Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Vendée Globe 2012-13 – Interview du skipper de Mirabaud

Dominique Wavre : «L’âge n’a pas tellement d’importance !»

C’est reparti pour un tour ! A 57 ans, Dominique Wavre s’attaque à son quatrième Vendée Globe avec une motivation et une excitation toutes juvéniles. Entretien avec cet amoureux du très grand large.
  • Publié le : 11/08/2012 - 00:01

Le 60 pieds IMOCA MirabaudPlan Owen Clarke lancé en 2006, Mirabaud (ex-Temenos II), largement optimisé depuis le dernier Vendée Globe, n’a plus de secret pour Dominique. (Cliquez sur les illustrations pour les agrandir).Photo @ Benoît Stichelbaut (Sea & Co / Mirabaud)Les chiffres donnent le tournis : sept circumnavigations en course bouclées – quatre Whitbread, deux Vendée Globe, une Barcelona World Race – sur neuf tentatives ! Aucun coureur au large ne peut se prévaloir d’un tableau de chasse similaire à celui de Dominique Wavre...

Dominique WavreDominique Wavre (57 ans) a bouclé sept tours du monde en course – cinq en équipage et deux solitaire –, couru quatre Figaro (deux fois deuxième) et nombre de transats !Photo @ Jean-Marie Liot (DPPI / BWR)Et ce n’est pas fini : le 10 novembre prochain, aux Sables-d’Olonne, le skipper suisse de Mirabaud prendra à nouveau le départ d’un Vendée Globe dont il sera, à 57 ans, le doyen.

Dominique a laissé un paquet de milles dans son tableau arrière depuis sa première participation à la Whitbread – l’ancêtre de la Volvo Ocean Race – en 1981-82, alors que certains de ses concurrents au prochain Vendée Globe n’était même pas nés !

Vainqueur du tour du monde en équipage avec escales quatre ans plus tard, Dominique sillonne les mers du globe en 60 pieds Open depuis une douzaine d’années, en double et en solo. Non sans avoir, entre autres, engrangé des expériences en Figaro (deux fois deuxième de la Solitaire) et comme entraîneur du Défi français pour l’America’s Cup (voir l’extrait de son palmarès plus bas).

Paradoxalement, les deux courses autour du monde qu’il n’a pas terminé sont aussi ses deux dernières – le Vendée Globe 2008-09 et la Barcelona World Race 2010-2011. Revanchard après ces fortunes de mer, et loin d’être blasé, le Suisse souhaite remettre les pendules à l’heure. Il partira avec un bateau qu’il connaît sur le bout des doigts, son ancien Temenos II, devenu Mirabaud, plan Owen Clarke Design 2006. Entre la remise à l’eau de son monocoque après chantier et une navigation d’entraînement de quinze jours au large… interview !


voilesetvoiliers.com : Dominique, à trois du mois du départ, le bateau et le marin sont en configuration Vendée Globe ?
Dominique Wavre :
Mirabaud sort d’un petit chantier de deux semaines qui visait à faire une révision générale du gréement, à parfaire la carène et à optimiser le pont pour la navigation en solitaire. Le bateau est prêt. Quant au marin, il va bientôt l’être puisque je vais partir pour une quinzaine de jours de mer avec Michèle (Michèle Paret, sa compagne, ndlr) au départ de La Rochelle, mon port d’attache. Objectif : me mettre dans le rythme Vendée Globe, parfaire les automatismes et peaufiner les réglages. Michèle ne participera pas aux manœuvres mais me coachera et apportera un regard extérieur, en commentant et en filmant cette navigation d’entraînement. Nous partirons chercher une dépression au large des Açores, en espérant rencontrer des conditions variées pour naviguer à toutes les allures et passer en revue l’ensemble des voiles.

