Le jeudi 19 janvier 2017, Armel Le Cléac'h remportait la 8e édition du Vendée Globe sur son monocoque Banque Populaire VIII après un tour du monde sans escale et sans assistance. Le Finistérien améliorait ainsi le précédent record de près de 4 jours (3 jours, 22 heures et 40 minutes) établi par François Gabart lors de sa victoire lors de l'édition 2012-2013. Mais au-delà de la compétition et des records, le Vendée Globe c’est une histoire de technique et d’humanité, de mer et de sel, de limites et de dépassement. Et nous, on aime… Alors la rédaction de voilesetvoiliers.com vous en fait suivre les péripéties de près.

Actualité à la Hune

SOLO CONCARNEAU

Yann Éliès, au four et au moulin

La période hivernale s’achève pour Yann Éliès. Entre collaboration avec le cabinet VPLP, entraînements physiques et gros chantier pour son 60 pieds, elle a été des plus denses en vue d’une saison 2016 dont le point d’orgue sera bien sûr le Vendée Globe. Et elle débute dès jeudi avec la Solo Concarneau qu’il disputera… en double.
  • Publié le : 14/03/2016 - 15:30

Yann ÉlièsL’année 2016 sera bien remplie pour Yann Éliès, avec en ligne de mire sa deuxième participation au Vendée Globe.Photo @ Yvan Zedda

A l'issue d’une sortie en Moth à foils fin février, Yann Éliès s’est fracturé l’index de la main droite. Un incident contrariant sa préparation physique et surtout son envie irrépressible de naviguer.
«En rangeant le bateau, je me suis coincé le doigt entre le mât et la bôme. C’est ennuyeux car la phalange s’est cassée et c’est très douloureux puisque l’ongle a sauté. Cela a un peu chamboulé mon programme en Figaro et en Moth. Pour la Solo, que je ne voulais pas rater, cela va être un peu compliqué même si les conditions vont nous être plutôt favorables semble-t-il. J’ai donc décidé de la faire en double avec un copain.» La Solo Concarneau-Trophée Guy Cotten de cette semaine (du 17 au 20 mars), première épreuve du circuit Figaro Bénéteau, se déroulera donc en double pour le triple vainqueur de la Solitaire. Antoine Carpentier a en effet accepté de l’accompagner sur le parcours de 340 milles de la 40e édition de l’épreuve finistérienne.

Pour le Briochin, la préparation personnelle a été l’un des leitmotivs de cet hiver : «L’idée est de travailler le physique, chose que je n’avais pas pris à bras-le-corps jusqu’à présent, je l’avoue. En étant sur un projet Vendée Globe avec un bateau plutôt exigeant, tu te rends compte que la dimension est différente. Et puis je vieillis. J’ai donc fait appel à un préparateur : un gendarme qui vient contrôler toutes les semaines ce que j’ai fait et pour me tirer l’oreille si je n’ai pas respecté mes engagements. L’important est de s’inscrire dans la durée. Je fais en sorte de rendre cela ludique et je me sens bien en ce moment.»

Le Figaro Bénéteau Le Figaro Bénéteau est l’un des supports préférés du Costarmoricain. Toujours désireux de naviguer au maximum, il participe donc à la Solo Concarneau-Trophée Guy Cotten cette semaine. Photo @ D.R.

Contraint donc de rester à terre ces derniers temps, Yann Éliès s’est trouvé un dérivatif des plus enthousiasmants, alors que le chantier de son 60 pieds progresse : «Je travaille avec le cabinet VPLP sur l’appel d’offres pour le futur Figaro Bénéteau pour lequel nous devons déposer nos propositions avant la fin mars. Le cahier des charges est assez clair. Il ne permet pas de partir dans tous les sens avec, comme principale contrainte, le coût du bateau qui doit être aux alentours de 150 000 euros. Un prix ne mettant pas en péril la classe et devant assurer la transition avec un minimum de participants. Cela ne sera pas l’engin de nos rêves, avec quille basculante et foils, mais un bateau raisonnable, orienté vers la monotypie. Je me suis pris au jeu mais je ne peux rien dévoiler pour le moment sur notre projet exaltant. Je peux seulement dire qu’il est sexy et va donner un sérieux coup de vieux au Figaro précédent. Avec Pascal Bidégorry qui est aussi avec nous, nous serions fiers d’être retenus !»

