Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Vendée Globe 2012-2013 / J+5

Vendée Blog : le champ des Canaries

Presque toute la flotte est ce jeudi au portant dans une brise soutenue qui va permettre de parer les îles Canaries très au large. Mais déjà les écarts se creusent entre le leader François Gabart qui s’échappe de la dépression madérienne quand Bertrand de Broc la longe sur sa face occidentale. Les champs de vent prévus pour les jours prochains devraient encore étirer le peloton…
  • Publié le : 15/11/2012 - 06:51

Classement du jeudi 15 novembre à 16 heures
1- François Gabart (Macif) à 22 572 milles
2- Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) à 29,7 milles du leader
3- Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) à 32,9 milles du leader
4- Vincent Riou (PRB) à 103,6 milles du leader
5- Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec 3) à 115,7 milles du leader


Jeudi 12h13 : Javier Sansó a indiqué qu'il avait dû modifier sa route suite à la casse d'un chariot de grand-voile. Acciona se dirige actuellement vers l'ile de Madère afin de se mettre à l'abri et réparer cette pièce.
Jeudi 07h13 : Javier Sanso (Acciona) semble faire route vers Madère depuis plusieurs heures. Problème technique à bord ?

Javier Sanso en difficulté ?Javier Sanso (Acciona) fait route vers Madère, alors que les champs de vent et la stratégie générale voudraient qu'il descende au Sud-Sud-Ouest : l'Espagnol et son bateau «écologique» ont un souci de chariot de GV.Photo @ Addviso & Supersoniks

Les Canaries et leurs effets sur le ventLes Canaries et leurs effets sur les masses nuageuses : les leaders devraient passer à plus de 200 milles au large, mais le trio Golding-Le Cam-Boissières devra prendre plus d"Ouest pour s"écarter des perturbations des îles jeudi soir... Photo @ Jacques Descloitres (MODIS LRRT / NASA-GFSC)
Après les vents soutenus de mercredi, la brise va commencer à mollir par devant : les modèles météo ondulent comme les champs de blé canariens puisque les solitaires vont devoir passer d’un régime dépressionnaire avec de la brise de secteur Ouest-Nord Ouest du côté de Madère à un flux alizéen au Sud des Canaries de secteur Est-Nord Est.

Les 25 nœuds avec grains de la nuit dernière vont laisser place à une dizaine de nœuds quand il va falloir passer d’une phase à l’autre. Les conditions de navigation vont donc nettement s’améliorer pour la tête de course alors qu’elles sont encore très rudes pour le Polonais Zbigniew Gutkowski (Energa) et pour Bertrand de Broc (Votre nom autour du monde avec EDM Projets).

Quant à Louis Burton (Bureau Vallée), il continue sa route vers les Sables d’Olonne puisque le benjamin de la course tente de rallier le port de départ à 550 milles de son étrave pour changer son hauban bâbord et essayer de repartir avant la clôture de la ligne, mercredi 20 novembre à 13h02. Un challenge difficile car le skipper doit rester tribord amure pour ne pas solliciter son gréement endommagé et son équipe technique doit préparer un nouveau galhauban en moins d’une semaine…
 

Mise en ligne

Positions du 15 novembre à 5hA la sortie de la dépression madérienne,la tête de course a déjà bien gagner dans l"Ouest pour éviter les effets perturbateurs des îles. Seul le trio Golding-Le Cam-Boissières pourrait être gêner par les dévents.Photo @ Addviso & Supersoniks DRLa négociation de la dépression madérienne a établi une nouvelle hiérarchie : ceux qui ont piqué trop tôt dans l’Ouest comme Vincent Riou (PRB) n’ont pas touché les dividendes de cette option, ceux qui ont tardé à se recadrer comme Arnaud Boissières (Akena vérandas) peinent encore dans des vents moins favorables au large de Madère.

En fait les grands gagnants de ce coup stratégique sont les trois leaders puisque François Gabart (Macif) n’a pas eu à subir les assauts d’une mer chaotique tandis que Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) et Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) ont trouvé la voie intermédiaire qui les a fait passer des calmes de la dorsale au front dépressionnaire très rapidement.

La perte sèche des deux poursuivants n’est finalement que d’une vingtaine de milles en 48h alors qu’elle atteint plus de cent milles pour le vainqueur du Vendée Globe 2004-2005 ! Ce n’est pas trop grave dans la mesure où il reste plus de 22 000 milles à parcourir, mais ce n’est pas sans conséquence sur le moral des solitaires et surtout sur leur positionnement pour négocier la suite de cette descente vers l’équateur.

