Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Vendée Globe 2012-2013 - Interview du skipper d’Energa

Gutek : «Si mon bateau termine, il sera dans les trois premiers»

Zbigniew Gutkowski. C’est l’inconnu du Vendée Globe. Un Polonais qui préfère utiliser lui-même un diminutif pour son nom – Gutek. Sur son Energa (ex-Hugo Boss), en tout cas, il veut se faire un nom.
  • Publié le : 07/11/2012 - 00:01

Energa sous voiles devant Les SablesA une semaine du départ du Vendée Globe, Energa – l'ex-Hugo Boss d'Alex Thomson – peut enfin tester son jeu de voiles neuf devant Les Sables-d'Olonne. Le projet de Gutek aura vraiment été bouclé au dernier moment. Ce qui n'empêche pas le Polonais d'avoir les crocs ! (Cliquez sur les illustrations pour les agrandir).Photo @ Robert Hajduk (shuttersail.com)Il est là, dehors, devant le bâtiment de la Zone Equipage, tirant goulûment sur sa cigarette. Zbigniew Gutkowski ne fait rien comme tout le monde. D'abord, il préfère qu'on l'appelle «Gutek» plutôt que d'écorcher son nom. Ensuite, le Polonais avoue bien volontiers qu'il embarquera 100 paquets de cigarettes pour son tour du monde – «un par jour !». Et lâche au cours de l'interview que si son bateau parvient à franchir la ligne d'arrivée, ce sera sûrement dans les trois premiers. On cherche son regard : oui, il sourit. Mais… non, ce n'est pas de l'humour.

Zbigniew Gutkowski, dit GutekZbigniew Gutkowski (dit «Gutek»), 39 ans, navigue en course et en régate depuis l’enfance. Dériveur olympique, quillard, ILC40, maxi-cata, VOR60, 60 IMOCA – une expérience riche et hétéroclite !Photo @ Dariusz MalkinskiLa poignée de mains est ferme. Très ferme. Sa détermination aussi. Il n'est qu'à se rappeler son denier tour du monde en solitaire, la Velux-5 Oceans 2012-2011. Si l'Américain Brad Van Liew l'a certes emporté sur l'ex-Whirlpool de Catherine Chabaud, Gutek, lui, a terminé deuxième sur Operon Racing, l'ex-Bagages Superior d'Alain Gautier – plan Finot-Conq vainqueur du Vendée Globe… 1992-1993. Autant dire une belle antiquité.

Pendant le tour du monde avec escales, Gutek a sans cesse menacé Brad, lui collant au tableau, se blessant deux fois, repartant, subissant des avaries à répétition, endommageant sa quille, repartant de plus belle, poussant son bateau à des vitesses déraisonnables.

Sa présence, aujourd'hui aux Sables-d'Olone, parmi les vingt skippers engagés, est déjà une victoire en soi – il n'est qu'à songer à tous les skippers réputés absents de cette édition. Une victoire, mais pas vraiment une surprise : depuis l'âge de dix ans, Gutek navigue sur tout ce qui flotte et régate en Pologne – dériveur, quillard, ILC40, 24 pieds, maxi-cata pour The Race, VOR60, 60 pieds IMOCA…

Pour le Vendée Globe, il va mener Energa, l'ex-Hugo Boss d'Alex Thomson. Ce plan Finot-Conq 2007 est lui aussi original : percé d’une double descente, il a claqué deux records de distance en 24 heures, en solitaire (468 milles) et en double (501 milles, repris depuis par Dick et Peyron). Quelques jours avant le départ du Vendée 2008, le 60 pieds noir et blanc du skipper britannique avait été abordé par un chalutier. Réparé in extremis, Alex avait pris le départ, avant de revenir aux Sables, coque délaminée…

