Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Vendée Globe 2012-13 – Interview

Kito de Pavant : «Mon deuxième Vendée Globe sera le bon !»

C’est un skipper français expérimenté, mais il n’a jamais bouclé de tour du monde. Kito de Pavant, 51 ans, entend bien corriger ça lors du prochain Vendée Globe. Entretien avec un baroudeur compétiteur.
  • Publié le : 18/06/2012 - 00:01

Groupe Bel au taquetKito avoue volontiers que ses mésaventures passées l’invitent à la prudence. Mais il reste un compétiteur et on peut compter sur lui pour faire fumer son Groupe Bel ! Photo @ Guilain Grenier (www.grenierguilain.com)Kito de Pavant, un 51 dans l’eau !Six Jacques Vabre, huit Figaro, quatre Ag2r, une Route du Rhum, un Vendée Globe, une Barcelona World Race… Venu à la course au large sur le tard, Kito de Pavant est, à 51 ans, l’une des figures de l’IMOCA.Photo @ Richard Sprang «Je suis le favori des petits et des mamies !» Kito de Pavant manie l’humour pour oublier les galères. La dernière en date, un démâtage survenu au large des Açores lors de la deuxième étape de l’Europa Warm’Up, entre Cascais (Portugal) et La Rochelle, le 30 mai. Plus de peur que de mal : la structure de Groupe Bel n’est pas endommagée et Kito a pu rallier Port-Camargue, son port d’attache, sous gréement de fortune. Sa préparation pour le Vendée Globe en sera peu perturbée.

Tant mieux. Car le navigateur camarguais veut à tout prix reléguer au rang des mauvais souvenirs cette édition 2008-09 qui s’interrompit bien trop tôt, après 28 heures de course – mât brisé là encore. A oublier également, la Route du Rhum 2010 et la Barcelona World Race 2010-11, abrégées en raison de problèmes de quille. Des fortunes de mer qui ne doivent pas occulter son statut de marin d’exception sillonnant inlassablement les mers du globe depuis plus de trente ans.

D’abord baroudeur, Kito de Pavant devient compétiteur sur le tard, à l’aube de la quarantaine. En 2000, il se lance sur le circuit Figaro et remporte la mythique Solitaire deux ans plus tard. En parallèle, il navigue en trimaran ORMA aux côtés d’un certain Jean Le Cam. S’en suit un engagement pérenne avec le Groupe Bel, ponctué de jolis résultats, d’abord en Figaro puis en 60 pieds IMOCA à partir de 2007. Reste que le tour du monde se refuse toujours à lui. Kito sera donc sous pression au départ de son deuxième Vendée Globe, le 10 novembre prochain aux Sables-d’Olonne…


voilesetvoiliers.com : Kito, comment s’est passé ton convoyage entre les Açores et Port Camargue ?
Kito de Pavant :
Très bien ! Lors de notre escale à Sao Miguel, aux Açores, nous avons mis en place un gréement de fortune efficace. J’ai eu de la chance dans mon malheur, car la rupture du mât n’a pas entraîné de dommages collatéraux – c’est relativement rare.

v&v.com : Peux-tu nous en dire plus sur les circonstances de ce démâtage dans l’Europa Warm’Up ?
K.P. :
Les conditions étaient tout à fait maniables au large des Açores : 20-25 nœuds de vent et une mer pas particulièrement forte. Je naviguais sous gennaker et un ris dans la grand-voile – une voilure adaptée, donc. Le bateau marchait bien et la navigation était confortable sous pilote automatique. Tout d’un coup, le bateau a accéléré et j’ai entendu un grand crac : le mât s'est cassé en deux immédiatement, juste au-dessus du capelage de l'étai d'ORC. Je n'avais donc plus de voile d'avant et le mât tenait uniquement avec les bas-haubans de cet étai à l'avant.

v&v.com : Groupe Bel est le quatrième IMOCA de la génération 2007 à démâter en un peu plus de six mois – après Akena Vérandas en novembre, Maître Coq en avril et Gamesa en mai. Hasard ou fatigue des bateaux ?
K.P. :
Toutes les équipes engagées dans le Vendée Globe concentrent leurs moyens pour cette échéance, pas pour les entraînements ou les courses secondaires. On essaye de faire au mieux avec le matériel existant car les budgets ne sont pas extensibles à l’infini. Sur l’Europa Warm’Up, par exemple, je naviguais avec des câbles de l’an dernier et des voiles en fin de vie. Mais les choses seront différentes pour le Vendée Globe, car je partirai à bord d’un bateau remis à neuf lors du chantier d’été.

