Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Vendée Globe 2012-2013 / J+14

Vendée Blog : choc sur PRB

Même s’ils ne sont pas très puissants, les alizés commencent à se stabiliser au secteur Est au large de Salvador de Bahia, là où le leader Armel Le Cléac’h débute sa lente courbure vers l’Afrique. Et les trois groupes qui se sont formés après le passage du Pot au Noir commencent à s’étirer sous l’effet soit d’un différentiel de potentiel, soit d’un problème technique, soit d’un placement décalé. Vincent Riou semble en difficulté ce samedi matin suite à un choc avec une bouée métallique…
  • Publié le : 24/11/2012 - 09:26

Classement du samedi 24 novembre à 16 heures
1- Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) à 20 359 milles de l’arrivée
2- François Gabart (Macif) à 50,1 milles du leader
3- Jean Pierre Dick (Virbac Paprec 3) à 67,4 milles du leader
4- Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) à 119,9 milles du leader
5- Alex Thomson (Hugo Boss) à 136,6 milles du leader

> Samedi 17h34 : Vincent Riou a commencé la réparation de la coque de PRB. Parallèlement, les réflexions se poursuivent au sujet du tirant en carbone de l’outrigger tribord, qui a aussi été endommagé dans la collision. D’autres informations seront communiquées demain matin, dimanche.
> Samedi 08h37 : Vincent Riou (PRB) a heurté une grosse bouée métallique à la dérive. Le bateau a subi des dégâts sur l'avant tribord (déchirure et délamination sur environ un mètre). Vincent attendait le lever du jour pour évaluer la situation... Il fait maintenant route au portant vers le Nord afin d'étudier toutes les possibilités de réparation.
Vous pouvez voir la photo de l'impact ici.
 

PRB au près bâbord amureVincent Riou (PRB) : "Lorsque le bateau est gité à 20°, la déchirure se situe à la flottaison. Ma priorité est de faire une réparation solide pour poursuivre en toute sécurité. J’ai besoin d’avoir l’assurance d’aborder les mers du Sud en totale confiance. La situation est délicate car je n’ai pas de terre à proximité pour effectuer cette réparation plus facilement. C’est réparable mais dans quelles conditions et avec quelles prises de risque ?"Photo @ Jean-Marie Liot DPPI / Vendée Globe

 

La nouvelle du week-end n’est pas réjouissante : Vincent Riou (PRB) a indiqué qu’il avait percuté une bouée métallique à près de 500 milles au large des côtes brésiliennes. A 7h00 ce samedi, le skipper prévenait son équipe à terre suite à une collision avec un objet flottant. Le solitaire qui était à la table à cartes au moment des faits a pu sortir immédiatement après le choc et voir que l’objet qui venait de heurter PRB était une tonne de port (grosse bouée métallique).

Suite à ce choc, Vincent a pu constater que la coque de son bateau était déchirée et délaminée sur environ un mètre. Le côté touché est le côté tribord du bateau et la partie déchirée se situe à trois mètres de l’étrave au-dessus de la flottaison. Vincent n’a pas été blessé dans ce choc. Il a attendu le lever du jour pour évaluer les dégâts et envisager la possibilité d’une réparation. Les conditions sur zone sont bonnes, le vent souffle entre 12 et 15 nœuds. Après le choc, Vincent Riou a immédiatement appelé la Direction de Course pour pouvoir signaler la position de cet objet flottant aux autres concurrents.

Team Plastique (Alessandro di Benedetto) sur la trancheAlessandro di Benedetto (Team Plastique) est le dernier des solitaires à naviguer encore dans l"hémisphère Nord. Mais l"Italien semble déjà avoir traversé le Pot au Noir.Photo @ Vincent Curutchet Dark Frame / DPPI / Vendée Globe

 

La route routine

Dans le même temps alors que PRB a perdu une place au classement de ce samedi matin, la flotte s’étire de plus en plus depuis que l’équateur a été franchi, une ligne de séparation des hémisphères que Bertrand de Broc (Votre nom autour du Monde) devrait passer ce samedi en début d'après-midi : il ne restera donc plus que Alessandro di Benedetto (Team Plastique) dans l’Atlantique Nord puisque l’Italien était encore empêtré dans le Pot au Noir ce matin, mais il devrait rapidement en sortir. Tous les autres solitaires naviguent donc dans les alizés des hautes pressions de Sainte-Hélène, et le centre anticyclonique se fait pousser vers l’Afrique par une bulle de chaleur venue du Brésil.

Vendée Globe 2012-2013 : les positions au matin du 24 novembre Positions au matin du 24 novembre. Armel le Cléac"h (Banque Populaire) est plus que jamais en tête devant François Gabart (Macif) et Vincent Riou (PRB), mais celui-ci a touché une grosse bouée métallique dans la nuit et son bateau est abimé...Photo @ Addviso & Supersoniks

 

C’est plutôt une bonne nouvelle pour les solitaires qui vont commencer à incurver leur route puisque les alizés s’orientent progressivement au secteur Est dès la latitude de Salvador de Bahia (13°S). Cette rotation devrait s’amplifier ce week-end puisqu’une barre orageuse va couper obliquement l’Atlantique Sud en deux, ce qui ouvrirait un couloir vers l’océan Indien dès la semaine prochaine. Bien évidemment, cette évolution météorologique fait l’affaire du leader : Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) est le premier à bénéficier de cette bascule et comme il peut allonger la foulée à plus de quinze nœuds vent de travers, il crée l’écart avec ses poursuivants.

