Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Vendée Globe 2012-2013 – Interview du skipper d’Acciona 100% EcoPowered

Javier Sansó : «Je pense que ce bateau influencera les projets à venir»

Douze ans après un premier Vendée Globe avorté, l’Espagnol Javier Sansó revient. Et marque le coup en s’alignant avec Acciona 100% EcoPowered, bateau de toute dernière génération utilisant exclusivement des énergies renouvelables. Interview d’un skipper surmotivé par son projet innovant.
  • Publié le : 24/10/2012 - 00:01

Le 60 pieds Acciona 100% EcoPoweredLancé en octobre 2011, Acciona 100% EcoPowered est le bateau le plus récent au départ. Mais aussi le seul à n’utiliser que des systèmes basé sur les énergies renouvelables – panneaux solaires, deux hydrogénérateurs, deux éoliennes. Et pas de moteur diesel.Photo @ Jesús Renedo (DPPI / Vendée Globe / Acciona)«La crise économique impacte gravement le sponsoring en Espagne». Seul représentant de son pays au départ du prochain Vendée Globe, Javier Sansó se sait privilégié : le 10 novembre, il s’élancera à bord du bateau le plus récent de la flotte, et pas le moins intéressant – Acciona 100% EcoPowered.

Javier Sansó, 43 ansMarin expérimenté, Javier Senso, à 43 ans, est un habitué du circuit IMOCA : trois Transat Jacques Vabre, un Vendée Globe et une Barcelona World Race. Photo @ Jesús Renedo (Acciona)La spécificité de ce plan Owen Clarke-Clay Oliver, construit en Nouvelle-Zélande et lancé en octobre 2011 : conçu pour naviguer sans énergies fossiles, il n’embarque pas une goutte de gasoil – deux moteurs électriques remplacent le classique moteur diesel. L’apport d’énergie est assuré par trois sources à la fois renouvelables et complémentaires : panneaux solaires, éoliennes et hydrogénérateurs (voir encadré plus bas, ou lire l'article sur Acciona 100% EcoPowered, ici).

Bien que très expérimenté, «Bubi», 43 ans, n’a pas le niveau de préparation des tous meilleurs. Auxquels il ne s’est d’ailleurs confronté qu’une fois – il a terminé 5e lors de l’Europa Warm’Up, l’été dernier. Ses chances de remporter le prochain Vendée Globe sont donc minces.

Le défi est ailleurs : mener son bateau 100% éco-efficient jusqu’à la ligne d’arrivée – ce qu’il n’était pas parvenu à faire lors de sa première participation, en 2000-01 à bord d’un voilier peu performant. Tout juste débarqué aux Sables-d’Olonne, à un peu plus de trois semaines du départ, le Majorquin, impatient d’en découdre, répond à nos questions.


voilesetvoiliers.com : Javier, ton bateau est aux Sables-d’Olonne, le départ du Vendée Globe est dans vingt jours. Tout est prêt, tu es prêt ?
Javier Sansó :
Oh oui, Acciona 100% EcoPowered est prêt à partir – et moi donc ! Le bateau a maintenant plus de 16 000 milles au loch. Tous les points-clés – et notamment les différents systèmes de production d’énergie – ont été optimisés. Le bateau est à 100% de ses capacités, au niveau de performance attendu.

v&v.com : Tu dois avoir hâte de repartir, douze ans après ton unique participation au tour du monde en solo ?
J.S. :
Difficile de mettre des mots sur ce que je ressens. Etre à nouveau au départ de cet événement énorme est un soulagement, mais aussi un rêve qui devient réalité. Etre ici, aux Sables-d’Olonne, avec un bateau flambant neuf et une équipe au top, c’est fantastique. C’est le fruit de longues années d’un travail dur et stressant, mais qui en en valait la peine ! Donc oui, j’ai hâte de repartir seul autour du monde. Ma seule inquiétude : les impondérables, qui peuvent mettre à mal la meilleure des préparations…

