Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Vendée Globe 2012-13 – Interview du skipper de Virbac-Paprec 3

Jean-Pierre Dick : «Je peux gagner de grandes courses en solitaire !»

Il a presque tout raflé en double, mais vise toujours sa première victoire d’envergure en solo. Et si son troisième Vendée Globe était le bon ? Interview de l’un des hommes à battre.
  • Publié le : 03/09/2012 - 00:01

Prêt à en découdreRevanchard après son abandon en 2008-09, Jean-Pierre Dick se prépare dur pour arriver fin prêt sur la ligne de départ de son troisième Vendée Globe, le 10 novembre prochain aux Sables-d’Olonne.Photo @ Vincent Curutchet DPPI

Jean-Pierre Dick, 47 ansTriple vainqueur de la Transat Jacques Vabre, double lauréat de la Barcelona World Race, 3e de la Route du Rhum 2006… Le palmarès de Jean-Pierre Dick en IMOCA a de la gueule. Mais il prendrait une  autre ampleur si le Niçois venait à remporter le prochain Vendée Globe.Photo @ Vincent Curutchet (Dark Frame / DPPI)Jean-Pierre Dick fait sa rentrée et l’année s’annonce chargée : avant d’explorer de nouveaux horizons en MOD70, le skipper de Virbac-Paprec 3 prendra le départ de son troisième et a priori dernier Vendée Globe. Avec l’objectif de quitter le circuit IMOCA sur un coup d’éclat, ce qui est dans ses cordes. Ses camarades de jeu ne s’y trompent pas, le citant régulièrement comme l’un des grands favoris.

L’exploit serait d’autant plus beau que le Niçois de 47 ans n’est pas issu du sérail. Vétérinaire de formation, il ne se consacre à la course océanique que depuis 2002 – «Ma passion a fini par m’emporter», dit-il joliment. Il n’a depuis eu de cesse de se perfectionner, se forgeant au passage un joli palmarès en double : deux victoires dans la Barcelona World Race (en 2007-08 et 2010-11), trois dans la Transat Jacques Vabre (en 2003, 2005 et 2011) !

Mais il est toujours en quête d’une première grande victoire en solitaire. Le Vendée Globe ne lui a jusqu’à présent pas vraiment réussi. Sa première tentative, en 2004-05, est compliqué : malchanceux et encore peu expérimenté, il accumule les galères mais s’accroche et termine tout de même sixième. De retour quatre ans plus tard, Jean-Pierre a pris une tout autre envergure. Auteur d’une belle course, il abandonne suite à une collision avec un growler au large de la Nouvelle-Zélande.

L’épisode est douloureux, la frustration énorme. Jean-Pierre Dick repart donc cette année avec un fort esprit de revanche et un projet potentiellement gagnant. Le compte à rebours est lancé et l’on sent poindre une once d’impatience dans ses propos. Impatience qui ne l’empêche de se préparer méticuleusement. Interview, au lendemain de la remise à l’eau de son Virbac-Paprec 3 après un mois de chantier à Lorient.

 

voiles&voiliers.com : Jean-Pierre, tu reviens de vacances en famille à la montagne. Changer d’air était primordial avant d’attaquer la dernière ligne droite ?
Jean-Pierre Dick : J’ai effectivement pris de bonnes vacances à la montagne pour changer d’univers, retrouver l’envie de naviguer et de bouffer des milles. C’était aussi l’occasion de profiter des joies de la famille – ce qui va beaucoup me manquer pendant le tour du monde. Aujourd’hui, je suis frais et dispos et je vais tout faire pour garder l’influx jusqu’au départ. Pas simple, car j’ai énormément de choses à gérer. Bien s’organiser pour pouvoir lâcher prise de temps à autre est l’un des grands enjeux de nos projets en solitaire, particulièrement prenants. D’ailleurs, même pendant les vacances, j’ai continué à m’entretenir physiquement, à avoir la vie la plus saine possible, à ne pas boire d’alcool...

v&v.com : Ton bateau, Virbac-Paprec 3, vient d’être remis à l’eau à Lorient après un ultime chantier d’un mois. En quoi a-t-il consisté ?
J-P.D. : À quelques mois de l’échéance, il ne s’agissait pas d’apporter de grosses modifications. Changer les choses importantes à la dernière minute mène souvent droit dans le mur (rires). Et cela a de toute façon déjà été fait lors du chantier réalisé l’hiver dernier – et même bien avant, car le bateau est à l’eau depuis deux ans et demi. Cet été, mon équipe technique a donc fait un travail de révision générale du bateau pour le mettre en configuration Vendée Globe : remise à neuf de la carène et des appendices, fiabilisation des éléments structurels, changement du gréement courant, quelques détails de sécurité (rajout d’antidérapants sur le pont, ndlr) et de confort, finitions extérieures. Rien de révolutionnaire, donc. Désormais, il faut faire attention aux collisions pour ne pas avoir à ressortir le bateau de l’eau. On a tous en mémoire ce qui est arrivé à Alex Thomson lors du dernier Vendée Globe (le skipper d’Hugo Boss avait heurté un chalutier peu avant le départ, le contraignant à entreprendre un important chantier avant le départ, puis à abandonner après quelques jours de course, ndlr).

