Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Vendée Globe 2012-2013 / J+39

Vendée Blog : la grande descente

Depuis qu’ils sont entrés dans le Pacifique mardi matin, François Gabart et Armel Le Cléac’h filent à grande vitesse vers les îles d’Auckland au Sud de la Nouvelle-Zélande, tout en se disputant le leadership. Propulsés par la même dépression australe, Alex Thomson et Bernard Stamm fondent sur Jean-Pierre Dick obligé de remonter sur la dernière porte australienne. C’est du gros mauvais temps qui s’annonce pour le club des cinq ces prochaines 24h…
  • Publié le : 19/12/2012 - 07:05

Classement du 19 décembre à 5h
1-François Gabart (Macif) à 12 173,7 milles de l’arrivée
2-Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) à 5,3 milles du leader
3-Jean Pierre Dick (Virbac Paprec 3) à 473 milles
4-Alex Thomson (Hugo Boss) à 805,7 milles
5-Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) à 827,6 milles

Cheminées Poujoulat à bord dans la briseAvec la poussée d"une dépression australe, Bernard Stamm et son compagnon britannique vont pouvoir sortir de l"océan Indien dès jeudi midi. Ils ne pourront suivre le rythme très élevé des deux leaders, mais pourront revenir sur Jean-Pierre Dick, 200 milles plus au Sud.Photo @ Jean-Marie Liot DPPI / Vendée Globe

L’entrée dans le Pacifique marque une nouvelle étape sur ce Vendée Globe : au Sud de la Tasmanie, Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) n’a devancé François Gabart que de seize minutes, le premier passant à 8h08 mardi, le deuxième à 8h24. Mais depuis les deux leaders ont empanné dans l’après-midi et le jeune skipper de Macif a repris les commandes, non seulement grâce à sa position un peu plus septentrionale mais surtout grâce à une vitesse supérieure. Les conditions météorologiques vont être idéales pour dépasser les vingt nœuds de moyenne, du moins pendant quelques heures car la dégradation de l’état de la mer risque fort d’imposer un rythme moins soutenu. Mais côté angle d’attaque du vent, le flux de Nord-Nord Ouest 30 nœuds au minimum est parfait pour aligner plus de 450 milles ce mercredi.

Piste noire

La nouvelle dépression australe qui pousse les deux premiers intéresse en fait l’ensemble du « club des cinq » qui s’est dispersé ces derniers jours. Ce tout schuss vers l’île d’Auckland va une nouvelle fois créer de l’écart avec le peloton et les retardataires qui, sans être englués dans des vents faibles, ne vont pas bénéficier de cette accélération conséquente qui va pousser jusqu’au week-end prochain la tête de course vers la première porte des glaces du Pacifique (dite Nouvelle-Zélande, par 52°S). Notons que la porte suivante (Pacifique Ouest) a été remontée de 3° (180 milles), sur le 49°S pour éviter une zone de glaces repérées par satellite.

Tels qu’ils sont partis sur cette voie extrêmement glissante, François Gabart et Armel Le Cléac’h ont choisi de passer entre l’île Stewart (au Sud de l’île du Sud de la Nouvelle-Zélande) et l’île Auckland, 200 milles plus méridionale : le plateau « continental » ne s’étend pas sur toute la largeur de ce passage mais la mer devrait tout de même être assez mauvaise dans ce coin reculé d’ici 24h, justement quand les deux leaders vont s’engager dans ce chenal large comme la Manche… Avec une lune qui n’offre qu’un étroit croissant en ce solstice d’été austral imminent, c’est vraiment une piste noire sur laquelle ils vont surfer !

