Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

TRANSAT JACQUES VABRE : L’ANALYSE

Une journée mouvementée...

Après 65 heures de course, les choses commencent à se décanter. Pour certains, la Transat Jacques Vabre a carrément mal tourné. Lionel Lemonchois et Roland Jourdain ont dû actionner leur balise de détresse, hier après-midi à l’heure du goûter. Obligés d’abandonner le Maxi 80 Prince de Bretagne à l’envers, ils ont été hélitreuillés, sains et saufs, vers la Corogne…
  • Publié le : 28/10/2015 - 07:00

Jean-Yves Bernot, célèbre météorologue navigateur - il route Macif et FenêtréA Prysmian - à qui on ne la fait pas, affirmait 48 heures avant le départ, craindre que les hélicoptères de sauvetage soient rapidement sollicités dans le golfe de Gascogne... Malheureusement, il n’avait pas tort ! Refugiés depuis 24 heures dans la coque centrale de Prince de Bretagne qui, sous trinquette, a cabané au près « sous l’effet d’une vague, d'une survente ou des deux » selon son équipage, Lionel Lemonchois et Roland Jourdain espèraient sans aucun doute une autre issue que celle de devoir activer leur balise de détresse mardi, en milieu d’après-midi. Mais à 150 milles du Cap Finisterre, dans cet endroit mal pavé et à proximité du DST, avec une météo se détériorant à vue d’œil (vents de près de 40 nœuds annoncés et creux de plus de 6 mètres) et après discussion avec Dominic Vittet, le team manager, ils n’ont pas eu d’autre choix que d’abandonner leur trimaran avant la nuit, pour être hélitreuillés par le MRCC de Madrid vers La Corogne moins d’une heure trente après avoir demandé assistance.

Une journée mouvementée...L’opération de sauvetage de Lemonchois et Jourdain n’a duré que quelques minutes !Photo @ Salvamento Maritimo/MRCC Madrid

Le second chavirage de Prince de Bretagne en trois courses !

Les deux compères, âgés respectivement 55 et 51 ans, parmi les plus expérimentés de la flotte, ne sont pas des « perdreaux de l’année » comme dirait Loïck Peyron, et n’en sont pas à leur première fortune de mer… Bref, s'ils ont pris cette décision, c’est bien qu’il y avait danger.
Lionel Lemonchoi,s qui avait déjà été surpris par un grain sur ce même bateau dans sa tentative de record en solitaire « La Mauricienne » à 800 milles du Brésil en janvier 2014 – l’écoute autour du winch « collée », grippée par le sel, était restée bloquée sur la poupée au moment de choquer ! -, n’avait pas hésité à rester seul à bord dix jours sur son trimaran retourné, en attendant que ses copains affrètent un remorqueur et ne viennent le chercher puis « ressalent » Prince de Bretagne dans un sale état.
Quant à Roland Jourdain, il était avec Jean-Pierre Dick quand le MOD 70 Virbac-Paprec a chaviré sur le côté comme un vulgaire multicoque de sport lors d’une séance photo-vidéo en 2013. Les images impressionnantes du chavirage tournées d’hélico ont fait le tout du monde sur les télés et les réseaux sociaux. Pour en revenir à Prince de Bretagne, faut-il en conclure que ce trimaran issu d’un 60 pieds Orma est dangereux et casse-gueule ? Les deux mon capitaine ! Cela pose clairement la question de ces bateaux « Lego » et hybrides rallongés. Et quand deux des marins les plus zens et talentueux du milieu quittent ainsi la course en combinaison de survie et par les airs, c’est véritablement très triste !

Lamiré et Bourgnon, victimes d’un conteneur

En début de soirée mardi, c’est Gilles Lamiré et Yvan Bourgnon sur le Multi 50 La French Tech Rennes Saint-Malo qui signifiaient leur abandon. « Nous naviguions au reaching cap au Sud à 15 nœuds sous pilote, quand le bateau s’est arrêté net, a explique Lamiré. J’ai alors vu un morceau de flotteur et un conteneur sur l’arrière. » Flotteur bâbord amputé de 5 à 6 mètres et flotteur tribord endommagé sur un mètre, l’équipage a mis le cap sur Brest sous voilure réduite…
Est-ce encore un conteneur ou un objet entre deux eaux ayant causé une fissure sur la coque puis une voie d’eau autour de la zone du foil tribord de Safran ? Ou alors un problème structurel ? Impossible de le savoir à ce jour, et ce d’autant que Morgan Lagravière a raconté que le 60 pieds IMOCA naviguait certes dans 25 nœuds de vent et une mer forte, mais sur un « terrain pas spécialement accidenté » et qu’il n’avait rien entendu de bruit particulier. Affaire à suivre !

Une journée mouvementée...Le flotteur de La French Tech Rennes-Saint Malo, ou ce qu’il en reste ! Photo @ Lamiré/Bourgnon

Imoca : le sans faute des Nordistes

Une journée mouvementée...Les Nordistes ont frôlé le centre dépressionnaire avant de plonger après la bascule. Photo @ TJVBernot qui a formé (presque) tous les équipages en météo au Pôle Finistère Course au Large est admiratif : « Rien à dire ! La trajectoire des IMOCA est parfaite. Et les mecs ne mollissent pas et font des moyennes impressionnantes… Heureusement qu’en bateau, on oublie vite l’enfer dès qu’on est à terre… mais ils doivent bien en chier ! » Normalement, le plus dur semble derrière eux, ce qui ne va pas être le cas des Class 40, qui vont dès aujourd’hui se retrouver confrontés à un nouveau front actif et nerveux. Idem pour les Multi 50 dominés par les excellents Bouchard et Krauss, mais qui vont encore manger leur pain noir ce mercredi.
De toute façon, c’est toujours la même chanson ! Les gros partent par devant et les petits en prennent plein la gueule, et ce plus longtemps… C’est la dure loi des transats depuis la nuit des temps ! Sodebo et Macif, déjà à la
Une journée mouvementée...Sodebo et Macif, distants d’une quarantaine de milles, filent plein Sud dans un alizé guère établi. Photo @ TJVlatitude de Madère, se livrent à un beau match racing, et commencent à buter dans une brise pénible.
Quant aux IMOCA, un premier groupe emmené par Eliès et Dalin a incurvé sa route vers l’Ouest en milieu de nuit, un second avec Ruyant et Hardy pique au Sud-Ouest, tandis qu’un troisième avec de Pavant et Régniau se recentre au Sud-Sud Ouest. Cette journée de mercredi va être décisive stratégiquement, et les dix-sept équipages IMOCA encore en course et relativement groupés, devront attendre pour « checker » machines et gréements très sollicités depuis une soixantaine d’heures… car un nouveau front très actif avec des vents de Sud-Ouest de 30 nœuds est attendu.

Cliquez ici pour les classements complets et la cartographie de la Transat Jacques Vabre 2015

Une journée mouvementée...Un nouveau front actif générant des vents de Sud-Ouest de 30 nœuds est attendu ce mercredi et devrait durer six bonnes heures.Photo @ Bracknell