Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Vendée Globe

Rich Wilson, notre oncle d’Amérique

Il l’a fait. Il l’a refait même. Rich Wilson a terminé ce mardi 21 février son deuxième Vendée Globe en 107 jours et 48 minutes. Le doyen de la course avec ses 66 printemps est l’auteur d’une très belle performance à la fois sportive et éducative.
  • Publié le : 21/02/2017 - 17:27

Rich WilsonLe doyen de l'épreuve peut se féliciter de sa 13e place lors de sa deuxième participation au Vendée Globe.Photo @ Olivier Blanchet/DDPI/Vendée Globe
Parmi les 29 marins alignés au départ, il n’avait certainement pas le bateau le plus beau ni le plus rapide. Sans doute pas le budget le plus important. Connaissez-vous seulement son sponsor ? Sitesalive.com est un site éducatif grâce auquel Rich Wilson a partagé son aventure avec non pas des centaines mais des milliers de classes dans le monde entier. Le navigateur américain est à l’origine de cette fondation, partant du principe que l’on s’intéresse plus facilement à des problèmes concrets et que l’apprentissage de nouvelles connaissances est ainsi facilité.

Pour Rich, mener de pair une des courses les plus exigeantes du monde avec ce programme n’a pas été un problème. Et pourtant, il lui aura fallu tenir quotidiennement le journal de son aventure et aussi répondre aux questions de ces milliers d’élèves. Tout cela sans jamais se plaindre des conditions rencontrées ni des problèmes survenus. Il faut dire que l’homme est affable, toujours poli, toujours souriant. Sur les photos disponibles de lui avant le départ, il porte toujours blazer et cravate, comme s’il se préparait à discuter d’une prochaine régate de club. Aucune affectation, simplement une réelle élégance. Le bonhomme sort des meilleures universités possible : diplômé de mathématiques à Harvard et en sciences au fameux MIT de Boston, c’est assurément une tête bien faite. Ce qui ne l’empêche pas, bien au contraire, d’être aussi un marin accompli.

Great American IVLe Great American IV que mène Rich Wilson est l'ancien Temenos de Dominique Wavre, lancé en 2006 sur plans Owen-Clarke.Photo @ Olivier Blanchet/DPPI/Vendée Globe
Il remporte des courses et enchaîne les records en multicoque dans les années 1990. Avant de se prendre de passion pour le Vendée Globe. Pour sa première participation, en 2008, il a reçu les conseils de Michel Desjoyeaux qui remporte l’épreuve avec brio. Dans cette édition, marquée par de nombreux abandons, Rich Wilson termine 9e en 121 jours. C’était déjà le doyen de la course, que dire de son exploit actuel : il a réussi avec huit ans de plus à gagner deux semaines sur un tour du monde ! Autant dire que s’il n’a jamais fait figure de favori, ce n’est une surprise pour personne de le voir à l’arrivée. Avec les milliers d’élèves qui l’ont suivi tout autour du globe, il ne s’est jamais senti seul. Mais sur l’eau non plus. Sa descente de l’Atlantique s’est faite au sein d’un peloton groupé, ralenti par une météo peu coopérante. Il a traversé l’océan Indien en compagnie d’Eric Bellion, de Enda O’Coineen et d’Alan Roura. Et c’est dans le sillage de ce dernier qu’il franchit le cap Horn. Mais le benjamin gardera sur toute la remontée de l’Atlantique une marge suffisante pour ne pas être inquiété et terminer avec une grosse journée d’avance sur le doyen de l’épreuve. Ce dernier parle d’Alan (Roura) et d’Eric (Bellion) comme de ses «frères du Sud».

Lors de ses premières interventions, une fois la ligne franchie, comme à l’arrivée au ponton il a d’ailleurs tenu à insister sur les multiples échanges de mails qui ont eu lieu entre les concurrents tout au long de la course. «Nous avons communiqué sans arrêt dans le Sud, beaucoup plus qu’en 2008. Et avec Didac (Costa) qui me chasse depuis dix jours nous avons parlé de tout et de rien, sauf de la course ! Je garderai le souvenir de ces échanges avec les autres concurrents. Nous nous encouragions tous les uns les autres. Nous avons formé une petite communauté très soudée. C’était fantastique.»

Podium Rich WilsonArnaud Boissières (à gauche), Fabrice Amedeo et Eric Bellion (à droite) portent en triomphe Rich Wilson sur le podium des Sables-d'Olonne.Photo @ Olivier Blanchet/DDPI/Vendée Globe
Retrouvez ici ses premières déclarations

Son classement

13e, ce n’est pas important, je me souviens que la première fois quelqu’un m’a dit : "si tu finis la course, tu as gagné".

