Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

Vendée Globe Les grands entretiens

Vincent Riou : «Un monocoque à mon image»

Même s’il ne dispose pas d’un monocoque IMOCA de dernière génération à foils, Vincent Riou reste un très sérieux prétendant à la victoire pour cette huitième édition du Vendée Globe. Le cinquième PRB a été constamment optimisé au fil de six saisons de course, et le skipper va entamer sa quatrième participation au tour du monde en solitaire sans escale ! Le Breton, très investi dans l’élaboration de la nouvelle jauge et dans l’animation de la classe, constate que la grande variété des profils des skippers et des performances de leur monture est un indéniable plus pour ce marathon planétaire : avec 29 partants, c’est la deuxième édition la plus étoffée…
  • Publié le : 02/11/2016 - 00:01

Vincent RiouA 44 ans, le Finistérien est l’un des solitaires parmi les plus polyvalents, que ce soit en mer comme skipper ou équipier, barreur ou navigateur, ou à terre comme routeur ou technicien, préparateur ou développeur.Photo @ Mark Lloyd DPPI

Voilesetvoiliers.com : Probablement parce que c’est la huitième édition, on trouve des bateaux très différents…
Vincent Riou
: Il y a quatre générations différentes en fait : 2000, 2008, 2012, 2016 ! Pourquoi nous en sommes là ? Parce que la classe IMOCA (International Monohull Open Class Association) est une association de propriétaires et de coureurs : elle fait évoluer la jauge pour une seule et unique raison : préserver la flotte. C’est ainsi qu’il y a des règles d’antériorité pour que les anciens bateaux puissent courir, ce qui n’a pas que des avantages. Mais cela permet d’avoir un plateau de monocoques de 60 pieds jaugés, compétitifs et sécurisants, c'est important. Certains diront que cette flotte est hétérogène en termes de performances tandis que d’autres noteront que cela permet à un panel de skippers très différents d’être présents sur des courses comme le Vendée Globe sans prétendre à aller chercher la victoire, mais en vivant une aventure exceptionnelle. Personnellement, je trouve ça pas mal que 29 solitaires soient dans le port des Sables-d’Olonne…

Voilesetvoiliers.com : Mais il y a parfois des bateaux qui ont fait leur temps !
V. R.
: Parfois, cela me fait un peu peur de voir des monocoques IMOCA qu’on avait perdu de vue et qui réapparaissent dans un état difficile à cerner… Mais les règles sont suffisamment précises et sécurisantes pour que finalement tous les bateaux soient sains et fiables au départ d’une telle course. Peut-être qu’à l’avenir il faudra établir un règlement pour imposer au bateau une refonte complète ou lui interdire de participer à certaines courses parce qu’il est trop vieux et trop fatigué. Pour des raisons de fiabilité et de sécurité. Mais finalement, ici à Port Olona, la flotte est belle avec un historique de l’IMOCA depuis vingt ans ! Voir La Fabrique, l'ex-Superbigou de Bernard Stamm ou le bateau de Sébastien Destremau, ex-Gartmore à côté de Safran ou Edmond de Rothschild, ça en jette…

PRB 2010Dès le 6 novembre au soir, les solitaires du Vendée Globe vont se retrouver vraiment seuls à bord de leur machine pour 75 à 110 jours de mer…Photo @ Jean-Marie Liot DPPI

Voilesetvoiliers.com : Il faut aussi constater que ces anciens bateaux sont désormais plus rapides que lors de leur mise à l’eau…
V. R.
: Absolument, parce que la majorité de ces bateaux a continué à évoluer et progresser. Il n’y a qu’à constater : le plan Farr 2007 que Michel Desjoyeaux avait amené à la victoire et repris par Jean Le Cam aujourd’hui est nettement plus performant ! Même s’ils ne sont plus considérés comme de potentiels vainqueurs cette année, ils ont encore des chevaux sous le capot. Ils ont évolué grâce aux règles édictées par l’IMOCA et ils peuvent prétendre à descendre en dessous des 80 jours de mer ! L’essence de la série qui rassemble des prototypes fonctionne à tous les étages en faisant avancer la technologie.

