Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Vendée Globe 2012-2013 / J+73

Vendée Blog : Le mauvais sort s’acharne sur Dick

Au milieu de la nuit, Jean-Pierre Dick a constaté que sa quille avait lâché : Virbac Paprec 3, sécurisé avec les ballasts remplis, fait route vers le Nord-Ouest en attendant de prendre une décision. Les deux leaders sont désormais au cœur de la dorsale qu’ils devraient traverser dans la journée pour accrocher le flux de Sud-Ouest qui se renforce à 250 milles dans leur Nord.
  • Publié le : 22/01/2013 - 08:43

Classement du 22 janvier à 9h
1-François Gabart (Macif) à 1 699 milles de l’arrivée
2-Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) à 95,2 milles du leader
3-Jean Pierre Dick (Virbac Paprec 3) à 435,9 milles
4-Alex Thomson (Hugo Boss) à 652,5 milles
5-Jean Le Cam (SynerCiel) à 2 272,7 milles

Virbac Paprec sous gennaker tribord amureJean-Pierre Dick (Virbac Paprec 3) : "Je naviguais tribord amure avec un ris et le solent dans 20 nœuds de vent. J’étais à l’intérieur quand un grain est arrivé. Je suis sorti pour régler les voiles et j’ai entendu un grand bang.

Virbac-Paprec 3 est parti au lof et s’est couché violemment. J’ai choqué l’écoute de GV et le solent. Je l’ai roulé. Je suis allé en bout de bôme pour décoincer la bastaque. J’ai abattu et le bateau s’est relevé. J’ai rempli l’ensemble des ballasts pour stabiliser le bateau." Photo @ Jean-Marie Liot DPPI / Virbac Paprec Sailing Team

 

« Je fais route vers le Nord-Ouest à environ 8 nœuds avec deux ris dans la grand-voile et la trinquette. La situation est stabilisée et je pense qu’il n’y a aucun risque de chavirage. Mon rêve de podium sur le Vendée Globe vient de couler subitement… » Jean-Pierre Dick est décidément poursuivi par la malchance : pour sa troisième participation et alors que la troisième place sur le podium lui semblait acquise, le Niçois va devoir avant tout rallier un port pour préserver son bateau et son intégrité. A 700 milles de l’archipel du Cap-Vert, à 1 000 milles des Canaries et des Açores, à 1 500 milles des Caraïbes, Virbac Paprec 3 n’a pas beaucoup de choix : ou il pique vers l’Ouest dans les alizés pour rejoindre les Antilles, ou il continue vers le Nord pour accrocher un flux de Sud-Ouest et se réfugier aux Açores.

Antilles ou Açores ?

Mais si la première option semble la plus pertinente, la deuxième ressemblerait à si méprendre à la situation de Roland Jourdain il y a quatre ans ! Le Breton avait alors dû subir une mer très mauvaise jusqu’à l’archipel, mais avait réussi à sauver son bateau le plus rapidement. C’est en tous cas une très grosse déception pour le Niçois qui avait déjà dû abandonner en 2008 dans l’océan Indien à cause de son safran… Alex Thomson (Hugo Boss) est désormais en passe de s’adjuger la troisième marche du podium, mais il lui reste encore 2 300 milles à parcourir jusqu’aux Sables d’Olonne.

En tête, François Gabart (Macif) a perdu une dizaine de milles sur Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) la nuit dernière : le leader est en bordure de la dorsale qui prolonge l’anticyclone des Açores et tout ce mardi, il va voir la brise tourner de l’Est au Sud-Ouest. Mais elle ne devrait pas mollir en-dessous de huit nœuds. La phase la plus lente est donc prévue pour cet après-midi quand le vent va s’orienter au Sud et qu’il faudra envoyer le spinnaker pour remonter jusqu’au 35° Nord, là où le flux de secteur Sud-Ouest prend du coffre.

Les dépressions se succèdent

Le train des dépressions atlantiques va en effet se mettre en place dès mercredi au large des Açores : une très grosse et très creuse perturbation est en effet programmée pour vendredi entre Terre-Neuve et l’Irlande (950 hPa) dont les fronts successifs vont balayer l’Europe de l’Ouest, de l’Ecosse au Portugal, dès samedi après-midi. Du très mauvais temps est donc attendu dans le golfe de Gascogne avec plus de 35 nœuds de vent de Sud-Ouest et de très violents grains au passage du front.

Positions du 22  janvier à 9hJean-Pierre Dick continue de gagner dans le Nord-Ouest malgré la perte de sa quille. François Gabart est désormais dans la dorsale qu"il va traverser en une journée pour retrouver la brise de Sud-Ouest au large des Açores. A peine cent milles derrière le leader, Armel Le Cléac"h est toujours à l"affût...Photo @ Addviso & Supersoniks

Et la mer déjà formée par la dépression qui sévit actuellement sur la France avec son lot de neige et de pluies verglacées, va devenir extrêmement forte au large du cap Finisterre quand les deux leaders vont aborder la dernière ligne droite… Un peu comme il y a quatre ans lorsqu’Armel Le Cléac’h avait subi les assauts d’une dépression qui avait balayé Les Sables d’Olonne et le village du Vendée Globe ! Cette configuration finale et l’avarie surprenante de Jean-Pierre Dick laissent entendre que le sujet principal est d’abord d’arriver à bon port : les trois derniers jours très puissants qui s’annoncent devraient inciter à la prudence les deux leaders qui ne doivent pas subir d’avaries sur ce dernier tronçon de 1 000 milles…

Poussifs alizés

La situation météorologique est totalement inverse dans l’hémisphère Sud : l’anticyclone de Sainte-Hélène règne en maître sur l’Atlantique Sud même s’il se dégonfle du côté de l’Afrique du Sud. Les alizés perdent ainsi de leur intensité et le flux d’Est n’est véritablement installé qu’à partir du 12° Sud. Mike Golding (Gamesa) et Jean Le Cam (SynerCiel) devraient enfin choquer les écoutes ce mardi soir et accélérer malgré une brise qui ne dépasse pas la douzaine de nœuds. La contrepartie de ce régime souffreteux est que le Pot au Noir semble de moins en moins actif au-delà de l’équateur. Le couple franco-britannique navigue de conserve dans les mêmes conditions avec seulement une quarantaine de milles de décalage latéral. Leur duel va durer jusqu’à l’arrivée !

