Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Transat Jacques Vabre : L'analyse

Un lourd bilan !

Seize abandons en moins d’une semaine ! Sur quarante-deux concurrents au départ, cela représente 38% de la flotte décimée par cette terrible première semaine de course. L’heure d’un premier bilan des nombreux abandons mais aussi des belles bataillent que se livrent les concurrents toujours en course.
  • Publié le : 02/11/2015 - 07:28

Un lourd bilan !Derniers instants de glisse pour Macif à l’approche du Pot-au-Noir. Le duel avec Sodebo Ultim pourrait se jouer dans cette traversée de la ZCIT. Photo @ François Gabart / Macif

Ultimes : 50% de perte !

Ils ne sont plus que deux maxis trimarans encore en course sur les quatre au départ. Après le chavirage du Maxi80 Prince de Bretagne (Lionel Lemonchois/Roland Jourdain) au large de La Corogne dès le 2e jour de course, c’était au tour de l’Ultim Actual de signaler vendredi matin son abandon alors que le trimaran naviguait à mi-chemin entre Les Açores et Madère, à la latitude de Gibraltar.  Yves Le Blévec raconte : « Ça a fait un grand “crack“, le bruit caractéristique du démâtage… J’étais sur le pont, j’ai eu le réflexe de regarder sous le vent pour voir le mât tomber dans l’eau… mais non, heureusement il s’est arrêté. Il est passé de 10° incliné au vent à 30°-40° incliné sous le vent ! C’est une pièce de vérin du hauban tribord qui a cassé net. Une tige en acier. L’usure sans doute. Nous naviguions sous-toilés, car c’était des conditions à grains. Je pense que ça a sauvé le mât. »  Avec Jean-Baptiste Le Vaillant son co-skipper, Yves a sécurisé son mât basculant avant de faire route à petite vitesse vers son port d’attache, La Trinité-sur-Mer, que les deux marins devraient atteindre ce lundi soir ou mardi matin.

Encore une fois, on peut déplorer l’attitude des organisateurs de course qui effacent d’un coup de baguette magique un concurrent des cartographies dès lors qu’il signale son abandon.
Quand bien même celui-ci est encore en mer. Pensent-ils que le public s’en désintéresse subitement lui aussi et n’aimerait pas savoir ce matin, 48 heures après leur abandon, où en sont Yves et Jean-Baptiste dans leur retour vers la terre ferme pour sauver leur bateau ? Petite suggestion à l’adresse des skippers : ne déclarez votre abandon qu’une fois que vous êtes au port. Au moins, vos familles, amis, supporters et tous les passionnés de course pourront continuer à vous suivre sur la cartographie…

Pendant ce temps-là, les deux premiers se livrent une belle bataille dans un Pot-Au-Noir particulièrement actif à leur passage. Macif et Sodebo Ultim y sont entrés dimanche matin aux alentours de 7°N. 24 heures plus tard, ils y sont toujours ! Ce lundi matin, au pointage de 4 h 45, François Gabart et Pascal Bidégorry, en tête depuis vendredi, voyaient leur vitesse atteindre péniblement les 3 nœuds de moyenne sur les quatre dernières heures…

Leur seul réconfort en recevant ce classement sera de voir qu’à 64 milles dans son ouest-nord-ouest, Thomas Coville et Jean-Luc Nélias se traînaient péniblement à 0,9 nœud sur ces mêmes quatre heures ! Mais leur écart vers l’arrivée n’est plus que de 1,29 mille ! La victoire finale pourrait-elle se jouer ici ? A un nuage près ? Cette 8e journée de course s’annonce longue et usante pour les nerfs des quatre navigateurs. Car ce Pot-Au-Noir, par nature capricieux, s’est épaissi à l’arrivée des concurrents pour mieux les emprisonner. Qui sera le premier à s’en échapper ? Et quand ? Le suspense est total…

IMOCA : 50% au tapis !

Même sanction pour les monocoques 60 pieds. Vingt concurrents au départ et dix encore en course une semaine plus tard. Les raisons de cette hécatombe sont multiples. Avaries en série pour Edmond de Rothschild (Josse/Caudrelier), les premiers de cordées qui jettent l’éponge dès le 2e jour de course, lundi dernier. Nouvel abandon le soir même de Safran (Lagravière/Lunven) pour cause de voie d’eau. Grand-voile déchirée mercredi pour Le Bateau des Métiers by Aerocampus (Boissières/Maslard).
Problème structurel jeudi pour Hugo Boss. Alex Thomson et Guillermo Altadill ont fait route vers l’Espagne avant de se mettre à la cape ce week-end pour essuyer un nouveau coup de vent. C’est là que, samedi, leur 60 pieds monocoque flambant neuf s’est fait retourner comme une crêpe par une déferlante, entraînant le démâtage du bateau et une voie d’eau.
Ils seront hélitreuillés quelques heures plus tard par la Marine Espagnole, tout comme l’avaient été Lemonchois et Jourdain quelques jours plus tôt.

