Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Vendée Globe Les Grands Entretiens 4/29

Seb Josse : «Les foils ont bien évolué…»

Comme la plupart des teams qui ont adopté les foils, l’équipe Gitana a beaucoup travaillé sur l’optimisation de ces appendices, forte de son expérience en multicoque. Et si Sébastien Josse dispose de la version 2, le reste du bateau a aussi fait de grands pas, mais ces machines de plus en plus sophistiquées demandent beaucoup de temps de navigation pour en tirer la quintessence…
  • Publié le : 21/09/2016 - 00:01

Sébastien JosseA 41 ans, Sébastien Josse part pour sa troisième participation au Vendée Globe, mais il connaît bien les mers du Sud avec le Trophée Jules Verne sur Orange et la Volvo Ocean Race comme skipper !Photo @ Julien Girardot Sea & C°

 

Voilesetvoiliers.com : C’est la dernière ligne droite avant le départ du 6 novembre !
Sébastien Josse
: Les dates sont figées, mais cela depuis
 le début de l’année déjà ! En fait, nous n’avons rien changé de fondamental sur le bateau depuis l’ouverture de la saison et maintenant, on essaie juste de peaufiner tous les détails, les points d’usure, les petites casses. On a tout de même fait deux transats depuis le mois de mai… Ça fait pas mal de boulot, plus la préparation du Vendée Globe parce qu’il y a des spécificités pour cette course : de plus gros réservoirs de gasoil, quelques aménagements complémentaires.

Voilesetvoiliers.com : Cela signifie qu’il n’y a pas d’hydrogénérateurs à bord de Edmond de Rothschild ?
S. J.
: Ils arrivent la semaine prochaine. Mais ils sont plus un appoint et nous les avons faits modifier. Pour le tour du monde, l’essentiel de l’énergie produite viendra du moteur. Il y a plus d’intox que d’infos sur les hydrogénérateurs : aujourd’hui, il n’y en a pas un qui soit fiable à 100 %. J’ai hâte de voir un tour du monde gagnant sans pétrole… Nos bateaux vont désormais à 20-25 nœuds de moyenne et ces hydrogénérateurs sont imaginés pour des voiliers de croisière marchant à 10-12 nœuds ! Même si les progrès ont été importants, ce n’est pas suffisant pour partir en s’appuyant uniquement sur eux.

 

Edmond de RothschildVersion 2 pour la carène dessinée par VPLP-Verdier et pour les foils : Sébastien Josse dispose d’un prototype 2015 désormais affûté et fiabilisé.Photo @ Mark Lloyd DPPI

 

Voilesetvoiliers.com : Pour ceux qui veulent gagner… Qui sont-ils alors à part toi ?
S. J.
: Armel Le Cléac’h (Banque Populaire), Jérémie Beyou (Maître CoQ), Yann Eliès (Quéguiner-Leucémie Espoir), Vincent Riou (PRB), Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac), Morgan Lagravière (Safran), Paul Meilhat (SMA) et bien d’autres… Nous avons fait un stage à Port-la-Forêt début septembre qui n’est pas du tout représentatif du Vendée Globe, mais c’était speed. On était sous pression pour pousser les bateaux et les skippers dans leurs derniers retranchements. Parfois, il y a de petits couacs, mais cela nous permet d’être plus performants au large à force de répéter les envois de spinnaker, de génois et autres. On acquiert des automatismes indispensables pour le tour du monde.

Voilesetvoiliers.com : Mais on peut tout de même comparer les performances !
S. J.
: Il y a des choses que l’on voit et d’autres qui viennent plutôt de la maîtrise du skipper. Certains sont plus à l’aise pour certaines manœuvres, peut-être parce que leur plan de pont est plus simple…

Voilesetvoiliers.com : Justement, comment te situes-tu au sein de cette flotte ?
S. J.
: Il y a des tandems bateau-skipper qui tournent vraiment bien. Moi, cela fait maintenant un an et un mois que j’ai commencé à naviguer sur Edmond de Rothschild. Nous sommes incontestablement une équipe présente, mais il y a des choses à découvrir, comme j’ai pu encore le constater la dernière nuit d’entraînement : il y a des conditions où je ne suis pas encore à l’aise et d’autres où ça tourne bien. Le bateau a du potentiel mais il est typé pour le tour du monde. Les grosses étraves dans certaines conditions ne donnent pas de grosses sensations, surtout dans le petit temps.

