Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Vendée Globe 2012-2013 – Interview du skipper de Macif

François Gabart : «Vivre mon rêve si jeune est extraordinaire !»

François Gabart le prouve : on peut avoir moins de 30 ans et être un candidat crédible à la victoire finale dans le Vendée Globe. Interview d’un jeune qui en veut.
  • Publié le : 08/09/2012 - 00:01

Le 60 pieds IMOCA MacifSistership de l’ex-Foncia 2 de Michel Desjoyeaux (devenu Banque Populaire avec Armel Le Cléac’h), Macif a été mis à l’eau en août 2011. Un an plus tard, François Gabart se dit pleinement satisfait de son plan Verdier-VPLP. Photo @ Vincent Curutchet (Dark Frame / DPPI)«Je vais m’éclater, j’en suis convaincu !» Tout est dit, ou presque. Plaisir, détermination, fraîcheur, confiance : voilà ce qui guide François Gabart. La peur et la pression ? Elles ne semblent pas avoir de prise sur lui. Tout juste reconnaît-il quelques moments de doute. Et pourtant, à 29 ans, le skipper de Macif s’apprête à vivre une aventure hors-norme – son premier Vendée Globe.

François Gabart, l’irrésistible ascensionTout est allé très vite pour François Gabart. Issu de la filière olympique, il a fait ses armes en Figaro pendant trois saisons, avant d’intégrer le circuit IMOCA. A 29 ans, il s’apprête à participer à son premier Vendée Globe.Photo @ Vincent Curutchet (Dark Frame / DPPI)Tout s’est enchaîné très vite pour François, qui a intégré le circuit IMOCA après seulement trois saisons en Figaro. Mais quelles saisons ! Lauréat de la sélection Espoir Région Bretagne en 2008, il démontre un potentiel évident lors de ses deux premières années en Figaro. Mais c’est en 2010 que le nouveau Skipper Macif explose : deuxième de la Solitaire du Figaro, vainqueur de la Cap Istanbul, il devient Champion de France de Course au large en solitaire.

Des résultats qui lui ouvrent grand la porte du Vendée Globe. Conscient de tenir une perle et désireux de s’engager plus fortement dans la voile, le Groupe Macif décide de lancer la construction d’un nouveau bateau, sistership de l’ex-Foncia 2 de Michel Desjoyeaux (devenu Banque Populaire avec Armel Le Cléac’h). Pour que l’histoire soit encore plus belle, le Professeur décide de prendre le départ de la Barcelona World Race avec… François Gabart.Un scénario idéal qui s’enraye quelque peu quand les deux hommes démâtent peu avant le cap de Bonne Espérance.

Qu’à cela ne tienne : à bord de son 60 pieds tout neuf, François termine 4e de la Transat Jacques Vabre 2011, puis remporte dans la foulée la Transat B to B, sa première course en solitaire à bord d’un IMOCA. Preuve, s’il en était besoin, qu’il faudra le surveiller de près à partir du 10 novembre prochain. Interview, à quelques heures de sa toute première navigation après la remise à l’eau de son monocoque.


voilesetvoiliers.com : François, le départ du Vendée Globe approche. Dans quel état d’esprit es-tu à deux mois d’une telle échéance ?
François Gabart :
C’est un peu la rentrée des classes après deux semaines off. Cette période est assez spéciale, car le départ est à la fois loin et proche (l’entretien a été réalisé fin août, ndlr). L’ambiance est studieuse, car nous voulons continuer à progresser jusqu’aux derniers instants. La course va être magique, mais la préparation d’un événement si important l’est également. J’en profite un maximum.