Compétiteur dans l'âme, passionné par la course et ses machines, Gutek paraît taillé pour le «bébé d’Alex», comme il l’appelle – mais semble quand même apprécier le cadre de l'interview que je lui propose : le carré de La Louise, la goélette d'expédition de Thierry Dubois, amarrée juste en face de son Energa
Energa aux Sables-d’OlonneEtre aux Sables-d’Olonne et au départ du Vendée Globe est déjà une victoire en soi pour Gutek.Photo @ Vincent Curutchet (DPPI/ Vendée Globe)


voilesetvoiliers.com : Gutek, quand et comment as-tu commencé la voile en Pologne ?
Zbigniew Gutkowski :
Quand j’étais enfant, ma famille vivait à moins d’un kilomètre de la mer, près de Gdansk. Dans cette région, il y a aussi des rivières, des lacs, une dizaine de yacht-clubs. A l’époque, le plus proche de chez moi était aussi le plus connu et le plus titré en Pologne. Vers l’âge de dix ans, j’ai donc naturellement commencé la voile. D’abord en Optimist et en Cadet – une sorte de petit Vaurien, je crois que vous avez aussi cette série en France. Ensuite, je suis passé au 420, puis au 470 olympique. J’ai beaucoup pratiqué ce bateau de 1987 à 1995, et obtenu quelques titres nationaux.

v&v.com : Et au niveau international ?
Z.G. :
Rien de probant. Tu sais, nous sortions de l’époque communiste, c’était assez difficile. Nos coques, nos voiles, nos mâts, nos cordages même… tout était vieux, dépassé, en mauvais état. Tout était cher pour nous – les équipements comme les déplacements.

v&v.com : Et après le 470 ?
Z.G. :
Eh bien, en 1997, j’ai rejoint l’équipage polonais qui courait en ILC 40, et j’ai couru avec eux pendant deux ans. Parallèlement, je régatais aussi en 24 pieds sur les lacs de mon pays.

v&v.com : C’est ce qui t'a ensuite permis de faire partie de l’équipage du maxi-cata polonais Warta-Polpharma pour The Race ?
Z.G. :
Oui, mais j’ai d’abord fait une saison en 49er ! Les choses étaient différentes de mes années 470. J’avais trouvé un petit sponsor, nous avions un bateau neuf, de bonnes voiles, je suis même allé courir le Mondial 1999 en Australie. Nous avons terminé deuxièmes de la flotte B – pas trop mal pour une première.

Warta Polpharma, The Race 2000Lors de The Race, Gutek a été le second de l’équipage polonais de Warta Polpharma (ex-Jet Services V), skippé par Roman Paszke. Photo @ Lenaic Gravis (DPPI / Warta Polpharma)v&v.com : Juste une saison, donc, avant de te retrouver à bord de Warta (l'ex-Jet Services V) pour The Race 2000…
Z.G. :
Oui. L’équipage de l’ILC 40 a naturellement constitué l’ossature de celui de Warta Polpharma – et j'ai rejoint le maxi-cata en tant que chef de quart. C'est Roman Paszke qui skippait le bateau. On a fini 4e de la course.

v&v.com : Sacré changement de taille (26,30 mètres), et de parcours aussi !
Z.G. :
(Rire) Oui, on est passé du triangle au cercle !

v&v.com : Tu avais cette idée, auparavant ? Cette idée de tour du monde, de maxi-multicoque ?
Z.G. :
Non, absolument pas. Depuis mon enfance, toute mon existence est placée sous le signe de l’improvisation, du déclic, de l’envie. The Race est au programme ? OK, allons-y ! Je n’ai jamais eu de plan de carrière, d’objectif défini à long terme. Je décide chaque jour, j’apprends tous les jours.

v&v.com : Et au retour de The Race, qu’as-tu fait ?
Z.G. :
D’abord, la fête ! (Rire) Ensuite ? J’ai signé avec Volkswagen pour un autre 24 pieds. On a couru deux ou trois saisons, on a tout gagné en Pologne, ce n’était même plus drôle – ni pour nous, ni pour nos concurrents ! (Rire).

v&v.com : Et là, nouveau changement de bateau, de série, d’univers : en 2004, vous affrétez l’ex-Volvo 60 Assa Abloy pour tenter de battre le record autour monde…
Z.G. :
Oui, encore une sacrée expérience ! Sur Bank BHP, Paszke était à nouveau le skipper, j’étais le second, tout l'équipage était polonais. Ça s’est terminé hélas à Capetown, sur casse matériel.

