Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Vendée Globe 2012-13 – Interview

Tanguy de Lamotte : «C’est un projet d’aventurier, pas de régatier !»

Il sait qu’il ne remportera pas son premier Vendée Globe – peu importe. A 34 ans, Tanguy de Lamotte s’apprête à vivre une expérience hors-norme et inattendue. Interview d’un marin heureux.
  • Publié le : 30/05/2012 - 00:01

Mise à l’eau d’Initiatives-CœurC’est le 21 mai à Port-La Forêt qu’Initiatives-Cœur a touché l’eau. Tanguy de Lamotte se prépare désormais pour le parcours de qualification au Vendée Globe, qu’il compte effectuer début juillet. Photo @ Stéphanie Gaspari Certains y vont pour gagner, d’autres pour finir. Budget restreint, bateau ancien, timing serré : Tanguy de Lamotte appartient clairement à la seconde catégorie. Le 10 novembre prochain aux Sables-d’Olonne, il prendra le départ du Vendée Globe, lui qui n’a jamais passé plus de trois semaines consécutives au large en solitaire. Un défi d’envergure, mais à la mesure de son talent.

Car Tanguy est loin d’être un novice. Architecte de formation, il fait ses armes en monocoque en Mini 6.50, puis en Class40, à bord de bateaux qu’il a lui-même dessinés et construits. Il se forge un joli palmarès, remportant notamment la Solidaire du Chocolat en 2009 – en double avec Adrien Hardy – et le Fastnet en 2009 et 2011. S’y ajoutent des expériences de préparateur de montures de choix – le 60 IMOCA Kingfisher (Ellen MacArthur), et des maxi-multicoques comme Orange 2 (Bruno Peyron), PlayStation (Steve Fossett) ou Sodebo (Thomas Coville).

Tanguy de Lamotte, 34 ansArchitecte, constructeur et skipper, Tanguy de Lamotte (34 ans) a d’abord brillé en Mini 6.50 puis en Class40, à bord de bateaux qu’il avait dessinés. Le Vendée Globe sera son premier tour du monde.Photo @ Stéphanie Gaspari Reste que le Vendée Globe lui paraît longtemps un horizon lointain, voire inaccessible. Il n’est même pas certain d’en avoir réellement envie… Mais tout s’enchaîne très vite : un sponsor fidèle souhaitant s’investir à plus grande échelle, un déclic mental, l’achat d’un monocoque – l’ancien Whirlpool de Catherine Chabaud, plan Lombard 1998. Le projet continue d’avancer, sans encombre, jusqu’à la mise à l’eau d’Initiatives-Cœur, le 21 mai à Port-La Forêt. Contacté au lendemain de celle-ci, Tanguy évoque sa nouvelle aventure avec humilité et détermination, convaincu qu’il en reviendra changé.


voilesetvoiliers.com : Tanguy, tu viens d’officialiser ta participation au prochain Vendée Globe. Comment s’est concrétisé ce projet ?
Tanguy de Lamotte :
L’idée a été lancée au Salon nautique de Paris, en décembre dernier, par Franck Vallée, le directeur d’Initiatives – mon partenaire en Class40. Sa proposition induisait des questions sous-jacentes : le timing et le budget, bien sûr, mais aussi l’envie ou non d’y aller. Une participation au Vendée Globe me semblait alors très vague. J’y pensais, mais dans un futur éloigné. Ce n’était pas une obsession. J’ai beaucoup réfléchi à la question et eu un véritable déclic début janvier. Tout est allé très vite. Nous avons acheté le bateau quelques jours plus tard. Puis il est arrivé des Etats-Unis, entré en chantier à Port-La Forêt et mis à l’eau le 21 mai !

v&v.com : En septembre dernier, dans un article consacré à la Global Ocean Race (à lire ici), tu confiais effectivement ne pas être emballé par le Vendée Globe. «Ce serait quand même dommage de faire un tour du monde sans s’arrêter !» disais-tu alors. Tu as changé d’avis ?
T.L. :
J’ai dit cela, c’est vrai, je m’en souviens (rires) ! Je trouve effectivement frustrant et étonnant de ne pas s’arrêter, car j’adore découvrir et voyager. Mais la proposition de mon partenaire a chamboulé cette idée : c’est évidemment une chance énorme de participer à cette course mythique. Et aussi l’occasion de vivre une expérience très intense sur un plan personnel. Je pense que je ne serai plus le même à l’arrivée.