v&v.com : En parlant de préparation, Macif navigue à nouveau après un chantier d’été d’un mois. L’objectif était de faire un check-up complet ?
F.G. :
Exactement. Nous sommes satisfaits, car il n’y a pas eu de mauvaises surprises, juste quelques pièces à changer – normal. Il a néanmoins fallu comprendre pourquoi elles étaient usées, tenter d’apporter les solutions et mesurer les conséquences. Nous avons apporté quelques modifications en terme d’ergonomie pour adapter le bateau à ma façon de naviguer, le rendre plus confortable – si l’on peut parler de confort à bord de tels machines (rires) ! Mais aucun changement fondamental n’a été apporté. Tant mieux, car il serait perturbant de se poser de grandes questions métaphysiques à deux mois du départ.

v&v.com : Ton plan Verdier-VPLP a été mis à l’eau voici environ un an, en août 2011. Tu as donc eu du temps pour le prendre en main et l’optimiser…
F.G. :
Oui, mais certains skippers disposent de leur bateau depuis plus longtemps : Marc Guillemot (Safran), Kito de Pavant (Groupe Bel), Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec 3), Vincent Riou (PRB), Armel Le Cléac’h (Banque Populaire)... Finalement, Macif est un peu le petit dernier, un projet en pleine dynamique de progression. Ceci dit, d’autres concurrents n’avaient ni bateaux ni sponsors en août 2011. C’est plus difficile pour eux, même s’ils récupèrent généralement des bateaux fiabilisés nécessitant moins de boulot. Je pense notamment à Jérémie Beyou avec l’ex-Foncia (devenu Maître Coq, ndlr), qui a un Vendée Globe victorieux à son actif.

v&v.com : Es-tu satisfait de ta préparation jusqu’ici ?
F.G. :
Oui, nous sommes dans le coup par rapport aux objectifs fixés, voire au-delà. Nous avons obtenu de bons résultats : une victoire dans la Transat B to B et une deuxième place lors de l’Europa Warm’Up (derrière Vincent Riou, ndlr). Au lancement du projet, j’aurais signé sans hésiter pour être à ce niveau de préparation à deux mois du départ du Vendée Globe. Je suis fier du travail accompli, mais il ne faut rien lâcher, rester dans cette dynamique car ces derniers instants avant le départ sont cruciaux.

v&v.com : T’arrive-t-il d’être débordé face à la somme de travail à effectuer ?
F.G. :
Débordé, on l’est en permanence ! On ne peut pas tout faire, pour des raisons évidentes de temps et d’argent. Quand on navigue en solitaire, on ne peut pas changer tous les réglages à la moindre variation de vent – ce n’est pourtant pas l’envie qui manque (rires) ! Eh bien, c’est la même chose à terre : il faut être capable d’aller à l’essentiel, de trouver les bons équilibres, notamment entre préparation technique et préparation sportive. C’est intéressant car chaque skipper a un mode de fonctionnement qui lui est propre.

La Barcelona World Race, apprentissage et déceptionFrançois Gabart a déjà pris le départ d’un tour du monde, la Barcelona World Race, en double avec Michel Desjoyeaux. Mais les deux hommes ont dû abandonner avant Bonne Espérance sur démâtage. Le jeune skipper de Macif n’a donc encore jamais vu les mers du Sud !Photo @ Jean-Marie Liot (DPPI / BWR)v&v.com : On sait que Michel Desjoyeaux, double vainqueur du Vendée Globe, suit ton projet de très près. Quel est son rôle exact ?
F.G. :
A ce stade du projet, Michel intervient moins qu’au début, où l’on se voyait tous les jours, toute la journée. D’autant qu’il est bien occupé en MOD70. Mais j’échange encore beaucoup avec lui et je n’hésite pas à le solliciter en cas de besoin. Son expérience, mais aussi celle de son équipe «Mer Agitée», me sont précieuses. J’ai la chance d’être vraiment bien entouré. Pour les derniers jours aux Sables-d’Olonne, je serai bien content de m’appuyer sur des gens qui ont déjà vécu ces moments très spéciaux. Ils ont fait des erreurs, à ne pas répéter, et des choses très bien, à refaire (rires) !

