étranger. »

Skipper dans une boîte de charter

Le journaliste nautique britannique James Boyd a connu Alex entre Nassau et Cuba, lors d’un reportage sur la Clipper Round the World Race 1998, une course autour du monde où des équipiers venus de tous horizons payaient leur embarquement. À 24 ans, Alex Thomson skippe Ariel, le bateau qui remporte l’épreuve. Il gagne dans la foulée ses galons de « plus jeune skipper vainqueur d’une course autour du monde ». « Il rêvait déjà de course au large en solitaire, se souvient James Boyd. Il avait été skipper professionnel pour une boîte de charter en Grèce. Il avait fait plusieurs saisons comme ça à transporter des clients. Son background en régate n’est pas énorme mais il a toujours été bon marin, avec un fort esprit de compétition. Il a fait pas mal de voile légère, je pense que ça a dû l’aider. Lui et sa famille sont originaires de Gosport, près de Portsmouth. Son père était pilote d’hélico pour les secours là-bas ». C’est aussi à bord d’Ariel qu’Alex rencontre un personnage clé dans sa carrière, celui avec qui il s’associera et qui le guidera sur le chemin du Vendée Globe : l’homme d’affaire et marin amateur Keith Mills (inventeur du Air Miles et plus tard Président du comité d’organisation des JO de Londres).James BoydLe journaliste anglais James Boyd (à droite), ici en reportage à bord du bateau de Nandor Fa. Photo @ Spirit of Hungary

Charles Darbyshire a été pendant sept ans le responsable de l’Artemis Offshore Academy, école de course au large pour jeunes navigateurs britanniques. Lors du Vendée Globe 2004, alors qu’Hugo Boss entre pour la première fois dans l’arène, Charles travaillait pour Nick Moloney. « À l’époque, Alex et son équipe étaient très confiants au point d’être un peu arrogants. Le voilier d’Alex n’était pas prêt. Il y avait énormément de monde autour du projet. Ils sont arrivés aux Sables-d’Olonne avec un énorme bateau à moteur. On avait l’impression que c’était une équipe de F1. Je pense qu’il y a une certaine forme de révérence à avoir au départ d’une telle course. Si tu mets de la fête et des paillettes par-dessus, ce n’est pas le bon mélange. C’est comme porter une robe de soirée à un enterrement. Ce n’était pas une bonne chose pour Alex à ce niveau de sa carrière. Depuis, lui et son team ont trouvé la juste mesure ».

Parfois tête brûlée en mer, fêtard et très « cash » à terre

Charles Darbyshire Charles Darbyshire a dirigé pendant 7 ans l’Artemis Offshore Academy (2010-2016), école de course au large pour jeunes marins britanniques, dont le but ultime est de détecter celui qui remportera un jour le Vendée Globe. Une vingtaine de jeunes navigateurs ont été formés à l’Academy, dont quelques éléments très prometteurs comme Sam Goodchild, Jack Bouttell, Alan Roberts, Henry Bomby ou Will Harris... Entre autres.Photo @ AOACharles Darbyshire encore : « Quand Alex a débuté, c’était un peu un Maverick. Le mec qui pousse tout le temps à fond. S’il a battu le record des 24 heures sur sa première course solo à bord de l’ancien Sill, c’est parce qu’il ne savait pas où était la limite ! Maintenant, avec l’expérience de ces 12 dernières années (casses, avaries etc..), ce Maverick a évolué pour devenir une personne qui peut et sait gérer le risque ».
James Boyd : « Parce que les marins français sont Français, ils parlent de leurs sentiments, même sur un Vendée Globe. Les Anglais, eux, ne parlent jamais de leurs émotions. Avec Alex, la seule chose que vous verrez sur les vidéos, c’est s’il est très content ou très contrarié. Il n’y a pas de zone grise. Et cette année, la plupart du temps, on le voit heureux ! Ensuite, je peux vous dire que c’est un fêtard. En tout cas, il l’était. En Angleterre, dans la voile, il y a la tradition de la 3e mi-temps. Alex est ou était souvent le dernier à quitter les soirées ».
Roland Jourdain : « Il n’est pas du style à faire des entourloupes. C’est un mec sain. Au sein de la classe IMOCA, il a un rôle intéressant. On voit qu’il n’est pas là pour enfiler des perles. Quand il ouvre sa gueule, même quand c’est dérangeant, c’est toujours pour dire quelque chose de sensé. On a pu le constater pendant le briefing avant - Vendée »

