Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Vendée Globe 2012-13 – IMOCA - Interview du skipper d’Akena Vérandas

Arnaud Boissières : «Je réalise un rêve de gamin !»

Septième du dernier Vendée Globe, Arnaud Boissières revient cette année avec des ambitions à la hausse, un beau 60 pieds (l’ex-PRB de Riou) et une ferveur intacte. Entretien avec un gars pas banal.
  • Publié le : 02/07/2012 - 00:01

Le 60 IMOCA Akena VerandasAkena Vérandas n’est autre que l’ancien PRB, plan Farr 2006 avec lequel Vincent Riou a participé au dernier Vendée Globe. «Un monocoque qui peut gagner le Vendée Globe», affirme Arnaud.Photo @ Benoît Stichelbaut Akena Vérandas«J’adore mon bateau et mon projet, je pourrais t’en parler pendant des heures !» Arnaud Boissières frôle les 40 ans, mais garde l’enthousiasme d’un gamin. Enthousiasme que l’échéance à venir, le Vendée Globe, ne fait qu’amplifier, tant cette épreuve a une saveur particulière pour lui.

Arnaud Boissières, un skipper heureux !Passé notamment par la Mini-Transat et le circuit Figaro, Arnaud Boissières (bientôt 40 ans) s’attaquera le 10 novembre à son deuxième Vendée Globe. Photo @ Julien Girardot Sea & CoLes Sables-d’Olonne, le 26 novembre 1989 : âgé de 17 ans et atteint d’une leucémie, Arnaud assiste avec son père au départ du premier tour du monde en solitaire et sans escale – pour s’aérer l’esprit, et emmagasiner du rêve. Même lieu, vingt ans plus tard : «Cali», comme on le surnomme, est accueilli triomphalement après 105 jours de mer ponctués par une probante 7e place. Sacrée perf’, à bord d’un monocoque ancien qui avait déjà deux Vendée Globe dans son tableau arrière – avec Thomas Coville en 2000-01 et Sébastien Josse en 2004-05.

L’histoire est belle, mais ne doit rien au hasard : Arnaud Boissières a méthodiquement construit son parcours de solitaire. D’abord préparateur pour Yves Parlier et Catherine Chabaud, ancien de la Mini-Transat (3e en 2001), il fait notamment ses armes en Figaro. Avant de devenir skipper du monocoque de 60 pieds IRC Solune puis de porter, avec succès, son propre projet en IMOCA avec Akena Vérandas.

Le 10 novembre prochain, Arnaud prendra donc le départ de son deuxième Vendée Globe. Sa solide expérience, son bateau performant – l’ex-PRB de Vincent Riou, plan Farr 2006 – et sa motivation énorme en font un outsider sérieux.


voilesetvoiliers.com : Le départ du Vendée Globe approche. Tu as hâte d’en découdre ?
Arnaud Boissières :
Oh oui ! Surtout que je suis d’un tempérament impatient. Cela peut paraître étrange, mais je pense au prochain Vendée Globe depuis l’arrivée du dernier ! La pression monte doucement et il me tarde d’y être. Peut-être pas au 10 novembre, car les premiers jours sont particulièrement stressants, le temps de se mettre dans le rythme. Mais plutôt au 12 ou 13, quand je naviguerai – je l’espère – sous grand gennaker et sous spi : ce sera le bonheur, et la récompense de nos mois de préparation intense. Je vais me régaler !

v&v.com : Pourquoi apprécies-tu tant cette épreuve ?
A.B. :
Parce qu’il n’y a pas mieux ! C’est la course autour du monde qui regroupe le plus de bateaux, mais aussi des marins talentueux, sympas et venus d’horizons différents. Avant de partir en 2008, j’étais persuadé que cette course me plairait, cela s’est confirmé. Si le Vendée Globe avait lieu tous les ans, je me battrais avec la même force pour être à chaque fois au départ !

Le Vendée Globe 2008-09, une première réussie22 février 2009, aux Sables-d’Olonne. «Cali» en surprend plus d’un en terminant 7e de son premier Vendée Globe, après 105 jours de mer éprouvants. Photo @ Pierrick Contin Vendée Globe / DPPIv&v.com : Tu ne gardes que des bons souvenirs de ta première participation ?
A.B. :
Non, il y a eu des moments très difficiles, à l’approche du cap Horn notamment – avec Brian Thomson et Dee Caffari, nous avons subi un coup de vent monstrueux. Moi qui souhaitais un franchissement mémorable, j’ai été servi ! Pendant ce tour du monde, il m’arrivait souvent d’avoir froid, d’être détrempé. Mais ça ne me dérangeait pas vraiment et je tournais les choses en dérision en me disant : «Quelle chance d’être trempé dans les mers du Sud !» Avec le recul, j’essaye toujours de retirer du positif des expériences difficiles.