v&v.com : Ton programme, désormais ?
F.G. :
Dès cet après-midi, je reprends les mes navigations d’entraînement pour retrouver les sensations, valider les petites modifications et tester de nouvelles voiles (notamment un grand gennaker, ndlr). Ces nav’ se poursuivront régulièrement jusqu’au départ. En parallèle, je prendrai part aux trois stages d’entraînement avec le Pôle Finistère à Port-La-Forêt. Cela permettra de se confronter aux autres concurrents, en configuration course, et donc de se jauger et de continuer à apprendre. Il y aura aussi pas mal d’à-côtés : formation météo, rendez-vous presse, préparation physique, participation au Trophée Clairefontaine… Le calendrier est bien plein !

v&v.com : Penses-tu pouvoir gagner ton premier Vendée Globe ?
F.G. :
Est-ce que je peux gagner ? Oui. Est-ce probable ? Non ! Enfin, tout dépend de ce que l’on appelle «probable» (rires). Je ne suis pas le mieux placé pour la victoire finale. Depuis quelques mois, je dégage trois favoris – je m’excuse auprès des autres (rires) : Armel Le Cléac’h, Vincent Riou et Jean-Pierre Dick. A mes yeux, ils ont une petite avance et ne cachent d’ailleurs pas leurs ambitions. Mais cela ne veut pas dire qu’ils vont gagner. Le Vendée Globe est une course longue, pas simple – y compris pour les favoris –, car la casse est toujours possible. De mon côté, je vais tout faire pour figurer du mieux possible pour mon premier tour du monde. Tous les éléments sont réunis pour faire une belle course, mais je me vois davantage comme un outsider. Finir reste l’objectif n°1.

v&v.com : On imagine en effet que ton abandon avec Mich’Desj’ dans la Barcelona World Race, peu avant Bonne Espérance et les mers du Sud, a été une sacrée frustration…
F.G. :
Oui j’avais forcément envie d’aller plus loin, de découvrir ces mers du Sud qui me font rêver. Avec Michel, on se régalait, la bagarre avec Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron était fabuleuse. Tout s’est arrêté en quelques secondes. Mais il faut accepter la casse. Avec Michel, nous avions tous deux la chance de pouvoir rebondir immédiatement avec de supers projets. Et j’ai tiré de ce début de Barcelona de précieux enseignements dans la manière de mener un 60 pieds IMOCA.

v&v.com : Comment te prépares-tu à affronter des mers totalement inconnues ?
F.G. :
En discutant avec des marins qui les connaissent. C’est justement l’un des points sur lequel je peux questionner Michel, car il détient en partie les réponses. Pour se préparer au Grand Sud, on effectue aussi des navigations d’entraînement dans le golfe de Gascogne dans des conditions les plus fortes possibles. Et on se dit que si on s’en sort dans 40 nœuds et six mètres de vagues, on s’en sortira aussi dans 50 nœuds et 10 mètres de creux (rires) ! Mise en exergue lors du Vendée Globe, cette part d’inconnue est inhérente à la voile : même aux JO de Londres, les marins devaient composer avec les incertitudes météo.

Transat B to B 2011 : le déclicVainqueur de la Transat B to B en 2011, François marque les esprits en devançant des gros bras de la classe IMOCA. De bon augure pour le Vendée Globe ?Photo @ Benoît Stichelbaut (MACIF)v&v.com : Ta victoire dans la Transat B to B, devant des ténors de la classe IMOCA, a été un déclic ?
F.G. :
Oui, clairement. Cette épreuve, qualificative pour le Vendée Globe, était ma première transat en solitaire à bord d’un 60 pieds IMOCA. Le bateau avait été mis à l’eau quelques mois plus tôt et j’étais encore dans une phase de découverte. J’ai eu de très bonnes sensations et constaté que j’étais capable de gagner une course en solitaire, de tenir le rythme des meilleurs. Mais le Vendée Globe est une épreuve d’une tout autre envergure en termes de durée, de plateau et d’enjeux.