La machine Hugo Boss, son partenaire depuis 13 ans

Keel walkAprès le keel walk (ici), le mast walk il y eut une session de kite tracté par son 60 pieds IMOCA. Avec ces mises en scène et ces images très esthétiques, Alex Thomson et son sponsor Hugo Boss ont toujours fait le buzz.Photo @ Lloyd Images

James : « Hugo Boss est une boîte énorme. Ils sont présents notamment dans la Formule 1 (mais aussi dans le golf et le foot, ndlr). C’est d’autant plus intéressant qu’en Angleterre, il n’y a pas ou très peu de sponsoring en voile. Alex a été brillant dans la façon qu’il a eue de construire une vraie histoire médiatique avec la marque. Les images du keel walk par exemple (Thomson marchant en costume sur la quille de son bateau gîté, ndlr), ont été les plus vues sur la chaîne Youtube d’un groupe de journaux australiens pendant toute une année. Avec toutes ces mises en scènes et ces images, toujours très léchées, il a cassé les barrières en terme de communication traditionnelle. »

Peu connu du grand public et peu médiatique en Angleterre

James : « Ellen (MacArthur) a été un phénomène en Angleterre. Les gens pensent même que c’est elle qui a remporté le Vendée Globe en 2000 ! En 2005, lorsqu’elle revient à Falmouth après son tour du monde en multicoque, la BBC et l’autre grande chaîne, ITV, ont arrêté leur programme pour faire 3 heures de live. Le genre de truc qui n’arrive que pour des élections ou un mariage princier ! Elle faisait la Une. Pour Alex, je ne suis pas sûr que les médias suivent à fond malheureusement. Et puis il n’y a qu’un seul britannique dans la course cette fois… »

Hugo BossA bord de son incroyable fusée noire aussi efficace qu'esthétique, Thomson montre la voie aux anglo-saxons dans la course en solitaire.Photo @ Cleo Barnham/Hugo Boss

Charles : « C’est un gars qui lutte depuis longtemps pour arriver là où il est et tous les voileux sont à fond derrière lui. Mais il n’est pas connu du grand public. Pour son entrée dans le Grand Sud, il a fait les news locales de la BBC. Mais ce ne sont que des news locales, pas nationales. On a inventé le tour du monde en solitaire (avec le Golden Globe, ndlr), pourtant, la voile est un des derniers sports dans les médias chez nous. Bien sûr, il y a Ben Ainslie Racing avec les Jeux et la Coupe, mais c’est toujours vu comme un sport d’élite, très cher, "très pantalon rouge ». Dans les années 60, la presse quotidienne avait ses propres classes de bateaux : le Daily Mirror et le Daily Express ont donné leur nom à des dériveurs. Maintenant, il n’y a plus de place pour la voile dans les journaux. Et il n’y a même pas de journaliste de presse écrite qui soit dédié à la voile ! »

Le modèle et la relève…

James : « Je pense qu’Alex pourrait être un modèle. Le problème, si ç’en est un, est qu’en Grande Bretagne, on a surtout une très forte tradition olympique. Quand tu as 10 ans et que tu fais de l’Optimist, on te repère en te disant : « toi, tu vas faire de l’olympisme ». Personne ne te dit : « toi, tu vas aller faire le Vendée Globe ». Ces dernières années, il y a quand même eu de supers initiatives avec l’Artemis Offshore Academy, qui a formé à la course au large une bonne vingtaine de marins, tous très jeunes et déjà très bons ».
Charles Darbyshire, connaît parfaitement le sujet. « Il y a un bon petit groupe qui arrive au même moment. Sam Goodchild et Jack Bouttell sont de très sérieux candidats. Mais je m’attends à ce qu’ils fassent une Volvo Ocean Race ou autre avant de s’attaquer au Vendée Globe. Derrière eux, il y a des gens comme Henry Bomby, Sam Matson ou Will Harris. Ces trois dernières années, les Anglais ont fait trois fois premier bizuth sur la Solitaire du Figaro… ». 

ArtemisCes dernières années, les coureurs britanniques ont remporté par trois fois le classement bizuth de la Solitaire du Figaro... Et si l'Artemis Offshore Academy avait formé un futur vainqueur du Vendée Globe ?Photo @ AOA

Classement mercredi 4 janvier à 5 heures

1.       Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII),  à 4 218 milles de l'arrivée
2.       Alex Thomson (Hugo Boss), à 216 milles du premier

3.       Jérémie Beyou (Maître CoQ) à 624 milles       
4.       Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac), à 1 345 milles
5.       Yann Eliès (Quéguiner-Leucémie Espoir), à 1 405 milles

Classements et positions live ici : cartographie du Vendée Globe.