Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Vendée Globe 2012-13 – Interview du skipper d’Hugo Boss

Alex Thomson : «Je compte terminer le Vendée en un seul morceau !»

Après deux tentatives – et autant d’abandons – Alex Thomson repart à l’assaut du Vendée Globe. Avec l’intention de finir. Et s’il peut devenir le premier Britannique à l’emporter, ce sera encore mieux.
  • Publié le : 28/10/2012 - 19:01

Le 60 pieds Hugo BossPlan Farr de 2007, Hugo Boss est passé entre de bonnes mains : celles de Sébastien Josse, concurrent malheureux du dernier Vendée Globe, puis de Roland Jourdain, vainqueur du Rhum 2010. Pas tout récent, le monocoque d’Alex fait partie des bateaux les mieux préparés. Photo @ Christophe Launay Hugo Boss

Alex Thomson, 38 ansAvec son physique de rugbyman, on le verrait bien ferrailler en match-race ou en Extreme40. Mais le truc d’Alex, c’est le large. Depuis 2003, il court en IMOCA, avec Hugo Boss. Et à 38 ans, il s’est constitué un joli palmarès.Photo @ Christophe Launay Hugo BossA tort ou à raison, Alex Thomson traîne une réputation de marin fougueux, voire "tête brûlée". Mais il ne s’en soucie guère, au contraire : «Il vaut mieux être considéré comme «rebelle», non conformiste, que l’inverse, non ?» Reste que le Britannique a mis l’accent sur la fiabilité pour son troisième Vendée Globe, car il veut avant tout boucler la boucle – enfin – après deux premières tentatives autour du monde en solitaire et sans escale arrêtées trop tôt. Contraint à l’abandon au large de l’Afrique du Sud suite à un problème de structure en 2004, il joue de malchance quatre ans plus tard lorsque son monocoque est percuté par un chalutier sortant des Sables-d’Olonne, à quelques jours du départ. Malgré une folle course contre la montre pour réparer au plus vite et prendre part à l’épreuve, la coque d’Hugo Boss, fragilisée, ne résiste pas longtemps : après un jour de course, Alex fait demi-tour tout et donne déjà rendez-vous en 2012.

Nous y sommes – et la réussite est revenue. Deuxième d’une Transat Jacques Vabre 2011 particulièrement relevée, le skipper britannique a aussi amélioré de plus d’une journée le record de l’Atlantique Nord en monocoque et en solitaire, en juillet dernier : 8 jours 22 heures et 08 minutes, 13 nœuds de moyenne. Le double détenteur du record des 24 heures a une nouvelle fois prouvé sa capacité à aller vite, très vite – et bien.

Parfaitement à l’aise à bord de son nouvel Hugo Boss, plan Farr de 2007 (ex-BT de Seb Josse, ex- Veolia Environnement de Roland Jourdain), Alex Thomson est à classer parmi les outsiders crédibles. En remportant la Clipper Round the World Race en 1999, à 25 ans seulement, il était devenu le plus jeune vainqueur autour du monde. Sera-t-il devenir le premier Britannique – et même le premier étranger – à inscrire son nom au palmarès du Vendée Globe ? Premiers éléments de réponse à partir du 10 novembre. En attendant, interview !

 

v&v.com : Comment appréhendes-tu ces derniers instants à terre avant le départ ?
Alex Thomson : Nous venons de convoyer le bateau jusqu’aux Sables-d’Olonne – un moment important. Le travail de longue haleine effectué avec mon équipe se concrétise. Cette période d’avant départ est à la fois excitante et essentielle. Excitante, car l’effervescence autour des skippers crée une atmosphère fantastique. Et essentielle, car c’est le moment de s’assurer une dernière fois que tout fonctionne parfaitement à bord d’Hugo Boss. J’essaye aussi, bien sûr, de passer le plus de temps possible avec ma femme Kate et mon fils de deux ans, Oscar. C’est d’ailleurs la première fois que je le quitte si longtemps – pas simple.

