Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Vendée Globe 2012-2013 / J+80

Vendée Blog : Voilà !

Alex Thomson est le prochain solitaire attendu aux Sables d’Olonne : le Britannique devrait en finir mercredi en fin de matinée pour monter sur la troisième marche du podium. Jean-Pierre Dick poursuit sa route vers le cap Finisterre qu’il pourrait déborder jeudi, au moment au l’anticyclone se rétracte pour laisser passer une dépression qui va poser problème aux suivants…
  • Publié le : 29/01/2013 - 08:24

Classement du 29 janvier à 9h
1- François Gabart (Macif) arrivé dimanche 27 janvier à 15h 18’ 40’’ en 78j 02h 16’ 40’’
2- Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) arrivé dimanche 27 janvier à 18h 35’ 52’’ en 78j 5h 33’ 52’’ à 3h 17’ 12’’ du premier

3- Alex Thomson (Hugo Boss) à 389 milles de l’arrivée
4- Jean Pierre Dick (Virbac Paprec 3) à 683,6 milles de l’arrivée
5- Jean Le Cam (SynerCiel) à 2 080,5 milles de l’arrivée

Vague sur Hugo BossTout n'aura pas été facile pour Alex Thomson, superbe révélation de ce Vendée Globe.Photo @ Alex Thomson Vendée Globe

Après «les voici», les «voilà» ! L’expression la plus employée par les solitaires du Vendée Globe, en mer comme à terre… Quatre années plus tôt, Michel Desjoyeaux avait lancé le slogan : "Ça, c’est fait !" Cette fois, la nouvelle génération de solitaires a encore allégé le pitch !

Il y aurait ainsi comme une compression des phrases type, comme il y a une réduction du temps de course. Une tendance à la sobriété orale, une condensation grammaticale, une modélisation phénoménologique, une décantation épistolaire, une émulsion linguistique, une concentration syntaxique ! Le temps est-il plus court depuis que la planète est plus petite ? 78 jours pour une révolution : même les plus radicaux n’auraient imaginé revenir à leur point de départ en si peu de nuits…

Positions du 29 janvier à 5hLa route est encore longue pour le peloton réparti du tropique du Cancer jusqu’à son homologue du Capricorne. Surtout que l’Atlantique Nord va être chamboulé par le passage d’une perturbation venue de Terre-Neuve en plein sur la trajectoire des solitaires au milieu de l’océan ! Un grand détour semble se profiler à l’horizon…Photo @ Addviso & Supersoniks

De ci, de là…

Voilà : de Jean Le Cam à François Gabart, de Bernard Stamm à Armel Le Cléac’h, la course et son analyse se résument à ses cinq lettres, voilà… Les réducteurs de temps sont aussi des résumeurs de phrases ! Quoique : lorsque François Gabart a dévoilé en conférence de presse son problème de moteur au sixième jour de course, on a tout compris sur le fonctionnement d’une pompe à injection qu’il avait décidé de ne pas embarquer en “spare” parce que ça ne semblait pas devoir tomber en rade mais quand l’eau est remontée dans le circuit…

Bref ! Comme l’émission culte de Canal +, les héros font plutôt dans le circonscrit, le format réduit, le court métrage, le circoncis. On ne met pas 78 jours à faire un tour global pour déblatérer pendant des heures ! Car les deux jeunes skippers savent aller au but, aussi rapidement que leurs trajectoires sont “fluides et tendues” (dixit Denis Horeau, Directeur de Course). Pas de grandes envolées, pas de discours fleuve à la Fidel Castro, pas de diatribes à rallonge : du soft, du concis, du brut. De l’art minimaliste. Le sens des mots. L’explication moléculaire… Bonheur à écouter, malheur à analyser. Il faudra probablement un peu plus de jours pour comprendre les sensations des impétrants qu’ils n’en ont mis pour partir d’un point A et revenir à ce même point…

Un troisième Vendée GlobeJean Le Cam (SynerCiel) : "J’étais en train de boire mon café, et j’ai remarqué que ça tapait moins. J’ai vite déchanté ! Cette mer commence à durer. Pour la cuisine, c’est la galère parce que dès que tu as un plat en sauce, tu repeins la cuisine. Dans une heure ou deux, ça devrait mollir. Ca va être une grande journée je le sens ! Enfin un peu de douceur et d’élégance dans ce monde de brutes. Parce que là, oui, c’est un monde de brutes."Photo @ Vincent Curutchet Dark Frame / SynerCiel

En direct de la mer

Mais si les deux premiers peuvent désormais profiter à plein de leur arrivée à bon terme, d’autres sont encore à se débattre dans les affres d’une météo à géométrie variable. Pour Alex Thomson (Hugo Boss), la voie est libre : à l’entrée du golfe de Gascogne ce mardi matin, le Britannique profite d’un flux puissant de Sud-Ouest 25-30 nœuds pour tirer un dernier trait vers l’arrivée. Une arrivée prévue pour mercredi midi dans une brise moins soutenue au passage d’un front en déliquescence. Et c’est justement cette situation météorologique qui va probablement permettre à Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec 3) de poursuivre son chemin vers les Sables d’Olonne.