Dominique Wavre : en route pour un quatrième Vendée GlobeDominique Wavre a connu des fortunes diverses lors de ses trois participations au Vendée Globe : 5e en 2000-01, 4e en 2004-05 et contraint à l’abandon suite à une avarie de quille en 2008-09. Cette année, il ne se donne pas d’objectif précis, mais on sent qu’un podium le ravirait…Photo @ Michèle Paret (Wavre-Paret / Mirabaud)v&v.com : Pourquoi as-tu choisis de ne participer à aucune course depuis la Transat Jacques Vabre, en novembre dernier ?
D.W. :
Mon sponsor ne souhaitait pas prendre part au Tour de l’Europe (devenu Europa Warm’Up, ndlr). Et, de mon côté, je considère que les courses de démonstration demandent beaucoup d’énergie par rapport à ce que l’on en retire. J’ai donc préféré m’entraîner à mon rythme, sans l’impératif de me confronter aux autres concurrents. D’autant que nous avons effectué un chantier d’hiver long et minutieux – avec changement de la casquette de rouf et remplacement des barres à roue par une barre franche, principalement – et que la mise à l’eau a été tardive.

v&v.com : Pourquoi repartir pour un quatrième Vendée Globe ?
D.W. :
Parce que j’adore ça (rires) ! Chaque Vendée Globe est unique, c’est une redécouverte permanente. Malgré tous mes tours du monde, la motivation, l’excitation et l’envie de bien faire restent intactes. Naviguer dans mes mers du Sud est ce qui m’attire le plus, même si je regrette un peu les portes des glaces qui limitent le jeu stratégique et empêchent de voir les plus belles conditions. Mais je dois les accepter avec logique. Traverser ces zones est une aventure hors-norme. J’aime le large par-dessus tout.

v&v.com : Tu as pourtant appris à naviguer sur un lac…
D.W. :
Tout a commencé sur le Léman, en effet (rires). Mais je suis très vite parti en mer !

Dominique Wavre : prêt physiquementDoyen du prochain Vendée Globe, Dominique Wavre le reconnaît : mener de tels engins est éprouvant. Mais, fort de son expérience et d’une bonne préparation, il se sent d’attaque pour jouer les premiers rôles.Photo @ Jean-Guy Python (Mirabaud)v&v.com : Physiquement, ce n’est un peu chaud, un Vendée Globe à 57 ans ?
D.W. :
Il n’y a pas de règle et la question de l’âge n’a pas tellement d’importance. Entraînement quotidien – musculation et cardio –, bonne hygiène de vie : je tiens la forme ! Mais cela reste un réel défi, car les 60 pieds IMOCA sont de plus en plus physiques, et je ne récupère pas comme à vingt ans. Heureusement, des facteurs bien plus divers que la simple force physique entrent en compte, comme l’anticipation. Autrement, Ellen MacArthur n’aurait pas failli remporter le Vendée Globe 2000-01… La moyenne d’âge est de 43 ans cette année, il y a donc une prime à l’expérience. François Gabart prouve que l’on peut être jeune et mature ; je veux montrer que l’on peut être plus âgé et finir devant !

v&v.com : Tu as terminé deux fois dans le top 5. Penses-tu pouvoir faire aussi bien cette année ?
D.W. :
La part d’incertitude est énorme dans une telle course – impossible de faire des pronostics ! Il suffit de subir une avarie ou de rencontrer un objet flottant pour réduire à néant la meilleure des préparations. Il faut le savoir et l’accepter – cela rend philosophe (rires) ! Je ne préfère donc pas me fixer d’objectifs en termes de place. Ce qui est certain, c’est que je ferai tout pour mettre un maximum de concurrents derrière moi. Pour y parvenir, je vais me battre avec mes armes !

v&v.com : Et notamment une excellente connaissance de ton bateau…
D.W. :
Naviguant à bord de Mirabaud depuis 2006, je le connais très bien, d’autant que je fais partie des skippers bricoleurs. D’autres délèguent beaucoup à leur équipe technique, ce n’est pas mon cas. Je suis de très près les travaux effectués et je n’hésite pas à mettre la main à la pâte, car j’ai besoin de connaitre les moindres recoins de mon bateau pour être à l’aise en mer. Aujourd’hui, Mirabaud est bien plus performant qu’il y a quatre ans. Il a été optimisé autour de trois grands axes : allégement, changement de mât et optimisation du pont. Il est polyvalent et fiable, forcément moins rapide que les monocoques plus récents… mais qui sont aussi plus fragiles.