v&v.com : Et là, pas de raison de s’arrêter en si bon chemin – pourquoi pas le multicoque, mais de 60 pieds cette fois !
Z.G. :
(Rire) Et voilà ! Ah, l’ORMA 60 : un magnifique jouet pour des marins comme nous ! En 2005, nous avons repris l’ex-Bonduelle de Jean Le Cam pour l’emmener dans les pays nordiques courir la Nokia Oops Cup avec les autres 60 pieds qui naviguaient déjà là-haut. Cette fois, j’étais le skipper. On s’est beaucoup amusé. On s’est fait quelques belles frayeurs aussi. Deux fois, on a été très près de chavirer – ça a juste été une question de chance !

v&v.com : Et, là encore, tu n’as couru qu’une saison ?
Z.G. :
Oui. C’était un peu compliqué financièrement de régater là-bas. On a donc ramené le bateau à Port-La Forêt pour le rendre à Bonduelle.

v&v.com : Qu’est-ce qu’il te restait à essayer après tout cela ? Après le dériveur, l’ILC 40, le 24 pieds, le maxi-cata, le VOR 60, le 60 ORMA…
Z.G. :
(Rire). Eh bien là, j’ai pensé à me mettre sérieusement à l’offshore. Et, surtout, au solitaire. J’avais envie de ça. Mais j’ai d’abord songé à la Barcelona World Race : avant de vouloir boucler le tour du monde en solo, je me disais que le faire en double serait une bonne approche. Pendant trois ans, j’ai cherché des sponsors en Pologne, j’ai eu quelques contacts, mais rien ne s’est concrétisé.

Operon Racing, 2e de la Velux-5 Oceans 2010-2011Sur le vénérable Operon Racing (ex-Bagages Superior d’Alain Gautier, vainqueur du Vendée Globe 1992-1993), Gutek a magnifiquement enlevé la 2e place de la Velux-5 Oceans 2010-2011.Photo @ Pierrick Garenne (DPPI / Velux-5 Oceans)v&v.com : Du coup, tu t'es rabattu sur la Velux-5 Oceans ?
Z.G. :
Oui. Avec le bateau le moins cher que j’ai pu trouver, vu que ce sont mes proches, mes relations et moi-même qui avons dû l’acheter. En catastrophe et au dernier moment, on a trouvé l’ex-Bagages Superior d'Alain Gautier, vainqueur du Vendée Globe 1992-93 ! Ensuite, un sponsor nous a rejoint pour nous aider un peu. On a juste checké le bateau et je suis parti en qualification.

v&v.com : Dans quel état d’esprit ?
Z.G. :
La trouille au ventre. Je me demandais vraiment ce que j’allais pouvoir montrer, tout seul sur un bateau de 18 mètres. Ce que j’allais être capable de faire en cas de problème – deux mains, un cerveau, c’est peu quand on est habitué à courir en équipage. J’ai eu des pépins, que j’ai pu résoudre. Et quand je suis revenu de ma qualification à La Rochelle, je savais… je savais que c’était possible. Cela dit, ce n’est qu’à Capetown, au terme de la première étape, que j’ai été sûr que je pouvais courir en solitaire. Sans aucun doute. J’ai débarqué sur le ponton, et la première chose que j’ai dite, c’est : «Maintenant, je sais que je peux le faire».

v&v.com : On se souvient que, durant cette étape, à 2 600 milles de l'arrivée, tu as repris 120 milles à Brad Van Liew en moins de 24 heures pour revenir à 22 milles de son tableau, lui qui menait pourtant l’ex-Whirlpool de Catherine Chabaud !
Z.G. :
C’est un bon souvenir, oui ! (Rire) J’ai vraiment pris confiance en moi.

v&v.com : Une fois à Capetown, à l’orée du Grand Sud – Indien, Pacifique –, tu n'avais pas peur de ce qui t'attendait ?
Z.G. :
J’avais confiance dans tout ce que je pouvais faire à la voile, mais… j’avais peur, oui. Et je pense que tous ont peur, ici, aux Sables-d’Olonne. Peut-être que tous ne peuvent pas ou ne veulent pas le dire, mais oui, le Sud, c’est effrayant. Tout peut y arriver, et devenir dramatique – voie d’eau, démâtage, choc avec une baleine ou un growler.

