Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Vendée Globe 2012-2013 / J+58

Vendée Blog : Lignes brisées

Bernard Stamm ne semble plus pouvoir continuer sa course sans un arrêt technique pour faire le plein de gasoil tandis que les quatre leaders continuent leur longue remontée contre un vent de Nord. Encore quatre jours à tirer des bords avant de toucher les alizés d’Est. Et côté Pacifique, cinq solitaires devraient passer le cap Horn en 24h dès demain mardi.
  • Publié le : 07/01/2013 - 07:12

Classement du lundi 7 janvier à 05 heures
1- François Gabart (Macif) à 5 621 milles de l’arrivée
2- Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) à 64,2 milles du leader
3- Jean Pierre Dick (Virbac Paprec 3) à 257,1 milles
4- Alex Thomson (Hugo Boss) à 599,3 milles
5- Jean Le Cam (SynerCiel) à 1 764,3 milles

Cheminées Poujoulat sous gennaker bâbord amureEn l’absence d’hydrogénérateurs efficaces, Bernard Stamm va devoir s’arrêter après le passage du cap Horn pour faire le plein de gasoil. Le solitaire, qui a cumulé les problèmes d’énergie dès le départ, ne peut plus continuer sans pouvoir recharger ses batteries, mais une assistance extérieure signifie un abandon de la course…Photo @ Thierry Martinez (Sea & C° / Cheminées Poujoulat)


Définitivement, le sort s’est acharné contre Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) qui va devoir demander assistance après le cap Horn : après avoir touché un objet flottant, ses deux hydro générateurs que le Suisse avait eu tant de mal à remettre en action n’ont pas résisté. Sans apport énergétique, le skipper ne peut tenir très longtemps surtout que ses batteries étaient déjà faibles lors du contact.

Rallier la Terre de Feu sera déjà un énorme challenge puisque le plan Juan Kouyoumdjian était encore à 700 milles du cap Horn ce lundi matin. Le parcours de l’Helvète n’aura été qu’une succession de galères qu’il avait réussi à circonscrire, mais cette fois, c’est mission impossible : une assistance technique pour faire le plein de gasoil sonnera le glas de son Vendée Globe…
 

Le bout du tunnel

Car le Pacifique est loin d’être coopératif : la grosse dépression qui a fortement secoué le « club des cinq » et Jean Le Cam ces deux derniers jours va fusionner avec une autre perturbation stationnaire dans le détroit de Drake.

Le vent de Nord-Ouest va basculer au Sud à l’approche des côtes chiliennes ce qui va provoquer une gigantesque bouilloire à l’entrée de l’Atlantique. Jean Le Cam (SynerCiel) va être le premier concerné, lui qui n’est plus qu’à 350 milles du Horn : le Breton a dû remonter vers le Nord-Est pour éviter le centre dépressionnaire et à force d’empannages, il a perdu pas mal de milles sur ses poursuivants qui ne sont plus qu’à 270 milles de son tableau arrière.

Positions du 7 janvier à 5hAvec le vent de Nord qui souffle sur les Quarantièmes dans l’Atlantique Sud, la progression des leaders a fortement chuté : à peine dix nœuds de moyenne tandis que les solitaires dans le Pacifique filent encore à plus de quinze nœuds vers le cap Horn. Encore quatre jours avant de toucher les alizés d’Est au niveau du cap Frio pour le duo de tête.Photo @ Addviso & Supersoniks

La sortie du Pacifique va être une véritable ligne de changement de vie à bord car outre ces jours de baston qui se succèdent sans discontinuer, c’est aussi la certitude que les icebergs qui traînent sur la pointe sud-américaine seront un danger de moins.

Jean Le Cam est attendu en milieu de journée mardi ce qui lui permettra au moins de passer de jour de l’autre côté de cette barrière de glaces. Ce devrait être aussi le cas pour ses trois poursuivants, Mike Golding (Gamesa), Dominique Wavre (Mirabaud) et Bernard Stamm qui sont attendus mercredi matin. Mais pour Arnaud Boissières (Akena vérandas) et Javier Sanso (Acciona), le passage est plutôt programmé en pleine nuit australe…
 

Les deux côtés de la bande

Entre les deux leaders, c’est une ligne brisée qui caractérise leur progression fastidieuse vers le Nord. Et à force de se recadrer pour gagner dans l’Ouest, Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) augmente son décalage latéral avec François Gabart (Macif) qui privilégie la vitesse, quitte à s’écarter de plus en plus de la route directe : 150 milles les séparent en longitude. Cela peut paraître peu, mais c’est très important au vu des conditions météorologiques qui règnent sur les Quarantièmes.

