Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Vendée Globe 2012-2013 – Interview du skipper de Gamesa

Mike Golding : «Mon voilier, je le connais sur le bout des doigts»

Et de quatre ! A 52 ans, Mike Golding s’aligne pour la quatrième fois consécutive au départ du Vendée Globe. Dur au mal et tenace, le skipper britannique sera encore un concurrent dangereux. Interview.
  • Publié le : 05/11/2012 - 00:01

Cap sur un 4e Vendée Globe«Je sais dans quoi je m’engage», assure Mike Golding. Et pour cause : le 10 novembre aux Sables-d’Olonne, le Britannique coupera pour la quatrième fois consécutive la ligne de départ du Vendée Globe !Photo @ Mark Lloyd

Mike Golding, 52 ansMike Golding, 52 ans, est l’un des coureurs au large les plus expérimentés autour de la planète. Détenteur du record du tour du monde à l’envers en 1994, il a aussi bouclé deux fois le Vendée Globe.Photo @ Mark Lloyd Mike Golding a d’abord tourné à l’envers, marquant notamment les esprits avec son record du tour du monde en solitaire contre vents et courants dominants en 1994.

Entré dans la classe IMOCA en 1998, il vient à bout de ses deux premiers Vendée Globe malgré d’importantes avaries : un démâtage qui l’oblige à rebrousser chemin et à repartir des Sables-d’Olonne une semaine après le reste de la flotte en 2000-01, la perte de sa quille à 50 milles de l’arrivée en 2004-05 – ce qui ne l’empêche pas de terminer sur le podium !

La dernière édition a été plus frustrante. Constamment aux avant-postes, le skipper britannique voit ses efforts récompensés en prenant les commandes de la course dans l’océan Indien, mais Ecover 3 démâte quelques heures plus tard.

Le 10 novembre, il prendra le départ de son quatrième Vendée Globe, sur le même bateau qu’il y a quatre ans rebaptisé Gamesa, un plan Owen Clarke de 2007 dont il connaît les moindres recoins et spécificités... A quelques jours du grand départ, cette figure de la voile britannique se livre. Entretien.

 

v&v.com : Le départ du Vendée Globe sera un soulagement pour toi ?
Mike Golding. : Oui, dans le sens où, à ce stade, il n’y a plus grand-chose à faire sur le bateau – juste des détails à gérer. L’équipe a bien bossé ces douze derniers mois et nous sommes donc arrivés bien préparés aux Sables-d’Olonne. Bonne préparation, bon sponsor, une équipe qui sait ce qu’elle a à faire : je suis prêt à partir longtemps au large. Place à la navigation, donc !

v&v.com : Tu sembles particulièrement bien préparé cette année…
M.G. : C
’est vrai ! A chaque fois que je me présente sur la ligne de départ du Vendée Globe, j’arrive mieux préparé que lors de l’édition précédente. L’expérience accumulée au cours de mes trois participations est précieuse : j’ai déjà vécu cette phase d’avant-départ – toujours un peu spéciale – et je sais dans quoi je m’engage. Nous sommes ici, aux Sables-d’Olonne, dans une ambiance bien plus relax qu’auparavant et avec une liste de choses à faire courte et claire. Certains partent pour la première fois cette année, et découvrent tout – ce doit être plus difficile nerveusement pour eux (cinq skippers sont dans ce cas : Louis Burton, Tanguy De Lamotte, Alessandro Di Benedetto, François Gabart et Zbigniew Gutkowski, ndlr).

v&v.com : Tu as aussi pour toi une excellente connaissance de ton bateau…
M.G. :
J’ai connu tous mes voiliers sur le bout des doigts – c’est l’un de mes points forts. Je n’ai jamais acheté le bateau des autres, mais toujours construit mes propres monocoques et navigué à leur bord. Celui-ci, Gamesa, je l’ai construit et reconstruit (Mike fait référence à l’important chantier d’optimisation effectué à l’été 2011 – nouvelle quille, nouveau mât, gain de poids significatif, reconfiguration du cockpit, ndlr) ! J’ai énormément de repères à bord, je sais exactement où se trouve quoi, comment il faut réagir dans telle ou telle situation, comment réparer. C’est rassurant. Je ne suis pas là à me dire : «Que se passe-t-il ? Je ne sais pas vraiment… Tiens, ça ne devrait pas être là, ça... Tant pis, je continue à foncer !» (Rires).

v&v.com : Le démâtage survenu en mai dernier ne t’a pas fait perdre trop de temps ?
M.G. : Cet épisode malheureux a davantage été un accroc qu’un réel handicap pour ma préparation au Vendée. Certes, nous n’avons pas pu naviguer à une période où nous avions justement prévu de le faire – c’est le principal problème. Pour le reste, rien de grave. On peut même en retirer du positif : désormais, nous surveillons avec encore plus d’attention les différents éléments du bateau.