v&v.com : Justement, comment abordes-tu ce tour du monde solo et sans escale avec un 60 pieds récent et puissant ?
Z.G. :
Toutes mes expériences passées me sont très utiles – le dériveur, le quillard, le multi, les grands, les petits bateaux. Ça développe le feeling, les bons réflexes, ça construit une méthode, une façon de faire les choses. Je sais que sur Energa – l’ex-Hugo Boss d’Alex, qui est un en effet bateau puissant –, il faut faire les choses dans l’ordre, préparer les manœuvres, anticiper les problèmes, prendre des décisions réfléchies.

v&v.com : A ce sujet, penses-tu connaître bien ce bateau ? Là aussi, tout s’est fait un peu à la dernière minute et tu navigues depuis peu à son bord…
Z.G. :
Non, je ne pense pas le connaître bien – pas encore. Il va falloir apprendre, vite. Parce que pour moi, l’essentiel, dans les trois premiers jours de course, ça va être de ne pas perdre le contact avec les premiers. Ensuite, dans les alizés, il ne devrait pas être trop difficile d’aller vite… Mais le début de course sera primordial. Il va falloir que j’apprenne les sons de ce bateau. L’oreille, sur ces bateaux en carbone, ça dit beaucoup. Et il faut qu’à l’oreille, je sache si tout va bien, si le bateau va bien, ou s’il souffre, s’il faut que je réduise l’allure. Pour cela, l’expérience acquise en multicoque et en monocoque autour du monde me sera utile. Et puis, durant ma qualification, j’ai à peu près connu toutes les forces de vent et de mer possibles – mon apprentissage a donc déjà bien commencé.

Energa, ex-Hugo BossPlan Finot-Conq 2007, l’ex-Hugo Boss d'Alex Thomson détient toujours le record sur 24 heures en solitaire (468 milles). Une machine puissante, avec laquelle Gutek se voit sur le podium du Vendée Globe – si le bateau termine la course.Photo @ Chris Cameron (DPPI / Vendée Globe)v&v.com : Ce bateau, tu le crois capable de tenir tête aux protos les plus récents ?
Z.G. :
Ce bateau, c’est d’abord le bébé d’Alex. Et Alex a voulu en faire un bateau vraiment rapide. Il a le record de la distance parcourue en solitaire avec 468 milles – 19,5 nœuds de moyenne, pas mal ! 

Les safrans relevables d’EnergaLe système des safrans extérieurs et relevables de l’ex-Hugo Boss est l’un des rares éléments qui ne convainc pas totalement Gutek : «Un peu compliqué…»Photo @ Robert Hajduk (shuttersail.com)v&v.com : C’est un plan Finot-Conq qui a la réputation d’être assez dur, exigeant, puissant…
Z.G. :
Non. Tous se ressemblent à ce niveau-là. Ils demandent tous beaucoup de travail pour aller vite. Les vitesses atteintes peuvent être différentes, oui, d’un bateau à l’autre… Bon, ce qui est vrai, c’est que les anciens bateaux étaient un peu plus confortables à l’intérieur.

v&v.com : Tu as parlé de l’importance des premiers jours de course. Quels sont les autres moments-clés pour toi ?
Z.G. :
Le départ, oui, est fondamental. Ensuite, le pot au noir. Il faut une bonne observation météo, un peu de chance. Mais la première vraie clé, pour moi, ça reste ce virage en Atlantique Sud vers l’Afrique et le cap de Bonne-Espérance. Cet anticyclone qu’il faut bien contourner, ni trop près, ni trop loin. C’est un jeu subtil, où les gains et les pertes peuvent être importants.

v&v.com : Et le Sud ?
Z.G. :
Le Sud… j’y suis déjà allé deux fois. C’est un endroit vraiment violent. La différence entre une tempête là-bas et une en Atlantique, c’est la même qu’entre une tempête au large et un lac un jour de beau temps. Mon plus gros coup de vent, je l'ai subi pendant The Race. A la fin du Pacifique, le vent était établi à 80 nœuds, le ciel était bleu, la mer énorme, longue et haute, c'était magnifique. Et dangereux. Au cap Horn, le vent a dépassé les 100 nœuds, tous les instruments sont tombés en rideau pendant douze heures, cette dépression a même reçu un nom – c’est rare, dans le Sud. C'est à la fois mon plus beau et mon pire souvenir. Curieux mélange…