L’anticyclone des Açores s’est en effet scindé en deux cellules : à l’Ouest vers les Bermudes, à l’Est sur la péninsule ibérique. Et au milieu, un couloir se crée pour laisser passer dès mercredi soir, une dépression venue de Terre-Neuve… Les hautes pressions espagnoles vont ainsi remonter vers les Sables d’Olonne, et le golfe de Gascogne va sérieusement s’apaiser et permettre au Niçois de prolonger sa route vers l’arrivée. Mais le problème se situe vendredi lorsqu’une cellule dépressionnaire va se former en Manche puis se creuser en descendant très rapidement vers la Méditerranée. Son passage pendant tout le week-end sur la France va générer un flux très fort de plus de 50 nœuds de Nord sur la façade atlantique ! Voilà…

 

Rencontre fortuiteJP Dick (Virbac Paprec 3) : "Maintenant, il faut savoir si je vais couper la ligne aux Sables ou non. Il y a pas mal de dépressions qui viennent donc il faudra faire attention. Je ne vais pas prendre de risque et je vais prendre ma décision d’ici deux jours. Si je ne finis pas, ça va être dur parce que c’est tout un projet derrière. Je vais aller jusqu’au cap Finisterre. Après on verra. Il ne faut pas que je me retrouve dans des conditions de plus de 30-40 nœuds, ni dans des grosses vagues."Photo @ D.R. François Gabart (Macif)
 

Le grand chambardement
Cette nouvelle donne météorologique va aussi très fortement influer sur les trajectoires des poursuivants : Jean Le Cam (SynerCiel) et Mike Golding (Gamesa) pourraient ainsi être propulsés à grande vitesse vers le cap Finisterre puisque ce dédoublement anticyclonique va permettre à une autre dépression de se glisser vers le tropique du Cancer. En se plaçant sur la face orientale de cette perturbation, le couple franco-britannique va pouvoir avancer très vite vers le Nord poussés par des vents de Sud d’une vingtaine de nœuds jusqu’au week-end. Voilà !

Mike Golding en course à bord de GamesaMike Golding (Gamesa) : "Que dire à part t’envoyer nos plus sincères félicitations ? Et ce n’est pas suffisant pour exprimer ce qu’on ressent. Ta course incroyable et, il ne faut pas l’oublier, le magnifique parcours du groupe de tête dans son intégralité, a fait de cette édition 2012-2013 un spectacle incroyable - et parfois un peu frustrant – à regarder de l’arrière, bien calé dans notre groupe de poursuivants. On dirait que Mer Agitée t’a injecté un peu de l’AND de ton mentor Mich !"Photo @ Mike Golding Gamesa / Vendée Globe

Malheureusement, la transition ne sera que de courte durée : derrière cette dépression subtropicale, les hautes pressions atlantiques partent en vrille ! Elles se calent entre l’Irlande et les Açores et ne bougent plus à partir du week-end prochain… Il y a donc une énorme bulle à contourner pour rallier la Vendée et le détour s’annonce conséquent : il va falloir remonter jusqu’à la latitude de la Manche avant de pouvoir s’engager dans le golfe de Gascogne.

Et cela risque fort d’intéresser autant le duo poursuivant que le Suisse Dominique Wavre (Mirabaud) à 36h derrière, l’Arcachonnais Arnaud Boissières (Akena vérandas) 200 milles plus loin, l’Espagnol Javier Sanso (Acciona 100% EcoPoowered) encore 200 milles plus en arrière, et même Bertrand de Broc (Votre nom autour du monde) nouveau venu dans l’Atlantique Nord… Voilà.

Akena prèsArnaud Boissières (Akena vérandas) : "Le soleil vient de se lever et ça file tout droit vers le Nord. On est un peu penché mais ce n’est pas désagréable. Je le vis bien, il fait encore chaud : il fait 25°C avec 25 nœuds. Je suis au près appuyé avec une mer de face et des creux de deux mètres : le bateau fait du saute-mouton. J’essaye de mettre du charbon pour rattraper un peu Dominique (Wavre) mais c’est une course de vitesse jusqu’au Açores. Après il y aura des coups à jouer…"Photo @ Jean-Marie Liot Vendée Globe/DPPI