Salon de Düsseldorf, Grand Pavois de La Rochelle, Festival international de la Plaisance de Cannes, Salon nautique de Paris… Malgré une météo économique difficile, les Salons nautiques montrent la capacité de réaction et d'innovation des chantiers et des équipementiers. Analyse et tour d'horizon des nouveautés.

Actualité à la Hune

Industrie nautique et salons d’automne

La crise, acte III

Les Salons de Cannes (11-16 septembre) et de La Rochelle (19-24 septembre) marquent l’ouverture de la saison 2012-2013 pour l’industrie nautique – certainement la plus périlleuse depuis 2008. Après une première moitié 2011 correcte, le marché a connu un véritable arrêt buffet en fin d’hiver. Avec à la clé plusieurs dépôts de bilan symboliques et de nombreuses questions sur l’avenir de la filière.
  • Publié le : 13/09/2012 - 00:01

Des salons sous haute tensionLes Salons d’automne – Amsterdam, Cannes, Southamton,La Rochelle, puis Barcelone et Gênes – marquent le lancement de la saison. Le plus gros des prises de commandes se font de septembre à février. Premier verdict, donc, au Nautic de Paris, en décembre, pour la saison 2013.Photo @ Voiles et Voiliers Victime d’une conjoncture difficile qui s’ajoute à plusieurs années de vaches maigres, la plaisance tire sérieusement la langue. «Où sont passés les acheteurs ?» se demandent les chantiers. Petits et grands constatent que, depuis mars environ, fin de la période des salons, le téléphone a cessé de sonner. La faute aux élections, la faute à l’Euro, la faute à… la crise tout court, qui n’épargne personne et certainement pas le secteur nautique. Secteur dont les réactions, caractéristiques d’un marché du luxe et des loisirs, amplifient les fluctuations économiques générales, à la hausse comme à la baisse.

Petit rappel des faits depuis cinq ans :

- Acte 1, septembre 2008, Lehman Brothers.
Le marché de la plaisance s’arrête net. A la fin de l’exercice 2008-2009, le marché mondial a été divisé en deux (en France, la production passe de 1,3 milliard à 700 millions d’euros). Ayant bénéficié d’une décade de croissance remarquable, beaucoup d’entreprises vivent sur leurs réserves et s’adaptent. Peu de cessations d’activité. Les réductions de personnels sont proportionnellement beaucoup plus faibles que la baisse de la production.

- Acte 2, 2009-2010, stabilisation.
Constructeurs et revendeurs écoulent leurs stocks quitte à les brader, et sortent des nouveautés à marche forcée. Le marché de l’occasion décroche. La géographie des ventes évolue énormément. Les Etats-Unis disparaissent de la carte, de même que l’Angleterre et l’Espagne dans une Europe qui résiste pas si mal. De nouvelles géographies (Balkans, Brésil, Australie…) permettent de renouer avec une timide croissance en 2010, pour une filière qui exporte près de 70 % de sa production.

- Acte 3, 2010-2012, faux espoirs.
La saison 2010-2011 retrouve clairement la voie de la croissance. Le marché de l’occasion semble purgé. En France, la production progresse de 10,7% en valeur (toutes unités confondues ; + 6,4% pour les seuls voiliers). Si les chantiers de niche s’en tirent particulièrement bien, les grandes marques connaissent un phénomène de concentration (Bavaria acquiert Dufour et Del Pardo, Dehler et Moody rejoignent le groupe Hanse…).

L’A27, contre vents et maréesL’A27, sorte de «super week-ender» et dernier de la série des «A» lancés cette année par Archambault, reste au catalogue et sera présent au Grand Pavois de La Rochelle.Photo @ Marie Dufay Badaboum fin 2011 et, surtout, en 2012. Les chiffres communiqués par la Fédération des Industries Nautiques sont mauvais : le marché mondial serait à nouveau en recul de 20%, ce qui le placerait à un niveau encore plus bas qu’en 2009. Plus grave, l’Europe est touchée plus lourdement que le reste du monde (-25 à -30% selon la FIN).