A bord d’Energa, de nuitGutek n’aura finalement que peu navigué à bord d’Energa. Notez les barres à roue et les deux descentes, caractéristiques de ce plan Finot-Conq 2007. (Cliquez sur les illustrations pour les agrandir).Photo @ Robert Hajduk shuttersail.comv&v.com : Il y a le vent, il y a la mer – il y a la glace aussi. Quel est ton point de vue sur les «portes des glaces» ?
Z.G. :
Elles font partie du jeu. C'est ainsi. Cette course a besoin de sponsors. Les sponsors ont besoin de retombées, donc besoin que leur bateau ait le maximum de chances de revenir au port. De mon côté, étant allé déjà deux fois dans le Sud, je me suis fait une règle : dès que mon thermomètre de bord indique moins de 5°C, je remonte en latitude – le risque de rencontrer de la glace dérivante est trop fort en dessous de ces températures.

v&v.com : Lors de la table ronde que nous avons organisée l'an dernier sur ce sujet (*), les spécialistes de la société CLS nous avait montré des images satellites où l'on voyait des icebergs dans de l'eau à 9 ou 10°C…
Z.G. :
Tu as raison, ce n'est pas une règle absolue. Mais disons qu'en dessous de 5°C, on a quand même un grand risque de rencontrer de la glace dérivante.

De l’énergie pour EnergaDe l’énergie pour Energa. A dix jours du départ, l’équipe de Gutek travaillait encore sur Energa, et jusqu’en tête de mât. L’électronique, récemment changée, réclame quelques réglages. Photo @ Robert Hajduk (shuttersail.com)v&v.com : Que vas-tu chercher dans le Vendée Globe ?
Z.G. :
Je ne sais pas… pas encore. Une compétition, ça c’est sûr. Je suis un homme de compétition, j’aime la course, la régate. Je n’aime pas la croisière, la voile juste pour le plaisir. Ça m'ennuie. Et pour moi, le Vendée Globe est une course comme les autres – une course «normale». Il y a une ligne de départ, une ligne d'arrivée. OK, entre les deux, c'est un peu long – voilà tout.

v&v.com : Tu as donc un objectif sportif ?
Z.G. :
Non. Mais je dirais ceci… Si ce bateau termine la course, s’il franchit la ligne d’arrivée, je suis presque sûr qu’il sera dans les trois premiers.

v&v.com : C’est ton but ?
Z.G. :
Non, c’est juste une… équation. Ce bateau est rapide.

v&v.com : Combien de jours de nourriture embarques-tu ?
Z.G. :
100 jours de lyophilisés. Plus un peu de frais pour le début de course. Et… 100 paquets de cigarettes ! (Rire).

v&v.com : Nous sommes à dix jours du départ. J’ai vu ton équipe travailler sur le bateau, y compris en tête de mât. Encore des détails à régler ?
Z.G. :
Oui, la liste rétrécit, heureusement, mais il reste un peu de travail. D’autant que l’équipe n’est pas très étoffée. L'électronique réclame pas mal de temps.

v&v.com : Justement, qu’avez-vous pu changer sur l’ex-Hugo Boss d’Alex ?
Z.G. :
Presque tout ! Le gréement courant, le gréement dormant (en PBO), les voiles, l’électronique (B&G principalement), l’électricité – et la déco ! Tout ce qui reste, qui n’a pas été changé, a été vérifié deux fois.

v&v.com : Pour les voiles, lesquelles as-tu changé et chez qui ? North ? Incidences ?
Z.G. :
J’ai commandé cinq voiles neuves chez Incidences La Rochelle – la GV, le foc 2, le foc 3, le solent et la trinquette.