L’accueil aux Sables

Souvent pendant la course j’ai pensé que mon objectif était de finir la course et de revenir aux Sables-d’Olonne. Le Vendée Globe en mer est quelque chose de très dur mais le Vendée Globe à terre et l’accueil que j’ai reçu ici, c'est quelque chose de formidable. Je suis très très heureux d’être ici aux Sables-d’Olonne parce que le public est fantastique. Vos encouragements sont très importants pour les concurrents. Dans le Sud, Eric, Alan et moi nous avons parlé de vous, nous voulions finir la course pour le chenal, pour vous voir ici.

Je vais de nouveau citer Thomas Jefferson alors ambassadeur des Etats-Unis en France et qui disait : «Tout homme dans le monde a deux pays, son pays et la France» et c’est vrai pour moi aussi.

La fatigue

Je veux dormir ! La course était difficile, il était difficile d’échapper aux dépressions comme aux anticyclones. Il y a deux jours j’ai dit plus de changement de voile et il y a deux jours au milieu de la nuit à deux heures du matin le génois était sur le pont… pfff ! Cette course était plus difficile mais aussi parce que je suis plus vieux. Le bateau est plus facile, plus équilibré grâce aux ballasts mais cette course baignait tout le temps dans le gris pendant le Sud. Le soleil n’était pas là, c’était gris gris gris, sans arrêt et c’était dur. C’était déprimant !

Rich Wilson pontonRich Wilson, tout sourire, est accueilli par les médias, Jacques Caraes le directeur de course, et ses concurrents Alan Roura et Eric Bellion sur le ponton des Sables-d'Olonne.Photo @ Olivier Blanchet/DDPI/Vendée Globe
Son âge

Bien sûr c’est un fait, je suis plus vieux mais je pense qu’il faut aussi penser à Nandor Fa qui est arrivé ici il y a deux semaines, il a 65 ans, et j’ai une pensée pour Enda O’Coineen qui était avec nous dans le Sud et pour Pieter Heerema qui sera ici dans quelques jours. Je ne suis pas tout seul, mais oui, je suis fatigué. Dans les données que j’envoyais tous les jours aux enfants qui suivaient la course à travers un programme éducatif, il y avait le nombre de tour de manivelle que je faisais sur la colonne de winch : 1 200 par jours ! Et certains jours beaucoup plus.

Sa course

Je ne suis pas vraiment content de moi. Si j’ai fait le même nombre de milles qu’Armel, pourquoi est-il arrivé un mois avant moi ? Dans l’Atlantique Sud, j’ai fait des erreurs lors de la descente et j’ai l’impression d’avoir buté dans toutes les hautes pressions en remontant l’Atlantique, à tel point que j’ai fait une vidéo pour montrer comment le bateau à certains moments tournait en rond. Je suis surpris de ne pas avoir fait plus de milles, j’ai l’impression d’avoir fait beaucoup de route en trop.

C’est frustrant car même quand j’essayais d’aller plus vite que de manière "conservative", même quand je poussais mon bateau à fond je faisais au mieux aussi bien que les autres. Ce n’est peut-être pas lié à mon âge mais à ma génération, nous avons appris à naviguer sur des bateaux lents.

Sa santé

J’ai de l’asthme depuis 65 ans mais on le contrôle bien avec les médicaments maintenant ; quand j’étais jeune, je n’avais pas de médicament et c’était très difficile. C’était dur de faire du sport mais il fallait faire du sport pour avoir des amis. Je me suis prouvé que je pouvais faire quelque chose. C’est aussi pour mon asthme que je suis ici.

J’ai eu beaucoup moins de problèmes que la dernière fois. J’ai bien mangé mais j’ai souffert du manque de sommeil. Ces bateaux sont violents et vous pouvez vous blesser si vous ne vous tenez pas bien. Dans ma cabine, il y a des mains courantes partout pour que je puisse toujours me tenir. Nous avons mis du grip de raquette de tennis pour ne pas glisser. Quand j’allais bricoler sur le pilote à l’arrière pour resserrer régulièrement des liaisons, je mettais toujours un casque.

Portrait Rich Wilson Doyen des engagés du Vendée Globe, il l'a disputé cette année pour la deuxième fois à bord de Great American IV.Photo @ Vincent Curutchet/DPPI/Vendée Globe

La course des leaders

Je voyais les traces de mes concurrents sur l’écran et je ne comprenais pas comment les autres faisaient pour aller aussi vite. Il y a un truc que je ne comprends pas avec la tête de la course... Comment font-ils pour gérer le stress avec les vitesses qu’ils atteignent ? Moi j’étais effrayé par ma vitesse. Ce serait une bonne idée de naviguer avec Le Cam ou Armel pour comprendre comment ils gèrent leur bateau. Ces skippers français sont tellement bons, c’est incroyable.