Gamesa, sur le bout des doigtsParmi les points forts du skipper britannique, il y a la parfaite connaissance de son bateau, Gamesa.Photo @ Mark Lloyd v&v.com : Pour ce Vendée Globe, tu avais pourtant décidé d’abandonner le mât-aile d’Ecover 3 pour un mât classique, réputé plus fiable. Pourquoi ce choix ?
M.G. :
Pour la fiabilité, justement ! Lors de la dernière édition, j’ai été tellement déçu de perdre mon mât alors que j’étais en tête de la course… Oui, il y a avait beaucoup de vent quand c’est arrivé. Oui je portais beaucoup de toile et poussais le bateau. Mais le mât n’aurait pas dû casser. Je le sais, même si c’est dur à expliquer aux autres. Nous avons donc opté pour une solution plus classique – un mât non rotatif –, en utilisant des technologies de pointe. En théorie, les VPP (Velocity Prediction Programme, ndlr) indiquent que nous allons moins vite avec ce nouvel espar. Mais en pratique, le gain de poids a été conséquent, ce qui devrait logiquement améliorer notre vitesse. Savoir si nous allons plus ou moins vite reste donc à déterminer pour une course aussi longue que le Vendée Globe.

v&v.com : Quatre bateaux de la génération 2007 ont démâté en seulement six mois (Gamesa, Groupe Bel, Maître Coq et Akena Verandas). Facteur d’inquiétude ou simple concours de circonstances ?
M.G. : Je ne pense pas que l’on puisse établir un lien entre tous ces démâtages. Les bateaux sont techniques, les divers équipements extrêmement sophistiqués et parfois en phase de développement. La casse fait malheureusement partie du jeu quand on travaille avec des prototypes – il faut l’accepter. Les trois autres skippers à qui c’est arrivé (Kito de Pavant, Jérémie Beyou et Arnaud Boissières, ndlr) seront d’accord avec moi pour dire qu’il vaut mieux que les avaries surviennent durant la préparation que lors du Vendée Globe. Des concurrents auront des soucis avec leurs mats pendant la course, cela ne fait aucun doute. Avec mon équipe, nous avons fait de notre mieux pour ne pas en faire partie !

v&v.com : Pourquoi un quatrième Vendée Globe ?
M.G. : Depuis maintenant quatorze ans, je me consacre exclusivement aux 60 pieds IMOCA qui constituent donc une composante essentielle de ma carrière. Et l’événement majeur de ce circuit est le Vendée Globe, tous les quatre ans : pas question de louper cette épreuve, donc. J’ai eu la chance de prendre tous les départs depuis l’édition 2000-01. C’est une course de légende, au-dessus du lot. A tel point que l’IMOCA n’existerait probablement plus sans le Vendée – je n’aurais pas dû dire ça, tu peux effacer si tu veux (rires) !

v&v.com : Tu es l’un des cinq quinquagénaires au départ (avec Marc Guillemot, Jean Le Cam, Kito de Pavant et Dominique Wavre). Jusqu’à quel âge un skipper peut-il participer au Vendée Globe ?
M.G. : Euh… je dirais 60 ans !

v&v.com : Penses-tu pouvoir gagner le Vendée Globe ?
M.G. : Absolument ! En tout cas, j’ai constaté lors de la Transat Jacques Vabre (Mike a terminé 9e avec Bruno Dubois, ndlr) et de la B to B (4e) que les différences de performances entre mon bateau et ceux de nouvelles générations ne se sont pas creusées. Gamesa est aussi très compétitif face aux bateaux de sa génération, on l’a vu lors du dernier Vendée Globe avant que le mât ne cède. Mais il faut bien garder à l’esprit que tous les bateaux ont depuis été largement optimisés. Nos développements vont dans le bon sens, je ne me fais donc pas de soucis.

v&v.com : A l’instar de ton compatriote Alex Thomson (son interview est à lire ici), as-tu à cœur de devenir le premier Britannique à remporter le Vendée Globe ?
M.G. :
Non, pas vraiment. Je n’appréhende pas les choses comme cela. Gagner le Vendée Globe – la plus grande course du sport dans lequel je m’implique depuis tant d’années – serait bien sûr un énorme accomplissement à tous niveaux. Mais ce n’est pas une question de fierté nationale. Même si, inévitablement, un succès britannique aurait un fort retentissement dans le pays et entraînerait un regain pour la voile. C’est d’ailleurs ce qu’il s’est passé avec le cyclisme, grâce à la victoire de Bradley Wiggins dans le Tour de France.
 

Le 60 pieds GamesaPlan Owen Clarke 2007, Gamesa est l’ancien Ecover 3 avec lequel Mike Golding a démâté dans l’Indien lors du dernier Vendée Globe. C’est aussi à son bord, et sous les couleurs de Président, que Jean Le Cam et Bruno Garcia ont connu pareille mésaventure dans la Barcelona World Race 2011.Photo @ Mark Lloyd

v&v.com : Trois marins britanniques – et sept étrangers – prendront le départ de ce Vendée Globe, sur un total de vingt skippers. Le plateau est-il suffisamment international à tes yeux ?
M.G. : Non (rires) ! C’est mon quatrième Vendée Globe, et je n’ai pas vraiment vu les choses évoluer en la matière (il y avait 42% de skippers étrangers en 2000-01, 35% en 2004-05, 43% en 2008-09 et à nouveau 35% cette année, ndlr). Le Vendée Globe est un événement mondial, pas de doute, mais un «événement mondial français», je dirais. Cela doit être un peu délibéré (rires).

