Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Vendée Globe 2012-13 – Interview du skipper de Safran

Marc Guillemot : «Je pars sans complexe !»

Compétiteur-né, en quête permanente d’optimisation et de performance, Marc Guillemot aborde son deuxième Vendée Globe avec confiance. Et toutes ses chances. Pour voilesetvoiliers.com, il détaille les nombreuses innovations de son superbe 60 pieds VPLP-Verdier Safran et fait le point sur sa préparation.
  • Publié le : 01/10/2012 - 00:01

Le 60 pieds IMOCA SafranPremier plan VPLP-Verdier mis à l’eau en 2007, Safran a fait ses preuves et inspiré d’autres 60 pieds IMOCA : Groupe Bel, PRB, Virbac-Paprec 3, Banque Populaire (ex-Foncia 2) et Macif. Photo @ François Van Malleghem DPPI«Se bouger pour rester dans le coup». La philosophie de Marc Guillemot pour son deuxième Vendée Globe consécutif tient en une phrase. Marin affûté, bateau truffé d’innovations qui n’a rien à envier aux montures de dernière génération : le 10 novembre prochain aux Sables-d’Olonne, le skipper de Safran fera partie des hommes à suivre de près.

Marc Guillemot, plus de trente ans d’expérienceA 53 ans, Marc Guillemot justifie d’une grosse expérience – sa première course en solitaire remonte à 1979 ! Depuis 2005 et le projet Safran, il se consacre au monocoque. Photo @ Fred Tanneau AFP / DPPID’autant qu’à 53 ans, Marc Guillemot a de la bouteille et un palmarès éloquent. Attiré très tôt par la course au large, il s’affirma d’abord en multicoque. Double détenteur du record de l’Atlantique dans les années 80 – entre autres –, il prend en 1996 la barre de son propre trimaran, La Trinitaine, avec de nombreux podiums à la clé (voir son palmarès plus bas).

Son retour à la compétition en monocoque, en 2005, marque les esprits. Premier des six plans VPLP-Verdier mis à l’eau, à la fois léger et puissant, fiable et performant, Safran – à l’esthétique chic et agressive – fait parler la poudre entre les mains expertes de Marco. Celui-ci termine notamment troisième du dernier Vendée Globe malgré des galères à répétition et le précieux soutien apporté à Yann Eliès – victime d’une fracture du fémur dans l’océan Indien – en attendant les secours australiens.

Fort d’une victoire probante dans la Transat Jacques Vabre 2009, très souvent aux avant-postes des courses qu’il dispute, Marc a la carrure pour l’emporter autour du monde. Interview, au sortir d’un stage de navigation organisé par le Pôle Finistère Course au Large de Port-la-Forêt.


voilesetvoiliers.com : Marc, quels enseignements tires-tu de cette nouvelle session d’entraînement à Port-Laf’ ?
Marc Guillemot :
Un bilan très positif. Ces rassemblements permettent de se situer par rapport aux autres concurrents et de se tirer mutuellement vers le haut, dans un bon état d’esprit général. On progresse en naviguant seul, mais ça ne suffit pas. Ces stages permettent aussi de naviguer de manière intensive pour être encore plus en phase avec le bateau et donc à l’aise en course. Et puis, nous avons pu valider à Port-Laf’ toutes les modifications apportées récemment.

v&v.com : Constates-tu un déficit de performance par rapport aux bateaux de dernière génération ou bien Safran est-il revenu à leur hauteur à la suite de ces modifications ?
M.G. :
Comme Safran a été le premier plan VPLP-Verdier mis à l’eau en 2007, il a servi de bateau référence. Les skippers disposant de monocoques plus récents se sont appuyés sur cette base avec la volonté de faire encore mieux – ils ont réussi (rires) ! Pour moi, il était impossible, du coup, de ne pas faire évoluer le bateau pour rester dans le coup. Ce travail d’optimisation a porté ses fruits en termes de fiabilité, de gain de poids et de performance. Si Safran souffrait d’un léger déficit l’an dernier, ses performances sont aujourd’hui équivalentes à celles des meilleurs. Le PRB de Vincent Riou est a priori un peu plus léger (les poids des IMOCA sont toujours confidentiels, ndlr), mais la plupart des autres bateaux ont un déplacement assez semblable, à 300-400 kilos près. Safran fait partie des 60 pieds au top. C’est une belle machine, qui reste compétitive pour le Vendée Globe. Je suis serein : j’ai 100 % confiance en mon monocoque.

