Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Vendée Globe 2012-13 - Interview

Sam Davies : «Je veux le podium… et faire partager mon aventure !»

Grande animatrice du dernier Vendée Globe sur Roxy, Sam Davies y retourne cette année sur l’ex-Veolia. Objectifs : décrocher un podium et partager son aventure. Interview après sa première nav’ sur Savéol.
  • Publié le : 23/03/2012 - 06:41

Samantha Davies, 37 ans… et beaucoup d’énergie !Un Vendée Globe, quatre Figaro, trois Jacques Vabre, trois Ag2r, une Mini-Transat… Samantha Davies a une expérience plus solide que ses cordages lors du dernier Vendée Globe ! (Cliquez sur les illustrations pour les agrandir).Photo @ Sam Davies (Vendée Globe / Roxy)Savéol, plan Lombard 2004Savéol n’est autre que l’ex-Veolia Environnement, plan Lombard de 2004 avec lequel Roland Jourdain a participé aux deux dernières éditions du Vendée Globe. Photo @ Isabelle Magois Sam Davies revient aux affaires en IMOCA ! Après une longue période partagée entre la recherche de soutiens financiers et la naissance d’un petit garçon, la navigatrice britannique se prépare activement en vue du Vendée Globe, départ des Sables-d’Olonne le 10 novembre prochain. C’est peu dire qu’elle sera attendue. Car pour son premier tour du monde en solitaire et sans escale, en 2008-09, Sam avait séduit le public en affichant un bonheur d’être en mer communicatif et en faisant partager sa course comme personne («Sam épate», à lire ici).

Un aspect qui ne saurait toutefois faire oublier une superbe quatrième place, décrochée de haute lutte avec un bateau ancien et à l’issue d’une course éprouvante (vous pouvez regarder la vidéo de son arrivée ici). Un exploit. Mais pas vraiment une surprise pour ceux qui suivaient de près les performances de cette navigatrice redoutable qui a aussi à son actif quatre Figaro, trois Jacques Vabre, trois Transat AG2R, une Mini-Transat et une tentative de Trophée Jules Verne !

Pour son deuxième tour du monde en solo, Sam revoit ses ambitions à la hausse en visant clairement une place sur le podium à bord de son 60 pieds Savéol (ex-Veolia), plan Lombard de 2004 avec lequel Roland Jourdain a notamment participé aux deux dernières éditions de l’épreuve. Contactée au lendemain de sa première navigation sur cette nouvelle monture, lundi 19 mars au large de Port-la-Forêt, Sam montre comme à son habitude un enthousiasme sans faille ! Interview.
 

voilesetvoiliers.com : Sam, comment s’est passée cette première navigation à bord de Savéol ?
Samantha Davies :
C’était parfait ! On ne pouvait pas rêver mieux pour une première sortie : 8 nœuds de vent, ciel bleu, mer plate et quasiment personne sur l’eau. Je n’avais aucun repère sur ce bateau, mais j’ai pu compter sur le soutien de Roland Jourdain, l’ex-skipper du bateau, mais aussi de Phil Legros et Ryan Breymaier, deux membres l’équipe de Bilou. Ils connaissent parfaitement ce 60 pieds et ont pu me donner quelques clés pour l’apprivoiser. J’ai observé et pris des notes, mais je me suis aussi fait plaisir en prenant la barre ! Bilou avait beaucoup réfléchi à la conception et à l’optimisation de ce bateau : chaque système fonctionne donc parfaitement et je n’ai que des bonnes surprises. On sent que le bateau a été entre de bonnes mains, c’est agréable. Il n’y a pas eu de grosses modifications apportées avant la mise à l’eau, le 15 mars à Concarneau, plutôt des révisions de pièces. J’ai par ailleurs constaté que Savéol correspond à ma manière de naviguer, c’est un bateau comme je les aime !

Sam Davies : mise à l’eau du 60 pieds SavéolC’est le 15 mars à Concarneau que Savéol été mis à l’eau. Une consécration pour Sam, qui a dû patienter plus de deux ans avant de décrocher son budget.Photo @ Pierre-Yves Durand (Windreport)v&v.com : Tu devais être impatiente de remonter à bord d’un 60’ IMOCA…
S.D. :
Oh oui (rires) ! J’ai pas mal navigué en J80 ces derniers temps, mais monter sur mon propre 60 pieds pour le Vendée Globe est incomparable ! C’est une grande joie, d’autant que Savéol est le premier IMOCA basé à Port-La Forêt remis à l’eau. Ici, tout le monde apprécie de voir ces beaux voiliers dans leur élément.