Leurs stratégies ne sont plus les mêmes : l’un vise à aborder l’anticyclone de Sainte-Hélène le plus rapidement possible, quitte à se rapprocher du centre des hautes pressions, l’autre cherche le chemin le plus court en tentant de se revenir vers les côtes brésiliennes. Pour François Gabart, l’objectif est de prolonger son bord bâbord dans ce vent de Nord pour aller chercher la bascule au Nord-Est qui s’installe sur le 30°S et le 25°W : une fois en bordure de l’anticyclone, il pourrait alors virer de bord pour remonter tribord amure dans une brise adonnante.

Ciel chargéLe temps est incertain et le ciel chargé sur la route des solitaires : la succession de bulles de chaleur sous le Brésil rend les prévisions à moyen terme très difficiles mais cette bande nuageuse qui barre le chemin vers les alizés pourrait provoquer une fracture entre les deux leaders. Photo @ Dominique Wavre Vendée Globe

La voie intérieure

Armel Le Cléac’h voudrait quant à lui s’échapper par l’Ouest en passant de l’autre côté d’une masse nuageuse ce qui lui permettrait de naviguer dans une brise de Nord-Ouest avec l’espoir de passer à l’intérieur d’une dépression orageuse qui se forme mercredi midi. S’il atteint le 42°W, il bénéficierait alors d’une forte brise portante jusqu’à la baie de Rio de Janeiro. Cela ne s’annonce pas facile.

180 milles plus au Sud, Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec 3) a un peu plus d’espoir de passer à l’intérieur et surtout il garde la possibilité de choisir sa voie en fonction du bilan concret que lui ouvre les deux leaders. Dans un flux d’Ouest ce lundi, le Niçois devrait encore se rapprocher du duo de tête tout en restant assez Ouest pour tenter plus facilement de passer par l’intérieur. 

Quant à Alex Thomson (Hugo Boss), sa position encore plus à l’Ouest va lui permettre de longer les côtes argentines plus facilement : dans un premier temps, il va bénéficier d’une brise d’Ouest se renforçant à plus de 25 nœuds, puis il devra traverser une zone de vent plus faibles et portants et mercredi au large du Rio de la Plata, il pourrait bien faire jackpot ! Un couloir de vent de Sud 20 nœuds s’ouvre à lui jusqu’à Itajai voire plus… Le quatuor est donc loin d’en avoir fini avec cette remontée à rebondissements : il va falloir patienter jusqu’à la fin de la semaine pour savoir qui a le mieux tirer son fil d’Ariane vers les alizés…

SynerCiel : portrait de Jean Le CamJean Le Cam (SynerCiel) : "En ce moment, le temps est instable. Dans la nuit de samedi, on a pris 42 nœuds. Une soirée un peu mouvementée, on va dire, et j’ai dû empanner. Du coup, il faut rouler le genak, tout préparer, monter le chariot et après il faut rematosser, revirer de bord, c’est prenant. Ça demande beaucoup d’organisation et en plus, je pense qu’il va y avoir pas mal d’empannages jusqu’au cap Horn. Après je me suis rapproché du centre de la dépression, sinon ça aurait été l’horreur."Photo @ Jean Le Cam


«Un vent glacial de nordet soufflait et la neige était accourue dans le ciel pantelant. Elle ne tombait point, elle frappait en tournoyant et, durcie par 5° de froid, elle brûlait les visages comme une tempête de sable. Les yeux oscillaient, fourbus par ces myriades de gros points blancs en fuite qui accrochaient le regard en passant et qui fermaient pourtant, autour de lui, une muraille clignotante aussi impénétrable que la brume, la brume égale, douce aux yeux comme une paupière. Cette neige chargea pendant trois jours, en colonnes si denses que les hommes s’inquiétaient comme au passage intarissable d’escadrons ennemis. Il semblait qu’elle fût devenue un élément aussi constant que l’eau sous leurs pieds.»
Roger Vercel (Au large de l’Eden)