Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

CŒURS DE MARINS

Samantha Davies : «Je vais le quitter…»

La compagne de Romain Attanasio vit cette fois-ci un Vendée Globe particulier. L’Anglaise Samantha Davies, ingénieur en mécanique de formation, a participé par deux fois à l’emblématique compétition avec une magnifique 4e place en 2009 puis un abandon l’édition suivante. C’est donc en terrienne qu’elle suit intensément le tour du monde du papa de leur fils, Ruben. Fourmillant de projets pour son avenir de navigatrice tout en attendant son compagnon qui devrait rallier enfin Les Sables-d'Olonne dans dix jours. Rencontre.
  • Publié le : 15/02/2017 - 08:55

Samantha Davies et Romain AttanasioLe couple de l’Anglaise Samantha Davies et de Romain Attanasio s’est formé alors qu’ils usaient tous les deux leurs fonds de cirés sur le circuit Figaro au début des années 2000.Photo @ En Mille et Une Image/VG2016
Voilesetvoiliers.com : Quelles sont les nouvelles de Romain alors qu’il termine son Vendée Globe dans quelques jours ?
Samantha Davies :
Il a malheureusement cassé sa dérive bâbord le jeudi 9 février après une collision avec un autre OFNI. Elle s’est brisée net après un choc brutal. Il était alors au près par 30 nœuds d’alizé dans une mer compliquée. Les conditions étaient stressantes car il y avait énormément de bruit dans le bateau. Nous sommes maintenant rassurés au niveau des bruits car il n’y a rien d’inquiétant. La quille n’a pas été touchée. Désormais, il n’a plus qu’une seule dérive et un safran et demi. Cela explique ses vitesses qui sont moindres.

Voilesetvoiliers.com : Ce n’est donc pas le Vendée Globe dont il rêvait…
S. D. : Mais c’est ça le Vendée Globe. On ne sait jamais ce qui peut se passer. Il m’a suivi lors de mes deux participations avec mon arrivée en 4e position le jour de la Saint-Valentin en 2009 et la dernière qui s’était achevée prématurément par un démâtage au large de Madère. Mais je pense qu’il participe au Vendée Globe dont il rêvait malgré un petit budget de l’ordre de 500 000 euros. Il n’a pas eu beaucoup de temps pour se préparer et n’est pas parti avec le bateau le plus performant (un plan Lombard mis à l’eau en 1998 pour Catherine Chabaud et qui en est à sa quatrième participation, ndlr). Et puis il n’a pas eu beaucoup de chance avec trois collisions. C’est vrai, ce n’est pas juste, mais il est toujours en course. D’autres ont connu de pires mésaventures.

Voilesetvoiliers.com : Quel a été votre rôle dans l’équipe de Romain ?
S. D. :
C’est un projet familial. Au début, nous n’étions que tous les deux, avec Ruben notre fils de cinq ans. J’ai un peu navigué en m’impliquant particulièrement sur le côté technique, logiciels de navigation, pilote et électronique. Alors qu’il a monté une petite équipe deux mois avant le départ, j’ai pris le rôle de team manager. Je suis la première qu’il contacte s’il a un problème et je transmets l’info à la direction de course. Je fais aussi le lien avec les sponsors.

SafransDébut décembre dernier, Romain Attanasio s’était arrêté deux jours près du Cap en Afrique du Sud pour réparer ses deux safrans brisés après une collision avec un OFNI.Photo @ Romain Attanasio/Famille Mary-Étamine du Lys/Vendée Globe
Voilesetvoiliers.com : Vous vous êtes appelés souvent ?
S. D. :
Pas vraiment à cause de notre petit budget. En ce moment, c’est lui qui appelle un peu plus car la fin est vraiment dure pour lui. Il a besoin d’encore plus de soutien. Mais nous avons des contacts tous les jours par e-mail. A chaque fois qu’il a eu des problèmes, j’ai fait en sorte de contacter des techniciens pour qu’il ne panique pas. Lorsqu’il s’est arrêté pour réparer ses safrans, j’ai fait des recherches sur place pour trouver des personnes capables de l’accueillir au cas où il n’arriverait pas à gérer ses réparations tout seul. J’ai été un peu débordée dans ces moments-là.

Voilesetvoiliers.com : A-t-il songé à l’abandon ?
S. D. :
Peut-être, mais on n’en a jamais parlé. Nous n’avons jamais évoqué cette option. Mais il a eu la force de caractère nécessaire.

Voilesetvoiliers.com : Vous êtes actuellement femme de marin, cela change votre vie ?
S. D. :
Oui, mais il ne faut pas trop. J’ai eu la chance de travailler pour Thomas Coville pendant son record, suivant donc un autre tour du monde depuis la terre. J’étais une semaine sur trois dans la cellule de routage avec Jean-Luc Nélias et Thierry Douillard. Une expérience assez intense à vivre. Heureusement, mes parents étaient là pour s’occuper de Ruben. J’étais ainsi team manager, routeuse, femme de marin et maman ! D’ailleurs, je tiens à dire tout mon respect aux femmes célibataires qui élèvent seules leurs enfants. J’apprécie donc plus cette situation car Romain a fait la même chose pour moi. Et je pense bien sûr à toutes les compagnes et épouses de marins de ce Vendée Globe.

