Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Vendée Globe 2012-13 – Interview

Louis Burton : «Je me fais ma place dans le circuit IMOCA !»

Il a fait ses preuves en deux transats – la Jacques Vabre et la B to B. Louis Burton, 27 ans, espère de nouveau surprendre pour son premier Vendée Globe. Interview d’un marin atypique.
  • Publié le : 09/06/2012 - 00:01

Transat B to B 2011, la confirmationLa confirmation. Peu après la Jacques Vabre, Louis Burton prend le départ de la Transat B to B, entre Saint-Barth et Lorient. Aux prises avec quelques soucis techniques, il s’accroche et boucle le parcours, écourté en raison des mauvaises conditions météo.Photo @ Benoît Stichelbaut (Transat B to B / Sea & Co)«J’aime Paris !» C’est bien la première fois que j’entends un skipper déclarer sa flamme à la capitale lors d’une interview… Il faut dire que Louis Burton, jeune chef d’entreprise parisien, n’a pas une trajectoire classique. Le 10 novembre prochain, il sera au départ du Vendée Globe, alors qu’il n’avait jamais traversé l’Atlantique voilà encore deux ans.

Louis Burton, 27 ansChef d’entreprise et marin, originaire de la région parisienne, Louis Burton (27 ans) a un parcours singulier. Après trois transats, une en Class40 et deux en IMOCA, il s’attaque au Vendée Globe – son premier tour du monde.Photo @ Marcel Mochet Que de chemin parcouru depuis ce 30 octobre 2010, date à laquelle il se mesure à la mythique Route du Rhum en Class40 ! Neuvième au large des Açores, il percute un chalutier mais rallie courageusement Pointe-à-Pitre. De cette traversée initiatique naît une certitude : Louis veut continuer la course au large en solitaire et disputer le Vendée Globe. Un pari fou. Mais qui prend forme avec sa participation à la Transat Jacques Vabre 2011 sur Bureau Vallée, l’ancien Delta Dore de Jérémie Beyou – un plan Farr 2006 construit chez JMV, à Cherbourg.

Avec son frère Nelson, ils essuient quelques critiques. Mais les «Burton Brothers» encaissent. Et surprennent en terminant 7e – après avoir occupé la 3e place durant plusieurs jours, devant nombre de pointures ! De quoi convaincre les sceptiques. Dans la foulée, Louis termine la Transat B to B – sa première course solo en IMOCA – malgré des soucis techniques.

La qualification pour le Vendée Globe 2012-13 est en poche, mais le budget pas encore bouclé. C’est chose faite depuis le 25 mai et l’officialisation de sa participation au tour du monde en solitaire et sans escale. Benjamin de l’épreuve – il «détrône» François Gabart, 29 ans –, Louis Burton réalise un rêve d’enfance. En pleine préparation avant la remise à l’eau de son bateau, il a pris le temps de répondre à nos questions.
 

voilesetvoiliers.com : Louis, comment as-tu bouclé ton budget pour le Vendée Globe ?
Louis Burton :
En 2012, je devais uniquement disputer l’Europa Race (devenue Europa Warm’Up) avec Bureau Vallée, mon partenaire principal. J’avais plutôt envisagé une participation au Vendée Globe en 2016. Mais les bons résultats de la Transat Jacques Vabre, puis de la Transat B to B, ont changé la donne : les craintes de mon partenaire quant à ma capacité à partir seul autour du monde se sont dissipées. Il s’est engagé à lancer le projet, mais il me fallait des compléments de financement. Avec mon équipe, nous avons monté un pool de sponsors du milieu de la papeterie – Bic, Fellows et Exacompta. C’est économiquement cohérent, car ces entreprises vendent leurs produits via Bureau Vallée.

v&v.com : Tu es à la fois chef d’entreprise et marin. Cette double casquette a-t-elle été un atout dans ta recherche de financement ?
L.B. :
Je suis entré dans le monde de l’entreprise il y a six ans, en créant une agence de communication et d’événementiel à Paris. Cette expérience est effectivement précieuse pour bien expliquer aux éventuels sponsors l’intérêt de la voile comme support de communication et de publicité, gage de retombées médiatiques importantes. Pour ce projet Vendée Globe, je n’avais de toute façon pas les moyens de payer une agence de communication. Mais ce n’est pas facile d’être sur deux fronts à la fois. Le départ approchant, je passe de plus en plus de temps sur l’eau, et de moins en moins au bureau à Paris.

