Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Vendée Globe 2012-2013 – Interview

Bernard Stamm : «La cicatrice est là… mais en voie de guérison rapide !»

Six mois après sa voie d’eau lors de la Jacques Vabre, suite à une collision avec un OFNI, le 60’ IMOCA Cheminées Poujoulat navigue à nouveau. Soulagé, Bernard Stamm se prépare dur pour le Vendée Globe.
  • Publié le : 14/05/2012 - 00:01

Le 60 pieds Cheminées Poujoulat, version 2012Bernard Stamm n’a pas tardé à retrouver ses marques, à l'image de cette deuxième sortie après la remise à l’eau de son plan Kouyoumdjian. Au terme d’un gros chantier, le 60 pieds IMOCA semble avoir retrouvé tout son potentiel ! (Cliquez pour agrandir).Photo @ Thierry Martinez (Sea & Co / Cheminées Poujoulat)Il navigue ! Et il navigue bien. Et il navigue dur. Bernard lâche les chevaux. Pas d’appréhension, plus d’appréhension. Le quasi-naufrage de son 60 pieds IMOCA lors de la Jacques Vabre 2011 n’est cette fois vraiment plus qu’un mauvais souvenir. En considérant l’étrave qui lève des panaches blancs, et le sillage qui s’allonge avec des vitesses à deux chiffres, Stamm peut oublier ce sale souvenir. Cette saleté d’OFNI…

Bernard Stamm, 48 ans Bernard Stamm, 48 ans, compte notamment deux victoires dans le tour du monde en solitaire avec escales (Around Alone 2002-03 et la Velux 5 Oceans 2006-07) et un Trophée Jules Verne (Orange II en 2005) à son actif. Photo @ Thierry Martinez (Sea & Co / Cheminées Poujoulat)Nuit du 6 au 7 novembre 2011, à 130 milles dans le Nord des Açores. Alors qu’ils sont aux avant-postes de la Transat Jacques Vabre, filant à 15 nœuds au reaching dans une mer formée, Bernard Stamm et Jean-François Cuzon découvrent avec stupéfaction une importante voie d’eau. Les expertises montreront plus tard sans ambiguïté qu’elle a été causée par une collision avec un objet flottant non identifié.

Les deux hommes déclenchent leur balise de détresse puis sont hélitreuillés, laissant Cheminées Poujoulat à la dérive dans des conditions exécrables. Le 60 pieds est finalement récupéré quelques jours plus tard, flottant entre deux eaux. Presque une épave…

S’engage alors un important chantier pour Bernard et son équipe. Cheminées Poujoulat est finalement remis à l’eau le 14 avril à Brest et le skipper suisse effectue dans la foulée des premières navigations rassurantes.

Stamm se concentre désormais sur la préparation pour le Vendée Globe, épreuve qui lui a réservé bien des mésaventures – abandon après neuf jours de course en 2000, départ annulé en 2004 après la perte de sa quille dans The Transat, naufrage aux Kerguelen en 2008. Pour sa troisième participation, Bernard Stamm espère bien conjurer le sort en venant enfin à bout d’une circumnavigation en solitaire et sans escale. Et si possible en bonne position, pour ajouter une ligne de prestige à un palmarès déjà bien fourni.


voilesetvoiliers.com : Bernard, on te sent heureux de pouvoir naviguer à nouveau sur ton bateau. Tu l’as retrouvé tel que tu le souhaitais ?
Bernard Stamm :
Oui, c’est le bonheur ! Retrouver le large me donne de l’air. J’étais impatient de quitter ma casquette de chef de chantier pour retrouver celle de skipper et d’entrer dans une logique de course. J’ai navigué sans problème dans des conditions musclées dès ma deuxième sortie, preuve que les travaux ont été bien menés. Comme tout est neuf, il faut tout remettre en route – reconfigurer l’électronique, par exemple – mais aucun problème structurel à noter. Toutes les pièces du puzzle se mettent en place sans mauvaises surprises, ce qui n’était pas évident. Avec le recul, je me dis que c’est une grande chance d’avoir pu récupérer le bateau et d’en être là aujourd’hui !

v&v.com : Dans quel état était ton plan Kouyoumdjian après la collision de la Jacques Vabre ?
B.S. :
Avec Jean-François Cuzon, nous étions confiants au moment de quitter le bateau, car nous l’avions sécurisé et qu’il n’était pas trop endommagé. La situation semblait sous contrôle. Mais, pendant les deux-trois jours de dérive, la mer a fait son travail : quand j’ai récupéré Cheminées Poujoulat, il flottait entre deux eaux et n’était pas loin d’être une épave. Mis à part le mât, qui n’a pas trop souffert, les dégâts étaient considérables : une partie du bordé tribord était détruite, l’accastillage, l’intérieur du bateau en très mauvais état, et il y avait des trous un peu partout…

