Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Vendée Globe 2012-2013 / J+77

Vendée Blog : 24 heures chrono

Dimanche dans la matinée : François Gabart est donc attendu dans 24 heures sur la ligne d’arrivée après 78 jours de mer ! Et Armel Le Cléac’h devrait le suivre juste avant le coucher du soleil… Quant à Alex Thomson, il a décidé d’accompagner Jean-Pierre Dick jusqu’aux Açores pour s’assurer que le solitaire ne craigne rien au passage d’un front actif. Et Dominique Wavre a passé l’équateur…
  • Publié le : 26/01/2013 - 07:02

Classement du 26 janvier à 9h
1-François Gabart (Macif) à 567,7 milles de l’arrivée
2-Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) à 104,2 milles du leader
3-Alex Thomson (Hugo Boss) à 829,1 milles
4-Jean Pierre Dick (Virbac Paprec 3) à 832,5 milles
5-Jean Le Cam (SynerCiel) à 2 369,3 milles

Macif sous gennakerFrançois Gabart (Macif) : "Il y a toujours des surprises mais dans l’ensemble, ce Vendée est conforme à ce que je m’attendais à vivre. Pour l’instant, ça se passe bien donc ça veut dire que ma préparation était bonne. Mais il y a toujours des surprises. Je pense que si je devais repartir pour un nouveau Vendée Globe, j’aurais encore des surprises. C’est la beauté de la voile."Photo @ Jean-Marie Liot DPPI / Vendée Globe

 

Pile pour le journal télévisé dominical ! François Gabart (Macif) est incontestablement un remarquable communicant… Car non seulement il va arriver en plein milieu de journée dimanche, juste après le passage du front quand la pluie drue va enfin cesser, mais en sus au moment même où son monocoque pourra remonter le chenal des Sables d’Olonne avec la marée montante ! Avec au compteur, pile 78 jours de mer. La totale. Bravo !

Sur le dos de la dorsale

Vague sur Banque PopulaireArmel Le Cléac’h (Banque Populaire) : "Les conditions sont plutôt agréables depuis ce vendredi matin, il fait beau avec du vent (20 nœuds). On en profite car ça va se dégrader demain et devenir compliqué. Pour l’instant, la météo m’oblige à empanner avant de faire route tout droit vers les Sables. Je pense que sauf si François a un problème, je ne reviendrai pas. Maintenant, je vais tout faire pour finir la course le mieux possible."Photo @ Armel Le Cléac"H Vendée GlobeEn fait, l’heure estimée d’arrivée (ETA) a été reculée cette nuit quand les deux leaders sont entrés dans une dorsale prolongeant l’anticyclone des Açores avec parfois moins de quinze nœuds de secteur Ouest et ce n’est qu’en fin de nuit que la brise a repris du coffre avec la venue d’une grosse dépression à l’entrée du golfe de Gascogne. Et dès le lever du jour, Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) en premier puis François Gabart vont fortement accélérer avec 25 nœuds de Sud-Ouest sous un premier front, puis plus de 30 nœuds au Nord du cap Finisterre ce samedi après-midi. Et en milieu de nuit, un deuxième front va rattraper le premier avec une bascule du vent à l’Ouest-Nord Ouest sous des grains à plus de 40 nœuds…

Il va pleuvoir des cordes sur la Vendée (et sur toute la France) dimanche matin, mais le futur vainqueur devrait en finir juste au moment où le front va passer sur Les Sables d’Olonne vers 13h… Ce n’est donc pas une traversée du golfe de Gascogne de tout repos avec une mer qui va sérieusement se creuser, une visibilité très réduite sous la pluie et les grains, un vent assez instable juste avant d’apercevoir la bouée Nouch, terme de ce tour du monde. En six jours de moins que le précédent vainqueur Michel Desjoyeaux en 2009… François Gabart va ainsi pouvoir entrer directement dans le chenal devant La Chaume, praticable à cause de la marée entre 14h et 19h35, et Armel Le Cléac’h devrait en finir tout juste pour éviter de patienter devant la plage des Sables d’Olonne...