v&v.com : As-tu senti une grosse différence en termes de performance par rapport à Roxy, ton bateau du dernier Vendée Globe ?
S.D. :
Savéol est beaucoup plus puissant, léger et rapide que Roxy, qui avait été mis à l’eau en 2000 et datait donc de la génération précédente. Je me rappelle qu’en 2008, quand je naviguais à côté de Bilou sur son Veolia, il me tournait autour (rires) ! Les progrès effectués entre 2000 et 2004 ont été énormes. Entre Savéol et les nouveaux bateaux, les écarts sont moins marqués et mon 60 pieds marche plutôt bien pour son âge. Je pense qu’il pourra être compétitif, même s’il est forcément plus lourd et moins rapide que les bateaux de dernière génération. J’aurais adoré avoir un tel bateau pour ma deuxième participation. D’un autre côté, cela aurait imposé des contraintes supplémentaires dans la manière de naviguer, et sans doute plus de stress pour ne pas casser. Lors du dernier Vendée Globe, j’étais plutôt sereine : je disposais d’un monocoque fiable qui avait beaucoup de vécu (Roxy était double vainqueur de l’épreuve avec Michel Desjoyeaux en 2000-01 et Vincent Riou en 2004-05, ndlr).

v&v.com : Savéol était à l’origine le sponsor de Romain Attanasio, ton compagnon. Pourquoi l’entreprise a-t-elle pris la décision de s’engager sur le Vendée Globe avec toi plutôt qu’avec lui ?

S.M. :
En fait, tout a commencé l’an dernier quand Savéol élaborait sa stratégie de communication pour 2012. Les dirigeants hésitaient à continuer à faire de la publicité à la télévision, car les retombées n’étaient pas satisfaisantes. Romain leur a alors suggéré, un peu sur le ton de la blague, de mettre ce budget dans un projet Vendée Globe avec moi. C’est donc lui qui a favorisé cette décision, je ne lui ai pas piqué son sponsor ! Romain rêve de participer au Vendée Globe, mais il sait que j’ai plus de notoriété grâce à ma première participation. De plus, j’avais déjà des co-partenaires susceptibles de compléter le budget, ce qui permettait à Savéol de ne pas financer entièrement le projet. Enfin, leur cible est plutôt féminine : me sponsoriser était donc cohérent. Romain est un peu déçu, car il souhaitait continuer à courir en Figaro avec Savéol, ce qui n’a pas été possible car tout le budget voile est passé dans le Vendée. Il a un bateau, mais plus de sponsor. J’en profite donc pour dire qu’il cherche actuellement un partenaire pour participer à la Solitaire cet été (rires) !

Sam Davies : objectif podiumPour sa première participation au Vendée Globe, en 2008-09, Samantha Davies s’était emparée d’une excellente quatrième place après 95 jours de mer. Et vise une place sur le podium pour la prochaine édition ! Photo @ Jacques Vapillon (Vendée Globe / DPPI)v&v.com : Ton objectif pour le Vendée Globe 2012 ?
S.D. :
Faire mieux que la dernière fois, donc décrocher un podium ! Mais il faudra déjà finir la course et je resterai dans les limites de mes capacités et de celles du bateau. Il ne faudra pas que je me décourage si je ne tiens pas la cadence en vitesse pure les premiers jours ! La course est longue et j’espère rivaliser avec les bateaux plus récents une fois au large.

v&v.com : Quel est ton programme dans les mois à venir ?
S.D. :
J’ai beaucoup de travail pour prendre en main le bateau, optimiser les réglages et les manœuvres en solitaire. Je vais donc naviguer un maximum et prendre part aux entraînements du Pôle Finistère-Course au Large de Port-la-Forêt. Je participerai à quelques courses en équipage comme le Tour de Belle-Ile, l’ArMen Race et le Trophée SNSM, mais toujours avec l’objectif de progresser pour le Vendée Globe et de mettre le bateau en configuration solitaire. J’embarquerai donc mon entraîneur Tanguy Le Glatin et des membres de mon équipe technique dans cette optique.

v&v.com : Tu es maman d’un petit garçon de six mois. Où en es-tu dans ta préparation physique ?
S.D. :
J’ai repris en début d’année, mais doucement, car il ne faut pas trop forcer après un accouchement ! Je ne suis pas aussi en forme qu’il y a quatre ans à la même époque, c’est une certitude. Pour le moment, je n’essaye même pas de faire les manœuvres seules car j’ai peur d’être dégoûtée (rires) ! Il me manque de la force et de l’endurance. Mais je ne suis pas inquiète, car je suis bien suivie par le Pôle France de Port-Laf’. Je serai prête avant l’été.

v&v.com : Etre devenue une maman va-t-il changer ta manière de naviguer ?
S.D. :
Non, car je n’ai jamais pris trop de risques en mer. Je veille à toujours bien analyser la situation pour rester en sécurité. Peut-être que j’irai plus vite, car j’aurai hâte de rentrer (rires) ! Cela dit, la préparation va changer : il faut que je sois plus organisée, car je ne peux pas partir toute la journée comme je le faisais avec le projet Roxy. C’était la première fois que je naviguais en 60 pieds et je devais m’investir à fond pour me mettre au niveau. Cette fois, la famille impose les breaks, ce qui évite de trop se fatiguer. Et l’expérience permet aussi de prendre de recul et de gérer la préparation plus efficacement.