Gutek prêt à mettre les voilesParmi les équipements neufs, cinq voiles commandées chez Incidences La Rochelle : GV, foc 2, foc 3, trinquette et solent. Sur le ponton d’en face, à droite, La Louise de Thierry Dubois.Photo @ Robert Hajduk (shuttersail.com)v&v.com : Est-ce que tu réalises où tu es, aujourd’hui, et ce que tu t'apprêtes à faire ?
Z.G. :
Etre ici, aux Sables-d’Olonne, parmi les 20 skippers qui vont courir le Vendée Globe, c'est déjà une sorte de victoire pour moi. Mais, non, je ne réalise pas tout à fait. Je pense que cela va me tomber dessus quelques heures avant le départ ! Etre ici, c’est un grand moment, mais aussi du stress, la crainte que quelque chose casse. C’est à la fois une fierté et pas mal d’appréhension. Il y a quand même peu de gens qui font partie du club des solitaires autour du monde.

v&v.com : Et en Pologne, comment es-tu suivi ?
Z.G. :
Je suis assez connu, mais je ne suis pas une star, comme vos skippers, ici ! Je peux aller faire mes courses tranquillement, personne ne m’arrête dans la rue.

v&v.com : Penses-tu que tu puisses changer la perception de la voile en Pologne ? Faire évoluer les choses ? Amener des jeunes à ce sport ?
Z.G. :
Oui, certainement. Et ça fait exactement partie de ce que je veux faire. Energa, mon sponsor, a signé pour au moins deux ans. Et l’idée, après le Vendée Globe, c’est bien de promouvoir la voile et son apprentissage auprès des jeunes. Je serai le «visage», l’ambassadeur de ce programme. Il y a beaucoup de plans d'eau en Pologne – eau douce ou eau salée. L'idéal serait de pouvoir travailler avec Energa pendant au moins cinq ou six ans. Mais il nous faut d'abord créer une fondation : cette compagnie étant gouvernementale, nous avons besoin d'une comptabilité publique et totalement transparente.

v&v.com : A ce sujet, as-tu acheté ou loué le bateau d'Alex Thomson ?
Z.G. :
C'est secret. Je peux juste te dire qu'Alex est un mec sympa ! (Rire)

v&v.com : Comment vis-tu ton statut un peu à part dans cette édition du Vendée Globe ?
Z.G. :
Moi, ça me va très bien. Je sais pertinemment que j'ai un côté «exotique», que personne ne m'attend. C'est parfait ainsi.

La foule des Sables avant la houle du largeLa foule des Sables avant la houle du large… Peu connu, Gutek ne déteste pas être considéré comme un concurrent un peu à part.Photo @ Robert Hajduk (shuttersail.com)v&v.com : Si j'ai bien compris la façon dont tu fonctionnes, tu ne sais pas du tout ce que tu feras après ce Vendée Globe…
Z.G. :
Non, en effet ! (Rire). Et j’en suis heureux. Jusqu'ici, j'ai toujours vécu ce que j'ai eu envie de vivre. J'ai réalisé mes rêves, les uns après les autres..

v&v.com : En trouver un autre, après ce tour du monde, ce sera difficile ?
Z.G. :
Non, je ne pense pas. Ce sera sûrement une autre course, une autre compétition. La Barcelona, par exemple. Et j'adorerais – mais je sais que c'est encore une autre dimension – disputer une Volvo. Avec un équipage polonais, bien sûr.

v&v.com : Possible ?
Z.G. :
Difficile, mais possible. Tout dépend de notre gouvernement. Parce que, clairement, il n'y a que trop peu de sponsors privés d'une envergure suffisante en Pologne – et les rares qui existent misent tout sur le foot. Il faudrait un financement public. Et donc, une volonté politique.

v&v.com : Un bon Vendée Globe de ta part pourrait faciliter les choses ?
Z.G. :
Oui, sans doute. Regarde Iker Martinez : après les Jeux en 49er, puis la Barcelona, il pouvait faire ce qu'il voulait en Espagne et il est allé sur la Volvo. D'accord, la situation économique de ce pays était alors différente, mais quand même. La Volvo a été une suite presque «naturelle» pour lui… Quand je franchirai la ligne d'arrivée, aux Sables-d’Olonne, on y verra plus clair.