3e du Vendée Globe 2004-05Les Sables-d’Olonne, 4 février 2005. Malgré la perte de sa quille, Mike Golding coupe la ligne d’arrivée du Vendée Globe en troisième position, derrière Vincent Riou et Jean Le Cam. Belle preuve de détermination.Photo @ Jean-Marie Liot DPPIv&v.com : Délibéré ? C’est-à-dire ?
M.G. : Le Vendée Globe a suffisamment de crédibilité pour exister au niveau mondial. Mais a-t-on vraiment tout fait pour aller dans ce sens ? Je ne pense pas. Il y aurait des choses super à faire et je ne les vois pas – dommage. Je ne remets en cause cette course fantastique, que j’adore, car elle réunit autour d’une même passion des hommes et des femmes venus d’horizons divers. Mais cette passion pourrait se répandre bien plus loin. J’aimerais voir des skippers venus des États-Unis par exemple – et il y en a (Rich Wilson a participé à la dernière édition à bord de Great American III, ndlr). Il y a aussi un problème de chauvinisme : du point de vue britannique, nous n’étions que sept concurrents lors de la dernière édition : les sept Britanniques. Cette année, nous ne serons que trois – pas une avancée, n’est-ce pas ? Bon, il est vrai que la flotte française s’est aussi réduite et que nous passons de 30 à 20 bateaux. Les temps sont durs. Mais justement : dans ce contexte, il faut à tout prix continuer à internationaliser l’épreuve pour la rendre encore plus belle et plus attractive.

v&v.com : Autre débat qui anime la classe IMOCA, l'éventuel passage à la monotypie. Pour ou contre ?
M.G. : La monotypie est une mode : les MOD70 ont suivi cette voie, la Volvo Ocean Race fait de même. Il n’est donc pas surprenant que la classe IMOCA y pense à son tour. Selon moi, ce serait pourtant une erreur, pour plusieurs raisons. D’abord, intégrer une flotte monotype à celle existante serait difficile, voire impossible. Ensuite, je ne suis pas convaincu par les arguments budgétaires avancés par les partisans de la monotypie : personne n’a encore démontré qu’elle réduirait réellement les coûts. Et enfin, j’aime l’innovation – c’est excitant, cela fait évoluer nos bateaux et donc avancer notre sport !

v&v.com : On te dit tenace et obstiné. C'est vrai ?
M.G. : Oui, c’est vrai ! Enfin, ça dépend : tenace a une connotation positive ; obstiné est un trait de caractère beaucoup moins flatteur. Un âne est obstiné, un champion est tenace (rires) !


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Mike Golding en quelques lignes

2012 : vainqueur de l’Artemis Challenge
2011 : 4e de la Transat B to B, 9e de la Transat Jacques Vabre (avec Bruno Dubois)
2010 : vainqueur de l’Artemis Challenge
2009 : 3e de la Transat Jacques Vabre (avec Javier Sansó)
2008-2009 : participation au Vendée Globe (abandon)
2007 : 5e de la Transat Jacques Vabre

2006 : vainqueur du Record SNSM, participation à la Velux 5 Oceans (abandon)
2005 : 4e de la Transat Jacques Vabre (avec Dominique Wavre), 2e de la Calais Round Britain Race
2004-2005 : 3e du Vendée Globe
2004 : vainqueur de The Transat, 2e de la Calais Round Britain Race
2003 : 3e de la Calais Round Britain Race, 3e de la Transat Jacques Vabre (avec Brian Thomson)
2002 : 2e de la Route du Rhum
2001 : 2e de la Transat Jacques Vabre (avec Marcus Hutchinson)
2000-2001 : 7e du Vendée Globe
2000 : 3e de The Transat
1999 : 3e de la Transat Jacques Vabre (avec Edward Danby)
1996-1997 : vainqueur du BT challenge
1993-1994 : record du tour du monde à l’envers en solitaire
1992-1993 : 2e du British Steel Challenge

 

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Gamesa à la loupe

Architectes : Owen Clarke Design LLP / Clay Oliver
Chantier : Hakes Marine Construction, juillet 2007
Longueur : 18,28 m (60 pieds)
Largeur : 5,80 m
Tirant d’eau : 4,50 m
Poids : 8 tonnes
Voilure au près : 300 m2
Voilure au portant : 580 m2


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>> Notre mini-site sur le Vendée Globe, avec déjà près de 80 contenus, est ici.
>> Les diaporamas des vingt skippers et des vingt bateaux du Vendée Globe sont là.
>> Le décryptage du parcours et de ses portes des glaces est ici.
>> La première partie de l’interview de Denis Horeau, directeur de course, est ici.
>> La seconde partie de l’interview de Denis Horeau, directeur de course, est là.

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