Un premier Vendée avortéLe 10 novembre aux Sables-d’Olonne, Javier Sansó coupera à nouveau la ligne de départ du Vendée Globe, douze ans après sa première tentative (ci-dessus), écourtée suite à une avarie de safran au 42e jour de course. Photo @ Benoît Stichelbaut DPPIv&v.com : Quels enseignements tires-tu de l’unique confrontation de ton plan Owen Clarke-Clay Oliver avec les autres 60 pieds IMOCA, lors de l’Europa Warm’Up, l’été dernier ?
J.S. :
Au-delà du résultat sportif (une 5e place, ndlr), nous voulions avant tout finir et accumuler des connaissances pour faire d’Acciona un meilleur bateau. De ce point de vue, l’objectif a été rempli.

v&v.com : Ton bateau utilise exclusivement des énergies renouvelables – panneaux solaires, éoliennes et hydrogénérateurs. Concrètement, comment cela se passe en navigation ? Tu choisis le ou les meilleurs modes de production en fonction de la vitesse, de l’allure et des conditions ?
J.S. :
En fait, le soleil reste ma principale source d’énergie. D’après nos recherches, je pourrais presque partir autour du monde en utilisant seulement les panneaux – nous en embarquons quatorze, le long de la coque et en arrière du cockpit, recouvrant une surface de 12 mètres carré. Mais j’ai besoin de systèmes de renfort en cas de défaillance. C’est le rôle des deux éoliennes de 350 W chacune et des deux hydrogénérateurs de 400 W chacun (500 W à 12 nœuds). En navigation, c’est simple : je n’ai qu’à contrôler le niveau de charge des batteries lithium.

v&v.com : As-tu déjà connu des problèmes de charge ?
J.S. :
Non, à aucun moment !

v&v.com : Le seuil critique ne serait-il pas atteint après plusieurs jours sans vent, sous un ciel plombé ?
J.S. :
Bien que très improbable, l’hypothèse que tu évoques a toutefois été envisagée. L’énergie disponible restera suffisante, même en cas de non recharge des batteries pendant une semaine. Et en dernier recours, un système de secours fonctionnant avec des piles à hydrogène pourra prendre le relais.

v&v.com : Dirais-tu que ton monocoque marque un tournant dans la course au large ?
J.S. :
Oui, c’est un bateau d’avant-garde. C’est la première fois qu’un 60 pieds IMOCA est conçu dans l’optique de ne fonctionner qu’avec des énergies renouvelables. Nous sommes des pionniers ! Le projet est ambitieux, et je suis fier de le porter sur un événement aussi important que le Vendée Globe. Il est aussi compliqué, car nous ne devons pas seulement nous soucier de la performance, mais aussi prouver que faire un tour du monde avec un projet «zéro émission» est possible. Sacré défi !

Un projet d’avant-gardeLe skipper espagnol n’est pas peu fier de partir avec un 60 pieds IMOCA conçu dans l’optique de ne fonctionner qu’avec des énergies renouvelables : «Nous sommes des pionniers !» Photo @ Jesús Renedo (Acciona)v&v.com : Selon toi, faudrait-il instaurer des normes autour des énergies renouvelables dans la classe IMOCA ?
J.S. :
Oui, l’imposition de certains standards autour des énergies propres est clairement la voie à suivre. D’autant que les technologies dont nous disposons – de plus en plus fiables et performantes – vont dans le sens d’un abandon des moteurs diesel, et ce dès le Vendée Globe 2016. La démarche d’Acciona doit être comprise comme un engagement majeur auprès des générations futures. Indépendamment de mon résultat dans le Vendée Globe, je pense que nos avancées influenceront les projets à venir.

v&v.com : Mais tous les systèmes embarqués pour se priver d’énergie fossile n’altèrent-ils pas les performances du bateau ?
J.S :
Absolument pas. Les systèmes de production d’énergie, les batteries et les moteurs électriques sont très performants. Et mon bateau n’est pas plus lourd que les autres 60 pieds IMOCA de nouvelle génération – PRB, Virbac-Paprec 3, Macif, Banque Populaire et Cheminées-Poujoulat.

v&v.com : Aujourd’hui, tu es donc satisfait de la fiabilité et des performances de ton bateau ?
J.S. :
Oui, et mon équipe technique aussi. Les sensations à bord sont bonnes. Je pense qu’Acciona fait partie des tous meilleurs monocoques au départ. C’était l’objectif. Car bien qu’expérimental, il a été conçu et préparé pour faire de grandes performances.