Car désormais c’est la ligne de changement d’hémisphère qui est le principal objectif : il faut d’abord s’éloigner des îles Canaries qui perturbent le vent sur des centaines de milles. Cela ne devrait pas poser de problème au groupe de tête mais c’est déjà moins évident pour le trio Mike Golding (Gamesa), Jean Le Cam (SynerCiel) et Arnaud Boissières. En tardant à se recaler dans l’Ouest, ils ont rasé Madère (sans trop de conséquence vu le vent fort de Nord-Ouest) mais ils vont surtout passer à moins de 200 milles de La Palma et Hierro, les îles canariennes les plus occidentales. Marc Guillemot (Safran) en avait beaucoup souffert il y a quatre ans…
 

Incertitude espagnole

Javier Sanso (Acciona) au large du PortugalJavier Sanso suit une route vers Madère depuis le milieu de la nuit : petit problème technique ou avarie importante ? Réponse dans la matinée...Photo @ Javier Sanso Acciona / Vendée GlobeLa flotte a donc subi la dépression madérienne sans trop de dégâts, si ce n’est que la trajectoire de Javier Sanso (Acconia 100% EcoPowered) laisse entendre qu’il se déroute vers Madère… Problème technique que l’Espagnol pourra gérer en s’abritant derrière les falaises ou avarie grave qui ne lui permet plus de continuer la course ? La réponse sera donnée dans la matinée.

Pour les deux retardataires, le vent portant est au rendez-vous, mais la mer doit être particulièrement formée au large des Açores ! Le Polonais Zbigniew Gutkowski et Bertrand de Broc sont encore sur la face septentrionale de la perturbation mais vont pouvoir allonger la foulée dès la fin de matinée quand le centre va se décaler vers l’Est. Ils pourront dépasser Alessandro di Benedetto (Team Plastique) avant le week-end car l’Italien était ce jeudi matin en plein dans le cœur de la dépression.

Et pour Tanguy de Lamotte (Initiatives-cœur) et Samantha Davies (Savéol), ce n’est pas encore l’extase à plus de 400 milles du leader dans des conditions de vent toujours très rudes. La Britannique a tout de même réussi à réparer son souci de bloqueur de grand-voile, mais le décrochage est désormais de plus de 36h sur la tête de course.

La situation est bien différente pour le trio Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec 3), Alex Thomson (Hugo Boss) et Jérémie Beyou (Maître CoQ) qui naviguent presque à vue : ils sont encore dans le souffle d’Ouest-Nord Ouest pour quelques bonnes heures encore et vont ainsi gagner un peu dans l’Ouest pour se rapprocher du 25° Ouest.

Situation météo du jeudi 15 novembre à 4hFrançois Gabart (croix rouge) est sorti le premier des effets dépressionnaires mais il va devoir négocier une zone tampon qui se forme sous la latitude des Canaries avant de toucher des alizés peu établis.Photo @ D.R. GribView

Petite compression passagère

Car cette journée de jeudi s’annonce plus paisible au fur et à mesure que les solitaires vont descendre : les effets dépressionnaires vont laisser place à une zone tampon sur le 25° Nord soit à 250 milles devant François Gabart. La brise de Nord-Ouest d’une vingtaine de nœuds ce matin va mollir progressivement dès la latitude des Canaries passée, puis devenir franchement plus instable et faible à l’orée de la nuit prochaine. Normalement, le leader va perdre du terrain mais il pourrait passer plus vite que le deuxième groupe (Riou-Beyou and C°) cette zone tampon car cette barrière de vents volages se développe dans la nuit…

Et à suivre les alizés de Nord-Est ne sont pas d’une force monumentale : entre Canaries et Cap-Vert, ce sont plutôt une douzaine de nœuds qui sont prévus pour le week-end. Mais il y a aussi beaucoup de masses nuageuses et de cassures isobariques sur la route de l’équateur.

Maintenant que la voie est dégagée vers le Pot au Noir, il n’y a pas de grandes options à prendre, mais il y a des placements à effectuer : grappiller des milles dans l’Ouest semble favorable pour passer bien au large des archipels. Et avec ce champ de vent canarien qui ondule dès vendredi, il y a de petits coups tactiques à anticiper.

A bord de Mirabaud : Dominique Wavre à la table à cartesDominique Wavre (Mirabaud) : "C’est parti tambour battant, il n’y a pas beaucoup de pause. J’ai une mer complètement désordonnée, c’est impressionnant de voir comme la mer peut être houleuse et agressive. Gabart a pris d’entrée les bonnes options. Il a un sacré bateau, c’est un sacré gaillard. Il fait une très bonne course. Il est impressionnant de maîtrise." Photo @ Thierry Martinez Sea & C° / Mirabaud

« Homme libre, toujours tu chériras la mer !

La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme

Dans le déroulement infini de sa lame,

Et ton esprit n'est pas un gouffre moins amer.


Tu te plais à plonger au sein de ton image ;
Tu l'embrasses des yeux et des bras, et ton cœur  

Se distrait quelquefois de sa propre rumeur

Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.


Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets :

Homme, nul n'a sondé le fond de tes abîmes ;

Ô mer, nul ne connaît tes richesses intimes,

Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets !


Et cependant voilà des siècles innombrables

Que vous vous combattez sans pitié ni remord,

Tellement vous aimez le carnage et la mort,

Ô lutteurs éternels, ô frères implacables ! »

Charles Baudelaire (L’homme et la mer)