v&v.com : Tu as en effet créé une écurie de course au large à Saint-Malo…
L.B. :
J’aime Paris, je ne renie pas mes origines – elles ne m’ont d’ailleurs jamais empêché de naviguer tous les week-ends depuis que je suis gamin ! Mais il fallait que je me rapproche du bateau, basé à Saint-Malo. C’est dans cette optique que nous avons créé BG Race, la première base de course au large en Ille-et-Vilaine. L’idée étant aussi d’accueillir d’autres projets de voile océanique que le mien. Actuellement, nous travaillons sur un catamaran à foils.

v&v.com : A quand remonte ta volonté de participer au Vendée Globe ?
L.B. :
La Route du Rhum 2010 en Class40 – ma première transat – a été un véritable déclic : j’ai réalisé que j’étais à l’aise seul en mer. A l’arrivée, j’étais dans un état second, avec des rêves plein la tête. J’ai hésité entre le Multi50 et le 60 pieds IMOCA. C’est l’opportunité de participer un jour au Vendée Globe qui a fait pencher la balance. Mais je ne me projetais pas, tant cette course était mythique à mes yeux – un vrai rêve d’enfant. Lors de l’édition 1992-93, mon frère supportait Alain Gautier, moi Jean-Luc Van Den Heede. On suivait ce duel avec une grande attention, alors qu’on avait à peine 7-8 ans ! C’est mon frangin qui a gagné (rires).

Route du Rhum 2010, le déclicLe déclic. Louis Burton a bien mérité son ti-punch à Pointe-à-Pitre : victime d’une collision avec un chalutier au large des Açores, le benjamin de la Route du Rhum 2010 en Class40 est finalement venu à bout de sa première transat.Photo @ Patrice Coppee (AFP)v&v.com : Au moment d’intégrer la classe IMOCA pour la Transat Jacques Vabre 2011, tu ne t’es pas dit que c’était un projet fou ?
L.B. :
Si ! Et certaines personnes m’aidaient à le penser, me jugeant trop jeune, trop pressé, pas à ma place… De mon côté, je voyais la Jacques Vabre comme une épreuve initiatique, à aborder sans pression liée au résultat, mais avec la volonté de terminer en apprenant un maximum de choses sur ces bateaux puissants et complexes. J’ai choisi de partir avec mon frère Nelson, car il était dans le même état d’esprit.

v&v.com : Te sens-tu mieux accepté dans le circuit IMOCA aujourd’hui ?
L.B. :
Lors de la Jacques Vabre, puis la B to B, j’ai prouvé que je pouvais être dans le coup. Les critiques ont été une source de motivation supplémentaire ! Aujourd’hui, je me sens plus crédible et davantage respecté. Je me fais ma place dans ce circuit de très haut niveau, et j’en suis fier.

v&v.com : Ton bateau est en chantier à Saint-Malo. Quelles sont les optimisations effectuées ?
L.B. :
Globalement, nous avons beaucoup allégé le bateau, robuste, mais un peu lourd. Il fallait changer pas mal de choses pour améliorer à la fois la fiabilité et la performance : installation d’une nouvelle quille, changement du système électrique et de l’électronique du bord, modification de la géométrie du gréement. On a aussi commandé de nouvelles voiles car les anciennes dataient de 2007 : ce sera un gain notable pour la performance. La remise à l’eau est prévue le 15 juin à Saint-Malo.

v&v.com : Quel est ton programme ensuite ?
L.B. :
D’abord deux semaines de navigations intensives pour valider les choix techniques. Puis je me mettrai en stand-by pour tenter le record Cowes-Dinard en monocoque et en solitaire, détenu par VDH – encore lui (rires) ! Fin juillet, je recevrai mon nouveau jeu de voiles, qu’il faudra tester au mois d’août. De nouveaux entraînements intensifs suivront avec, je l’espère, d’autres concurrents du Vendée Globe. Mi-octobre, je rallierai tranquillement Les Sables-d’Olonne. Pour ce qui est de la préparation physique, je m’entraîne trois fois par semaine avec un coach. Il y a aussi la préparation médicale, avec de nombreux médecins, pour faire un check-up complet avant de partir.