Jacques Vabre 2009 : une victoire probanteAssocié à Charles Caudrelier, Marc Guillemot (à gauche) a remporté la Transat Jacques Vabre 2009. Photo @ Marcel Mochet DPPIv&v.com : Safran a beaucoup évolué et les innovations apportées à bord sont nombreuses, à commencer par un nouveau mât et un rail original…
M.G. :
Oui, nous avons laissé beaucoup de temps à Guillaume Verdier pour réfléchir et approfondir tous les détails. Les ingénieurs du Groupe Safran sont également intervenus – bénéficier de leur savoir-faire est un vrai luxe ! Résultat : ce nouveau mât est optimisé à tous les niveaux. Nous avons souhaité conserver la même hauteur et la même disposition architecturale avec trois barres de flèche, mais elles sont réparties de façon un peu différente pour un meilleur aérodynamisme. La grande innovation est le rail de GV en carbone tissé 3D, une technologie déjà utilisée pour les safrans du bateau, qui permet d’accroître solidité et fiabilité. La tolérance aux chocs est bien meilleure qu’avec du carbone classique, le risque d’arrachement du rail quasi-nul. L’utilisation du tissé 3D, associée à un travail sur les systèmes d’ancrage du mât, a aussi permis un important gain en poids et favorise donc la performance : grâce à ce nouveau mât, nous avons pu descendre le centre de gravité de Safran – donc augmenter la raideur et le rapport poids/puissance. Tout ça va dans le bon sens !

v&v.com : Autre innovation qui a fait parler d’elle, la nouvelle quille constituée d’un voile en titane…
M.G. :
Ce qui est amusant, c’est que beaucoup pensent que le choix du titane a été fait pour gagner du poids dans ce voile, pouvoir alourdir le bulbe, abaisser le CG, donc gagner en performance. Mais l’objectif principal était bien avant tout d’accroître la fiabilité : plus solide que le carbone et l’acier, le titane permet de mieux supporter les chocs. Après ce qui m’est arrivé sur le dernier Vendée Globe (Safran avait perdu sa quille, ndlr), je ne voulais pas reprendre le départ avec un voile en composites.

v&v.com : Tu as aussi amélioré le système de barre, tes pilotes, tes ballasts – entre autres !
M.G. :
Oui, le système de barre a été simplifié pour le rendre plus sensible et plus efficace, pour moi comme pour le pilote, tout en limitant les risques de défaillance. Et puis, comme je te l’ai dit, pour mieux résister aux chocs avec des OFNI et éviter le délaminage, les safrans ont été fabriqués en carbone tissé 3D. Quant à la centrale inertielle de guidage – une technologie du Groupe Safran –, elle permet d’avoir en permanence le «vrai Nord», donc de disposer des données de vent exactes, en temps réel. Des informations de grande précision sont ainsi données au pilote, plus réactif et plus performant. Nous avons aussi modifié la répartition des ballasts pour optimiser les volumes d’eau à embarquer et donc mieux gérer l’assiette du bateau aux différentes allures. Le câblage et ses connexions ont également été revus, en utilisant les mêmes procédés que dans l’aéronautique – au final, le gain en fiabilité est notable, là encore.

v&v.com : Et côté énergie, d’autres innovations ?
M.G. :
Oui, nous avons développé deux hydrogénérateurs très performants qui permettront d’embarquer moins de gasoil, donc de gagner du poids. J’embarque aussi une éolienne, mais pas de panneaux solaires – les rendements sont trop faibles.

Innover sans relâcheMarc Guillemot et son équipe ont optimisé Safran pour rester compétitif face aux bateaux de nouvelle génération : voile de quille, rouf, mât, système de barre, centrale inertielle de guidage, ballasts, câblage, voiles – entre autres !Photo @ François Van Malleghem DPPIv&v.com : Quels ont été tes axes de réflexion pour les voiles ?
M.G. :
Schématiquement, il fallait améliorer le «range» (la plage) d’utilisation de chacune des voiles dans les différentes conditions. Les essais sont concluants en baie de Quiberon et en entraînement, espérons que cela marche aussi dans les mers du Sud ! Je ne souhaite pas m’étendre sur ce point – nous verrons si les évolutions vont dans le bon sens à l’arrivée du Vendée Globe !

v&v.com : Tu parles souvent de fiabilité en évoquant les optimisations de Safran. Mais on pourrait à l’inverse se dire qu’innover autant, c’est peut-être s’exposer davantage à la casse ?
M.G.
: Il est certain qu’on irait au carton si on faisait tout à l’arrache au dernier moment (rires) ! C’est loin d’être le cas. Toutes les améliorations résultent de longues réflexions, d’un solide travail en amont et de nombreux tests. Et, globalement, le gain de poids n’entraîne pas nécessairement une fragilisation de la structure. Malgré sa légèreté, Safran n’a d’ailleurs jamais eu de problèmes à ce niveau, et nous avons même renforcé certains points, suite aux avaries subies par d’autres bateaux.