………..
Gutek en quelques lignes

2011 : 2e de la Velux-5 Oceans (60 pieds Open Operon Racing).
2005 : 4e de la Nokia Oops Cup (ORMA 60 Bonduelle)
2004 : tentative de record autour du monde (VOR60 Bank BHP, ex-Assa Abloy)
2001 : 4e de The Race (Warta-Polpharma, maxi-cata, ex-Jet Services V)
1998 : 2e du National polonais de 49er
1994 : 2e du National polonais de 470
 

………..
Energa en quelques chiffres

Architectes : Finot-Conq
Chantier : Neville Hutton
Lancement : juin 2007
Longueur : 18,28 m (60 pieds)
Largeur : 5,94 m
Tirant d’eau : 4,50 m
Voilure au près : 300  m²
Voilure au portant : 550 m²
Déplacement : 8,5 tonnes
Poids du bulbe : 3,2 tonnes
Ballasts : 6 (3 de chaque côté), pour 4,2 tonnes
Mât : classique, 3 étages, 28 mètres
Dérives : 2
Voile de quille : carbone
 

………..
>> Notre mini-site sur le Vendée Globe, avec déjà près de 80 contenus, est ici.
>> Les diaporamas des vingt skippers et des vingt bateaux du Vendée Globe sont là.
>> Le décryptage du parcours et de ses portes des glaces est ici.
>> La première partie de l’interview de Denis Horeau, directeur de course, est ici.
>> La seconde partie de l’interview de Denis Horeau, directeur de course, est là.
 

(*) Les quatre compte-rendus exhaustifs de cette table ronde sont ici :

1. Deux outils complémentaires
Imagerie radar et altimétrie, les glaces sous surveillance


2. Une origine commune, des destins divers
De l'Antarctique aux 40e, le difficile suivi des glaces


3. Une question juridique fondamentale
Qui est responsable en cas de collision d'un concurrent avec un iceberg ?


4. Trois choix techniques très différents
Portes des glaces, waypoints uniques ou limites Sud ?

En complément

  1. emporté par la houle... 03/11/2012 - 00:01 Vendée Globe 2012-2013 - Alex Thomson & Hugo Boss Emporté par la houle… Avant de les laisser s’enivrer de houle, le Vendée Globe offre aux solitaires un beau bain de foule. Cette période d’avant-départ, cette pression, cette excitation, les skippers l’aiment et la redoutent. Il ne faut pas perdre le fil. Histoire de pouvoir attaquer avec panache, comme ici Alex Thomson.
  2. Votre Nom autour du Monde, un tournage rock'n roll ! 02/11/2012 - 12:00 Vendée Globe 2012-2013 Votre Nom autour du Monde, un tournage rock'n roll... Le samedi 27 octobre, à 15 jours du départ du Vendée Globe, Bertrand de Broc n'a toujours pas terminé la banque image de Votre Nom autour du Monde (ex-Brit'Air d'Armel Le Cléac'h, second du Vendée en 2009). La météo est mauvaise, mais Bertrand, qui a déjà couru la course mythique en 1992 et en 1996, sort par 35 à 40 nœuds de vent entre Les Sables et l'île d'Yeu. Et réalise du coup une banque image vidéo sacrément rock'n'roll !
  3. vendée globe 2012-2013   les vingt skippers au départ 22/10/2012 - 00:02 Vendée Globe 2012-2013 - Diaporamas Les 20 skippers et les 20 bateaux du Vendée Globe Vingt marins, vingt bateaux. Autant de parcours, de personnalités, de choix techniques, d’espoirs, de volonté et désir. Autant de visages déterminés ou souriants. De carènes et de gréements. Diaporamas.
  4. denis horeau, 61 ans, directeur de course du vendée globe 11/10/2012 - 00:01 Vendée Globe 2012-2013 - Interview du directeur de course (2/2) Denis Horeau : «Que veut-on faire de cet enfant surdoué ?» Il a été le directeur de course du Figaro. De la Barcelona World Race. Du premier Vendée Globe. Puis de deux autres éditions. Il l’est à nouveau cette année. Interview de Denis Horeau, deuxième partie.
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