v&v.com : Tu apprécies la période actuelle de préparation et d’optimisation ?
A.B. :
Oui, car j’aime passer du temps sur mon bateau, que ce soit en navigation ou à terre pour bricoler avec mon équipe technique. Et avec l’expérience, je comprends mieux l’importance majeure de cette période pour être performant lors du tour du monde.

v&v.com : Pourquoi as-tu fait l’impasse sur l’Europa Warm’Up, considérée comme un test grandeur nature à six mois du Vendée Globe ?
A.B. :
L’Europa quoi (rires) ? Sérieusement, je n’étais pas très emballé par cette course pour deux raisons. Le budget, tout d’abord : partir de Barcelone avec un équipage de cinq personnes coûte très cher. Et le timing, d’autre part : la course a été organisée vraiment tard et je n’ai pas voulu bouleverser mon programme. J’aurais préféré faire la Transat Anglaise, comme en 2008. C’était une excellente préparation en solitaire et je regrette franchement qu’elle n’ait pas été au programme cette année. Cela dit, l’Europa Warm’Up était apparemment une belle course et les skippers se sont tiré la bourre en solo lors de la deuxième étape entre Cascais et La Rochelle. De mon côté, j’ai participé au Tour de Belle- Ile, au Grand Prix Guyader et à l’ArMen Race – des courses moins excitantes sportivement, mais qui permettaient de naviguer sur des petits parcours avec des membres de l’équipe technique et d’autres navigateurs comme Bertrand de Broc, Cédric Pouligny ou Bertrand Delesne.

Tirer parti d’un coup durRetour aux Sables-d’Olonne après le démâtage survenu en novembre dernier lors de la Transat Jacques Vabre. Photo @ Bernard Gergaud v&v.com : Le démâtage de la Jacques Vabre, en novembre dernier, n’est donc plus qu’un lointain mauvais souvenir ?
A.B. :
Démâter à moins d’un an du Vendée Globe n’est jamais agréable ! Mais cet incident a été l’occasion de faire un nouveau mât plus typé Vendée Globe – moins large, plus léger – dont les performances sont très satisfaisantes. D’une déception, nous avons tiré un bénéfice.

v&v.com : La casse est-elle ta principale crainte sur le Vendée Globe ?
A.B. :
C’est l’une des grandes craintes, oui. Tous les skippers ont la hantise de la casse, avant et après le départ. De mon côté, je redoute aussi de ne pas penser au petit truc qui peut faire la différence – comme quand on part en vacances ! De zapper un détail technique important. La solitude ne me fait en revanche pas peur. On n’est d’ailleurs jamais vraiment seul car on vit des moments de complicité extrême avec son bateau et les éléments.

La vie rêvée d’ArnaudArnaud Boissières vit de sa passion et ne boude pas son plaisir : «Je me régale tous les jours !» Photo @ Benoît Stichelbaut (Akena Vérandas)v&v.com : En t’écoutant, on a vraiment l’impression que tu vis un rêve éveillé, non ?
A.B. :
C’est complètement vrai ! Comme quoi, on peut encore rêver à 40 ans… J’ai énormément de chance pouvoir vivre de ma passion. Ce n’est pas donné à tout le monde. Adolescent, je n’aurais jamais cru terminer un Vendée Globe puis en préparer un deuxième, ni participer à la Route du Rhum ou à la Transat Jacques Vabre. Je réalise un rêve de gamin ! Il y a bien sûr des aspects délicats à gérer quand on porte un tel projet – les budgets notamment. Mais je me régale tous les jours grâce à mon partenaire fidèle et à mon équipe technique soudée.

v&v.com : Quel est ton objectif sportif pour le Vendée Globe ?
A.B. :
Comme disait Michel Desjoyeaux, “pour gagner, il faut déjà arriver”. Après, je veux faire mieux que la dernière fois : intégrer le top 5 serait un bon résultat. Pour cela, il faudra bien gérer la course dans la durée et saisir toutes les opportunités. Mais un bon Vendée Globe, selon moi, ce n’est pas seulement essayer de dépasser tout le monde. C’est aussi se découvrir et s’épanouir encore davantage, partager l’aventure, faire vivre le projet avec son partenaire.

v&v.com : Contrairement à ta première participation, tu disposes d’un bateau récent et performant…
A.B. :
En 2009, avec Akena Vérandas, nous avions le choix entre construire un nouveau bateau ou en racheter un, le plus performant possible. Nous avons opté pour la seconde solution pour des raisons de budget et pour pouvoir naviguer immédiatement. C’était le bon choix : je me sens bien à bord de ce bateau, totalement en confiance malgré le démâtage de la Jacques Vabre. Je le connais vraiment bien puisque je l’ai récupéré en juin 2009 – c’est un atout. Akena Vérandas va moins vite que certains nouveaux bateaux, mais il reste redoutable à certaines allures. Ce bateau peut gagner le Vendée Globe. Et il a déjà une belle histoire sur cette course ! (C’est à son bord que Vincent Riou a secouru Jean Le Cam aux abords du cap Horn avant de démâter quelques heures plus tard, ndlr).

v&v.com : Tu as guéri d’une leucémie dans l’adolescence, après deux ans et demi de chimiothérapie. Cette expérience t’a-t-elle rendu plus fort ?
A.B. :
Cette maladie fait bien sûr partie des faits marquants de ma vie. J’en retire plus de combativité, oui, aussi bien sur l’eau que dans la vie de tous les jours. C’est pourquoi je suis ravi de représenter l’association «A chacun son Everest» de Christine Janin (docteur en médecine et alpiniste, première française à avoir gravi l’Everest, ndlr), qui aide des enfants atteints de leucémie ou de cancers à se reconstruire. A travers mon parcours, je leur montre qu’ils peuvent s’en sortir.