Au départ de l’Europa Warm’UpLe 26 mai dernier, à Cascais (Portugal), Kito de Pavant s’élançait pour la deuxième étape de l’Europa Warm’Up, cap sur La Rochelle. Quatre jours plus tard, il démâtait au large des Açores…Photo @ Jacques Vapillon (Sea & Co / Europa Warm'Up)v&v.com : Groupe Bel – tout comme Akena Vérandas et Maître Coq – dispose d’un mât-aile pivotant avec outriggers. Ce type de gréement est-il particulièrement fragile ?
K.P. :
Il est difficile d’établir un lien de cause à effet entre un type de mât et une avarie. Ce qui est certain, c’est que le gréement – quelle que soit sa configuration – constitue un point sensible sur nos bateaux. Le niveau de concurrence est si élevé que nous frôlons constamment la limite pour optimiser la performance. Cela nous joue des tours, mais peut-on réellement faire autrement ? En théorie, ça doit résister mais il y a des impondérables. D’ailleurs, plusieurs bateaux de la Volvo Ocean Race – qui ne disposent d’ailleurs pas de mâts-ailes – ont démâté alors même que la jauge devait permettre d’éviter de tels incidents.

v&v.com : Etais-tu satisfait de tes performances et de celles de ton plan Verdier-VPLP dans l’Europa Warm’Up avant cette avarie ?
K.P. :
De mes performances personnelles, non (rires) ! J’ai fait des erreurs tactiques lors des deux étapes et vite été distancé. Je n’ai donc pas vraiment pu me comparer aux autres concurrents – ce qui était précisément l’objectif de cette épreuve. En revanche, les performances de Groupe Bel sont très satisfaisantes et totalement en phase avec nos attentes. Les optimisations apportées lors du chantier d’hiver ont été validées, à commencer par la modification des ballasts qui permet d’améliorer sensiblement la stabilité et la vitesse du bateau au reaching. Sur l’Europa Warm’Up, on naviguait entre 105 % et 110 % des polaires habituelles du bateau ! Plus globalement, Groupe Bel est très polyvalent, ce qui n’est pas forcément le cas de tous les bateaux au départ.

v&v.com : J’imagine que ta préparation pour le Vendée Globe est chamboulée suite à ce démâtage. Quel est le programme dans les mois qui viennent ?
K.P. :
Le bateau sera mis en chantier début juillet, soit trois semaines avant ce qui était initialement prévu. Pas forcément une mauvaise nouvelle : nous aurons plus de temps pour travailler sereinement. Après l’incident aux Açores, j’ai eu peur que le timing soit vraiment serré. Mais la livraison du nouveau mât se fera finalement dans un délai raisonnable, à la fin du mois d’août. Ce contretemps ne compromet donc pas ma préparation pour le Vendée Globe. Côté entraînement, je pourrai me rattraper car nous avons prévu une remise à l’eau début septembre. Il sera alors temps de tester et d’optimiser les équipements installés lors de ce chantier d’été.

Vendée Globe 2008-09, la désillusionLe regard en dit long… Lors du Vendée Globe 2008-09, l’aventure s’arrête après seulement 28 heures de course, suite à un démâtage dans le golfe de Gascogne.Photo @ Olivier Blanchet (DPPI)v&v.com : Un mot sur l’énergie à bord. En vue du Vendée Globe, tu as choisi de garder deux hydrogénérateurs et de débarquer les panneaux solaires et l’éolienne. Pourquoi ?
K.P. :
Les éoliennes et les panneaux solaires avaient un rendement insuffisant. Ces équipements permettent de réduire la consommation de gazole, pas d’être autonome – à moins d’en installer beaucoup, comme l’a fait Javier Sanso sur Acciona (l’article consacré au bateau du skipper espagnol est à lire ici). D’où la décision de ne garder que les hydrogénérateurs, avec l’objectif d’utiliser au maximum ce système performant et léger. Dans la pétole, pour l'énergie, j’aurai besoin de faire tourner le moteur. Mais je partirai avec beaucoup mois de gazole qu’il y a quatre ans.

v&v.com : Ton objectif pour le Vendée Globe ?
K.P. :
Finir, clairement ! Ma première tentative autour du monde – le Vendée Globe 2008-09 – a duré 28 heures et la deuxième – la Barcelona World Race 2010-2011 – 70 jours : je me suis amélioré (rires) ! Mon deuxième Vendée Globe sera le bon, j’en suis convaincu. Il faut que la roue tourne ! Car je ne suis vraiment pas en réussite depuis quelque temps, j’ai vécu des galères à répétition.