 

Edmond de RothschildLes foils sont-ils l’avenir de l’IMOCA ? Cette huitième édition du tour du monde en solitaire sans escale va définitivement le déterminer…Photo @ Mark Lloyd DPPI

 

Voilesetvoiliers.com : Côté foils, à combien de version en êtes-vous ?
S. J.
: C’est la version 2 parce qu’il est difficile de faire plus vu le timing pour les mettre au point. Elle a fait tout de même quatre transats, ce qui les valide. Ce sont en effet des appendices fragiles qui ont eu besoin de mise au point : des fois, ça casse, ça craque… Désormais, c’est fiabilisé et validé depuis le retour de New York.

Voilesetvoiliers.com : Et par rapport aux autres foilers ?
S. J.
: Banque Populaire reste un gros client ! Leur team est probablement allé plus loin que nous. Nous avions l’expérience de nos essais en multicoque, mais l’équipe d’Armel a tout de même commencé sur un Mini Transat avec le soutien de Bertrand Pacé… Ils sont restés discrets mais ils ont fait une campagne de tests très aboutie. Jérémie Beyou aussi a démontré sur la transat New York-Vendée qu’il était au point. Il est certain qu’une version 3 de foils serait encore très différente ! Nous n’en sommes qu’au tout début…

Voilesetvoiliers.com : Quels avantages et quels inconvénients sur cette version 2 ?
S. J.
: Le plan antidérive est très délicat à mettre au point : on peut jouer sur l’angulation du foil dans son puits, rajouter du «tip» (extrémité verticale) ou, comme Maître CoQ, un petit becquet au bout du «shaft» (partie droite), ou encore, comme on a pu le voir sur l’avant-projet du nouveau monotype Figaro, en mettant le «tip» à l’envers… Aujourd’hui, les architectes sont encore en pleine recherche. Il y avait beaucoup d’incertitudes lorsque les designers ont proposé les foils et Vincent Lauriot-Prévost m’avait dit : «L’état de l’art en est là, maintenant il faut essayer… Tu y crois ou pas, mais à ce jour, notre compréhension ne va pas plus loin.»

 

Edmond de RothschildLes IMOCA dernière génération sont devenus encore plus sophistiqués et complexes, c’est pourquoi les manœuvres demandent des automatismes pas toujours évidents dans le brouillard, la pluie, la nuit, le froid…Photo @ Thierry Martinez Sea & C°

 

Voilesetvoiliers.com : Cette version de carène était prévue pour pouvoir se retransformer en version à dérives classiques…
S. J.
: Nous savions qu’il y avait des points très positifs et d’autres mauvais. Mais au fil des navigations et des transformations, nous avons gommé progressivement les points négatifs, du moins au-dessus de 20 nœuds de vent. Il y a encore du déficit dans le petit temps… Mais cela nous a incité à régler les voiles différemment, à utiliser le bateau différemment, ce qui nous permet de pallier ce manque d’antidérive. Aujourd’hui, on arrive à faire jeu égal avec un IMOCA à dérives classiques en dessous de 18 nœuds de vent au près : il y a un an, on naviguait 5 degrés plus bas que les autres ! On a appris à ne pas trop charger les bateaux, à être plus fin pour combler le delta.

Voilesetvoiliers.com : Parce que la jauge IMOCA s’est adaptée ?
S. J.
: Il faut comprendre que ces nouveaux prototypes n’ont pas tous les avantages de la dernière génération comme Maître CoQ, SMA ou PRB qui ont encore leurs ballasts d’origine (huit, voire plus, au lieu de quatre pour les nouveaux). C’est aussi l’intérêt parce que le jeu est ouvert avec des bateaux très différents : certains sont très polyvalents tout le temps, d’autres plus typés pour la brise ou le reaching. Sur un tour du monde, c’est «vendu» gagnant pour les foilers mais sur le tour des Glénan, ce n’est pas la même histoire ! A chaque entraînement, on arrive à faire le break pendant un certain temps, mais finalement, on se fait avoir par les dérives classiques…