Dans ce climat dépressif, la France fait de la résistance mais n’est pas épargnée pour autant : de septembre 2011 à juin 2012, les ventes de bateaux neufs en nombre d’unités ont baissé de 9,6% (-12,3 % pour les voiliers), avec une accélération de la baisse sur la fin de période. L’activité Bateaux du Groupe Bénéteau (premier constructeur mondial, côté en Bourse et qui publie donc ses résultats) l’atteste assez bien : de -11% au premier trimestre, la baisse passe à -14% sur le troisième. Des chiffres en valeur sauvés par les grandes unités et le moteur – ce que l’on appelait jusqu’il y a peu le cœur du marché de la voile (les 9-12 mètres) étant particulièrement touché.


Petit résumé synthétique de la production depuis cinq ans :
                          2007       2012
Monde               100          40
Etats-Unis         100          30
Europe              100          40
France               100          70
(Lecture : si, en Europe, le niveau de production était de 100 en 2007, il est aujourd’hui de 40)

Privilège repartC’est sous la marque Privilège Marine que le constructeur des catamarans du même nom et des Feeling reprend son activité. La production redéménage de Lorient aux Sables-d’Olonne.Photo @ Phototèque AlliauraDans ces conditions où le chômage partiel est massivement utilisé, le printemps apporte son lot de mauvaises nouvelles, d’autant plus symboliques qu’elles touchent des sociétés – Plastimo (Groupe Navimo, voir encadré), Archambault, Sparcraft, Privilège, Elvström, Guy Couach – qui ont accompagné le développement de la plaisance depuis les années 70 et disposent d’un savoir-faire évident.

«La plaisance est un marché fragile, explique Jean-François Fountaine. On investit beaucoup, on exporte, mais nous ne sommes pas aidés. On reste des PME avec des niveaux d’exigence proches des grands et sans les moyens». Et le président de la FIN de marteler à l’intention du nouveau gouvernement : «Dans ce contexte, attention de conserver un marché intérieur fort et ne pas le fragiliser encore par de nouvelles taxes, comme en Italie (*). D’autant que la concurrence des pays émergents qui ont déjà investi dans les industries de masse va s’intensifier sur les loisirs».

Le spectaculaire rachat en début d’année du Groupe Ferretti (marques Ferretti, Riva, Bertram… soit huit chantiers navals et 2000 emplois !) par les Chinois de Shig-Weichai n’est pas pour le contredire.

(*) En Italie, le gouvernement de Mario Monti a fait passer une loi ce printemps qui taxe le séjour dans les ports de toute embarcation de plus de 10 mètres. Taxe progressive en fonction de la longueur, elle n’a certainement pas encouragé la plaisance italienne. De là à dire que tous ses maux proviennent de là…


Navimo perdureSous une forme ou une autre, l’activité du groupe d’équipementiers devrait perdurer, mais avec combien de salariés ? Verdict le vendredi 14 septembre.Photo @ Navimo………..
Navimo en redressement

Mis en redressement judiciaire en mai dernier, tous les salariés de Navimo sont suspendus à la décision du Tribunal de commerce de Lorient qui décidera le de leur avenir.

Cette mise en redressement judiciaire est le résultat d'une réorganisation en profondeur de ce groupe (marques Plastimo, Goïot, Lofrans, Max Power pour les plus grosses mais aussi XM Yachting, Nuova Rade, AdvanSea, AB Power et Dauriac Nautic Sécurité). Aujourd'hui, Navimo emploie environ 200 salariés en France et autant à l'étranger dans ses filiales mais aussi dans ses deux usines d'injection plastique en Italie et sa fabrication de radeaux en Roumanie.

