Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

CŒURS DE MARINS

Servane Escoffier : «Louis est d’une nature très optimiste»

Louis Burton (Bureau Vallée) doit achever son premier tour du monde jeudi prochain et ce en 7e position. Sa compagne, Servane Escoffier, chef de projet de l’aventure et elle-même navigatrice, attend avec impatience son arrivée aux Sables-d’Olonne en compagnie de leurs deux enfants. Et l’histoire du Vendée Globe n’est pas terminée pour ce couple attachant.
  • Publié le : 31/01/2017 - 00:01

Louis Burton et Servane EscoffierServane Escoffier et Louis Burton se sont rencontrés pour la première fois en 2010 alors qu’ils participaient chacun de leur côté à la Route du Rhum. Depuis, ils creusent le même sillage et l’histoire n’est pas terminée.Photo @ Jean-Louis Carli / AFP / DPPI / Vendée Globe
Voilesetvoiliers.com : Quelles sont les dernières nouvelles de Louis ?
Servane Escoffier : Il a vraiment hâte d’arriver. Il a accompli 95 % de la route mais doit rester vigilant. Il arrive dans une zone qu’il n’aime pas, là où il avait eu ses péripéties la dernière fois (il avait percuté un chalutier au large du Portugal lors du Vendée Globe 2012, ndlr). En plus, il doit se prendre une petite prune avant Les Sables. Cela sera au portant mais le matériel est usé après autant de jours de mer.

Voilesetvoiliers.com : À l’issue de ce huitième Vendée Globe il va y avoir un réel changement dans la carrière de Louis ?
S.E.
 : Jusqu’à présent, avec nos partenaires, Bureau Vallée & co, nous ne faisions pas que de la compétition. Il y avait le chantier et l’écurie BG Race avec le projet Espoir pour un Café pour lancer un jeune sur la prochaine Transat Jacques Vabre en Class40. Louis ayant eu la chance de voir Bureau Vallée racheter le Banque Populaire VIII d’Armel Le Cléac’h, il va se consacrer uniquement à la course au large en IMOCA. Cela va changer beaucoup de choses pour lui. Nous en sommes tous ravis.

Voilesetvoiliers.com : Cela veut dire que pour l’édition en cours il ne s’était pas préparé complètement ?
S.E. :
Les mauvaises langues vous diront cela ! Je dirais plutôt que Louis n’a pas le même fonctionnement. Il faut bien le connaître et travailler avec lui pour bien le comprendre. C’est quelqu’un qui est à fond dans tout ce qu’il fait. Très rapide d’esprit. Qui a la chance d’avoir des capacités physiques pour des sports de vitesse. Et il travaille ses dons. Il a une facilité à se concentrer sur des choses quand cela est nécessaire. Il ne lâche rien et son Vendée Globe actuel le prouve.

Voilesetvoiliers.com : Vous vous êtes rencontrés comment ?
S.E. :
Nous nous croisons la première fois en 2010 en baie de Quiberon lors de notre stage de survie en vue de la Route du Rhum. Lui en Class40 et moi en Ultime sur le Saint-Malo 2015. J’étais complètement dans mon projet et lui le petit parisien toujours de bonne humeur. Mais rien ne se dessinait alors. Il m’avait téléphoné pendant la course pour me dire qu’il aimerait que l’on se rencontre pendant le salon nautique de Paris pour me proposer de faire ensemble la Transat Jacques Vabre l’année d’après. Quelques mois plus tard, notre fils Lino est arrivé et il n’y a pas eu de course ensemble… La première année il a donc pris attache à Saint-Malo où nous avons commencé à monter nos projets. Avec des idées communes du point de vue entrepreneurial, surtout pour nous marrer. Même si l’engagement était important. L’aventure est donc partie comme cela. En 2013, est venue au monde notre fille Édith.

Louis BurtonSouvent bien seul sur le périple de ce Vendée Globe 2016/2017, Louis Burton aura effectué une course magnifique sans trop de gros problèmes.Photo @ Vincent Curutchet / DPPI / Vendée Globe
Voilesetvoiliers.com : Justement, vos enfants suivent leur papa sur la course ?
S.E. :
Oui, ils ont le grand planisphère du Vendée Globe avec les animaux qui est assez ludique. Au début, on suivait cela tous les jours, mais à cette échelle-là, ce n’est pas assez parlant pour les enfants. Depuis, nous le faisons toutes les semaines. Comme les milles ou les vitesses ne leur disent rien, j’essaye de leur parler des baleines ou des oiseaux aperçus par Louis. Quand le Père Noël est apparu sur une de ses vidéos, cela les a éclatés. Dans le grand Sud, ils voyaient leur père avancer à l’horizontal mais depuis le cap Horn, ils le voient remonter vers la maison. Ils sont donc à fond.

Voilesetvoiliers.com : Lorsque Louis a eu des problèmes, vous leur avez expliqué ?
S.E. :
En fait, je ne sais pas si c’est bien ou mal mais j’essaye de ne parler que des bons moments. Dans les histoires pour enfants comme avec des pirates, on parle de tempêtes, de naufrages. Honnêtement, on ne se rend pas compte de l’impact que cela peut avoir sur des gamins de cet âge-là. Forcément, à l’école, l’aîné en entend parler. Surtout qu’avant le départ, Lino savait que Louis était entré en collision avec un pêcheur lors de la précédente édition. Mais les enfants sont des éponges. Je fais en sorte de planquer les moments pas cools. Par exemple, lorsqu’il a eu une grosse emmerde de pilote. Étant team manager du projet, j’étais en stand-by. En veille complète. Les enfants l’ont senti et ont forcément posé des questions. À moi d’édulcorer tout ça. Pour la prochaine édition, ils auront grandi et cela sera plus facile de ce côté-là. Je ne pourrai pas leur raconter la messe… En attendant son arrivée, ils sont en train de préparer des drapeaux et seront donc à fond pour l’accueillir.