Voilesetvoiliers.com : Il reste deux entraînements et le Défi Azimut fin septembre… Et un dernier périple avant le départ.
S. J.
: Et c’est le convoyage aux Sables-d’Olonne pour le 14 octobre. Ce sera mon troisième départ sur le Vendée Globe… Mais c’est une course qui se gagne aussi dans la tête : c’est celui qui a le plus envie qui est devant ! Ce n’est pas le tout d’avoir un beau bateau : il faut aussi de la réussite, de la niaque, de la condition physique et morale parce qu’on s’épuise petit à petit. On s’y prépare mais l’effet de la course peut faire basculer les choses. Et il ne faut pas casser parce qu’il y a seulement la moitié de la flotte en général à l’arrivée ! Je l’ai bien intégré lors de mon deuxième Vendée Globe (abandon sur casse du rouf au milieu du Pacifique), et je sais que cela fait partie du jeu. C’est un marathon, un défi sur soi aussi et tout le monde a des coups de mou et des temps forts.

 

Edmond de RothschildArrivée de Edmond de Rothschild aux Sables-d’Olonne lors de la New York-Vendée en juin dernier : Seb Josse terminait à peine deux heures et demi après le vainqueur, Jérémie Beyou. Un excellent test avant le Vendée Globe.Photo @ Benoît Stichelbaut Sea & C°

 

Voilesetvoiliers.com : Les bateaux se sont en plus très sophistiqués…
S. J.
: Malheureusement, on ne peut pas faire autrement : un bateau plus simple serait plus accessible pour un nouveau venu et pour de nouveaux partenaires tout en étant plus plaisant à mener, mais aujourd’hui, il faut faire avec la jauge IMOCA. On a neuf voiles à bord et tous les cinq nœuds de vent et tous les 5° d’angle, il faut changer de voile ! Ça fait du sport, ça fait de la technique, mais ça devient complexe.

Voilesetvoiliers.com : Pourtant, on fait de moins en moins de spinnaker, une voile compliquée en solo !
S. J.
: On en fait moins pour privilégier le gennaker, mais comme les bateaux ont une grosse surface mouillée, jusqu’à 13-14 nœuds de vent réel, il faut envoyer le spinnaker pour descendre au portant. La plage d’utilisation s’est réduite, mais il faut encore l’envoyer ! On n’en a plus qu’un à bord au lieu de deux auparavant… Après, il faut faire l’impasse sur un gennaker ou un Code 0 : chacun fait ses choix.

 

Edmond de RothschildObjectif de tous les participants au Vendée Globe : franchir la ligne d’arrivée à la bouée Nouch Sud devant les Sables-d’Olonne après plus de 25 000 milles autour du monde !Photo @ Olivier Blanchet DPPI

 

Voilesetvoiliers.com : Le parcours est un peu changé avec la zone d’exclusion des glaces ?
S. J.
: Cela va changer la stratégie : on va rentrer dans un couloir. Et on peut se retrouver à flirter avec le mur… Je trouve la disqualification sévère et revenir par le point d’entrée me semble assez pénalisant, mais je m’adapterai à la règle retenue. Le Vendée Globe est suffisamment compliqué déjà pour le finir, alors se faire sortir parce que l’on a eu un problème technique qui nous a poussé vers la zone d’exclusion, c’est dur. Parce que les routages semblent nous faire longer ce mur : c’est une énorme transformation. Cela enlève une part de liberté, des portes de sortie et cela modifie la donne. Mais le mieux est l’ennemi du bien !

Voilesetvoiliers.com : Trois semaines complètes aux Sables-d’Olonne…
S. J.
: C’est le barnum, mais c’est sympa aussi de voir les autres concurrents, la famille, les partenaires… On se prépare tout de même pour faire du sport, pour se divertir, pour passer le temps : je ferai de la natation, du surf, du vélo.

 

VMILors de son premier tour du monde en solitaire, Sébastien Josse avait percuté de plein fouet un growler dans le Pacifique mais finissait tout de même cinquième aux Sables d’Olonne !Photo @ Benoît Stichelbaut DPPI

Les tags de cet article