Salon de Düsseldorf, Grand Pavois de La Rochelle, Festival international de la Plaisance de Cannes, Salon nautique de Paris… Malgré une météo économique difficile, les Salons nautiques montrent la capacité de réaction et d'innovation des chantiers et des équipementiers. Analyse et tour d'horizon des nouveautés.

Actualité à la Hune

Interview du Directeur Général de Dufour

Salvatore Serio : «Faire partie d'un grand groupe est rassurant»

  • Publié le : 28/11/2011 - 00:02

Dufour 335Le Dufour 335, présenté au Grand Pavois, compte parmi les «Coups de cœur» de Voiles et Voiliers pour le Nautic de Paris : le chantier a su se démarquer de la concurrence en proposant ce 10 mètres sans complexe.Photo @ D.R.
Nommé par l’ancien actionnaire de Dufour juste avant la crise de septembre 2008, Salvatore Serio continue de présider à la destinée du chantier rochelais, désormais propriété de deux fonds d’investissements, Advisors LC et Oaktree Capital Management, et se trouve également à la tête de Bavaria et Del Pardo. Après des salons d’automne décevants et dans un environnement économique problématique, il nous livre sa vision du marché à la veille de l’ouverture du Salon nautique 2011 de Paris.

 

Salvatore Serio, Directeur général de DufourAprès avoir travaillé dans l’industrie automobile chez Fiat, Salvatore Serio a exercé différents métiers au sein du groupe Accor, aussi bien dans le domaine des croisières que celui de la location de voitures. Il est directeur général de Dufour Yachts depuis 2008.Photo @ D.R. voilesetvoiliers.com : La crise de septembre 2008 et celle d’aujourd’hui s’analysent-elles de la même manière ?
Salvatore Serio :
Non, elles sont très différentes. 2008, j’en ai un souvenir très précis, je venais juste d’être nommé directeur de Dufour. Je me trouvais à Gênes sur le salon et suite à la faillite de Lehman, tout s’est arrêté d’un coup, pour plusieurs mois. C’était à la fois très brutal et d’une cause assez lointaine. Aujourd’hui, la crise tient à un environnement économique général plus préoccupant. Si vous regardez la bourse depuis le mois de juillet, le phénomène est profond, mais il n’y a pas un élément déclencheur comme en 2008. Là, c’est quelque chose qui nous touche de beaucoup plus près.

v&v.com : Chez Dufour, quelle est la répartition entre les ventes en Europe et dans le reste du monde ?
S.S. :
Grosso modo, 25 à 30 % en France, 30 à 40 % en Europe et 20 % dans le reste du monde.

v&v.com : Donc, près de 70 % de votre chiffre provient de l’Europe…
S.S. :
Oui et c’est pour ça que le cas grec est préoccupant. Ce n’est pas qu’on vende beaucoup de bateaux en Grèce, mais la crise touche directement à l’euro… La question, c’est comment le consommateur va réagir ? Est-ce qu’il va dire, j’en ai marre, je me fais plaisir, j’achète quelque chose ? On continue à vendre des bateaux, donc il y a bien des gens qui ont ce type de réflexe ! Ou bien est-ce que massivement, les gens vont dire, on attend de voir ?

v&v.com : On dit que les salons de Cannes et Gênes ont été très mauvais. Quelle est votre analyse ?
S.S. :
Aujourd’hui, c’est difficile de faire les comptes après les salons, car les décisions d’achat sont beaucoup plus longues. Si vous me demandez au jour d’aujourd’hui si Cannes et le Grand Pavois ont été moins bons que l’an passé, oui, ils ont été moins bons. Mais ils ont aussi été meilleurs qu’il y a deux ans. Le salon de Gênes, c’est encore autre chose. En Italie, il y a des prospects, mais aucune concrétisation. Je suis allé à Gênes le dimanche, où normalement il y a un monde fou sur les pontons. Là, personne. C’était marquant.

v&v.com : Qu’est-ce que le rachat de Dufour par Bavaria a changé dans le chantier ?
S.S. :
L’accord définitif n’a été signé qu’il y a trois semaines, donc vous voyez, c’est tout frais (Accord qui avait été annoncé au Nautic l’an passé, NDLR). Ça a été long, car c’était un montage juridique assez complexe. Aujourd’hui, on fait partie d’un groupe qui est plus grand, avec un fonds d’investissement qui est très fort. On a plusieurs marques. Bavaria pour le "primo accédant", Dufour pour le plaisancier plus confirmé et Grand Soleil pour ceux qui cherchent un bateau plus sophistiqué. Nous allons respecter le positionnement tel qu’il existait avant. Nous sommes le fleuron du groupe pour ce qui est du développement industriel. Avant le rachat, nous avions déjà entamé une restructuration assez spectaculaire, en terme de produits, mais aussi en terme d’organisation. On a fait aussi des progrès colossaux sur la gestion des lignes de production. Il y a toujours des améliorations possibles, mais aujourd’hui, on est bien.