Voilesetvoiliers.com : Quel a été votre investissement pour ce Vendée Globe 2016/2017 ?
S.E. :
Je suis responsable de ses projets depuis 2011. À l’échelle d’une transat, je savais que cela était très engageant. Heureusement, cette fois-ci, je suis très bien secondée par Loïc Féquet et notre équipe de BG Race. À la fois pour la course et pour le chantier. J’essaye de faire au mieux. Mais je connaissais la règle du jeu.

Voilesetvoiliers.com : Vous l’avez appelé souvent ?
S.E. :
Jamais. Lui appelle quand il veut mais c’est rare. Nous communiquons uniquement par mails. Aussi bien sur la partie professionnelle que personnelle. Pour des choses anodines ou pour son avis pour le boulot. Il en a besoin et me posera toujours des questions.

Voilesetvoiliers.com : Au départ des Sables, nous l’avions trouvé serein. Est-ce un des traits de son caractère ?
S.E. :
Il y avait eu l’annonce de l’achat du 60 pieds d’Armel mais Louis est d’une nature très optimiste. Il a la faculté de faire transparaître ce qu’il veut. Ensuite, cela fait cinq ans qu’il navigue sur son bateau et le connaît donc par cœur. Lors de la dernière Jacques Vabre, lorsqu’il y a eu un feu à l’arrière, il a été capable au bout de dix-huit heures de tout remettre en marche. Pour ce tour du monde, il voulait tout mettre en œuvre pour que ses partenaires fidèles aillent eux aussi au bout. Il était vraiment déterminé même s’il savait qu’il allait en baver.

Bureau ValléeLancé en 2006, l’ancien Delta Dore de Jérémie Beyou et coursier de Louis Burton depuis maintenant plus de cinq ans, doit enfin achever un tour du monde ce jeudi 2 février.Photo @ Jean-Marie Liot / DPPI / Vendée Globe
Voilesetvoiliers.com : Comment sont ses rapports avec les sponsors ?
S.E. :
Il y a d’abord un relationnel qui s’est créé au fil du temps avec Bureau Vallée, Clairefontaine ou encore Exacompta. Je pense avec beaucoup de franchise, de transparence. Ensuite, hormis le précédent Vendée Globe, Louis a fini toutes ses courses. Sans jamais se survendre au niveau sportif. En restant toujours dans les cases annoncées tout en parlant de sa montée en puissance, de son apprentissage. Il n’a que 31 ans. Pour le prochain bateau, cela fait plus d’un an que nous avons travaillé le projet. Ce n’est pas sorti d’un chapeau. C’est pour moi une suite logique mûrement réfléchie de part et d’autre.

Voilesetvoiliers.com : Ce nouveau bateau va changer également votre vie à vous, Servane ?
S.E. : Difficile à dire pour l’instant. Forcément, sportivement cela ne se fera plus de la même manière pour Louis. Je souhaite que l’on reste à Saint-Malo et je sais que la ville est très motivée. Il nous faudra un quai dédié. J’espère surtout que la Région Bretagne aide le Nord comme elle le fait pour le Sud. Sinon, après un problème de santé, j’ai à nouveau le droit de faire du sport, de m’entraîner. Nous allons donc disputer ensemble la prochaine Jacques Vabre. C’est une bonne nouvelle. 

Voilesetvoiliers.com : Vous n’êtes donc pas qu’une femme de marin ?
S.E. :
C’est compliqué pour moi de donner une définition de «femme de marin» car je suis aussi navigatrice. D’ailleurs, à l’issue de la première Barcelona World Race avec l’Espagnol Albert Barguès, j’avais envisagé de participer au Vendée Globe 2008. Mais faute de temps et surtout d’argent, le projet ne s’était pas concrétisé. Pour en revenir à la question, c’est quelque chose de très engagé, d’enrichissant, et je pense que pour beaucoup de femmes, il y a des choses qui ne ressortent jamais. Celles vécues au quotidien. Lorsqu’il y a un problème, du stress, il ne faut jamais le ressortir et trouver les solutions avec les bonnes personnes. Les proches comptent beaucoup dans ces cas-là. Cela reste compliqué à vivre moralement pendant trois mois pour être toujours à l’écoute. Et il ne faut pas s’y perdre. Je souhaite juste de ne pas être comme lui trop lessivée après son arrivée

Voilesetvoiliers.com : Que dire de son classement actuel ?
S.E. :
Je pense que c’est plus que ce qu’il espérait. Au départ, sur le papier, il était entre 12 et 15. Je pense qu’avec cette place de 7, il va être le plus heureux des hommes aux Sables-d’Olonne. Il sera aussi heureux pour son bateau tellement il est à son écoute. Ce n’est pas une relation avec un objet et en cela il a énormément mûri. Sachant calmer quand il le fallait. Mis à part ses problèmes de pilote, son bateau est fiabilisé, rapide et tient le mauvais temps. Grâce à cela, il ne s’est pas fait peur. Et apparemment il ne s’est pas du tout ennuyé, en étant seul dans son coin. En fait, il s’est surtout battu sur sa trajectoire. En bossant sa stratégie et sa météo. 

Voilesetvoiliers.com : Comment appréhendez-vous l’arrivée ?
S.E. :
Il va falloir trouver le juste milieu entre son retour à terre et à la vie de tous les jours. Mais je pense que cela va être super ! Pour les enfants, cela va être plus simple, ils vont retrouver les bras de leur papa.