Sam Davies : première navigation à bord de SavéolSam Davies a effectué sa première navigation à bord de Savéol (ex-Veolia) le 19 mars au large de Port-Laf’. Elle a pu compter sur Roland Jourdain pour l’aider à prendre en main son 60’ IMOCA. Photo @ Isabelle Magois v&v.com : Tu n’as pas peur du retard accumulé sur certains concurrents ?
S.D. :
L’idéal est de ne pas faire une trop grosse coupure entre deux participations au Vendée Globe. Vincent Riou et Armel Le Cléac’h, pour ne citer qu’eux, ont actuellement bien plus d’expérience et de technique que moi, puisque j’ai passé plus de deux ans à chercher des partenaires. Je suis un peu à la ramasse ! Mais je n’ai pas eu le choix. Et ça ne me fait pas peur. Je constate que d’autres athlètes femmes qui ont fait une pause dans leur carrière pour avoir un enfant sont revenues encore plus fortes – Jeanne Grégoire est un bon exemple dans la voile. Elles sont moins fatiguées et compensent le retard accumulé en ayant la pêche et une grosse envie de revenir au top niveau. Je compte bien faire la même chose !

v&v.com : A ce jour, sur 18 inscrits au Vendée Globe on ne compte que deux femmes, Liz Wardley et toi. On est loin de la parité…
S.D. :
Il n’y a pas de raison pour que nous soyons si peu nombreuses. Isabelle Autissier, Ellen MacArthur et moi avons prouvé que des femmes sont capables de faire de belles performances, voire de gagner le Vendée Globe. D’autres navigatrices sont très fortes comme Jeanne Grégoire, Anne Liardet ou Dee Caffari. Il faudrait que des partenaires leur fassent confiance – elles le méritent !

v&v.com : A quand remonte ta volonté de participer au Vendée Globe ?
S.D. :
C’est Tracy Edwards, la première navigatrice à mener un équipage entièrement féminin dans la Whitbread 1989-90, qui m’a donné envie de faire de la course au large. A l’époque, j’étais au lycée, je naviguais pour le plaisir et je ne savais même pas que le Vendée Globe existait ! Participer à cette épreuve n’était donc pas un rêve d’enfant. C’est seulement quand Roxy m’a proposé de devenir skipper du bateau que j’ai pensé à faire le tour du monde en solitaire et sans escale. Avant, je pensais que c’était pour les fous (rires) ! Mais grâce à l’expérience accumulée dans la course au large en solitaire, à travers les circuits Mini et Figaro, je me sentais suffisamment compétente et confiante pour faire quelque chose d’encore plus grand.

Sam Davies : partager l’aventure Sa joie de vivre, son sens du partage et sa volonté farouche ont fait d’elle la coqueluche du public en 2008-2009. Sam promet de faire au moins aussi bien pour son deuxième tour du monde en solitaire.Photo @ Sam Davies (Vendée Globe / Roxy)v&v.com : Lors de ta première participation, tu as fait vivre ton aventure quasi quotidiennement au public via de nombreuses photos et vidéos. Accorderas-tu autant d’importance à cette notion de partage lors du prochain Vendée ?
S.D. :
Oui, car si la performance sportive reste la priorité, permettre au public de suivre ma course est aussi essentiel pour moi. J’ai donc pour objectif de partager l’aventure aussi bien, voire mieux que la dernière fois. Pour avoir passé beaucoup de temps à chercher un budget, je suis consciente qu’être au départ est une chance. Beaucoup de gens aimeraient être à ma place. Je veux donc permettre au public de vivre le Vendée Globe de l’intérieur ! Des membres de mon équipe réfléchissent à la meilleure façon de partager des choses rigolotes, sympas et faciles à suivre. Il faut aussi que cela ne soit pas trop contraignant pour moi car se filmer, prendre des photos et envoyer des documents prend du temps. Et je serai déjà bien occupée à faire marcher un tel bateau en solo !

v&v.com : Tu es en tout cas très attendue sur l’eau, mais aussi sur ce terrain de la communication…
S.D. :
Oui, je sais (rires). Et j’espère être à la hauteur de l’attente du public ! Après, tout dépendra des conditions rencontrées, des performances du bateau, des aléas de la course. On ne peut pas tout prévoir. Et beaucoup de choses se feront au feeling.
 

………..
Samantha Davies en quelques lignes

> Un Vendée Globe (4e en 2008-09)
> Trois Transats Jacques Vabre (6e en 2003 avec Nick Moloney, 10e en 2007 avec Jeanne Grégoire, 10e en 2010 avec Sidney Gavignet)
> Trois Transat Ag2r (en 2004, 2006 et 2010)
> Quatre Solitaire du Figaro (de 2003 à 2006)
> Une tentative de record du Trophée Jules Verne avec un équipage 100 % féminin en 1998
> Deux records du Tour des Iles Britanniques
> Une Rolex Fastnet Race (2e en 2009)
> Une Transat B to B (7e en 2007)
> Une Mini-Transat (11e en 2001)

Le site Internet de Sam Davies est ici

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