Les déceptions de Dominique WavreAprès son Vendée Globe 2008-09 avorté, le skipper suisse démâte lors de la Barcelona World Race 2010-11. De quoi le motiver encore davantage pour son prochain défi autour du monde.Photo @ Michèle Paret( Wavre-Paret / Mirabaud)v&v.com : Es-tu animé d’un esprit de revanche après tes abandons lors de tes deux derniers tours du monde ?
D.W. :
Le problème de quille du Vendée Globe et le démâtage de la Barcelona World Race font partie des «fortunes de mer» – on devrait plutôt dire «infortunes», d’ailleurs (rires) ! J’ai été malchanceux et je compte bien prendre ma revanche, oui. Je reste sur ma faim !

v&v.com : En examinant le plateau du prochain Vendée Globe, on note la présence de six skippers étrangers, soit près d’un tiers de la flotte. Cela va dans le bon sens ?
D.W. :
Bien sûr ! Heureusement que la classe IMOCA ne reste pas franco-française. Et cette internationalisation sera encore plus importante si la viabilité économique du circuit augmente. Nous avons engagé un débat pour réduire des coûts qui sont en accroissement constant. Ce débt a été mis de côté mais nous le reprendrons après le Vendée Globe.

Wavre, défenseur de la monotypieDominique Wavre est un fervent défenseur de la monotypie : il y voit une condition sine qua non de la survie de la classe IMOCA. Photo @ Benoît Stichelbaut (Sea & Co / Mirabaud)v&v.com : Tu fais référence à la monotypie… Y es-tu favorable ?
D.W. :
Totalement ! Le modèle économique actuel est inadapté, la jauge trop ouverte, les retombées insuffisantes – nous sommes dans une impasse. Cela devient vraiment difficile à supporter pour les sponsors. Il faut rendre le ticket d’entrée plus abordable et les frais de maintenance moins élevés pour que des PME puissent encore s’engager. Sinon, la classe IMOCA connaîtra le même sort que les trimarans ORMA – elle disparaîtra à son tour.

v&v.com : N’ayant pas manqué une édition depuis 2000, tu es un témoin privilégié des évolutions du Vendée Globe. Qu’est-ce qui a changé depuis ta première participation ?
D.W. :
Beaucoup de choses, à commencer par une amélioration de la sécurité avec l’instauration des portes de glaces et la mise en place d’une jauge plus stricte qui limite les risques d’accidents mortels. Je remarque également des changements considérables au niveau de la communication. Ellen MacArthur y a grandement contribué, en ne cachant rien de ses émotions. Avant, c’était un peu à la bretonne, du genre : «Moins j’en dis, mieux je me porte» (rires) ! Aujourd’hui, les marins partagent davantage l’aventure avec le public. Enfin, le niveau de performance s’accroît d’année en année et il faut désormais acquérir des connaissances techniques très pointues pour maîtriser les 60 pieds IMOCA.

v&v.com : Un cinquième Vendée Globe, c’est jouable ?
D.W. :
Mon contrat avec Mirabaud s’arrête après la prochaine édition. Je n’ai aucune idée de ce que je vais faire ensuite. Pour être honnête, je n’y pense pas car cela perturberait ma préparation. J’ai suffisamment d’expérience pour savoir qu’annoncer ses intentions six mois avant n’a pas grand sens !



………..
Dominique Wavre en quelques lignes

2011
- 8e de la Transat Jacques Vabre 2011 avec Michèle Paret
- Participation à la Barcelona World Race avec Michèle Paret (abandon)
2008-2009
- Participation au Vendée Globe (abandon)
2008
- 3e de la Barcelona World Race avec Michèle Paret
2007
- 4e de la Fastnet Race
- 4e de la Round Britain Race
2006
- 4e de la Route du Rhum
2005
- 4e de la Transat Jacques Vabre
- 4e du Vendée Globe
2004
- 2e de la Transat Anglaise
2000-2001
- 5e du Vendée Globe
2000
- Record des 24h solo en monocoque
Et aussi
- Quatre participation à la Whitbread (vainqueur en 1985-86)
- Quatre participations à la Solitaire du Figaro (2e en 1990 et 1997)
- Deux participations à la Transat Ag2r (2e en 1998)
- Coach pour le Défi Français pour l’America’s Cup en 1991-92
 

Mirabaud à la loupe

Architectes : Owen Clarke Design
Chantier : Southern Ocean Marine (N-Z) 2006 (ex-Temenos II)
Longueur : 18,28 m (60 pieds)
Largeur : 5,50 m
Tirant d’eau : 4,50 m
Poids : 8,5 t
Voilure au près : 330 m2
Voilure au portant : 600 m2

Le site de Dominique Wavre est ici.

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