v&v.com : J’imagine que le marin est aussi affûté que son bateau…
M.G. :
Tout le travail effectué sur la machine ne servirait à rien si j’étais à la ramasse (rires) ! J’ai énormément navigué au large et je me sens vraiment prêt. Je me suis entraîné en salle cet hiver. Depuis que Safran est à l’eau, naviguer me suffit largement – les 60 pieds IMOCA sont très physiques en solo. Cela ne servirait pas à grand-chose de faire du sport en plus, si ce n’est à se donner bonne conscience…

v&v.com : Tes ambitions pour le Vendée Globe ?
M.G. :
Comme tout le monde, le premier objectif est d’arriver aux Sables. Si tout se passe bien, il est clair que je ne fermerai pas la marche ! Il y a quatre ans, j’ai terminé sur le podium malgré de nombreux soucis techniques, et le sauvetage de Yann Eliès bien sûr. J’espère pouvoir davantage me concentrer sur la performance cette année. La course sera est particulièrement intéressante car, sur les 20 concurrents au départ, j’en vois une douzaine capables de gagner. Je fais partie de ces vainqueurs potentiels et je pars sans complexe ! J’ai une très belle équipe, la même depuis le lancement du projet, fin 2005. Cet environnement familier favorise la sérénité.

Marco au secours de Yann ElièsLors du Vendée Globe 2008-09, Marc était venu porter assistance à Yann Eliès, blessé à la jambe sur son Generali, en attendant les secours australiens. Ce qui ne l’avait pas empêché de décrocher la troisième place aux Sables-d’Olonne, quelques semaines plus tard. Photo @ Able Seaman Commonwealth of Australia 2008 / DPPIv&v.com : On se souvient tous du sauvetage de Yann Eliès voici quatre ans. Cette expérience change-t-elle ta perception de la course ?
M.G. :
Non, pas vraiment. Je savais déjà qu’une course pouvait être mise entre parenthèses pour faire face à ce type d’événement. C’est difficile, mais ça fait partie du jeu. C’est aussi ce qui fait la beauté de notre sport.

v&v.com : Tu te consacres exclusivement au monocoque depuis 2005 et le projet Safran. Penses-tu revenir un jour au multicoque ?
M.G. :
Aujourd’hui, non. Je suis tellement pris par le Vendée Globe que je n’ai absolument pas le temps de réfléchir à la suite. Ceci dit, le multi m’a beaucoup apporté et je n’exclus donc pas d’y revenir un jour.

v&v.com : On sent que tu prends plaisir à concevoir, rechercher et innover pour être plus performant en course. Es-tu tenté par la croisière, naviguer plus lentement, en prenant ton temps ?
M.G. :
J’aimerais savoir prendre mon temps, accepter de naviguer avec des réglages de voiles pas optimisés, mais je ne suis pas encore prêt pour ça ! (rires) A chaque fois que j’ai un bateau de croisière entre les mains, il devient vite performant !
 

………..
Marc Guillemot en quelques lignes

2012
- Vainqueur de l’ArMen Race
2011
- 6e de La Transat Jacques Vabre avec Yann Eliès
- 5e de la Transat BtoB (Saint-Barth/Lorient)
- Record du Tour des Iles Britanniques dans la catégorie IMOCA
2010
- 3e de La Route du Rhum
- Vainqueur du Tour d’Espagne à la Voile en équipage
2009
- Champion du monde IMOCA
- Vainqueur de la Transat Jacques Vabre avec Charles Caudrelier
- 3e du Vendée Globe
2008
- 4e de l’Artemis Transat
2007
- 2e de la Transat Jacques Vabre avec Charles Caudrelier
- 5e de la Transat B to B
2006
- 7e de la Route du Rhum
2002
- 2e de la Route du Rhum
2000
- 2e de l’Europe 1-Star (Transat anglaise en solitaire)
- 2e de la Québec/Saint-Malo
1998
- 4e de la Route du Rhum
1996
- 4e de la Québec/Saint-Malo
1988
- Vainqueur de Québec/Saint-Malo et de la Route de la Découverte
- Record de l’Atlantique en 7 j 6 h 32 min
1984
- Record de l’Atlantique en 8 j 16 h 36 min


Safran à la loupe

Architectes : VPLP-Verdier
Chantier : Chantier Naval de Larros, 2007
Longueur : 18,28 m (60 pieds)
Largeur : 5,70 m
Tirant d’eau : 4,50 m
Poids : nc
Voilure au près : 300 m2
Voilure au portant : 650 m2

Plus d’infos sur Marc Guillemot ici

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Découvrez notre mini-site consacré au Vendée Globe, ici.

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