Cheminées Poujoulat entre deux eauxEn novembre dernier, Bernard Stamm récupérait un monocoque bien mal en point, suite à une collision avec un OFNI lors de la Transat Jacques Vabre 2011.Photo @ Forca Aerea Portuguesav&v.com : As-tu craint de ne pas pouvoir récupérer le bateau ?
B.S. :
J’ai eu très peur lorsque la balise Argos permettant de le localiser a cessé d’émettre. Je me suis demandé s’il n’avait pas coulé… Une fois sur zone, j’ai été rassuré de le voir flotter encore. Mais voir mon bateau quasi neuf dans cet état a été difficile, et j’ai réalisé d’emblée l’ampleur du travail qui nous attendait.

v&v.com : Justement, quelles ont été les réparations effectuées lors de ce gros chantier hivernal ?
B.S. :
Il était avant tout primordial de mener une analyse et une expertise pour comprendre les causes de l’avarie, car nous n’avions pas senti le choc. L’hypothèse d’une collision avec un OFNI, probablement un conteneur, s’est dégagée. Le gros du chantier a débuté en janvier et j’ai souhaité qu’il s’effectue dans notre base technique à Brest. Nous avons dû reconstruire la partie du bordé tribord détruite. Cette pièce a été réalisée à l’identique dans le moule d’origine chez Décision, en Suisse. Le greffage, que nous avions soigneusement préparé en amont ici à Brest, s’est bien passé. Puis il a fallu reconstruire la quille, ce qui a été fait dans les temps. De leur côté, Jean-François Cuzon et son équipe ont travaillé sur les systèmes électriques et électroniques. Ll’intérieur a été complètement démonté pour une remise en état de l’ensemble. Enfin, nous avons réparé tous les petits impacts, ce qui a pris beaucoup de temps.

v&v.com : En as-tu profité pour réaliser quelques optimisations ?
B.S. :
Avant l’accident, j’avais déjà prévu un chantier d’optimisation qui consistait principalement à transformer le rouf, dont je n’étais pas vraiment satisfait. Nous avons dessiné et conçu la pièce avant de la commander chez JMV à Cherbourg. Comme pour la pièce de bordé, nous avons bien préparé le greffage en attendant de recevoir le rouf puis de le mettre en place.

v&v.com : Mener un tel chantier dans un laps de temps relativement court représente un sacré boulot…
B.S. :
Nous avions effectivement peu de temps et beaucoup de tâches très diverses à mener de front ! Il fallait donc agir avec méthode. J’ai travaillé dès le mois de décembre à l’organisation du chantier pour que chacun puisse se mettre au boulot rapidement et en sachant exactement ce qu’il avait à faire. Nous étions une douzaine à plein temps et, en comptant les intervenants ponctuels, il y avait parfois jusqu’à vingt personnes qui travaillaient sur le bateau en même temps ! Nous avons pris soin de bien compartimenter les différentes tâches et de nous adapter à mesure que le chantier avançait. Pas simple… Il fallait que des pièces venues des quatre coins du monde arrivent à temps et au bon endroit – stressant ! Dans ce contexte, chaque échéance respectée était un soulagement… en attendant la suivante !

v&v.com : Le bateau a finalement été mis à l’eau le 14 avril. Es-tu en retard dans ta préparation pour le Vendée Globe ?
B.S. :
Un peu, oui. Sans cet accident, nous aurions mis le bateau à l’eau environ deux ou trois semaines plus tôt. Si les choses continuent à bien se passer, on devrait rattraper ce retard rapidement et retrouver notre niveau d’avant la Jacques Vabre, d’autant que je ne repars pas de zéro avec ce bateau. Au final, je ne serai pas handicapé par cette mésaventure, notamment au niveau de la préparation physique puisque Gautier Levisse et Philippe Laot (ingénieur projet et responsable technique, ndlr) me secondaient sur le chantier lorsque je m’entraînais. Je n’ai en revanche pas pu naviguer et il me manque l’expérience de deux transats, la Jacques Vabre et la B to B…

