Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

VENDÉE GLOBE LES GRANDS ENTRETIENS 10/29

Tanguy de Lamotte : «Un concept un peu fou…»

A 38 ans, le skipper d’Initiatives-cœur repart pour un deuxième tour du monde, cette fois à bord d’un plan Farr nettement optimisé ces trois dernières années. Tanguy de Lamotte, formé à l’architecture navale à Southampton, s’aligne aussi pour défendre les couleurs de Mécénat Chirurgie Cardiaque afin de venir en aide aux enfants malades : il espère que son périple planétaire contribuera à sauver au minimum trente enfants, mais aussi qu’il bouclera son tour en moins de 85 jours…
  • Publié le : 16/10/2016 - 15:30

de LamotteFormé à l’architecture navale à Southampton, Tanguy de Lamotte est depuis son enfance un coureur au large avec Mini-Transat et Class40 au compteur, bateaux qu’il avait lui-même dessinés…Photo @ DR

Voilesetvoiliers.com : Tu pars sur un bateau qui a déjà un sacré historique !
Tanguy de Lamotte
: Oui, puisqu’il a déjà participé à deux Vendée Globe. La première fois en 2008-2009 avec Vincent Riou (PRB) qui avait sauvé Jean Le Cam au large du cap Horn (reclassé 3e ex æquo)… Une histoire dingue ! Et la deuxième fois avec Arnaud Boissières (Akena Vérandas) en 2012-2013 en terminant huitième (91 jours 2 heures et 9 minutes).

Voilesetvoiliers.com : C’est un bateau qui a été transformé depuis…
T. de L.
: C’est un plan Farr qui a été modifié sur les huit premiers mètres de coque à partir de l’étrave à la suite de la bonne idée qu’avait eu Jörg Riechers sur Mare (sister-ship de Initiatives-cœur appartenant 
désormais à Jean Le Cam) en faisant intervenir le cabinet Verdier-VPLP. Nous avons récupéré le moule pour aussi changer la carène, ce qui a amené une nette amélioration du comportement. Le point faible de ces bateaux de la génération 2007-2008 était en effet qu’ils avaient tendance à piquer du nez au portant.

Initiatives CoeurLe changement d’étrave sur les huit premiers mètres de la carène a rendu Initiatives-cœur beaucoup plus sain aux allures portantes.Photo @ Thierry Martinez Sea & C°

Voilesetvoiliers.com : Tu as eu l’occasion de naviguer avec ces deux versions ?
T. de L.
: Assez peu parce que j’avais juste fait le convoyage vers le chantier pour faire les travaux, mais j’ai invité Arnaud (Boissières) et Vincent (Riou) à naviguer dessus et ils m’ont bien fait comprendre que le bateau était sensiblement plus performant ! Et quand j’ai eu l’occasion de naviguer contre d’autres plans Farr non modifiés, j’ai pu constater que nous allions agréablement plus vite… Et ce dans quasiment toutes les conditions, même au près.

Voilesetvoiliers.com : Parce qu’il y a eu aussi d’autres améliorations…
T. de L.
: J’ai eu la chance avec mon équipe technique de pouvoir le faire évoluer ces trois dernières années. J’ai disputé la Transat Jacques Vabre 2013 avec l'acteur François Damiens, ce qui m’a permis de définir les axes de travail, dont l’étrave. Mais nous avons aussi changé la quille, les safrans, le gréement latéral, la quête de mât, la position des huit ballasts, fait évoluer le jeu de voiles… On a vraiment progressé.