Voilesetvoiliers.com : Ton bateau PRB, le cinquième du nom, est d’ailleurs un plan de 2006…
V. R.
: La carène est tirée du moule de Quéguiner (ex-Safran) imaginée en 2006 et réalisée en 2010 : on arrive à le garder performant parce qu’il a d’abord été superbement construit (chez CDK, ndlr). Parce qu’on a optimisé le bateau régulièrement et surtout parce qu’on s’était arraché lors de la construction : c’est le plus léger de la flotte. On avait beaucoup travaillé sur la qualité du composite et l’optimisation de la mise en œuvre. Nous avons aussi trouvé des solutions au travers de la nouvelle jauge pour en faire un bon bateau : cela permet à des partenaires comme PRB de rester présent avec des ambitions sportives réelles sans les finances de certaines équipes. Autant nous arrivions à boucler des budgets proches de nos camarades ces dernières années, autant ce coup-ci la fracture devient conséquente…

PRB 2004Le cap Horn en 2004 : Vincent Riou était passé quelques dizaines de milles derrière Jean Le Cam, mais avait remporté la cinquième édition du Vendée Globe, déjà sur PRB.Photo @ Benoît Stichelbaut DPPI

Voilesetvoiliers.com : Pour cette édition qui sera ta deuxième à bord de ce PRB-là qu’est-ce qui a été modifié ?
V. R.
: On a changé la quille parce que celle d’origine était en acier mécanosoudé (désormais en acier fraisé dans la masse), et nous avons adopté le plan de ballasts qui limite le nombre à quatre (alors qu’il n’y avait pas de contrainte auparavant si ce n’est le test de stabilité), ce qui n’a pas été très compliqué parce que PRB est un bateau léger et plutôt étroit. Nous avons aussi changé le mât parce qu’il avait six ans d’âge et que l’hiver dernier, nous avons trouvé des renforts décollés à l’intérieur. Les dérives avaient déjà été changées puisqu’à l’origine elles étaient courbes comme celles de Safran 2006 : on est revenu à une géométrie simple avec des profils droits et du dièdre vers l’intérieur pour avoir un peu de portance. Et nous avons choisi un profil qui permet d’être un peu plus rapide au près océanique avec un bon rendement à partir de 15 nœuds de vitesse quand SMA (l'ancien Macif de Gabart, victorieux en 2012, ndlr) par exemple est optimisé pour 12 nœuds.

Voilesetvoiliers.com : Justement, ce delta de vitesse constaté auparavant a-t-il été comblé ?
V. R.
: Il n’y a quasiment plus de déficit : SMA est un poil plus rapide au près, mais PRB est désormais plus véloce aux autres allures. Certainement parce que SMA est plus large et que l’équipe de Paul Meilhat n’a pas eu le temps d’optimiser le bateau comme elle l’espérait à cause de l’incident sur la transat Saint-Barth/Port-la-Forêt (le skipper blessé a dû abandonner son bateau qui a dérivé plusieurs semaines des Açores à l’Irlande ; récit complet à lire dans Voiles et Voiliers n°541, ndlr).

PRB 2010Moins puissant que les derniers plans VPLP-Verdier, le monocoque de Vincent Riou concède un léger déficit face à ses concurrents équipés de foils, aux allures travers au vent. Photo @ Jean-Marie Liot DPPI