(Re)mise à l’eauCheminées Poujoulat a été remis à l’eau le 14 avril à Brest, près de six mois après l’avarie de la Jacques Vabre. Photo @ Dominique Leroux v&v.com : Etais-tu satisfait de ses performances avant l'accident de la Transat ?
B.S. :
En raison du manque de navigations d’essai, la mise au point du bateau n’était pas optimale au moment de prendre le départ de la Transat. Mais au niveau des performances pures, il était nickel, conforme à mes attentes.

v&v.com : Tu ne ressens pas de l’appréhension après cette mésaventure ?
B.S. :
Pas du tout : les causes de l’accident ont été clairement identifiées et elles ne remettent absolument pas en cause la structure du bateau. Ce n’était que pure malchance : aucun 60 pieds de course ne peut résister à tel choc à cette vitesse. Aujourd’hui, je fais totalement confiance à mon bateau, il n’y a pas d’ambiguïté.

v&v.com : Cette Jacques Vabre n’est donc plus qu’un mauvais souvenir ?
B.S. :
La cicatrice est toujours présente… mais en voie de guérison rapide !

v&v.com : Quels seront tes objectifs lors du Vendée Globe ?
B.S. :
J’ai un bateau performant, du temps pour me préparer et une bonne équipe autour de moi – je pars donc pour gagner. Mais ce ne sera pas facile car des concurrents redoutables disposent de machines rapides et déjà fiabilisées. Le niveau est de plus en plus homogène et la lutte s’annonce serrée. Et il faudra avant tout finir pour espérer bien figurer !

v&v.com : Il est vrai que cette course ne t’a pas trop réussi jusqu’à maintenant…
B.S. :
Je n’ai hélas jamais franchi la ligne d’arrivée. Le Vendée Globe fait pourtant partie de ma vie depuis un moment, puisque j’ai commencé à construire un bateau pour y participer dès 1998. J’ai abandonné en 2000 et en 2008 et je n’ai même pas pu partir en 2004. J’espère que ma troisième participation sera la bonne car j’aime finir ce que j’ai commencé !

v&v.com : Ton programme d’ici au départ, le 10 novembre prochain ?
B.S. :
Je vais continuer à m’entraîner pour fiabiliser et optimiser le bateau jusqu’en septembre. Côté course, je participerai au Grand Prix Guyader à Douarnenez avant un convoyage en solitaire vers Barcelone pour prendre le départ de l'Europa Warm'Up, le 19 mai. Nous ressortirons le bateau de l’eau en juillet et en août pour préparer la carène et contrôler les pièces maîtresses. En septembre, je m’entraînerai intensivement à Port-Laf’ en configuration Vendée Globe. Puis il faudra se rendre aux Sables-d’Olonne… En te disant cela, je me rends compte que le départ est vraiment proche (rires) !


Objectif Vendée Globe 2012Malgré un léger retard dans sa préparation, Bernard Stamm est convaincu qu’il pourra prendre le départ de son troisième Vendée Globe dans les meilleures dispositions. Et visera clairement la victoire !Photo @ Thierry Martinez Sea & Co / Cheminées Poujoulat

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Bernard Stamm
en quelques lignes

2011
- Participation à la Transat Jacques Vabre (avec Jean-François Cuzon, abandon)
- 3e de la Rolex Fastnet Race
2010
- 10e de la Transat AG2R-La Mondiale (avec Gildas Mahé)
- 24e de la Solitaire du Figaro (3e du classement bizuth)
- 9e de la Route du Rhum 2010 (en Class40)
2009
- Saison en 40 pieds avec Bruno Jourdren en 2009
2008
- Participation au Vendée Globe (abandon)
- 3e du Record SNSM 2008
2007
- 3e de la Transat Jacques Vabre
- 6e de la Transat Ecover B to B 2007
- Vainqueur de la Velux 5 Oceans 2006-2007
2005
- Détenteur du Trophée Jules Verne à bord d’Orange II
- Record Brittany Ferries
2003
- Vainqueur d’Around Alone 2002-03
2001
- 8e de la Transat Jacques Vabre
- Record de la traversée de l’Atlantique en monocoque
2000
- Participation au Vendée Globe (abandon)
1995
- 3e de la Mini-Transat

Le site de Bernard Stamm est ici

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Cheminées Poujoulat à la loupe


Architecte :  Juan Kouyoumdjian
Constructeur : Chantier Décision SA - Suisse
Longueur : 18,28 m (60 pieds)
Largeur : 5,80 m
Tirant d’eau : 4,50 m
Poids : nc (confidentiel)
Gréement : trois étages de barres de flèches
Voilure au près : 300 m2
Voilure au portant : 600 m2
Mise à l'eau : 12 mai 2011

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