v&v.com : Ces souvenirs douloureux incitent-ils à naviguer plus prudemment ?
K.P. :
J’ai la hantise de revivre ces moments, de casser à nouveau quelque chose. C’est toujours dans un coin de ma tête. Donc oui, je vais modifier ma façon de naviguer : pour terminer le Vendée Globe, il ne faudra pas se laisser emporter par le rythme de certains, ne pas prendre de risques inconsidérés. Quitte à parfois mettre l’esprit de compétition de côté. Ceci dit, pas question de traîner et de faire le tour du monde en 110 jours ! J’ai l’envie, les compétences et l’expérience pour bien figurer et si je finis, je serai sûrement bien classé.

v&v.com : Tu bouclerais ainsi ton premier tour du monde à 51 ans. Tu es d’ailleurs habitué aux «premières tardives» puisque tu as découvert la Solitaire à presque 40 ans, le Vendée Globe à 47 ans et la Route du Rhum à 49 ans… Comment l’expliques-tu ?
K.P. :
Ce n’était pas une question d’envie, car je rêvais de faire la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro dès 16-17 ans. J’ai toujours navigué mais les aléas de la vie ont fait que je ne me suis pas lancé très tôt dans la course au large. Mais, au final, tout s’est enchaîné très naturellement et j’ai toujours fait les choses que je me sentais capable de faire. Je suis très heureux d’avoir découvert ces superbes courses, même tardivement. D’autant que mon expérience a été précieuse pour les aborder.

Cap sur le Vendée Globe 2012 L’objectif de Kito de Pavant pour son deuxième Vendée Globe est on ne peut plus clair : finir – et en bonne place !Photo @ Guilain Grenier (www.grenierguilain.com)v&v.com : En parlant d’expérience, tu es l’un des cinq quinquagénaires au départ – avec Mike Golding, Marc Guillemot, Jean Le Cam et Dominique Wavre. Est-ce un atout ?
K.P. :
Pas forcément. Je n’ai plus vingt ans et je m’en rends compte tous les jours physiquement ! Je me maintiens en forme, mais les manœuvres sont plus lentes. Je compense cet aspect physique par l’expérience qui permet de prendre du recul, de mieux gérer la course dans la durée et d’être plus patient. Mais des skippers plus jeunes associent à la fois bonne forme physique, fougue et une certaine expérience : dans le genre, Armel Le Cléac’h et François Gabart seront redoutables !

v&v.com : Qui sont les autres favoris selon toi ?
K.P. :
La moitié de la flotte peut espérer un bon résultat – et j’espère en faire partie. Il y a toujours des surprises lors du Vendée Globe, difficile de faire des pronostics. De mon côté, je suis le favori des petits et des mamies (rires) !

v&v.com : Des petits, je m’en doutais un peu vu ton sponsor, mais des mamies je l’ignorais…
K.P.
(rires) : Si, si ! La déco particulière de mon bateau, avec La Vache qui Rit, attire la sympathie. Sérieusement, je jouis d’une bonne côte de popularité – et ça me fait plaisir.
 

………..
Kito de Pavant en quelques lignes

2012
- Participation à l’Europa Warm’Up (abandon sur démâtage)
2011
- 5e de la Transat Jacques Vabre (avec Yann Régniau)
- Participation à la Barcelona World Race (avec Sébastien Audigane, abandon sur problème de quille)
2010
- Participation à la Route du Rhum (abandon sur problème de quille)
2009
- 2e de la Transat Jacques Vabre (avec François Gabart)
- 2e de l’Istanbul Europa Race
- Record de la Méditerranée en solitaire
2008-2009
- Participation au Vendée Globe (abandon sur démâtage)
2007
- 2e de la Transat BtoB
- 6e de la Transat Jacques Vabre (avec Sébastien Col)
2006
- Vainqueur de la Transat Ag2r
- Vainqueur de la Solo Méditerranée
2005
- 3e de la Transat Jacques Vabre (avec Jean Le Cam)
Et aussi :
- Huit participations à la Solitaire du Figaro (vainqueur en 2002, 3e en 2005)

………..
Groupe Bel version 2012 à la loupe

Architectes : VPLP-Verdier
Chantier : Indiana Yachting (Italie)
Mise à l’eau : 2007
Longueur : 18,28 m (60 pieds)
Largeur : 5,50 m
Tirant d’eau : 4,50 m
Voilure au près : 320 m2
Voilure au portant : 695 m2
Poids : 8 tonnes
Gréement : mât-aile pivotant de 27,50 mètres avec outriggers

Le site de Kito de Pavant est ici

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