Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Vendée Globe

Un avion nommé Alex, un Morgan sans safran !

Il a fallu une rumeur venue des Etats-Unis pour que tout le monde s’emballe sur le foil tribord cassé d’Hugo Boss et sur un éventuel appendice de rechange à bord… N’empêche, le fracassant Gallois a pulvérisé le temps de référence entre les Sables et le cap de Bonne-Espérance, pendant que le malheureux Morgan Lagravière, auteur d’un début de course magnifique, annonçait avoir cassé un safran, le contraignant à l’abandon alors qu’il était quatrième.
  • Publié le : 25/11/2016 - 07:00

Alex ThomsonAlex Thomson continue à impressionner à bord de son Hugo Boss sans foil tribord… et vient de pulvériser de cinq jours le record entre les Sables et Bonne-Espérance. Photo @ Cleo Barnham/Hugo Boss/Vendée Globe

Alex Thomson (Hugo Boss) poursuit sa folle cavalcade et vient d’atomiser hier jeudi le chrono entre Les Sables-d’Olonne et le cap de Bonne-Espérance (17 jours et 22 heures). Et même si cette nuit il a ralenti, permettant à Armel le Cléac’h (Banque Populaire VIII) de revenir à moins de 40 milles (au pointage de 5 heures ce 25 novembre), le Gallois force l’admiration et Yann Eliès (Queguiner-Leucémie Espoir) pourtant dans le top six mais très loin - à 1 200 milles - fait bien de rappeler que le temps réalisé par le leader (cinq jours de moins que l’ancien record de 2012 d’Armel Le Cléac’h en 22 jours 23 heures, ndlr) est aussi et surtout inférieur de presque une journée à celui de 2002 détenu par Bruno Peyron et ses douze équipiers sur un maxi-catamaran de 109 pieds en 18 jours et 18 heures  - Orange - et qui ensuite a battu le Trophée Jules Verne (64 jours). C’est dire ! Yann Eliès, qui comme Sébastien Josse faisait partie de l’équipage de Peyron à l’époque, est donc bien placé pour apprécier l’exploit. Mais justement, ces jours-ci, après les tristes abandons de Bertrand de Broc (MACSF) puis de Vincent Riou (PRB), tous deux victimes d’une grave avarie de quille - clairement après avoir touché un OFNI - et qui disputaient leur quatrième Vendée Globe, on lit et on entend un peu tout et n’importe quoi sur le foil tribord d’Hugo Boss. Les réseaux sociaux s’emballent. C’est un peu le café du commerce !

Foil de rechange ?

Le site Internet américain Sailing Anarchy, connu pour adorer balancer des «scoops» non sans une certaine arrogance, prétend qu’Alex Thomson a embarqué un foil de rechange. Why not ! Un directeur de projet très réputé préférant garder l’anonymat (car son bateau est dans la course, ndlr) est on ne peut plus clair : «en imaginant que Thomson ait pris un appendice en secours : un, je ne vois pas trop où il aurait pu le stocker à bord, et deux il faut être un peu "neuneu" pour penser que l’on peut changer une pièce de quelque 100 kilos seul en mer, alors qu’au port cela nécessite plusieurs personnes et un semi-rigide pour une opération prenant grosso modo une heure et demie quand tout se déroule bien

Yann ElièsYann Eliès fait partie des skippers à ne pas manier «la langue de carbone» et dit tout le bien qu’il pense du début de Vendée Globe d’Alex Thomson. Photo @ Alexis Courcoux/Queguiner

Bref, à l’écouter, ça semble juste impossible. Voici in extenso le communiqué de presse de l’équipe technique du Britannique en forme de démenti, envoyé hier : «nous ne voulons pas faire de commentaires sur la possibilité d’un foil de rechange à bord, ni concernant la rumeur selon laquelle Alex n’aurait, en fait, pas cassé son foil. Il s’agit tout simplement de rumeurs sans fondement. Le foil tribord a été cassé et perdu ‪samedi matin à 9 heures 35 UTC et depuis cet accident, Alex reste concentré sur le maintien de sa position de premier à l'avant de la flotte et continue à réaliser une superbe course». C’est dit.
En revanche, et compte tenu de la configuration du plan Verdier-VPLP Hugo Boss, une intervention sur le tip (l’extrémité) pourrait éventuellement être possible, à condition d’avoir une « lame » de rechange se greffant sur la partie brisée. C’est peut être le cas.
D’autre part, sommes-nous absolument certains que c’est un objet flottant non identifié qui a détruit son appendice tribord avec les conséquences que cela peut avoir sur la structure du bateau ? Quand on constate qu’après son accident de samedi, il n’a non seulement pas lâché un mille mais est parvenu à distancer Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII) et Sébastien Josse (Edmond de Rothschild), difficile de penser qu’Hugo Boss n’a plus tout son potentiel. On a aussi entendu ça et là que les deux poursuivants avaient sans doute connu des soucis similaires.