Hugo Boss percute un chalutierVictime d’une collision avec un chalutier peu avant le Vendée Globe 2008-09, Alex Thomson parviendra finalement à prendre le départ, mais abandonnera très vite. Frustrant.Photo @ Vincent Curutchet DPPIv&v.com : Tu dois tout de même avoir hâte d’être au 10 novembre, à 13h02 !
A.T. : Le départ de la course est toujours un moment unique, riche en émotions. Donc oui, j’ai vraiment, vraiment hâte d’y être ! Le niveau de compétition est relevé, les bateaux vont vite : je m’en délecte d’avance.

v&v.com : Pour ce Vendée Globe, tu avais le choix entre deux 60 pieds IMOCA : un plan Kouyoumdjian (l’ancien Pindar de Brian Thompson) et un plan Farr (l'ex-BT de Seb Josse devenu Veolia Environnement pour Roland Jourdain). Pourquoi avoir choisi le Farr ?
A.T. :
Avoir le choix entre deux monocoques est une position très confortable. Après la Fastnet 2012, j’ai réalisé que l’ex Pindar était certes rapide et puissant, mais aussi difficile à maîtriser en solitaire – je ne peux clairement pas l’exploiter à 100% de son potentiel. C’est un excellent bateau pour naviguer en double ou en équipage et j’ai beaucoup appris à son bord. Mais si c’était à refaire, je ne l’achèterais pas. Je suis qui plus est très satisfait des performances et de la fiabilité du plan Farr, finalement retenu pour le Vendée Globe. D’ailleurs, les optimisations effectuées par le passé allaient dans le bon sens et nous n’avons donc pas changé grand-chose. Aujourd’hui, je me sens parfaitement à l’aise à bord d’Hugo Boss. Pas le moindre regret quant à mon choix, donc !

v&v.com : Comment juges-tu les performances d’Hugo Boss par rapport aux bateaux de nouvelle génération, les plans VPLP-Verdier notamment ?
A.T. :
L’an dernier, lors de la Transat Jacques Vabre puis de la Transat B to B, nous avons constaté que ces bateaux de dernière génération étaient plus rapides au reaching, mais la différence a tendance à se réduire en solitaire. Et, à mon avis, il n’est pas exclu que ces bateaux de nouvelle génération connaissent quelques problèmes de fiabilité.

v&v.com : Te sens-tu mieux préparé que lors de tes deux premières participations, en 2004-05 et 2008-09 ?
A.T. : Difficile de comparer. Mais une chose est sûre : je suis vraiment bien préparé cette année. Un beau travail d’entraînement, d’optimisation et de fiabilisation a été effectué pour accroître mes chances dans cette course extrême. J’ai pleinement confiance en mon équipe et en mon bateau, nous avons beaucoup appris de nos deux précédentes participations au Vendée Globe.

v&v.com : Tu es soutenu par Hugo Boss depuis 2003, ce qui fait de ce partenariat l’un des plus pérennes de la course au large. Est-ce un atout ?
A.T. : Début 2013, nous fêterons les dix ans de ce partenariat ! Construire une relation sur le long terme est une chance, j’en suis conscient. Le soutien d’Hugo Boss, dans les bons moments comme dans les plus difficiles, a été précieux et me permet d’être là où j’en suis aujourd’hui.

Record de l’AtlantiqueAlex Thomson trace sa route pleine balle. En juillet, il a ainsi battu de plus de 24 heures le Record de l’Atlantique en monocoque et en solitaire, détenu jusqu’ici par Bernard Stamm. Nouveau temps de référence : 8 jours 22 heures et 8 minutes – plus de 13 nœuds de moyenne. Photo @ Christophe Launay DPPI

v&v.com : Pourquoi n’as-tu participé à aucune "grande course" depuis la Transat B to B (4e), fin 2011 ?
A.T. :
La Transat Anglaise ayant été annulée par l’IMOCA, il n’y avait pas de rendez-vous majeurs cette année (sept skippers du prochain Vendée Globe ont tout de même pris le départ de l’Europa Warm’Up l’été dernier, ndlr). J’ai donc décidé d’effectuer deux transatlantiques en solitaire en guise d’entraînement au tour de monde. Et l’une d’elle s’est transformée en un beau record !

v&v.com : Plutôt bon pour la confiance et la sérénité, ce record de l’Atlantique, non ?
A.T. : Absolument, ce type de performance permet d’engranger de la confiance en vue du Vendée Globe. Mais comme chacun sait, cette épreuve est unique en son genre – l’un des événements sportifs les plus difficiles qui soit. Je ne suis donc pas sûr que l’on puisse réellement parler de sérénité en s’engageant dans une telle course…