300 milles plus loin, Dominique Wavre (Mirabaud) n’est pas encore sorti de l’auberge : le flux de Nord n’en finit pas de le précéder et le Suisse doit enchaîner les virements de bord pour profiter des bascules. Mais il doit encore gagner dans l’Est s’il veut éviter le retour de la bande orageuse brésilienne qui le suit… Javier Sanso (Acciona) est lui aussi dans la même problématique : plonger encore plus dans l’anticyclone pour s’échapper des orages qui remontent vers le Nord-Est. La sortie est sur le 15° Sud, à encore 200 milles…

Mirabaud au coucher du soleilDominique Wavre (Mirabaud) : "Là je suis au près, 20 nœuds de vent, ciel couvert, pluie, mer grise, 2,50m de creux. La nuit de dimanche, ça a été très moche : des trombes d’eau sont venues sur le bateau, je n’ai pas bougé pendant une heure, j’ai pu dormir une demi-heure. C’est la remontée de l’Atlantique la plus pénible que j’ai pu faire. Quand il fait nuit noire, sous des trombes d’eau, tu ne vois absolument pas s’il y a un grain. Et quand tu es sur le pont, tu ne vois pas les vagues arriver."Photo @ Dominique Wavre Vendée Globe

Orages au Brésil

A raser les côtes brésiliennes, Arnaud Boissières (Akena vérandas) pourrait s’en sortir mieux : il est encore derrière cette bande orageuse qui remonte vers Salvador de Bahia avec de la brise portante. Mais ce mardi s’annonce très délicat à négocier car les grains et les bascules vont se succéder sur sa route. Ils vont être les plus intenses en soirée mais vont progressivement s’affaiblir en fin de nuit prochaine : l’Arcachonnais pourrait alors retoucher le flux de Nord et s’extirper des côtes pour aller chercher les alizés au large. Cela sera-t-il suffisant pour que le solitaire se recale devant le duo suisso-espagnol ? Rien n’est sûr…

Les conditions sont nettement plus claires et favorables pour le trio de queue : Bertrand de Broc (Votre nom autour du monde) tire un grand trait vers le Nord-Nord Est depuis quasiment les Malouines dans un flux de Sud-Est modéré. Il a repris plus de 700 milles depuis les Falkland sur le « club des cinq »… Et la voie semble se dégager devant son étrave car la bande orageuse perd de son intensité au fur et à mesure qu’il se rapproche d’elle. Quant à Tanguy de Lamotte (Initiatives-cœur), il peut suivre la même trace avec 300  milles de décalage. Et l’Italien Alessandro di Benedetto (Team Plastique) malgré tous ses soucis de voiles, peut aussi remonter assez vite vers les Quarantièmes dans un flux d’Ouest bien installé.

Akena Arnaud BoissièresArnaud Boissières (Akena vérandas) : "J’ai retrouvé de la vitesse depuis dimanche midi. Je crois que j’ai été bien pompé par un grain, j’ai réussi à le suivre et il m’a bien aidé. Je longe les côtes brésiliennes mais je n’ai pas vu grand-chose à part les pêcheurs, les plateformes pétrolières et beaucoup d’hélicoptères. Au début c’est rigolo de se dire qu’on va longer les côtes mais c’est stressant. Il y a des plateformes que je ne vois pas tout le temps à l’AIS et il y a les bateaux de pêche aussi…"Photo @ Jean-Marie Liot Vendée Globe
 

 

« Après avoir vogué pendant des jours et des nuits, j’ai compris que l’Occident n’a pas de limites mais qu’il continue à se déplacer avec nous, et que nous pouvons chercher à l’atteindre aussi longtemps que nous voulons sans jamais y parvenir. Il en est de même de cette mer inconnue qui s’étend au-delà des Colonnes d’Hercule, sans fin et toujours égale, de laquelle émergent, comme l’épine dorsale d’un colosse disparu, de petites crêtes d’îles, nœuds de roche perdus dans le bleu.
Vue de la mer, la première île que l’on rencontre est une étendue de verdure ; au milieu, on peut voir des fruits brillants comme des pierres précieuses, avec lesquels parfois se confondent d’étranges oiseaux aux plumes pourpres. Les côtes sont inaccessibles, faites d’une roche noire habitée par des faucons de mer qui pleurent quand tombe la nuit et qui volettent, inquiets, comme accablés d’une sombre peine. Les pluies sont abondantes et le soleil impitoyable : et à cause de ce climat et de la terre noire et riche, les arbres sont très hauts, les bois luxuriants et les fleurs abondantes : ce sont de grandes fleurs bleues et roses, charnues comme des fruits, que je n’ai jamais vue nulle part ailleurs. Les autres îles sont plus rocheuses mais tout aussi riches en fleurs et en fruits ; et c’est des bois que les habitants tirent la majeure partie de leur subsistance, le reste venant de la mer, dont les eaux sont tièdes et poissonneuses. »

Antonio Tabucchi (Femme de Porto Pim et autres histoires)