Le plaisir

Le plaisir dans le contexte du Vendée Globe n’est pas vraiment du plaisir comme à terre. On apprécie de réussir un bon changement de voile, de naviguer proprement. Il y a deux jours, j’ai dû faire un changement pas difficile mais 75 minutes quand même... Je voulais arriver avant la marée.

La solitude

Ne pas avoir de gens à qui parler et ne pas avoir de gens pour vous aider, ce n’est pas la même chose. Les bateaux sont puissants et lourds, c’est du boulot. Je me suis entraîné avec un coach physique, nous avons travaillé dur mais ce n’était pas suffisant.

Rich Wilson chenalCélébration et émotion dans le chenal des Sables-d'Olonne où la foule était présente pour l'accueillir.Photo @ Olivier Blanchet/DDPI/Vendée Globe


Classement mardi 21 février à 15 heures

1.       Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII), arrivé le 19 janvier à  16 h 37'46''.
Temps de course : 74 j 03 h 35'46''. Moy. : 13,77 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 15,4 nœuds sur le fond (27 455,6 milles parcourus).
2.       Alex Thomson (GBR, Hugo Boss), arrivé le 20 janvier à 8 h 37'15''. Temps de course : 74 j 19 h 35'15''. 
Retard sur le premier : 15 h 59'29''. Moy. : 13,64 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 15,4 nœuds sur le fond (27 636,1 milles parcourus).
3.      Jérémie Beyou (Maître CoQ) arrivé le 23 janvier à 19 h 40'40''. Temps de course : 78 j 06 h 38'40''.
Retard sur le premier : 4 j 03 h 02'54''. Moy. : 13,04 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 14,4 nœuds sur le fond (27 101,8 milles parcourus).
4.     Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac), arrivé le 25 janvier à 14 h 47'45''. Temps de course : 80 j 01 h 45'45''. 
Retard sur le premier : 5 j 22 h 09'59''. Moy. : 12,75 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 14,5 nœuds sur le fond (27 857,1 milles parcourus).
5.       Yann Eliès (Quéguiner-Leucémie Espoir), arrivé le 25 janvier à 16 h 13'09''. Temps de course : 80 j 03 h 11'09''. 
Retard sur le premier : 5 j 23 h 35'23''. Moy. : 12,74 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 14,1 nœuds sur le fond (27 138,6 milles parcourus).
6.       Jean Le Cam (Finistère-Mer Vent), arrivé le 25 janvier à 17 h 43'54''. Temps de course : 80 j 06 h 41'54''. 
Retard sur le premier : 6 j 03 h 06'08''. Moy. : 12,73 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 14,1 nœuds sur le fond (27 115,7 milles parcourus).
7.       Louis Burton (Bureau Vallée), arrivé le 2 février à 8 h 47'49''. Temps de course : 87 j 21 h 45'49''. 
Retard sur le premier : 13 j 18 h 10'03''. Moy. : 11,60 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 13 nœuds sur le fond (27 477,3 milles parcourus).
8.       Nándor Fa (HON, Spirit of Hungary),  arrivé le 8 février à 11 h 54'09''. Temps de course : 93 j 22 h 52'09''.
Retard sur le premier : 19 j 19 h 16'23''. Moy. : 10,9 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 12,4 nœuds sur le fond (27 851 milles parcourus).
9.       Eric Bellion (CommeUnSeulHomme), arrivé le 13 février à 17h 58'20''. Temps de course : 99 j 04 h 56'20''.
Retard sur le premier : 25 j 01 h 20'34''. Moy. : 10,3 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 11,8 nœuds sur le fond (28 048 milles parcourus).
10.    Arnaud Boissières (La Mie Câline), arrivé le 17 février à 09h 26'09''. Temps de course : 102 j 20 h 24'09''.
Retard sur le premier : 28 j 16 h 48'23''. Moy. : 9,9 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 11,4 nœuds sur le fond (28 156 milles parcourus).
11.       Fabrice Amedeo (Newrest - Matmut), arrivé 18 février à 10h 03'00''. Temps de course : 103 j 21 h 01'00''.
Retard sur le premier : 29 j 17 h 25'14''. Moy. : 9,8 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 11,1 nœuds sur le fond (27 712 milles parcourus).
12.       Alan Roura (La Fabrique), arrivé le 20 février à 09h 12'32''. Temps de course : 105 j 20 h 10'32''.
Retard sur le premier : 31 j 16 h 34'46''. Moy. : 9,6 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 11,2 nœuds sur le fond (28 358 milles parcourus).
13.       Rich Wilson (Great American IV), arrivé le 21 février à 13h 50'18''. Temps de course : 107 j 00 h 48'18''.
Retard sur le premier : 32 j 21 h 12'32''. Moy. : 9,5 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 10,7 nœuds sur le fond (27 480 milles parcourus).

Les tags de cet article

,)) ?>