FougueBien que magnifique, cette photo ne va pas arranger la réputation de "tête brûlée" d’Alex Thomson. Mais le Britannique a beaucoup misé sur la fiabilité pour venir à bout du prochain Vendée Globe.Photo @ Christophe Launay Hugo Bossv&v.com : Penses-tu être en mesure de remporter ce Vendée Globe ?
A.T. : Mon objectif, en repartant une troisième fois, est d’abord de terminer. Après seulement, je pourrai penser à l’éventualité d’une victoire – ce serait un bonus. Je suis prêt à relever le défi. Mais je n’ignore pas les risques et le fait que tout peut arriver. Bien des skippers peuvent gagner.

v&v.com : Tu es donc d’accord avec Marc Guillemot, qui dégage douze vainqueurs potentiels (voir l'interview de Marc Guillemot ici) ?
A.T. : Oui, tout à fait d’accord. Mais si je ne devais citer qu’un favori, ce serait Armel Le Cléac’h.

v&v.com : En devançant Armel et les autres, tu pourrais devenir le premier Britannique – et même le premier étranger – à remporter le Vendée Globe. C’est quelque chose qui te tient à cœur ?
A.T. :
Oui, d’autant que cette année 2012 a été exceptionnelle pour le sport britannique, avec la mémorable victoire de Bradley Wiggins lors du Tour de France cycliste, mais aussi nos nombreux succès aux Jeux olympiques de Londres – à domicile (avec 65 médailles, dont 29 en or, la Grande-Bretagne s’est classée troisième nation derrière les États-Unis et la Chine, ndlr) ! J’adorerais prolonger ces succès en remportant à mon tour une épreuve de légende.

v&v.com : Sens-tu un engouement des médias et du public autour du Vendée Globe en Grande-Bretagne ?
A.T. :
La voile a gagné en popularité avec le temps. Aujourd’hui, davantage de gens s’impliquent, regardent et suivent notre sport – c’est forcément une bonne chose. Pendant les Jeux, des spectateurs de tous les âges ont pu voir à quel point les épreuves de voile peuvent être excitantes. Mais je pense qu’ils prennent la pleine mesure de ce qu’est la voile en entendant parler de tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance. Cela éclaire notre sport sous un jour totalement différent – et fascinant. Pourtant, si le Vendée Globe est un événement considérable en France, il l’est beaucoup moins dans le reste de l’Europe. Il faudrait promouvoir encore davantage la course à l’international. Tout le monde serait gagnant : les skippers étrangers, en étant plus nombreux au départ, mais aussi la Vendée et les Sables-d’Olonne, en ayant plus de retombées dans le monde.

Amazing !Allez, encore un cliché hallucinant pour le plaisir ! «J’aime aller vite sur l’eau», nous dit le Britannique. On a vu Alex, on a vu…Photo @ Christophe Launay Hugo Boss

v&v.com : Dernière question, inévitable : es-tu si fougueux qu’on veut bien le dire ?
A.T. : Je suis au courant de ma réputation, mais elle ne me dérange pas. Elle est simplement basée sur quelques mésaventures survenues ces dernières années. De toute façon, il vaut mieux être considéré comme "rebelle" et non conformiste que l’inverse, non ? J’aime aller vite sur l’eau et je m’en sens capable grâce à mon expérience – j’ai accumulé pas mal de milles et ce Vendée Globe sera ma septième course autour du monde. Ceci dit, je compte bien terminer le tour du monde en un seul morceau !

 

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Alex Thomson en quelques lignes

2012 : record de la Traversée de l’Atlantique  (8j 22h 08’)
2011 : 4e de la Transat B to B,  2e de la Transat Jacques Vabre (avec Guillermo Altadill)
2008 : participation au Vendée Globe (abandon),  2e de la Barcelona World Race (avec Andrew Cape)
2007 : record de distance sur 24h en 60 pieds IMOCA (501 milles), 2e de la Rolex Fastnet Race
2006 : participation à la Velux 5 Oceans Race (abandon)
2004 : participation au Vendée Globe (abandon)
2000 : 2e de la Transat Jacques Vabre (avec Roland Jourdain), 3e de l’Atlantic Challenge
1998-1999 : vainqueur de la Clipper Round the World Race

 

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Hugo Boss en bref

Architectes : Bruce Farr Yacht Design
Chantier : Offshore Challenges, juin 2007
Longueur : 18,28 m (60 pieds)
Largeur : 5,85 m
Tirant d’eau : 4,50 m
Poids : 8 tonnes
Voilure au près : 290 m2
Voilure au portant : 550 m2

 

> Le site d’Alex Thomson est ici.