v&v.com : Moment statistique de l’interview – tu sais que tu pourrais devenir le plus jeune vainqueur de l’histoire du Vendée Globe ?
F.G. :
Non, je ne savais pas ! Mais je ne suis pas le benjamin du prochain Vendée Globe : Louis Burton (27 ans, ndlr) pourrait aussi devenir le plus jeune vainqueur de l’histoire. Et certains pourraient être le plus vieux, le premier étranger, la première femme. Il y a plein de records et de premières possibles (rires).

v&v.com : En t’écoutant, on sent que tu prends énormément de plaisir. La peur et la pression ne semblent pas t’atteindre…
F.G. :
Je prends effectivement beaucoup de plaisir, j’aime la vie que je me suis choisie. La peur ? Non, je ne la ressens pas vraiment. Il m’arrive d’avoir des doutes, de me poser des questions – heureusement ! J’essaye de répondre à ces incertitudes du mieux possible. Un projet Vendée Globe implique, de près ou de loin, de nombreuses personnes et nous sommes tous dans le même bateau. Il y a donc une forme de pression. Mais elle ne me paralyse pas, au contraire, je la recherche. C’est stimulant, ça me porte. C’est marrant car mon rêve est très personnel, mais j’ai la chance de le partager avec beaucoup de monde – c’est l’idéal !

v&v.com : N’as-tu pas peur de perdre de ta passion en vivant des expériences si intenses si jeune ?
F.G. :
Je ne crois pas. Réaliser mon rêve si jeune est extraordinaire ! Pourquoi s’en priver ? Trop de gens de 50 ou 60 ans ressentent de la frustration car ils n’ont pas su concrétiser leurs rêves.

François Gabart, un passionnéC’est en 2005 que François a décidé de faire de la voile son métier : «J’aime la vie que je me suis choisie». On peut le comprendre…Photo @ Vincent Curutchet (Dark Frame / DPPI)v&v.com : Et après ce Vendée Globe, un autre Vendée Globe ?
F.G. :
Je suis en contrat avec la Macif jusqu’à la Route du Rhum 2014. J’ai encore de belles années en IMOCA devant moi, avec notamment la Transat Jacques Vabre 2013. Avoir un projet sur quatre ans est positif pour moi, mais aussi pour mon sponsor, qui peut élaborer une stratégie de communication dans la durée. Nous verrons bien ce qui se passera après 2014. Je ne sais pas si je serai au départ du Vendée Globe 2016. Je pense qu’il faut le faire une fois pour savoir si on veut repartir. Je vais m’éclater, j’en suis convaincu ! Mais peut-être qu’à l’arrivée je me dirai : «C’était fantastique, mais je ne repartirai pas dès la prochaine édition».


………..
François Gabart en quelques lignes

2012
- 2e de l’Europa Warm’Up
2011
- Vainqueur de la Transat B to B
- 4e de la Transat Jacques Vabre (avec Sébastien Col)
- Participation à la Barcelona World Race avec Michel Desjoyeaux (abandon sur démâtage)
2010
- Champion de France de Course au Large en Solitaire
- Vainqueur de la Cap Istanbul
- 2e de la Solitaire du Figaro
2009
- Vainqueur Sélection Skipper Macif 2010
- 2e de la Transat Jacques Vabre (avec Kito de Pavant)
- 3e du Championnat de France de Course au Large en Solitaire
- 13e de la Solitaire du Figaro
2008
- 10e du Championnat de France de Course au Large en Solitaire
- 3e de la Cap Istanbul en Figaro Solo
- Vainqueur du Classement Bizuth de la Solitaire du Figaro
- Skipper Espoir Région Bretagne en Figaro Solo
2001-2005
- Equipe de France de Tornado (champion du monde junior 2004)


Macif à la loupe

Architectes : VPLP-Verdier
Chantier : CDK Technologies / Mer Agitée
Longueur : 18,28 m (60 pieds)
Largeur : 5,70 m
Tirant d’eau : 4,50 m
Poids : 7,7 t
Voilure au près : 340 m2
Voilure au portant : 570 m2

Pour en savoir plus sur François Gabart, rendez-vous ici et

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