Dans une vidéo sur YouTube postée par les sauveteurs espagnols, on notera que certaines traditions se perdent… Le capitaine Thomson ayant été le premier à quitter le navire pour se faire hélitreuiller !

Le cinquième abandon est celui de Bastide Otio (Pavant/Régniau), à cause de voiles abîmées et de problèmes de communication, le même jeudi qu’Hugo Boss.
Vendredi dernier, l’hécatombe s’accélère avec trois nouveaux abandons : problème de bastaque pour Adopteunskipper.net (Boidevézi/Breymaier), rail de grand-voile pour O Canada (Holden/Waston) et morceau de quille arraché pour SMA (Meilhat/Desjoyeaux). Les deux derniers concurrents à jeter l’éponge ce week-end sont Spirit of Hungary (Fa/Perényi), victime d’un démâtage et StMichel-Virbac (Dick/Delahaye), lisses cassées.

Un lourd bilan !Kito de Pavant et Yann Régniau font partie des dix tandems contraints à l’abandon lors de cette première semaine de course. Photo @ Hervé Giorsetti / Bastide Otio

A tout juste un an du prochain Vendée Globe, ce sont surtout les abandons de quatre des cinq nouveaux monocoques IMOCA à foils qui risquent d’échauffer les esprits et les logiciels des architectes. Et notamment les problèmes structurels rencontrés par Safran (fissures sur la coque tribord et cloisons endommagées), StMichel-Virbac (lisses cassées dans la soute avant) et Hugo Boss (problèmes non détaillés). Pour ce dernier, on peut s’étonner que 24 heures après son hélitreuillage, Alex Thomson et son équipe soient de retour à bord pour le remorquer jusqu’à La Corogne. Il n’y avait peut-être pas lieu de déclencher la balise de détresse et de déployer des moyens importants pour leur sauvetage si le bateau ne coulait pas…

Côté course, c’est Banque Populaire VIII (Le Cléac’h/Tabarly), seul nouveau bateau encore en course, qui mène la flotte et file à plus de 15 nœuds vers le Pot-au-Noir, suivi à 34 et 50 milles par PRB (Riou/Col) et Queguiner – Leucémie Espoir (Eliès/Dalin).

Multi50 / Class40 : 25% rentrés au port

Ce sont finalement les petits bateaux qui s’en sont le mieux tirés. A commencer par les Multi50 où l’on compte un seul abandon, celui de La French Tech Rennes Saint-Malo (Lamiré/Bourgnon). Et encore, parce qu’ils ont heurté un container ! Les trois autres concurrents filent plein sud dans les alizés. Un trio mené par FenêtréA Prysmian (Le Roux/Pedote) qui compte plus de 188 milles d’avance sur son seul véritable adversaire, Arkema (Roucayrol/Dohy) qui sera le premier concurrent de cette Transat Jacques Vabre à traverser en plein cœur de l’archipel du Cap Vert aujourd’hui.
Le troisième, Ciela Village (Bouchard/Krauss), auteur d’un très beau début de course, sera contraint aujourd’hui à faire escale à Mindelo pour réparer son enrouleur de gennaker, ce qui va le reléguer très loin de ses deux adversaires.

Un lourd bilan !Erwan Le Roux et Giancarlo Pedote peuvent savourer la glisse dans les alizés. Leur trimaran devance largement leurs deux seuls poursuivants suite à l’abandon d’un des quatre Multi 50 au départ.Photo @ Martin Kerusoré / FenêtréA Prysmian

Côté Class40, seulement trois abandons sur les quatorze bateaux au départ. Panne de pilote automatique pour Bretagne-Crédit Mutuel Elite (Troussel/Horeau) dont la course s’est arrêtée à Brest, comme l’an dernier sur la Route du Rhum. Une Jacques Vabre qui s’est terminée en Irlande pour Team Concise (Bouttel/Mahé) sans préciser la nature de l’avarie. Et à Cascais pour Eärendill (Pourre/Carpentier).
Plusieurs concurrents ont fait escale lors de cette première semaine pour réparer des avaries avant de repartir en course. Une flotte des Class 40 emmenée par Le Conservateur (Bestaven/Brasseur) qui compte, au large des Canaries, plus de 60 milles d’avance sur le duo V and B (Sorel/Manuard) et Solidaires en Peloton ARSEP (Vauchel-Camus/Erussard).

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