Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Vendée Globe 2012-2013 / J+36

Vendée Blog : Regroupements et convergences

Cinq semaines de mer et déjà 11 000 milles avalés sur la route directe pour le duo de tête : le tempo est toujours très élevé et l’avance des leaders sur les temps de référence de 2008 atteint quasiment trois jours ! François Gabart et Armel Le Cléac’h sont toujours dans un flux de Sud-Ouest musclé, mais ils ne sont plus les seuls à cavaler dans l’Indien : toute la flotte profite d’un régime de secteur Ouest perturbé, et des groupes se reforment quand il faut converger vers les portes des glaces.
  • Publié le : 16/12/2012 - 10:07

Classement du 16 décembre à 9h
1-François Gabart (Macif) à 12 984,1 milles de l’arrivée
2-Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) à 40,2 milles du leader
3-Jean Pierre Dick (Virbac Paprec 3) à 486,4 milles
4-Alex Thomson (Hugo Boss) à 783,5 milles
5-Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) à 840,3 milles

Team Plastique vu par le traversL"Italien ferme la marche à près de 4 000 milles des deux leaders. Alessandro di Benedetto va passer la porte de Crozet ce dimanche midi mais il va devoir replonger vers le Sud-Est pour ne pas se faire une nouvelle fois avaler par l"anticyclone africain. Être lanterne rouge n"est pas toujours la position la plus agréable dans les mers du Sud...Photo @ Jean-Marie Liot DPPI / Vendée Globe

Deux jours et vingt-et-une heures d’avance sur le parcours de Michel Desjoyeaux en 2008 : malgré l’allongement de 300 milles dû au déplacement septentrional des portes de glaces (Crozet et Amsterdam sur le 40°S), les deux leaders sont largement devant les prévisions les plus optimistes, surtout que la descente de l’Atlantique Sud n’était pas apparue comme particulièrement rapide. Ce n’est certes pas l’objectif premier de François Gabart (Macif) et d’Armel Le Cléac’h (Banque Populaire), mais cela les confirme dans leur rythme soutenu depuis leur passage de la porte de Crozet puisqu’ils ont parcouru 3 000 milles en une semaine !

34j 10h 23'

Tel est le temps de François Gabart entre son départ des Sables d’Olonne samedi 10 novembre à 13h 02 et la longitude du cap Leeuwin passée vendredi 14 décembre à 23h 25, soit plus de 10 000 milles orthodromiques à 12,82 nœuds de moyenne… C’est presque un nœud de mieux que Michel Desjoyeaux à l’arrivée de son tour du monde en 2008 ! Et ce tempo n’est pas prêt de baisser puisque les deux leaders sont sur le dos d’une dépression australe qui se comble doucement sur place. Les duettistes devraient d’ailleurs empanner d’ici quelques heures pour viser la dernière porte de l’Indien (Australie Est) qui marque l’entrée dans le Pacifique sur son extrémité orientale, sous la Tasmanie.

Dans un peu moins de 36h, les deux leaders devraient ainsi changer d’océan pour glisser sous la Nouvelle-Zélande en milieu de semaine prochaine avec encore une dépression australe pour les pousser par un flux puissant de Nord-Ouest. En fait, il n’y aura pas une très longue pause si ce n’est une demie journée au passage de la porte quand la brise d’Ouest va un peu s’essouffler avant de reprendre du coffre sous la pression de l’ex-Claudia en voie de disparition sous l’Australie.

Positions du 16 décembre à 9hD"ici la fin de ce dimanche, les deux leaders vont empanner pour viser la dernière porte de l"océan Indien et ainsi aborder le Pacifique. Et entre le couple anglo-suisse et JP Dick, les 600 milles d"écart latéral vont se réduire progressivement en glissant sous la Tasmanie.Photo @ Addviso & Supersoniks

Le regroupement des trois

Jean-Pierre Dick a pu retrouver le flux plus consistant de la dépression sur laquelle courent les deux leaders : à 450 milles derrière et déjà sur le 50°S, le skipper de Virbac Paprec 3 a trouvé la sortie de ce qui semblait une impasse quand les hautes pressions le rattrapaient. Lui aussi a passé ce dimanche vers 5h30 la longitude du cap Leeuwin, et va être suivi par Alex Thomson (Hugo Boss) environ cinq heures plus tard et par Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) approximativement deux heures après. Mais ce qui s’annonce intéressant pour les deux jours à venir, c’est la manière dont les deux « Nordistes » vont se recaler sur la route du « Sudiste » : il y a tout de même 600 milles d’écart latéral !