Remise à l’eau de Virbac-Paprec 3Le 23 août à Lorient, Jean-Pierre Dick a remis à l’eau son Virbac-Paprec 3 à l’issue d’un ultime chantier d’un mois. Le Niçois va à nouveau pouvoir manger des milles et optimiser sa préparation.Photo @ D.R. Virbac-Paprec Sailing Team

v&v.com : Tu disposes d’un bateau de nouvelle génération, mais déjà largement fiabilisé et éprouvé. C’est l’idéal !
J-P.D. : Idéal, je ne sais pas (rires). En tout cas, le timing me semble bon. Dès le début du mon projet, il y a maintenant trois ans et demi, j’avais pour objectif d’arriver le Jour J avec un bateau de nouvelle génération complètement éprouvé. C’est un défi compliqué, dont la réussite ne prémunit pas des erreurs et de la malchance. La preuve : j’ai abandonné ma dernière course malgré une bonne préparation (l’Europa Warm’Up, suite à un problème de vérin de quille, ndlr). Cela dit, j’ai la chance de ne pas avoir racheté un bateau d’occasion. J’ai travaillé à la conception de Virbac-Paprec 3 et il me correspond tout à fait. Si je me plante, je serai responsable !

v&v.com : En discutant avec les autres skippers du prochain Vendée Globe, on constate que beaucoup te considèrent comme l’un des grands favoris, si ce n’est le favori. Comment appréhendes-tu ce statut ?
J-P.D. : C’est sympa de leur part (rires) ! Et valorisant. Pour autant, je ne pars bien entendu pas sur l’eau avec un complexe de supériorité. Les écarts entre les quatre bateaux de nouvelle génération – Virbac-Paprec 3, Macif, PRB et Banque Populaire – sont infimes et les marins feront la différence. Je n’oublie pas Marc Guillemot (Safran), Jean Le Cam (Synerciel) et Jérémie Beyou (Maître Coq) qui seront dans le coup à un moment ou à un autre.

Roi du doubleDeux fois vainqueur autour du monde – sur la Barcelona World Race – avec Damian Foxall en 2007-08, puis Loïck Peyron en 2010-11 (photo), mais aussi triple vainqueur de la Transat Jacques Vabre, Jean-Pierre Dick est bien le roi du double. En attendant d’être celui du solo ?Photo @ Nico Martinez
MalchanceAprès avoir occupé les avant-postes de la course, Jean-Pierre Dick fut contraint à l’abandon lors du dernier Vendée Globe, une collision avec un growler ayant endommagé le safran bâbord de son bateau.Photo @ Chris Cameron DPPIv&v.com : La victoire est ton unique objectif ?
J-P.D. :
Un podium serait déjà formidable, même si mon rêve ultime est de gagner le Vendée Globe. Ce serait une récompense extraordinaire, dix ans après m’être lancé dans la voile professionnelle et avoir laissé beaucoup d’énergie dans mes différents projets. Mais il faut être conscient que gagner reste exceptionnel en voile : on peut tomber sur plus fort que soit ou jouer de malchance. Je suis bien placé pour le savoir… Pour mon premier Vendée Globe, en 2004-05, il m’est arrivé pas mal de galères liées aussi à mon inexpérience. Aujourd’hui, je casserai moins de matériel, c’est certain ! Lors de ma deuxième participation, j’ai abandonné suite à une collision avec un growler. Je ne pouvais y faire grand-chose, même si mon système de safran était peut-être un peu faiblard. Je repars car je ressens une énorme frustration de ne pas avoir terminé. Et j’ai accumulé beaucoup d’expérience en vue de cette présumée dernière participation au Vendée Globe. Dans ce contexte, abandonner une seconde fois serait très décevant.

v&v.com : Tu évoquais ton entrée dans le monde de la course au large, en 2002. Pourquoi s’est-elle effectuée si tardivement, à l’âge de 37 ans ?
J-P.D. : Pour résumer, j’étais cadre dans une entreprise pharmaceutique vétérinaire. En tant qu’amoureux de la mer et de la voile, j’ai voyais dans le monde de la course au large tous les ingrédients pour être heureux : du voyage, de l’aventure, de la compétition. Cela m’a donné envie de changer complètement de vie. Ce n’était pas du tout un rejet de ma vie professionnelle, juste quelque chose de plus fort. Ma passion a fini par m’emporter.