Voilesetvoiliers.com : Ce n’est pas trop dur pour votre enfant ?
S. D. :
Notre fils est habitué à nos absences. Il est plutôt cool. Il avait suivi entièrement ma Volvo Ocean Race 2014-2015 (Samantha Davies était skipper du bateau suédois Team SCA, ndlr). Il était aux départs et aux arrivées. Pendant ce Vendée Globe, fier de son papa, il me soutient aussi. Il y a quelques jours, nous avons eu une conversation par Skype avec Romain devant soixante-cinq élèves de l’école de Trégunc de Ruben.

FamilleLe petit Ruben, âgé de cinq ans, devrait voir sa famille reconstituée aux alentours du 25 février.Photo @ DR
Voilesetvoiliers.com : Cela se passe bien avec les sponsors de Romain ?
S. D. :
Nous avons formé un club d’entreprises autour du bateau Famille Mary-Étamine du Lys. Elles sont aux alentours de soixante-dix. Tout le monde est super content et suit à bloc la course. Ils sont heureux des retombées mais surtout de l’inspiration que Romain a insufflée avec tous les problèmes qu’il a rencontrés. Sans jamais baisser les bras. C’est là où le Vendée Globe est magique. Ce n’est pas qu’une compétition mais une aventure. Après son arrivée, alors que je vous le rappelle nous avons commencé le projet très tard, nous allons faire des relations publiques avec le bateau pour remercier nos nombreux partenaires au printemps. Il va juste falloir construire des safrans et des dérives (rires). En souhaitant que Romain puisse garder notre bateau pour que l’on soit adversaires sur une prochaine course !

Voilesetvoiliers.com : Justement, quel est votre avenir de marin ?
S. D. :
Après mon année de repos à la suite de la Volvo – une course vraiment épuisante, physiquement et mentalement –, j’ai la pêche pour reprendre la navigation et la compétition. En équipage mais rien n’est confirmé et surtout en IMOCA. Je vais faire la Jacques Vabre cette année. Sur un bateau performant. Pour l’instant, je ne peux pas donner le nom du skipper que je vais accompagner, ce n’est pas officiel. Mon objectif principal restant d’être au départ du Vendée Globe 2020. Quand tu termines le Vendée Globe, tu dis : «plus jamais ça !» Et puis tu changes d’avis. Mais pour l’instant, je n’ai pas de sponsor. J’attends le retour de Romain à la maison devant un bon steak-frites pour en parler et lui dire que je vais encore le quitter (rires). Je souhaite bien évidemment m’aligner soit avec un bateau neuf, soit avec un bateau des plus récents pour faire une performance.

SavéolLa dernière participation de Sam Davies au Vendée Globe 2012 avait eu un goût amer à la suite de son abandon sur démâtage. Elle souhaite revenir sur l’épreuve avec de réelles ambitions sportives.Photo @ Savéol/Sam Davies/Curutchet
Voilesetvoiliers.com : Comment expliquez-vous qu’aucune femme n’était présente sur la ligne de départ cette fois-ci sur le Vendée Globe ?
S. D. :
Au départ des Sables-d’Olonne en novembre, des personnes m’ont exprimé leur tristesse pour cette absence. En fait, lorsqu’il y a des femmes sur le Vendée Globe, cela ouvre la course à un autre public. J’espère que cela va faire réfléchir les sponsors et qu’il y aura plus d’opportunités pour nous. Mais pour cette 8e édition, je pense qu’il y a eu un concours de circonstances. La Volvo Ocean Race qui s’est achevée à l’été 2015 n’a pas laissé assez de temps pour faire les deux. La porte était fermée pour moi. Nous étions plusieurs filles dans le Team SCA dans la même situation, comme Justine Mettraux. Cette situation ne reflète pas le niveau des femmes dans la voile. Par exemple, l’an dernier sur la Solitaire du Figaro, nous avons eu le plus grand nombre de femmes jamais inscrites. Elles y retournent pratiquement toutes cette année. C’est pareil pour la Mini-Transat où il y aura pas mal de féminines performantes. Il y a donc un potentiel de femmes de haut niveau pour être présentes en 2020 (1).

1. Isabelle Joschke est déjà pressentie à bord du Quéguiner-Leucémie Espoir de Yann Eliès bateau que son «coach» Alain Gautier vient d’acquérir.

Etamine du LysLe Pingouin lancé pour Catherine Chabaud et que mène Attanasio sur cette 8e édition date un peu mais est fiable.Photo @ Jean-Marie Liot/DPPI/Vendée Globe