Positions 19 décembre à 5hPassage de la porte australienne orientale laborieux pour Jean-Pierre Dick ce mercredi matin, alors que les deux leaders filent déjà dans le Pacifique vers le Sud de la Nouvelle-Zélande et que le tandem anglo-suisse arrive vite par le Nord-Ouest...Photo @

Touch and go

Jean-Pierre Dick avait d’autres préoccupations ce mercredi matin : à 30 milles au Sud de la porte australienne orientale, il devait encore pointer son étrave sur le 50°S pour valider son passage, ce qui devait être fait vers 7h. Le skipper de Virbac Paprec 3 se retrouvera alors derrière cette dépression australe avec un flux de Sud-Ouest presque aussi puissant, mais qui va tourner à l’Ouest en soirée. Il bénéficiera donc des mêmes conditions que ses deux compagnons venus du Nord : Alex Thomson (Hugo Boss) et Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) sont aussi derrière le front, à une bonne journée de l’entrée dans la Pacifique quand Jean-Pierre Dick n’en a plus que pour une demie journée avant de passer la longitude de la Tasmanie.

Au sein du groupe central, Jean Le Cam (SynerCiel) a réussi à s’échapper et a franchi la longitude du cap Leeuwin ce mercredi vers 4h. Il a désormais 230 milles d’avance sur Mike Golding (Gamesa) qui ne peut que constater le retour du tandem suisso-espagnol : Dominique Wavre (Mirabaud) et Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) touchent les premiers un front venu de l’Ouest et ne sont plus respectivement qu’à 150 et 230 milles du Britannique… Ce front et le flux de secteur Ouest qui le suit, devrait accompagner ce quatuor jusqu’au week-end prochain pour sortir assez vite de l’océan Indien.

Mirabaud vue de l"étraveDominique Wavre (Mirabaud) : « Par rapport à mes expériences dans l’Indien, les portes des glaces ont bien changé la donne. Cette fois-ci, les températures sont plus douces et la mer plus calme mais la météo est très changeante. Les portes ont aussi rendu les stratégies plus évidentes et les choix tactiques sont limités. On se sent d’ailleurs un peu plus passif."Photo @ Vincent Curutchet DPPI / Vendée Globe

Encore de l’écart

Il en sera un peu de même pour les quatre retardataires qui auront toutefois moins de pression derrière cette perturbation australe : ils ne sont pas attendus du côté du cap Leeuwin avant le week-end prochain où ils pourront de nouveau bénéficier de la poussée d’une nouvelle dépression australe. Il faut donc s’imaginer que les deux leaders vont encore distendre les écarts avec toute la flotte et les 1 000 milles de marge sur le duo anglo-helvète sont probables après leur passage de la Nouvelle-Zélande.

Enfin, le cyclone Evan qui circule ce mardi au large de la Nouvelle-Calédonie, va finalement perdre beaucoup de son intensité en arrivant lundi sur le Nord de la Nouvelle-Zélande. Mais il faut encore suivre sa trajectoire car il pourrait se régénérer avec une bulle de chaleur sortant du désert australien qui va balayer l’île d’Auckland en début de semaine prochaine.

Acciona, Javier Sanso dans le gros tempsJavier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) : "Le temps est mauvais, très nuageux avec beaucoup de pluie. Mais je vais dans la bonne direction, c’est ce qui compte ! Je suis à la poursuite de Dominique : j"ai eu beaucoup de chance et j’espère qu’en me rapprochant de lui, j’aurai les mêmes conditions que lui. Je suis très heureux d’avoir rattrapé 700 milles de retard et ça sera plus sympa d’être à proximité de Mike et Dominique ! C’est moins drôle d’être tout seul au milieu de nulle part…"Photo @ Javier Sanso Vendée Globe

 

« Au matin nous étions proches de la terre, bien que la neige nous empêchât de rien voir. Les yeux commençaient à me manquer. A force de fixer les lointains face au vent, de surveiller les vagues menaçantes, j’avais pris comme un refroidissement des paupières. Je ne pouvais plus voir distinctement ni juger des distances avec exactitude, et par moments je m’endormais au gouvernail. J’étais si engourdi par ces longues heures de froid et d’humidité passées à la barre, dans la position contrainte à laquelle obligeait l’entassement du matériel et des provisions, que les autres durent me tirer du milieu du bateau et me redresser comme un canif de poche, en me frictionnant des genoux à l’estomac. »
Ernest Shackleton (L’odyssée de l’Endurance)