Positions du 26  janvier à 5h-leadersEncore 550 milles pour le leader qui a été sérieusement ralenti la nuit dernière dans une dorsale : Armel Le Cléac’h va le premier profiter du renforcement du vent de Sud-Ouest qui va atteindre plus de trente nœuds dans le golfe de Gascogne, mais François Gabart ne pourra pas être rattrapé : il est attendu dimanche midi aux Sables d’Olonne.Photo @ Addviso & Supersoniks

Gentleman Alex

Du côté des Açores, Alex Thomson (Hugo Boss) a décidé d’accompagner Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec 3) jusqu’aux abords de l’île de Sao Miguel vers laquelle semble se diriger le solitaire au monocoque privé de quille. Avec une vingtaine de nœuds de Sud-Ouest cette nuit, les conditions de mer commencent à se dégrader et le passage d’un front avec près de 30 nœuds de vent et une bascule au Nord-Ouest va rendre les vagues beaucoup plus dangereuses. Le Britannique s’est dérouté dès vendredi après-midi quand il a constaté que les conditions de navigation allaient devenir beaucoup plus délicates pour le Niçois : un geste de complicité et de soutien moral (et technique au cas où le monocoque chavire) qui honore le représentant de Sa Majesté.

Une fois assuré que Jean-Pierre Dick ne craint plus rien, le Gallois pourra reprendre sa route vers Les Sables d’Olonne qu’il devrait atteindre mercredi. Car en fait, si Alex Thomson est assuré de la troisième place, ce détournement va très sensiblement retarder son arrivée car il va se retrouver dans une nouvelle dorsale avec peu de brise dans l’archipel : il va avoir du mal à s’extirper des îles en attendant la venue d’une nouvelle dépression lundi qui le propulsera alors jusqu’en Vendée. Quant à Jean-Pierre Dick, s’il décide de patienter au mouillage devant un port açorien, il ne devrait pas pouvoir reprendre la course avant mercredi quand le train de perturbations sera passé et que la mer va s’organiser dans un flux de Sud-Ouest d’une quinzaine de nœuds.

Hugo : et s’il n’en reste qu’un…Alex Thomson (Hugo Boss) : "Ma route optimale me faisait passer plus au Nord-Ouest mais quand j’ai vu les conditions, j’ai décidé de rester avec Jean-Pierre jusqu’à ce que je sache qu’il peut gérer le comportement de son bateau et qu’il a pris sa décision. Un front va nous passer dessus avec du vent fort : je vais rester près de lui pour être certain qu’il y a quelqu’un pas trop loin. C’est un grand marin qui peut naviguer en toute sécurité, mais si j’étais à sa place, j’aimerais que quelqu’un me surveille…Photo @ Christophe Launay sealaunay.com

Un de plus !

Bien plus au Sud, Jean Le Cam (SynerCiel) est sorti du Pot au Noir avec plus de 80 milles d’avance sur Mike Golding (Gamesa) : la Zone de Convergence Inter Tropicale a sérieusement ralenti le duo qui navigue désormais dans un alizé d’Est-Nord Est d’une quinzaine de nœuds. Le couple franco-britannique est encore au près mais va pouvoir progressivement incurver sa route vers le Nord pour viser la bordure occidentale de l’anticyclone des Açores, à 1 300 milles. Il pourrait y avoir une ouverture plus à l’Est car les hautes pressions vont se scinder en deux cellules en milieu de semaine, offrant un passage assez proche des Canaries…

Pour Dominique Wavre (Mirabaud), le Pot au Noir est le prochain objectif : ce samedi vers 7h, le Suisse a franchi la ligne équatoriale dans un flux de Sud-Est modéré. A priori, il devrait avoir un Pot au Noir pas trop tordu et pas trop étendu dès ce samedi midi, car les alizés de l’hémisphère Nord se renforcent quand ceux de l’hémisphère Sud s’étiolent. Cela ne fait d’ailleurs pas l’affaire d’Arnaud Boissières (Akena vérandas) car il ne bénéficie que d’une douzaine de nœuds de Sud-Est aux abords de Fernando de Noronha.

Enfin !

Positions du 26  janvier à 5h-club des 5Du côté de l’équateur, Jean Le Cam a fait le break avec Mike Golding et Dominique Wavre est en train de passer dans l’hémisphère Nord. Le Pot au Noir n’est pas très étendu mais va ralentir quand même la progression du Suisse. Javier Sanso a retrouvé un peu de brise et Arnaud Boissières rase les îles de Fernando de Noronha…Photo @ Addviso & Supersoniks Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) peut pousser un soupir de soulagement : après des jours de pétole et de vents instables, il a enfin touché des alizés qui, même s’ils sont poussifs, lui permettent de faire route directe vers le Nord, vers l’équateur distant de 450 milles. Dans deux jours, l’Espagnol va passer dans l’hémisphère Nord mais il a désormais Bertrand de Broc dans son rétroviseur. Le skipper de Votre nom autour du monde a effectué une remontée express de l’Atlantique Sud et se trouve au large de Salvador de Bahia dans des alizés modérés mais stables. Il ne concède plus que 200 milles en latitude à l’Ibère…

Tanguy de Lamotte (Initiatives-cœur) n’est quant à lui pas encore dans ce flux d’Est : il doit louvoyer face à un vent de Nord d’une douzaine de nœuds, mais au moins il est sorti des calmes qui lui ont permis vendredi de se baigner en plein milieu de l’Atlantique ! Encore une bonne journée de près avant d’arriver à la latitude de Salvador de Bahia où la brise va tourner progressivement à l’Est.