Armel Le Cléac"hAutoportrait d’Armel Le Cléac’h ultra concentré et envoyé hier soir de Banque Populaire VIII revenu à 38 milles cette nuit. Photo @ Armel Le Cléac’h/Banque Populaire/Vendée Globe

Cela semble faux ! L’équipe de Seb Josse, qui n’a pas pour habitude de cacher les choses, a annoncé que le Niçois ayant vu un de ses safrans se relever, avait dû arrêter son bateau quatre heures pour tout remettre en ordre avant de repartir à bloc mais à près de 200 milles du leader. Quant à Ronan Lucas, le patron de l’écurie Banque Populaire, il clôt le débat : « le bateau est à 100 % et Armel en forme et hyper content m’a envoyé un mail hier afin de féliciter l’équipe pour le boulot de préparation qui a été effectué » avant d’ajouter « que la difficulté sur un Vendée Globe est de placer le curseur au bon endroit au bon moment sans attaquer comme un forcené mais en restant dans le sillage des premiers. » On peut faire confiance à ces grands régatiers que sont Le Cléac'h et Josse pour le savoir mieux que quiconque.

OFNI or not OFNI pour Hugo Boss ?

Mais une question taraude nombre de spécialistes de la course au large qui, étrangement, n’est guère soulevée pour le moment. Comment un IMOCA 60, déplaçant autour de 7,5 tonnes et percutant à 24 nœuds un Objet Flottant Non Identifié peut-il ne pas avoir d’impact sur le puits de foil, voire mettre en danger l’intégrité de sa structure, même si une crash-box a été prévue ? Lors de la Transat New York-Les Sables de juin 2015, et après avoir a priori rencontré un banc de mola-mola (énorme poisson à carapace dure) un des meilleurs 60 pieds a vu, dans le choc, son foil, dont l’arrière est prolongé par un jonc en titane, s’encastrer littéralement dans le puits et le déchirer, avant de provoquer une (petite) voie d’eau. Jamais le skipper aurait pu décoincer seul l’appendice, et il a fallu du temps et des bras… au ponton.
On sait que Thomson est une armoire à glace mais quand même ! De là à penser que le foil de
Hugo Boss s’est tout simplement brisé en partie sous charge, il n’y a qu’un pas… et ce d’autant que les appendices de ce même bateau sont un tiers plus long que ceux de ses concurrents et plus plats – engendrant un RM (moment de redressement) énorme aux allures de reaching - et donc des efforts colossaux. Cela pourrait expliquer qu’avant de casser (sans doute l’extrémité) Alex Thomson marchait pas loin de deux nœuds plus vite que les autres foilers. Mais depuis que la tête de la flotte a incurvé sa route vers l’Est - les foils n’étant plus indispensables - il a maintenu son avance avec ses poursuivants… et permis à Paul Meilhat (SMA) auteur d’une début de course absolument remarquable sur le bateau tenant du titre de rester dans le bon wagon et d’être le premier des « non foilers ».

SafranC’est la pelle tribord de Safran qui s’est brisée, obligeant Morgan Lagravière à mettre le cap sur Cape Town comme Vincent Riou. Photo @ Jean-Marie Liot/Safran

Morgan casse un safran

Quel comble de devoir jeter l’éponge sur bris d’une pièce portant le nom de son sponsor ! Plus sérieusement, quelle tristesse après un début de course tonitruant, où Morgan Lagravière n’était pas forcément attendu à pareille fête ! Brillant, dans le match et quatrième bien que loin des trois leaders, après une nuit difficile suite à des soucis de pilote automatique l’ayant envoyé quatre ou cinq fois au tapis (pire à l’abattée), le Réunionnais se reposait quand, dans un nouveau « vrac », il s’est rendu compte jeudi en milieu d’après-midi qu’il manquait deux tiers de son safran sous le vent alors que le vent soufflait à 20-25 nœuds. Ses appendices n’étant pas réversibles (comme tous les bateaux, Safran possède deux safrans, ndlr) et n’ayant pas de pelle de rechange, il a donc décidé de mettre le cap sur l’Afrique du Sud. C’est le troisième abandon en cinq jours, manifestement suite à des chocs avec des OFNI… et malheureusement ce n’est sans doute pas fini.

Eric BellionIl semble heureux Eric Bellion (Commeunseulhomme) mais n’a pas encore eu le temps de se raser… comme la majorité des skippers. Photo @ Eric Bellion/C1SH

Temps de passage à la longitude du cap de Bonne Espérance

1. Hugo BossAlex Thomson en 17 j 22h 58’. Nouveau record.*                                         
2. Banque Populaire VIII, Armel Le Cléac'h, 18 j 03h 30' à 04h 32' du leader.
3. Edmond de Rothschild, Sébastien Josse, 18 j 12h 42' à 13h 44' du leader.

(Source direction de course Vendée Globe)
*Le précédent temps de référence, 22 j 23h 46', avait été établi par Armel Le Cléac’h en 2012.

Classement vendredi 25 novembre à 5 heures

1.       Alex Thomson (Hugo Boss), à 17 338 milles du but
2.       Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII), à 38,3 milles du premier
3.       Sébastien Josse (Edmond de Rothschild), à 205,1 milles 
4.       Paul Meilhat (SMA), à 843,5 milles
5.       Jérémie Beyou (Maître CoQ), à 873,3 milles

Classements et positions live ici : cartographie du Vendée Globe.