Timing serréTanguy a un peu plus de cinq mois pour prendre en main son bateau avant le départ des Sables-d’Olonne, le 10 novembre. Objectifs : finir et raconter une belle histoire.Photo @ Stéphanie Gaspari v&v.com : C’est d’autant plus une chance que de nombreux skippers renommés restent à quai, faute de financements…
T.L. :
Exactement. Certains, comme Yann Eliès, auraient sans doute plus de légitimité à être au départ. Cela dit, ils ne se seraient jamais engagés dans un tel projet : ces marins veulent remporter la course, sinon rien. Cette culture de la gagne vient souvent de leurs expériences de Figaristes. De mon côté, je n’ai pas ce passif de pur régatier, car je suis avant tout architecte. J’accepte l’idée de pouvoir finir dernier !

v&v.com : Tu ne te fixes donc pas d’objectifs sportifs pour ce Vendée Globe ?
T.L. :
Bien sûr que non. Mon classement et le nombre de jours m’importent peu, je n’ai pas honte de le dire. En Class40, je partais pour gagner. Cette fois, l’approche est totalement différente : c’est un projet d’aventurier, pas de régatier ! D’ailleurs sur les pontons à Port-Laf’, je vois bien que les autres ne me considèrent pas comme une menace (rires). Mais l’envie de finir est énorme et je suis confiant : c’est le bon moment, je suis dans le bon état d’esprit. Je pars avant tout pour raconter une belle histoire.

v&v.com : Ton projet s’accompagne aussi d’un fort engagement personnel…
T.L. :
Oui, à travers le soutien de Mécénat Chirurgie Cardiaque (association parrainée par Francine Lecat qui permet à des enfants atteints de maladies cardiaques et venant de pays défavorisés de se faire opérer en France, ndlr). Mon engagement remonte à la Mini-Transat 2005, lorsque j’ai proposé à mon partenaire de l’époque de se rapprocher de l’association. Depuis, elle est présente à chacune de mes courses car mes sponsors successifs ont poursuivi ce soutien. J’en suis fier. Nous comptons profiter du retentissement médiatique du Vendée Globe pour faire connaître Mécénat Chirurgie Cardiaque et récolter des fonds.

v&v.com : Quelle a été ta plus longue navigation en solitaire jusqu’à présent ?
T.L. :
Eh bien… 21 jours lors de la deuxième étape de la Transat 6.50 en 2005, puis sur la Route du Rhum en 2010. Le Vendée Globe est un grand saut dans l’inconnu, c’est impressionnant… Comment vais-je réagir pendant plus de 100 jours, seul en mer, dans des conditions météo et des mers que je ne connais pas ? Mais beaucoup de skippers qui participent à l’épreuve pour la première fois sont dans le même cas, j’imagine.

v&v.com : As-tu de l’expérience en monocoque de 60 pieds ?
T.L. :
J’étais préparateur du Kingfisher d’Ellen MacArthur pour le Vendée Globe 2000-01, qu’elle a terminé deuxième, et je naviguais régulièrement sur ce monocoque. Je connais bien mon bateau actuel, Initiatives-Cœur, puisqu’il est de la même génération – c’est l’ex-Whirlpool de Catherine Chabaud. C’est d’ailleurs le dernier 60 pieds sur lequel j’ai navigué au large, en 2002, c’est assez drôle ! Je me suis ensuite concentré sur mes projets en Mini 6.50 et en Class40, et donc très peu eu l’occasion de monter à bord des IMOCA.

