Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

VENDÉE GLOBE LES GRANDS ENTRETIENS 11/29

Romain Attanasio : «Découvrir le Grand Sud!»

Ce n’est pas avec un IMOCA de 1998, même à la nouvelle jauge de l’époque, que Romain Attanasio espère gagner la huitième édition du Vendée Globe ! Lucide, l’ex-Ministe, ancien du circuit Figaro (dix saisons), équipier sur trimaran ORMA et sur monocoque IMOCA, en rêvait depuis vingt ans : faire le tour du monde en solitaire et sans escale. Avec l’un des plus petits budgets au départ des Sables-d’Olonne, le désormais Breton a réussi à monter un club d’entreprises qui s’est pris au jeu de l’aventure du Grand Sud…
  • Publié le : 18/10/2016 - 09:06

Romain AttanasioAvec une Mini-Transat, dix saisons en Figaro, des embarquements comme équipier sur IMOCA et ORMA, Romain Attanasio a de la «bouteille» même s’il n’est jamais allé dans le Grand Sud…Photo @ DR

Voilesetvoiliers.com : Tu pars sur l’ancien bateau de Catherine Chabaud !
Romain Attanasio
: L’ex-Whirlpool de 1998. Un plan Lombard. C’est en fait le premier IMOCA correspondant à la nouvelle jauge d’alors en termes de redressement. C’est déjà un bateau qui donne des sensations parce qu’auparavant, c’était tout de même des camions, ces monocoques de 60 pieds ! Et puis il y avait déjà deux dérives latérales en plus de la quille pendulaire. Catherine a tout de même pris le départ du Vendée Globe et a remporté la Fastnet Race toutes classes en 1999. Le bateau a ensuite été repris par l’Italien Simone Bianchetti pour Around Alone 2002-2003 (Tiscali Global Challenge), puis par Marc Thiercelin pour le Vendée Globe 2004-2005 (Pro-Form), enfin par l’Américain Brad Van Liew qui a remporté la Velux 5 Oceans en 2010-2011 (Le Pingouin) et par Tanguy de Lamotte pour le Vendée Globe 2012-2013 (Initiatives-cœur, 10e en 98 jours 21 heures et 56 minutes)… Un beau parcours !

Voilesetvoiliers.com : Certes, mais il date un peu…
R. A.
: Mais c’est encore un bateau qui plane, qui est assez performant au près avec ses dérives : il marche pas mal finalement.

Voilesetvoiliers.com : Mais de là à faire le Vendée Globe ?
R. A.
: J’en ai rêvé comme tout le monde, comme tous les coureurs que j’ai côtoyés sur le circuit Figaro ! Sincèrement, je ne pensais pas que j’y arriverai puisque j’avais déjà essayé de m’aligner lors des éditions précédentes… Et puis tout s’est goupillé après la Transat Jacques Vabre 2015 que Samantha (Davies, sa compagne à la ville, ndlr) avait faite aux côtés de Tanguy de Lamotte : son ancien bateau qui était resté sur le terre-plein de Lorient pendant trois ans était disponible à la vente, pas très cher parce que j’avais rencontré le patron d’Initiatives-cœur. Personne n’en voulait parce que soi-disant la quille était pourrie, ce qui s’est avéré totalement faux. Et comme j’avais un partenaire depuis des années en la personne de Laurent Defrance, concessionnaire Volvo à Rennes, on a monté un club d’entreprises pour financer la course.

Voilesetvoiliers.com : Ce qui fait que tu as beaucoup de partenaires !
R. A.
: Laurent avait son réseau qui a permis d’acheter le bateau, puis de naviguer avec des sponsors potentiels. C’est comme cela qu’a embarqué Benoît Mary, le patron de Famille Mary. On a invité toutes les personnes que nous connaissions à Rennes et vingt entrepreneurs ont répondu présents avec une participation de 2 000 €. Et à chaque fois que nous regroupons dix partenaires, l’un d’eux est tiré au sort pour être affiché sur la grand-voile…

Famille MaryPremier monocoque remplissant les nouvelles conditions de stabilité latérales, Famille Mary-Etamine du Lys n’a pas le potentiel pour gagner mais reste un excellent bateau, fiable et simple à faire marcher.Photo @ DRVoilesetvoiliers.com : Oui, mais finalement, cela ne faisait que 40 000 euros…
R. A.
: Le soir, j’y ai pensé ! Le budget total frisait les 500 000 euros tout de même. Mais on a continué et il y a eu dix, puis vingt, puis trente nouveaux entrepreneurs, et Famille Mary nous a soutenu plus fortement, ce qui a entraîné Etamine du Lys. Tout s’est déroulé en douceur mais avec efficacité alors que cela faisait vingt ans que j’essayais de faire cette course ! Incroyable.