v&v.com : Depuis, tu as beaucoup gagné en double, moins en solo. Comment l’expliques-tu ?
J-P.D. :
Je ne suis pas issu du solitaire et j’ai assez peu navigué en Figaro. Juste une saison, en 2006, qui a été compliquée car je gérais aussi un projet en IMOCA. Le circuit Figaro est particulier avec des skippers très aguerris. Mais je ne regrette rien, c’est une bonne expérience. Tout comme la navigation en double qui m’a énormément apportée pour le solitaire. J’ai beaucoup appris au contact de marins comme Loïck Peyron, Jérémie Beyou et Damian Foxall. C’est une chance d’avoir été aussi bien secondé ! Aujourd’hui, je me sens capable de gagner de grandes courses en solitaire.

v&v.com : Quel est ton programme d’ici au départ du Vendée Globe, le 10 novembre ?
J-P.D. : Dans les semaines à venir, j’effectuerai des navigations d’entraînement à Lorient et des stages à Port-la-Forêt avec d’autres concurrents du Vendée Globe. L’objectif sera notamment d’optimiser les réglages du gréement et des voiles. Je vais aussi peaufiner l’étude de la météo du parcours, poursuivre ma préparation physique, assister à des formations médicales et de sécurité – un programme chargé !

Le 60 pieds Virbac-Paprec 3Plan VPLP-Verdier de 2010, Virbac-Paprec 3 est à la fois récent et éprouvé. Jean-Pierre Dick et sa monture forment l’un des couples homme-bateau les plus redoutables de ce 7e Vendée Globe.Photo @ Chris Cameron DPPI / BWR

v&v.com : On sent que tu as hâte d’en découdre…
J-P.D. : Il me tarde d’y être, en effet. Mais chaque chose en son temps. Cela me chagrinerait de partir demain, car il reste beaucoup à faire et le timing est très précis. Patience, donc.

v&v.com : Ton avenir post-Vendée Globe s’écrira en MOD70. C’est un plus d’être certain de ton après tour du monde ?
J-P.D. : Oui, entrevoir la suite des événements est très important. Prendre un départ dans l’incertitude de l’avenir ne favorise pas la sérénité. Puis, il faut bien comprendre qu’il y a tout un projet derrière, toute une équipe à faire marcher et que je ne veux pas planter.

v&v.com : Ton 60 pieds IMOCA est-il déjà vendu ?
J-P.D. : Non, pas encore. L’idéal serait qu’il reste dans notre écurie de course au large (Absolute Dreamer, ndlr) avec un autre skipper. Car ce bateau sera encore compétitif après le Vendée.
v&v.com : Tu parlais tout à l’heure d’une «présumée dernière participation au Vendée Globe»... Tu penses peut-être y revenir un jour ?
J-P.D. : Arrêter le Vendée Globe pour partir vers d’autres horizons est un cap délicat à franchir. Le moment est venu car j’ai envie d’autre chose, mon sponsor aussi. Je ne me voyais pas repartir dans quatre ans, la motivation n’aurait certainement pas été aussi forte que cette année. Mais peut-être que je reviendrai quand même un jour, il ne faut jamais dire jamais !

 

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Jean-Pierre Dick en quelques lignes

2011
- Elu Marin de l’année
- Vainqueur de la Transat Jacques Vabre (avec Jérémie Beyou)
- Vainqueur de la Barcelona World Race 2010-2011 (avec Loïck Peyron)
- 7e de la Transat B to B
- 2e de la Rolex Fastnet Race 2011
2010
- 4e de la Route du Rhum
2008-09
- Participation au Vendée Globe (abandon)
2007-2008
- Vainqueur de la Barcelona World Race (avec Damien Foxall)
2006
3e de la Route du Rhum 2006
2005
- Vainqueur de la Transat Jacques Vabre (avec Loïck Peyron)
2004 - 2005
- 6e du Vendée Globe
2003
- Vainqueur de la Transat Jacques Vabre (avec Nicolas Abiven)
2001
- Vainqueur du Tour de France à la Voile

 

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Virbac-Paprec 3 à la loupe

Architectes : VPLP / Verdier
Chantier : Cookson Boats (Nouvelle-Zélande), 2010
Longueur : 18,28 m (60 pieds)
Largeur : 5,70 m
Tirant d’eau : 4,50 m
Poids : 7,8 tonnes
Voilure au près : 300 m2
Voilure au portant : 590 m2

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Plus d’infos sur Jean-Pierre Dick, ici.