Transat Jacques Vabre 2011, la surpriseLa surprise. En novembre 2011, Louis Burton dispute la Jacques Vabre avec son frère Nelson. Face à eux, la crème du circuit IMOCA. Sans complexes, les deux frangins naviguent plusieurs jours dans le trio de tête et terminent finalement 7e au Costa Rica !Photo @ Alexis Courcoux v&v.com : Et mentalement, comment appréhendes-tu un tel défi ?
L.B. :
Je n’ai pas de préparateur. Je discute beaucoup avec des marins qui ont déjà fait le tour du monde, à commencer par ma compagne, Servane Escoffier (elle a terminé la Barcelona World Race 2007-08 avec l’Espagnol Albert Barguès, ndlr). Je profite de son expérience et de sa vision, personnelles mais instructives. J’analyse aussi les différentes sections du parcours, pour rendre les choses plus concrètes et avoir bien en tête les passages-clés : équateur, Bonne-Espérance, Leuuwin, Horn – des lieux mythiques pour un marin ! Ce travail psychologique est important, car il y a une grande part d’inconnu dans ce défi.

v&v.com : A commencer par les mers du Sud…
L.B. :
Oui et j’ai hâte d’y être ! Mes lectures maritimes ont alimenté mon imaginaire. La partie la plus impressionnante, c’est l’arrivée dans les quarantièmes car c’est une zone hostile que je ne connais pas. Mais c’est justement ce qui fait la beauté du Vendée Globe – à mes yeux l’une des dernières grandes aventures ! A l’heure du tout numérique, s’isoler pendant plus de 100 jours a quelque chose de fascinant…

v&v.com : Ressens-tu de la peur ?
L.B. :
Pour l’instant non. Cela dit, les trois semaines aux Sables-d’Olonne risquent d’être angoissantes. Mais une fois la ligne franchie, je mettrai à nouveau la peur de côté… jusqu’au premier gros coup de vent (rires) ! Ce qui m’inquiète le plus, c’est d’être seul et loin de mes proches, pendant longtemps. J’ai un bébé qui aura un an au moment du départ. Il va me manquer…

v&v.com : Tes objectifs pour le Vendée Globe ?
L.B. :
Même optimisé, Bureau Vallée reste un bateau d’ancienne génération, forcément moins rapide que les monocoques plus récents. Si le plateau du Vendée Globe en reste là, il se situera toutefois dans la première moitié de flotte en termes de performance pure. Je serai donc super-content si j’arrive à être dans la première partie du classement ! Mais l’objectif premier, c’est de finir le tour du monde.

v&v.com : Une idée de l’après-Vendée Globe ?
L.B. :
Difficile de penser à la suite, car je suis à fond dans ce projet. Mais j’ai quelques pistes de réflexion. Si ça se passe bien, j’aimerais revenir en 2016 – avec un projet gagnant !
 

Bureau Vallée en livrée 2012Voici à quoi ressemblera le 60 pieds IMOCA de Louis Burton après son chantier d’optimisation à Saint-Malo. Plan Farr 2006, Bureau Vallée est l’ancien Delta Dore avec lequel Jérémie Beyou a pris le départ du dernier Vendée Globe – avant d’abandonner suite à des problèmes de mât.Photo @ D.R. BG Race………..
Louis Burton en quelques lignes

2011
- 8e de la Transat B to B
- 7e de la Transat Jacques Vabre (en double avec son frère Nelson)
2010
- 20e de la Route du Rhum
2003-2009
-
5 participations au Spi Ouest-France
- 5 participations à l’Obelix Trophy
- 5 participations au Trophée Atlantique
 

………..
Bureau Vallée à la loupe

Architecte : Bruce Farr
Constructeur : JMV - 2006
Longueur : 18,28 m (60 pieds)
Largeur : 5,75 m
Tirant d’eau : 4,50 m
Poids : 8,5 tonnes
Voilure au près : 325 m2
Voilure au portant : 620 m2
Louis Burton sur facebook, c’est ici

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