L’ancien bateau de Catherine ChabaudPlan Lombard 1998, le 60 pieds de Tanguy a connu une première vie entre les mains de Catherine Chabaud, ici au départ du Vendée Globe 2000-01. Plus récemment, Brad Van Liew a remporté à son bord la Velux 5-Oceans, tour du monde en solitaire avec escales. Un bateau éprouvé, donc.Photo @ Jean-Marie Liot (DPPI)v&v.com : Ton plan Lombard 1998 n’étant pas tout jeune, as-tu prévu des optimisations ?
T.L. :
Compte tenu du timing, du budget – le plus faible du Vendée Globe – et des objectifs, nous avons choisi de toucher un minimum de choses, de garder ce qui fonctionnait. On n’est pas dans une chasse à la performance, on privilégie la fiabilité. Le bateau est bien né, il n’y a jamais eu aucun souci structurel sur la coque. Il est toutefois entré en chantier chez Mer Agitée à Port-La Forêt pour une remise à neuf – le remplacement du moteur notamment. En revanche, l’état de la quille était satisfaisant et nous avons pu repartir avec un certain nombre de voiles existantes : autant de grosses dépenses évitées !

v&v.com : Partir avec un bateau que tu n’as pas conçu et construit va changer ta manière d’appréhender la course ?
T.L. :
En Mini 6.50, puis en Class40, je dessinais effectivement les plans de mes bateaux avant de naviguer à bord. Je gérais tout, c’était génial, surtout quand je gagnais (rires) ! Je les connaissais parfaitement et je pouvais lâcher les chevaux. Ce sera différent avec le 60 pieds, j’irai moins chercher la limite. Casser du matériel reste ma hantise…

v&v.com : Dessiner ton propre bateau pour le Vendée Globe, c’est un rêve ?
T.L. :
C’était évidemment irréalisable pour cette édition. Mais dans l’idéal, oui, j’aimerais dessiner les plans, construire puis prendre le départ d’un Vendée Globe avec mon 60 pieds. Ce serait du jamais vu. Bernard Stamm et Thierry Dubois ont construit leurs bateaux, mais sans en dessiner les plans. Cette édition va me permettre d’acquérir de l’expérience pour peut-être, qui sait, réaliser un jour cet objectif.

v&v.com : Ton programme d’ici au départ, le 10 novembre prochain ?
T.L. :
Il reste des petites choses à faire pour se conformer à la jauge et mettre le bateau à ma main. Viendra ensuite la préparation pour le parcours de qualification qui va m’emmener à 50° Ouest et 52° Nord, début juillet. J’ai hâte de naviguer sur ce bateau en solitaire ! Mais pas de précipitation : pour que cette qualification soit un véritable exercice grandeur nature, il faut que je parte dans les meilleures dispositions avec un bateau en configuration Vendée Globe. Une fois qualifié, je travaillerai à quelques optimisations simples, puis je vérifierai encore et encore que tous les systèmes fonctionnent. Je veux mettre toutes les chances de mon côté pour arriver au bout !
 

………..
Tanguy de Lamotte en quelques dates

Du Class40 au 60 IMOCAVoici encore six mois, Tanguy de Lamotte n’aurait jamais imaginé être au départ du Vendée Globe 2012. Il pourra s’appuyer sur son expérience en Class40, ponctuée par de jolies victoires, comme cette Solidaire du Chocolat 2009. Photo @ Bruno Bouvry 2012
7e de la Solidaire du Chocolat (avec Jean Galfione)
2011
Participation à la Transat Jacques Vabre (abandon sur avarie de quille)
Vainqueur du Fastnet
Vainqueur de la Normandy Channel Race (avec Sébastien Audigane)
2010
14e de la Route du Rhum
2009
Vainqueur de la Solidaire du Chocolat (avec Adrien Hardy)
Vainqueur Rolex Fastnet Race
2008
Vainqueur du Mondial Class40
3e de Québec/Saint-Malo
2006
Vainqueur de l’Open 1/2 Clé
5e du Mini-Fastnet
2005
7e de la Transat 6,50
Recordman de la traversée de la Méditerranée sur Orange 2
3e de l’Open 1/2 Clé
2e du Mini-Pavois
2e de la Select 6,50
Et aussi
7e du Mini-Fastnet 2004,
5e de la Transgascogne 2003
3e de l’Open 1/2 Clé 2003
Vainqueur de Sydney-Hobart 2002

Le site de Tanguy de Lamotte est ici.

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Le 60 IMOCA Initiatives-Cœur en quelques lignes


Architecte : Marc Lombard  - Chantier : Mag France - Lancement : 1998

Longueur : 18,28 m

Largeur : 5,30 m

Tirant d’eau : 4,50 m
Voilure au près : 260 m2 - au portant : 580 m2

Hauteur du mât : 29 m

Déplacement : environ 9 tonnes

 

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