Une décision le 14 septembre

Après plusieurs reports au cours de l'été, le Tribunal de Lorient doit se prononcer vendredi 14 septembre sur l'une des cinq offres de reprise encore en lice dont trois se révèlent crédibles :

> Parmi celles-ci, la plus solide financièrement est l'offre du Grec Lalizas qui propose de reprendre 59 salariés sur Lorient en plus de 88 dans les filières. Une partie des salariés la trouve viable même si le Chypriote Stravos Lalizas ne s'engage que sur deux ans sans délocaliser la production. Signalons que beaucoup de produits de ce fabricant viennent aujourd'hui de Chine…

> Vient ensuite l'offre du Groupe Alliance Marine (VDM, Accastillage Diffusion, Reya, Seimi, Vetus…), qui veut maintenir 58 emplois à Lorient. Cette offre est intéressante car le PDG d'Alliance Marine, Jean-Paul Roche, a une bonne connaissance du milieu et pourra relancer rapidement la société. Mais elle laisse un peu de côté les marchés étrangers.

> Enfin dernière offre solide, celle de quatre cadres dirigeants via la société «La Financière du Compas» qu'ils ont créée pour l'occasion. Cette offre est la mieux disante en matière sociale puisqu'ils veulent conserver 102 emplois à Lorient et Mandelieu et 138 emplois à l'étranger. Hélas, le financement n'est pas encore bouclé. Si cette offre était retenue par le tribunal, les quatre cadres devraient renouer avec le personnel qui leur reproche aujourd'hui leur immobilisme d’avant dépôt de bilan. Mise à jour du jeudi 13 septembre, 09h58 : Les quatre cadres dirigeants ont appris hier soir (mercredi 12 septembre) qu'ils n'obtenaient pas les financements nécessaires à cette reprise et ont donc été contraints de retirer leur offre.
 
Mise à jour du vendredi 14 septembre, 16h36 : le tribunal de Commerce de Lorient a finalement retenu l'offre de VDM, filiale du Groupe Alliance Marine, basée à Toulon, pour les activités principalement liées au site de Lorient, le plus important du groupe. 59 postes sur 140 devraient être conservés. Le site de Mandelieu (Alpes-Maritimes), qui emploie une vingtaine de personnes, ne sera en revanche pas repris par VDM.

 

Et Goïot ?

Des trois offres de reprise citées précédemment, aucune ne concerne la société Goïot. Pour cette structure, deux cadres, Erwan Aumon et Robert Do Dinh proposent la reprise en s'appuyant sur le groupe Kent Marine pour le financement. Pas de licenciement, reprise de l'activité sur le site de Saint-Herblain et conservation de la marque. Vu sa pertinence, il y a donc fort à parier que le Tribunal la valide. Les repreneurs sont même impatients de la décision, pour relancer la production avant les Salons et regrettent les reports intervenus au cours de l'été pour le reste du groupe.  
Mise à jour du vendredi 14 septembre, 16h36 : les juges ont choisi l'offre de Kent Marine, pilotée par des cadres locaux, pour le site de Saint-Herblain (Loire-Atlantique), où les 37 emplois seront maintenus.
F.X.R.


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Le Festival International de la Plaisance en bref

Vieux Port de Cannes et Port Pierre Canto
Du mardi 11 au dimanche 16 septembre, de 10h à 19h
(nocturne le vendredi 14 jusqu'à 22h, fermeture à 18h le dimanche)
425 exposants de 25 pays
583 bateaux, dont 84 % d’étrangers

173 nouveautés présentées en avant-première

181 bateaux de plus de 20 mètres
Internet : www.salonnautiquecannes.com


Le Grand Pavois en bref

Port des Minimes à La Rochelle
Du mercredi 19 au lundi 24 septembre, de 10h à 19h
850 exposants de 38 pays sur 100 000 mètres carrés d'exposition
Plus 750 bateaux exposés, dont 300 à flot
Villages et espaces thématiques, essais en mer, nouveautés en avant-première mondiale...
Pays Invité d'honneur : le Brésil
100 000 visiteurs attendus
Internet : www.grand-pavois.com