v&v.com : Comme… remporter le Vendée Globe ?
J.S. :
Bien des skippers peuvent gagner ! Je pense notamment à Vincent Riou, Jean-Pierre Dick, Jean Le Cam ou à Mike Golding – il y a une prime à l’expérience dans cette épreuve. De mon côté, le principal objectif reste d’abord de terminer. De prouver que l’on peut faire de grandes choses avec les énergies renouvelables.

v&v.com : Auquel cas, tu deviendrais le deuxième Espagnol à boucler la boucle – après José de Ugarte en 1992-1993…
J.S. :
Si je finis, beaucoup de choses auront été accomplies – pas seulement être le deuxième skipper Espagnol à finir le Vendée Globe, mais aussi le premier à le faire avec un bateau dépourvu de moteur diesel !

Une unique confrontation, l’Europa Warm’UpAvant le Vendée Globe, Javier Sansó ne s’est frotté qu’une seule fois à la concurrence avec son plan Owen Clarke-Clay Oliver. C’était l’été dernier, lors de l’Europa Warm’Up, bouclée à la 5e place. Photo @ Olivier Blanchet Europa Warm’Upv&v.com : Il y a deux ans, 13 Espagnols étaient au départ de la Barcelona World Race (le tour du monde en double-, mais tu es aujourd’hui le seul à participer au Vendée Globe. Tu le déplores ?
J.S. :
J’aimerais voir plus d’Espagnols engagés dans cette compétition, bien sûr, mais il est clair que la crise économique impacte gravement le sponsoring en Espagne. Et je sais que j’ai eu beaucoup de chance de pouvoir compter sur le soutien d’Acciona.

v&v.com : Le public espagnol se passionne-t-il pour le Vendée Globe ?
J.S. :
Il y a un certain intérêt, oui, mais surtout au départ et à l’arrivée. Les grandes courses au large ne sont pas autant suivies qu’en France – j’espère que ça changera grâce à ce Vendée Globe, surtout si j’obtiens un bon résultat !

 

...........
Acciona, un bateau 100% énergies renouvelables

Pour les concepteurs d’Acciona 100% EcoPowered, il fallait compenser le plus efficacement possible les apports énergétiques des moteurs diesel, dont sont équipés les 19 autres concurrents du Vendée Globe. Comment s’y sont-ils pris ?
1. En associant trois sources de production d’énergie à bord :

- Deux éoliennes à axe vertical capables de produire jusqu’à 350 W chacune.
-  Quatorze panneaux solaires photovoltaïques «custom», couvrant une surface de douze mètres carrés, pouvant produire en une journée jusqu’à 20 ampères en 48 volts.

- Deux hydrogénérateurs rétractables Watt & Sea délivrant jusqu’à 500 W chacun.
2. En stockant l’énergie générée par ces trois sources renouvelables dans des batteries au lithium Mastervolt dernière génération (48 V), qui possèdent un système de régulateur répartiteur intégré.


3. En mettant au point un système de secours fonctionnant avec des piles à hydrogène Horizon.
4. En embarquant deux moteurs électriques capables de propulser le bateau entre 5 et 7 nœuds, et qui répondent donc à la jauge de sécurité imposée par la classe IMOCA.


………..
Javier Sansó en quelques lignes

2012 : 5e de l’Europa Warm’Up
2009 : 3e de la Transat Jacques Vabre (avec Mike Golding)
2007-08 : 4e de la Barcelona World Race (avec Pachi Rivero)
2007 : 6e de la Rolex Fastnet Race
2003 : Participation à la Transat Jacques Vabre avec Charles Heidrich (abandon)
2001 : 4e de la Transat Jaques Vabre avec Eric Dumont
2000-01 : Participation au Vendée Globe (abandon)
Et aussi : titres nationaux et internationaux en 3/4 Ton, M 36, IMS, Sydney 40 et catamaran Clairefontaine

Acciona 100% EcoPowered en quelques chiffres

Architectes : Owen Clarke Design LLP/Clay Oliver
Chantier : Southern Ocean Marine, septembre 2011
Longueur : 18,28 m (60 pieds)
Largeur : 5,90 m
Tirant d’eau : 4,50 m
Poids : environ 8 tonnes
Voilure au près : 300 m2
Voilure au portant : 600 m2

> Le site de Javier Sansó est ici

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