Le couple anglo-helvète est en effet poussé par Claudia, l’ex-cyclone qui vient mourir sous l’Australie. Dans ce régime de Nord-Ouest musclé, les deux solitaires vont glisser sous la Tasmanie en ne passant qu’à quelques centaines de milles dans le Sud de l’île quand Jean-Pierre Dick va remonter vers la dernière porte australienne. Leurs trajectoires vont ensuite converger vers le Sud de la Nouvelle-Zélande et c’est à ce moment que le regroupement pourrait se faire avec plus ou moins de delta.

Poussée de fièvre

Pour les poursuivants qui se rassemblent, même si les écarts sont encore importants entre Jean Le Cam (SynerCiel) meneur de groupe et Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) de retour par l’arrière et désormais à 450 milles seulement en retrait, les conditions météorologiques vont être assez similaires ces prochains jours sous la poussée d’une belle dépression australe qui est partie pour les emmener jusqu’en Nouvelle-Zélande ! La pression vient de derrière et l’Espagnol est bien positionné pour recoller aux basques du Suisse : Dominique Wavre (Mirabaud) a en effet perdu énormément de terrain du côté de l’île Saint-Paul et moins de cent milles le séparent de l’Ibère… Beau match en perspective pour ce quatuor de "quinquas".

Quant aux quatre retardataires qui s’égrainent sur près de 1 500 milles entre Arnaud Boissières (Akena vérandas) en approche de la porte d’Amsterdam, et Alessandro di Benedetto (Team Plastique) à portée de lance-pierre de la porte de Crozet, il y a aussi du vent portant à venir pour plusieurs jours. Sauf pour l’Italien qui va devoir replonger au Sud-Est franchement pour ne pas se faire une nouvelle fois phagocyter par l’anticyclone africain qui revient sur la route des Quarantièmes…

Mike Golding portraitMike Golding (Gamesa) : "Franchement, je pense que les nouveaux bateaux ont un avantage dans les conditions qu’ils rencontrent actuellement. On a tendance à dire que ce n’est pas forcément le bateau le plus rapide qui gagne le Vendée Globe, mais ça aide sacrément quand on est dans le Sud ! Un podium est encore possible… Il peut se passer tellement de choses : en 2004, j’avais 600 milles de retard, je l’ai rattrapé, et j’ai même pris la tête de la course après le cap Horn."Photo @ Mark Lloyd Gamesa / Vendée Globe

 

« Nettoyé par la tempête, le ciel est d’une profondeur sans limites, et la nuit d’une transparence quasi surnaturelle. Il semble que, derrière l’atmosphère normale, se révèlent des éthers inconnus, de vagues paradis, superposés en voûtes et perdus à des distances vertigineuses. Les courants du Raz, apaisés, roulent avec une silencieuse majesté de fleuves. Une brise légère évente les eaux endormies. Leur respiration s’entend à peine. Les récifs même de la Chaussée de Sein n’exhalent plus qu’en sourdine leurs abois de sphinx hurleurs. Il se dégage des champs d’onde, au pied du phare, une odeur discrète, pénétrante, cette fine odeur de violette qui étonne les terriens quand ils traversent les marais salants. Car la mer aussi à ses printemps qui embaument (…)
Le grain !... Dix heures au chronomètre. La mer flagellée bondit et se cabre. Tout le Raz est blanc, d’une blancheur livide, comme un mouvant paysage de neige sous la lune. Une crinière d’eau a cinglé la vitre : la lanterne en a frémi jusque dans ses nervures d’acier…
»

Le gardien de feu (Anatole Le Braz)