Vendée Globe 2012 : objectif Top 5Arnaud Boissières veut accrocher une place dans les cinq premiers. Expérience accrue, bateau performant, grosse envie : ça semble dans ses cordes !Photo @ Benoît Stichelbaut (Akena Vérandas)v&v.com : En analysant le plateau du Vendée Globe, on sait que l’on va cette fois encore assister à une course à plusieurs vitesses, avec des marins venus pour la gagne et d’autres pour l’aventure. Qu’en penses-tu ?
A.B. :
Avoir des skippers comme Alessandro di Benedetto fait partie du charme du Vendée Globe ! Le public ne s’y trompe pas et suit à chaque fois la course avec passion. C’est très intéressant car des bateaux anciens côtoient des monocoques techniquement en pointe comme Safran. J’étais sûrement en deuxième ou troisième division lors de ma première participation. C’est grâce à mon bon résultat que j’ai pu franchir un cap.

v&v.com : Il est vrai que tu as changé d’envergure depuis le dernier Vendée Globe – tu fais désormais partie des skippers expérimentés du circuit. Ce statut accentue la pression ?
A.B. :
Je ne vois pas les choses comme ça. Je le vis davantage comme une progression sportive et technique. D’autres skippers présents en 2008 ont aussi accumulé de l’expérience depuis quatre ans. J’ai encore beaucoup de boulot pour arriver au niveau de certains. Jean-Pierre Dick, Vincent Riou, François Gabart… il y a des sacrés mecs ! Je ne me considère pas comme un favori, mais comme un outsider. Et ça me va très bien !

v&v.com : Ton planning d’ici au départ ?
A.B. :
Tout se passera très bien, comme toujours sur Akena Vérandas (rires). Nous n’avons pas voulu nous imposer un programme trop chargé. Début juillet, nous allons démonter le bateau pour vérifier le mât, la quille et les périphériques. On va aussi peaufiner la carène et installer le système de vidéo proposé par le Vendée Globe. Le 22 juillet, je prendrai le départ de la Québec/Saint-Malo en Class40 avec Jacques Fournier, sur Groupe Picoty. Puis Akena Vérandas sera remis à l’eau mi-août. Suivront, en septembre, des entraînements à Port-La-Forêt et des opérations de RP. Après, tout ira très vite jusqu’au départ, le 10 novembre ! Mais je suis plutôt serein au niveau timing.

v&v.com : On a parlé d’une éventuelle participation au Vendée Globe 2016. Tu confirmes déjà ?
A.B. :
On m’a demandé ce que je voulais faire après le Vendée Globe, j’ai répondu : «Le Vendée Globe». Mais rien n’est entériné avec Akena Vérandas. La manière dont va se passer la prochaine édition conditionnera la suite. Ce qui est sûr, c’est que je prends énormément de plaisir en IMOCA et que je ferai tout pour être là en 2016 !


………..
Arnaud Boissières en quelques lignes

2011
- Participation à la Transat Jacques Vabre (avec Gérald Véniard, abandon sur démâtage)
- Détenteur du Record SNSM en IMOCA
2010
- 7e de la Route du Rhum
- 2e du Record SNSM
2009
- 7e de la Transat Jacques Vabre (avec Vincent Riou)
- 7e du Vendée Globe
2007
- 9e de la Transat Ecover B to B
- 12e de la Transat Jacques Vabre (avec Jean-Philippe Chomette)
- 4e du Record SNSM
- 10e de la Calais Round Britain Race
2005
- Recordman du Tour d’Irlande
- Vainqueur de la Route de l’Equateur en 50 pieds Open
- Equipier d’Olivier de Kersauson sur le maxi-trimaran Geronimo
Et aussi
- Trois participations à la Solitaire du Figaro (2002, 2003 et 2004)
- Deux participations à la Mini-Transat (1999 et 2001)
 

Akena Vérandas à la loupe

Architecte : Groupe Farr Yacht Design
Chantier : CDK Technologies - 2006 (ex-PRB)
Longueur : 18,28 m (60 pieds)
Largeur : 5,96 m
Tirant d’eau : 4,50 m
Poids : 8 tonnes
Voilure au près : 390 m2
Voilure au portant : 590 m2

Le site d’Arnaud Boissières est ici
Celui de l’association «A chacun son Everest», soutenue par Arnaud, est

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