Le « club des cinq » qui suit la même trajectoire, même s’il y a plus de cent milles d’écart latéral entre Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec 3) et Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat), va donc lui-aussi accélérer ces prochaines heures alors que le trio suiveur à plus de 350 milles derrière, n’a toujours pas la possibilité d’arrondir sa route. Mike Golding (Gamesa), Jean Le Cam (SynerCiel) et Dominique Wavre (Mirabaud) ne pourront changer de cap que la nuit prochaine, s’alignant ainsi sur la trace des leaders.

Quant aux quatre nouveaux venus dans l’hémisphère Sud, ils sont encore au tout début de la courbe : le virage, très à l’extérieur pour Arnaud Boissières (Akena vérandas) et pour Bertrand de Broc devrait leur faire perdre encore des milles sur leurs collègues plus à l’Ouest, Tanguy de Lamotte (Initiatives-cœur) et Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered). Il n’y a pas grand-chose à faire à bord des monocoques, si ce n’est adapter les réglages et surveiller l’horizon comme le choc de PRB ce matin le rappelle. Mais comment imaginer un tel obstacle en plein milieu de l’Atlantique Sud ?
 

A bord de Cheminées Poujoulat : Bernard Stamm à la table à cartesBernard Stamm (Cheminées Poujoulat) : “Je répare mon génois : il a été déchiré lors de la traversée du Pot au Noir. Il y avait des zones sans vent et le bateau était balancé en permanence d’un bord sur l’autre. Les voiles étaient très sollicitées et mon génois s’est déchiré sur la tête de dérive. J’ai été obligé de serrer un peu plus le vent avec mon Solent, sinon j’étais arrêté. J’espère que je vais pouvoir faire une petite pause avant les mers du Sud car ça commence à tirer sérieusement sur la bête."Photo @ Thierry Martinez Sea & C° / Cheminées Poujoulat

« Alizés, alisés (Vents). Trade winds. Vents qui, entre les côtes occidentales de l’Afrique et celles de l’Amérique qui leur sont opposées, soufflent habituellement de l’Est au Nord-Nord Est dans le Nord de l’équateur, et de l’Est au Sud-Sud Est, dans le Sud de ce cercle ; leur limite dans le Nord et dans le Sud, avoisine les tropiques, et leur zone de démarcation, comprenant une ceinture qui s’étend à quelques degrés de la ligne équatoriale, particulièrement dans le Nord, est une région où règnent, le plus souvent, des calmes prolongés, qui sont, spécialement, nommés Calmes de la ligne.
Lorsque le soleil est dans l’hémisphère septentrional, les vents Alizés soufflent dans cet hémisphère avec moins de force qu’à l’ordinaire, et plutôt, en se rapprochant de l’Est que du Nord-Nord Est ; de l’autre côté de l’équateur, ils soufflent alors, mais avec plus d’intensité que d’habitude et plutôt en se rapprochant du Sud-Sud Est que de l’Est : c’est le contraire quand le soleil est dans l’hémisphère austral.
On retrouve les vents Alizés à l’Ouest de l’Amérique ; mais, dans la région des calmes profonds et prolongés dont nous avons parlé plus haut, on rencontre, plus particulièrement, des grains.
Telle est la direction habituelle des vents Alizés, et il faut ajouter que, à quelques grains près, le temps est généralement beau sur les mers qu’ils parcourent ; cependant, on voit, quelquefois, dans leurs parages, s’élever des vents qui proviennent de toutes les autres directions, même les plus opposées à la leur, et qui peuvent se produire, pendant quelques temps, avec assez de violence. C’est, ordinairement, dans l’hémisphère où se trouve le soleil et près des terres, que ces anomalies se manifestent. Comme, pourtant, les vents Alizés tendent par la nature des choses, à reprendre leur empire, leur rétablissement ne survient pas, toujours, sans secousses ; il peut même être accompagné d’une de ces perturbations redoutables de l’atmosphère que l’on nomme Ouragans. Toutefois, il est fort rare de voir éclater un ouragan loin des îles ou des continents.
Le voisinage des côtes influence la direction ainsi que la force des vents Alizés ; et, sur plusieurs d’entre elles, on trouve le retour alternatif des brises dites de terre, et du large ou de mer.
On donne, habituellement, le nom de Vents généraux aux vents Alizés du Sud de l’équateur ; c’est probablement parce que ces vents règnent dans presque toutes les mers situées entre l’équateur et le tropique du Capricorne.
Autrefois, les vents Alizés étaient, par quelques personnes, appelés Vents du commerce (Trade winds).
 »

De Bonnefoux & Pâris (Le dictionnaire de la Marine à Voile – 1856)