Initiatives CoeurTanguy de Lamotte repart autour du monde pour défendre les couleurs de Mécénat Chirurgie Cardiaque afin de venir en aide aux enfants malades.Photo @ Thierry Martinez Sea & C°

Voilesetvoiliers.com : Ces bateaux font le gros de la flotte de cette édition !
T. de L.
: Il y a beaucoup de bateaux qui s’alignent cette fois et qui découlent de la génération 2008 parce qu’il y avait eu quinze nouveaux prototypes pour la sixième édition du Vendée Globe ! Certains ne seront pas aux Sables-d’Olonne, mais ces IMOCA font partie des meilleurs voiliers de cette époque et même aujourd’hui, ils arrivent à chatouiller des monocoques de la génération suivante, entre autres SMA (ex-Macif, vainqueur de la dernière édition avec François Gabart, ndlr). Je constate aussi que je suis très proche de Quéguiner ou du Souffle du Nord qui est mon partenaire d’entraînement…

Voilesetvoiliers.com : Donc l’objectif de ce deuxième Vendée Globe pour toi ?
T. de L.
: Etre aux côtés des meilleurs prototypes sans foils avec un parcours autour de 84 jours !

Voilesetvoiliers.com : Mais pourquoi refaire ce tour du monde en solitaire et sans escale ?
T. de L.
: Le concept peut paraître un peu fou quand on fait le tour de la planète sans s’arrêter nulle part ! Mais si j’ai mis du temps à digérer mon premier Vendée Globe (presque autant que le parcours en lui-même), je me suis dit au bout de six mois qu’il fallait recommencer. J’ai eu aussi l’opportunité de rencontrer le directeur de K-Line qui est devenu le deuxième partenaire du projet et sans lequel je n’aurais pas pu boucler le budget. Avec Mécénat Chirurgie Cardiaque, je voulais aussi continuer l’histoire sans trop la modifier mais en ne faisant pas deux fois la même chose : j’ai eu la chance de récupérer ce bateau, d’étoffer mon équipe technique et d’avoir trois ans pour me préparer au mieux, contrairement à la première fois où j’ai eu le bateau dix mois avant le départ.

Initiatives CoeurArrivée aux Sables-d’Olonne lors de la Transat New York-Vendée qu’Initiatives-cœur terminait à la sixième place, juste derrière Vincent Riou.Photo @ Jean-Marie Liot DPPI

Voilesetvoiliers.com : La dernière fois, c’était avec l’ancien Whirlpool de Catherine Chabaud ?
T. de L.
: Oui, et qui sera de nouveau au départ avec Romain Attanasio. Cette fois-là, je voulais avant tout finir le tour et cela reste encore l’objectif cette année, seulement un peu plus rapidement… Il y a de toutes façons plusieurs niveaux de performance en relation avec l’âge des bateaux : c’est aussi l’attrait du Vendée Globe, cette variété de skippers, de profils, de projets. C’est une course riche parce qu’elle dure, parce qu’elle est dure et parce qu’il y a toujours de belles histoires.

Voilesetvoiliers.com : Tu présentes un profil assez différent des autres engagés...
T. de L.
:  Je n’ai pas le même profil que les coureurs issus de Port-la-Forêt qui ont cumulé les Solitaire du Figaro… Je suis plus proche de la génération mini : je suis d’abord arrivé à la course au large pour son aspect technique et conceptuel puisque j’ai fait l’école d’architecture navale de Southampton. J’adore le développement technologique et les bureaux d’études : c’est comme cela que j’ai conçu et construit mon mini-Transat et mon Class40 !

Initiatives Coeur 2012Lors de son premier Vendée Globe, Tanguy de Lamotte avait récupéré le bateau de Catherine Chabaud que Romain Attanasio a racheté cette année.Photo @ Jean-Marie Liot DPPI

Voilesetvoiliers.com : Justement, tu travailles encore sur l’architecture navale et l’optimisation ?
T. de L.
: Ces dernières années, je n’ai pas eu trop le temps mais j’ai participé à l’évolution avec Anne-Claire Le Berre (issue du match-race et architecte navale) qui a intégré notre bureau d’études. J’ai mis le nez dedans, mais sans avoir à faire les dessins…

de LamotteA bord d’Initiatives-cœur en 2012 lors de son premier tour du monde en solitaire.Photo @ Tanguy de Lamotte

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