Voilesetvoiliers.com : Mais par rapport à la dernière génération à foils ?
V. R.
: Déjà il y a trois carènes différentes parmi ces nouveaux plans VPLP-Verdier. Et tout le monde n’a pas les mêmes profils de foils à part ceux de Safran et de Banque Populaire VIII qui sont identiques. C’est difficile à analyser parce que la saison dernière, ils ont eu du mal à mettre au point ces appendices en dessous de 16-17 nœuds de vitesse : ils ne démarraient pas… Ils sont revenus cette année vers des chiffres qui étaient prévus : à partir de 15 nœuds, ils décollent. En revanche, en dessous de 15 nœuds, les bons monocoques sans foils sont plus véloces (Quéguiner, PRB, SMA). Après, il y a des bateaux comme Bastide Otio que nous n’avons pas vus de la saison. Mais au-dessus de 20 nœuds de vitesse, le delta commence à être important, à l’avantage des foilers. A contrario, au près, ils vont toujours moins vite et au portant VMG, c’est approximativement pareil. Il n’y a donc que dans la brise au vent de travers qu’ils sont plus rapides.

Voilesetvoiliers.com : Mais au portant, les foilers ne peuvent pas descendre autant que la génération précédente !
V. R.
: Ils naviguent plus haut en étant plus rapides. Nous n’avons donc pas les mêmes trajectoires quand il faut faire du vent arrière. Ils vont plus vite mais ils font plus de route… Nous avons plus de possibilités pour naviguer bas, ce qui pourrait être intéressant le long du «mur des glaces».

PRB 2010Sans conteste le plus léger de la flotte des IMOCA avec environ 8 tonnes sur la balance, PRB est redoutable aux allures très portantes.Photo @ Jean-Marie Liot DPPI

Voilesetvoiliers.com : Ce «mur des glaces» change un peu la donne cette année.
V. R.
: Je me demande si nous n’avons pas fait une bêtise en changeant les «portes des glaces» par ce «mur des glaces» : nous verrons cela en rentrant… J’assume la décision, mais je ne suis pas si sûr que c’était une bonne idée : pour nous, ce sera une vraie contrainte et pourtant, je ne suis pas le plus «malheureux» puisque j’ai le bateau qui glisse le mieux au portant. Mais avant nous ne faisions quasiment qu’une seule manœuvre au passage d’un front ou d’une dorsale : nous profitions des grandes bascules du vent pour «taper» la porte où c’était le plus favorable avec une trajectoire fluide. Mais là il va falloir enchaîner les empannages pour ne pas traverser le mur, et ce sans trop rallonger la route… Quand tu es devant le front et qu’il faut manœuvrer, ce n’est pas rigolo ! Aujourd’hui, je ne suis plus totalement convaincu que c’était une superidée.

Voilesetvoiliers.com : Ce sera ton quatrième départ. Avec l’âge et l’expérience, on part toujours de la même façon ?
V. R.
: On essaie d’être encore mieux préparé. Mais à quelques jours du départ, c’est difficile de ne pas se dire : «est-ce que j’ai tout bien fait ?» En fait, personne n’est sûr de rien : c’est une période assez étrange ce stop de trois semaines aux Sables-d’Olonne. Ce dont je suis sûr, c’est que nous avons navigué plus que tous les autres ces six derniers mois. Je n’ai pas beaucoup d’états d’âme, mais bien sûr que la question des foils met un peu de doute… Avec un nouveau prototype, cela semblait évident, mais avec un «ancien», cela posait aussi des problèmes d’adaptation et de budget. Cela reste toutefois une solution d’avenir.

PRB 2010Avec six saisons au compteur et plusieurs victoires, Vincent Riou connaît sur les doigts de la main son PRB !Photo @ Jean-Marie Liot DPPI

Voilesetvoiliers.com : Mais PRB reste un bateau de référence !
V. R.
: C’est un bateau que j’aime bien et que je connais bien après six saisons de course. C’est un monocoque à mon image, caméléon, pas toujours le plus rapide mais jamais à la traîne. Mais tous les bons bateaux sont devenus de plus en plus high-tech : il faut faire attention à la manière de les utiliser, de les préserver. Il faut arriver au bout…

PRB 2010Double vainqueur de la Transat Jacques Vabre avec Jean Le Cam en 2013 et Sébastien Col en 2015 : Vincent Riou a confirmé que les monocoques IMOCA sans foils sont capables de s’imposer.Photo @ Jean-Marie Liot DPPI