v&v.com : Notre confère Le Marin laisse planer le doute sur la fermeture du site d’Andilly. Si elle était effective, serait-elle accompagnée de licenciements ?
S.S. :
Nous étions implantés auparavant sur deux sites, Andilly et Périgny, distants d’environ 20 km. Pour des questions pratiques, nous avons décidé de tout regrouper sur Périgny où nous louons 4 000 m2 supplémentaires pour le magasin et les pièces détachées, depuis la fermeture d’Andilly. Mais on reste sur le même bassin d’emplois et cette fermeture ne s’est accompagnée d’aucun licenciement.

Dufour 36 PerformanceLe Dufour 36 Performance, nouveau plan Felci, marque la volonté de Dufour de continuer à produire des bateaux de course-croisière, même s’ils ne représentent qu’un quart des ventes du chantier. Il sera visible en première mondiale au Nautic de Paris.Photo @ D.R. Dufour
v&v.com : Il paraît que les Allemands sont très intéressés par votre maîtrise de l’injection. Va-t-on voir des Bavaria fabriqués en Charente-Maritime ?
S.S. :
Je ne suis pas en train de faire des pièces pour les uns ou les autres et vice-versa. En terme industriel, pour l’instant, il n’y a pas de transfert. En revanche, c’est vrai que nous sommes sollicités pour des transferts de technologie. On aide les Allemands à travailler sur l’injection. Mais, nous aussi, on a à apprendre des Allemands, en matière de mécanisation en  particulier. Ils ont par exemple des cabines de gel-coat automatiques avec chauffage intégré,  chose qu’on ne maîtrise pas.

v&v.com : Et au niveau commercial ?
S.S. :
Au niveau commercial, on envisage beaucoup de synergies, mais dans l’ensemble, on va garder des réseaux séparés. Parfois, comme en Hollande, on a le même concessionnaire. Parfois, c’est séparé. Mais, regardez en Allemagne par exemple, où Dufour est mal implanté : on va pouvoir mieux s’appuyer sur le réseau Bavaria qui vend un paquet de bateaux sur cette zone.

v&v.com : Au Nautic de Paris, vous sortez un nouveau Dufour 36 Performance. Le marché de la course-croisière semble de plus en plus difficile. Y a-t-il  la place pour de grandes séries comme autrefois ?
S.S. :
Les bateaux de course-croisière pour nous, c’est quand même 25 %  des ventes, parce que ce ne sont pas des bateaux de course, mais des bateaux de performances. Le nouveau 36 aura certes un rating en IRC et participera à des régates, mais ce n’est pas un bateau extrême. C’est un voilier qui peut gagner des régates, mais reste grand public, avec une belle habitabilité. Donc, il y a moyen de faire de belles séries, mais tout ça dépend de ce que le marché va absorber comme volume dans l’année qui vient.

Production DufourAprès que le site d"Andilly a fermé cette année, la totalité de la production Dufour est aujourd’hui concentrée sur le site de Périgny.Photo @ D.R. v&v.com : C’est quoi, une belle série, aujourd’hui chez Dufour ?
S.S. :
Au cœur du marché, entre 35 et 42 pieds, c’est 160 à 170 bateaux sur une année. Notre meilleure vente en 2011, c’est le 375 Grand Large. On a fait environ 150 exemplaires. Là, le 335 part très fort. On aura un premier vrai bilan après Paris.

v&v.com : Quelles seront, pour vous, les grandes évolutions du marché de la plaisance dans les 3 à 5 ans qui viennent ?
S.S. :
Je crois que les gens vont continuer à utiliser de plus en plus leur bateau comme une résidence secondaire. Il y a de ce point de vue tout un monde de services qui n’est pas assez développé. Très peu de ports sont vraiment à la hauteur des attentes des gens. Quand on arrive en train à La Rochelle pour passer un week-end, on va au port en taxi. Mais une fois là-bas, comment on fait ? J’ai travaillé dans les services et je sais combien tout ça est important. Il ne faut pas penser qu’au bateau, mais aussi à tout ce qui passe autour. Sur le plan économique, je vois que ça va devenir de plus en plus difficile pour les petits chantiers qui sont dans des niches. Pour un Amel qui marche bien, il y a beaucoup de petits chantiers pour qui c’est de plus en plus dur, à cause des problèmes de trésorerie et de la spécialisation. A cause aussi des marchés émergents vers lesquels tout le monde lorgne, le Brésil par exemple. Mais pour pénétrer ces marchés, il faut des capitaux, de la trésorerie, du dynamisme. C’est pourquoi être dans un groupe est aujourd’hui rassurant.