Voilesetvoiliers.com : Tu as pris des risques en achetant le bateau.
R. A.
: Certes, mais j’y croyais parce que le budget n’est pas élevé puisque cela correspond à deux saisons en Figaro… Et le Vendée Globe, c’est une sacrée vitrine. C’était accessible au plus grand nombre.

Voilesetvoiliers.com : L’objectif essentiel, c’est de boucler le tour ?
R. A.
: Absolument. Je ne vais pas croire que je vais gagner ! Non seulement je n’ai pas le niveau pour battre des coureurs très expérimentés qui seront sur la ligne de départ, mais en sus le bateau n’a pas les performances des meilleures machines actuelles. Il faut que je termine, ce qui est déjà incroyable : faire le tour du monde sans escale en solo ! Tous nos efforts ont porté sur la fiabilisation du bateau en ce sens. Et puis si tu arrives aux Sables-d’Olonne, tu as de grandes chances de finir dans les dix premiers, ce qui n’est pas si mal…

Voilesetvoiliers.com : Parce que 50 % de la flotte en moyenne abandonne ?
R. A.
: C’est aussi la magie du Vendée Globe ! Il y a beaucoup de partants, mais finalement pas tant que cela d’arrivants en course… J’aurais pu me contenter de faire la Route du Rhum, mais ce n’est pas la même dimension. Le tour du monde en solitaire permet de vivre des choses incroyables pendant trois mois, ce que ne propose pas d’autres courses : il y a tellement d’aléas, d’aventures, de problèmes techniques à résoudre, de mers à découvrir, surtout pour moi qui ne suis jamais allé dans le Grand Sud !

Famille MaryLe bateau de Romain Attanasio avait connu six démâtages jusqu’à ce que Marc Thiercelin installe un étai fixe et utilise un Code 0 sur le bout-dehors.Photo @ DR

Voilesetvoiliers.com : Tu n’as pas modifié le bateau.
R. A.
: Non, mais on a tout contrôlé. : quille, moteur, batteries, pilotes, antennes, gréement dormant, électricité… En fait, c’est quasiment le bateau d’origine mais il avait démâté six fois ! C’est pourquoi il y a un étai fixe pour le J1 depuis 2004 et un grand Code 0 sur le bout-dehors. Famille Mary-Etamine du Lys avait toujours été bien entretenu, sauf les trois dernières années après avoir failli couler…

Voilesetvoiliers.com : Mais cela reste l’un des plus vieux bateaux de cette édition avec ceux de Sébastien Destremau et d'Alan Roura…
R. A.
: Effectivement. Il y aura toujours trois flottes comme lors des précédentes éditions du Vendée Globe. Et je ferai partie du peloton de queue. Je le sais parce que j’ai bien vu la différence avec le bateau de Jean Le Cam par exemple ! Mais c’est un très bon bateau de tout petit temps (ce qui n’est pas très courant sur un tour du monde, ndlr). Et quand on regarde le parcours de Tanguy en 2012-2013, il n’était qu'à 150 milles derrière Bertrand de Broc au passage du cap Horn…

Voilesetvoiliers.com : Et tu comptes combien de jours pour faire le tour ?
R. A.
: Le record du bateau, c’est 98 jours : j’espère faire 95…

Voilesetvoiliers.com : Loin de tout, de ta famille et de tes proches.
R. A.
: Oui. C’est sûrement dur mais je ne connais pas : on en parlera à l’arrivée. Ce n’est pas tant la solitude qui m’interpelle, plutôt le Grand Sud. On m’a raconté tant de choses ! Mais c’est finalement à l’arrivée et au départ qu’il y a souvent les plus méchants coups de vent : j’ai vécu deux Vendée Globe par procuration avec Sam (Davies). Le plus long parcours que j’ai fait, c’est Le Havre-Itajai au Brésil. Et cela ne fait que 20 % d’un tour du monde… Pour moi, le Vendée Globe, c’est encore une aventure. Quand je discute avec des personnes de ce tour du monde, elles hallucinent ! Cela fait forcément rêver ces histoires, comme le sauvetage de Philippe Poupon par Loïck Peyron, les algues que mangeait Yves Parlier ou les arrivées de Mike Golding, Marc Guillemot ou Jean-Pierre Dick sans quille.

Famille MaryL’ex-Whirlpool de Catherine Chabaud sera de nouveau au départ d’un tour du monde pour la sixième fois ! Romain Attanasio n’a quasiment rien changé de sa configuration d’origine…Photo @ DR