«L’année étant vendéenne, il faut faire les choses bien.»

Au sein des locaux de l’équipe Quéguiner Sailing Team à Lorient, l’heure est toujours aux grands travaux. A l’issue de la Transat Jacques Vabre 2015, achevée sur la troisième place du podium des IMOCA en compagnie de Charlie Dalin, les décisions ont en effet été drastiques pour Yann Éliès et ses collaborateurs : «En ce moment, dans cette fourmilière où nous avons été jusqu’à dix personnes, c’est un peu stressant pout tout le monde. Nous nous demandons si nous allons être prêts en temps et en heure. Il faut prendre cela avec philosophie. L’année étant vendéenne, il faut faire les choses bien. Nous nous sommes attaqués au problème du changement de safrans. C’est un choix douloureux, car cela est onéreux et empiète sur le temps de navigation. Mais on ne pouvait pas y couper car nous allions vers de gros ennuis. Avec les évolutions et contraintes apportées depuis plusieurs années sur l’ancien Safran (premier nom de son actuel 60 pieds, ndlr), le système conçu en 2007 était à bout de souffle. Cette décision semblait facile à prendre mais elle impose une réalisation assez complexe», explique Yann Éliès.

Chantier Le système des safrans et la modification des ballasts ont été les gros travaux hivernaux, la fiabilité de Quéguiner-Leucémie Espoir restant le maître mot de ce chantier.Photo @ DR

Des modifications que l’on ne peut qualifier de cosmétiques, mais il s'agit bien d'un véritable lifting : «On a profité aussi pour revoir les ballasts. Nous considérions que le delta de vitesse entre nous et PRB, qui est un peu notre lièvre, passait par là.» Quant à l’adjonction de foils, la question ne s’est même pas posée : «Je n’y suis pas contre, mais je savais qu’il y avait des incontournables pour lesquels on ne pouvait pas faire l’impasse. Il fallait à tout prix s’occuper du nerf de la guerre qui est la fiabilité. Le plus dur n’est pas d’avoir un bateau rapide mais un engin qui puisse faire le tour.»
Si quille et mât ne seront pas changés, le choix des voiles pour le Vendée Globe s’effectuera ce printemps. Et il sera primordial car un seul jeu est prévu, faute de moyens encore.
Attentif aux évolutions apportées par ses petits camarades, il se dit aussi envieux des performances affichées par certains.
«Le choix de Jérémie Beyou par exemple (qui fait adapter des foils sur Maître CoQ, ndlr) me fait rêver, mais je le répète, ce n’était pas dans nos capacités et dans nos cordes. Sur ce coup-là, nous avons été raisonnables. Sur la ligne de départ, je vais avoir un déficit de vitesse certain, mais il faut vivre sa route, son sillon et ne pas en dévier. Ne pas se faire embarquer par des teams qui ont plus de moyens que toi et donc succomber aux chants des sirènes.»

Transat Jacques VabreLa troisième place décrochée sur la dernière Transat Jacques Vabre avec Charlie Dalin reste un bon souvenir pour Yann Éliès mais a fait apparaître les gros déficits de son 60 pieds IMOCA, que l'actuel chantier devrait gommer.Photo @ Yvan Zedda

La mise à l’eau du 60 pieds Quéguiner-Leucémie Espoir est prévue avant la fin avril puis il devrait prendre part au Grand Prix Guyader (du 29 avril au 1er mai pour les IMOCA). De manière à assurer sa qualification pour le Vendée Globe, Yann Éliès partira en convoyage vers New York avant la transat en solo vers Les Sables-d’Olonne (départ 29 mai). «Nous en saurons alors plus en termes de compétitivité et de fiabilité. Après une présence cet été à Brest 2016 sur les terres bretonnes de notre sponsor, il y aura un petit chantier. Fin août, nous rentrerons dans une grosse phase d’entraînement à Port-la-Forêt», conclut le marin de 42 ans.

A huit mois du départ de son deuxième Vendée Globe, Yann Éliès est donc toujours au four et au moulin, avec une même pugnacité et une même envie.