L’Italien est beaucoup plus Sud mais au moins, les températures sont plus clémentes sous le tropique du Capricorne. Alessandro di Benedetto (Team Plastique) fait route au Nord-Est, au près contre un flux de Nord de plus de 25 nœuds. Il va malheureusement se faire avaler par une bande orageuse venant du Brésil qui va rendre sa progression vers l’équateur assez laborieuse. Un week-end actif pour le transalpin qui n’a plus beaucoup de voiles d’avant adaptées à cette remontée de l’Atlantique…

Acciona sous spiJavier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) "J’ai traversé une période très frustrante, avec une mer d’huile et une absence totale de vent. C’était beau à regarder mais je n’avançais pas ! Les fichiers météo étaient loin d’annoncer une telle situation. J’ai des soucis avec le pilote automatique, il dirige le bateau en ligne droite, sans tenir compte des changements de vent. Ce n’est pas dramatique, mais ça m’empêche de faire marcher le bateau à 100%."Photo @ Jesús Renedo Acciona


« En effet tout présageait l’arrivée prochaine d’un ouragan. Les nuages qu’on distinguait au zénith étaient à leur centre d’un noir affreux, et cuivrés sur leurs bords. L’air retentissait des cris des paille-en-cul, des frégates, des coupeurs d’eau, et d’une multitude d’oiseaux de marine, qui, malgré l’obscurité de l’atmosphère, venaient de tous les points de l’horizon chercher des retraites dans l’île.
Vers les neuf heures du matin on entendit du côté de la mer des bruits épouvantables, comme si des torrents d’eau, mêlés à des tonnerres, eussent roulé du haut des montagnes. Tout le monde s’écria : « Voilà l’ouragan ! » et dans l’instant un tourbillon affreux de vent enleva la brume qui couvrait l’île d’Ambre et son canal. Le
Saint-Guéran parut alors à découvert avec son pont chargé de monde, ses vergues et ses mâts de hune amenés sur le tillac, son pavillon en berne, quatre câbles sur son avant, et un de retenue sur son arrière (…)
Il présentait son avant aux flots qui venaient de la pleine mer, et à chaque lame d’eau qui s’engageait dans le canal, sa proue se soulevait toute entière, de sorte qu’on en voyait la carène en l’air ; mais dans ce mouvement sa poupe venant à plonger, disparaissait à la vue jusqu’au couronnement, comme si elle eût été submergée. Dans cette position où le vent et la mer le jetaient à terre, il lui était également impossible de s’en aller par où il était venu, ou, en coupant ses câbles, d’échouer sur le rivage, dont il était séparé par de hauts fonds semés de récifs. Chaque lame qui venait briser sur la côte s’avançait en mugissant jusqu’au fond des anses, et y jetait des galets à plus de cinquante pieds dans les terres ; puis, venant à se retirer, elle découvrait une grande partie du lit du rivage, dont elle roulait les cailloux avec un bruit rauque et affreux. La mer, soulevée par le vent, grossissait à chaque instant, et tout le canal compris entre cette île et l’île d’Ambre n’était qu’une vaste nappe d’écumes blanches, creusées de vagues noires et profondes. Ces écumes s’amassaient dans le fond des anses à plus de six pieds de hauteur, et le vent, qui en balayait la surface, les portait par-dessus l’escarpement du rivage à plus d’une demi-lieue dans les terres. A leurs flocons blancs et innombrables, on eût dit d’une neige qui sortait de la mer. L’horizon offrait tous les signes d’une longue tempête. La mer y paraissait confondue avec le ciel. Il s’en détachait sans cesse des nuages d’une forme horrible qui traversaient le zénith avec la vitesse des oiseaux, tandis que d’autres y paraissaient immobiles comme de grands rochers. On n’apercevait aucune partie azurée du firmament ; une lueur olivâtre et blafarde éclairait seule tous les objets de la terre, de la mer, et des cieux. »

Bernardin de Saint-Pierre (Paul et Virginie)