Salon de Düsseldorf, Grand Pavois de La Rochelle, Festival international de la Plaisance de Cannes, Salon nautique de Paris… Malgré une météo économique difficile, les Salons nautiques montrent la capacité de réaction et d'innovation des chantiers et des équipementiers. Analyse et tour d'horizon des nouveautés.

Actualité à la Hune

Marché du nautisme

Pour 2012, les constructeurs français devront s’adapter aux marchés étrangers

Dans un contexte économique toujours inconstant, la FIN (Fédération des Industries Nautiques) a décrit, jeudi dernier lors de son traditionnel point presse, une dynamique nationale honorable et une stratégie de plus en plus axée sur l'export...

  • Publié le : 05/09/2011 - 05:38

Faut pas se tromper Lorsque la FIN annonce que le nautisme en France continue d'attirer du monde, elle précise bien qu'il s'agit d'activités nautiques au sens... très large. Photo © D.R. (Sunsail / FIN) Le traditionnel point presse de la Fédération des Industries Nautiques a été avancé de quelques jours pour se tenir jeudi 1er septembre, dans une ambiance feutrée. Tâchant d'atténuer un peu l'âpreté des saisons qui se succèdent depuis la crise économique majeure de 2008, le leitmotiv de Jean-François Fountaine, le Président de la FIN, et de ses collaborateurs sera : <Sur ces trois ans, il y a eu une belle croissance, une belle présence et une belle tenue de l'industrie nautique française.>


Cap sur l'export
Jean-François Fountaine (2011) Jean-François Fountaine, Président du chantier Fountaine Pajot, a été réélu Président de la FIN en 2010. Photo © D.R. (FIN) Quels secteurs exactement, voile et/ou moteur, assurent ce maintien ? Ce n'est pas précisé. En revanche, une chose semble définitivement acquise : cette industrie nautique française va plus que jamais orienter sa stratégie vers l'export, l'étranger restant manifestement sa seule planche de salut. Car si la FIN peine à déterminer l'exact pourcentage - entre 60 et 80 % - de la production française qui est vendue à l'étranger, en partie parce qu'elle n'a pas de visibilité sur les acquisitions des brokeurs, il est clair que l'export est nettement plus dynamique que les ventes locales - quand bien même le nombre d'immatriculations en France augmentent toujours.
A l'échelle mondiale, les disparités régionales continuent de préoccuper, surtout parce qu'elles évoluent et qu'il reste difficile d'anticiper ces évolutions. <Le monde, pas simplement sous la pression de la crise, s'est déplacé en terme de puissances>, explique Yves Lyon Caen, vice-président de la FIN et Président du Conseil de surveillance du Groupe Bénéteau. Mais l'Europe du Nord, l'Europe centrale et moyen-orientale - la Bulgarie et la Turquie en particulier -, les Etats-Unis, le Brésil, l'Australie, la Thaïlande et le Sud de la Chine (autour du bassin de navigation de l'île de Hainan) semblent aujourd'hui les zones les plus attrayantes, sur lesquelles nos chantiers se concentrent.

Inspirée par le lancement heureux de modèles exclusifs dédiés à l'Europe du Nord et aux Etats-Unis, la FIN souligne par ailleurs que pour garantir ce succès à terme, <il faut faire des efforts d'adaptation aux pratiques locales, ce qui peut prendre du temps.> Le design est particulièrement étudié, alors que les innovations techniques liées au savoir-faire des chantiers restent un atout important. De son côté, la Fédération, en partenariat avec UBIFRANCE, s'efforce toujours de déployer des <plans d'accompagnement> pour les entreprises qui ont les reins suffisamment solides pour exporter.


Pratique à l'échelle nationale

Immatriculations de bateaux neufs (sources FIN)


Voiliers
Bateaux à moteur

TOTAL

08/09
-19,1% (2 689)
-19,5% (13 679)
-17,5%

09/10
-8,1%
-3,1%
-3,7%

10/11
-3%
+3%
0 à +2%

La situation à l'intérieur de nos frontières obsède moins la FIN, quoique les résultats soient aussi en progression. Les très bons salons d'automne ont en effet gonflés les carnets de commandes, avant que le phénomène s'essouffle au printemps. Ainsi, la baisse des ventes de voiliers neufs est moins marquée que l'année passée (voir ci-contre), tandis que la vente de bateaux moteur a très nettement repris, offrant un frémissement de hausse à la croissance.

Mutation de propriété (sources FIN)


Voiliers
Bateaux à moteur

TOTAL

09/10
-19,2% (9 821)
-8,5% (46 226)
-10,5%

10/11
+3%
+4%
+4%

Après une dramatique chute en 2009/2010, la bonne nouvelle est la nette reprise des ventes d'occasion (voir ci-contre). <C'est positif pour ce que cela implique sur le neuf>, note le vice-président de la FIN, l'achat d'un bateau neuf étant, dans une très large majorité des cas, conditionné par la revente de l'ancien.

Savoir si la rotation de plus en plus rapide des gammes ne menace pas, à terme, l'équilibre du marché - les nouvelles unités étant immédiatement décotées - n'inquiète pas la FIN outre mesure. Jean-François Fountaine explique qu'<au moment de la crise, les occasions avaient atteints des prix très hauts, que la baisse du prix du neuf a permis de remettre à niveau. Aujourd'hui, pour un prix équivalent, les bateaux neufs ont un niveau d'équipement plus important, donc les acheteurs seront toujours gagnants.>
Pragmatique, Yves Lyon Caen ajoute qu'<il est difficile d'avoir les bénéfices sans les conséquences>, avant que Colette Certoux, Directrice générale de Carène Service, insiste sur le fait que les plaisanciers se tournent de plus en plus sur l'entretien de leurs bateaux qu'ils comptent garder de plus en plus longtemps, ce qui ne va pas pour gonfler les chiffres du neuf. <La saison a été très bonne jusqu'en mai, bien qu'il n'y ait pas eu de week-end long et l'activité des shipchandlers et des services est restée stable.>

Monocoque vs multi vs moteur Dans le secteur de la location, qui a retrouvé un peu d'air, les multicoques remportent toujours plus de succès et la FIN devine que cet attrait de la "navigation facile" conduira bientôt à un nouveau transfert, cette fois vers les bateaux moteur. Photo © D.R. (Sunsail / FIN) Les conditions météo exceptionnelles qui ont régné durant l'avant saison ne semblent pas étrangères à ce constat que l'on retrouve dans le secteur de la location. Emmanuel Allot, le Directeur commercial de Tui Marine, note que <la saison est un bon cru, dans la tendance de celui de 2010> : même nombre de semaines en tout, mais sur des durées qui sont passées de deux semaines à une seule, et sur des unités plus petites. Les réservations ayant déjà été prises, le mois de juillet n'a pas souffert d'une météo devenue exécrable, tandis que le retour du soleil au mois d'août a simulé un regain de réservations - particulièrement pour les Européens du Nord - jusqu'en septembre, tous bassins confondus. A l'étranger non plus, nos concessionnaires n'ont pas souffert, y compris dans des zones instables comme la Grèce. Moins de prix cassés et une meilleure exploitation de leurs flottes leur ont en effet permis de sortir de meilleurs résultats qu'en 2010.

Qu'ils rient au winch Côté voilier, les propriétaires semblent miser sur l'entretien de leur bateau, plutôt que su leur renouvellement, tandis que la pratique se fait de plus en plus festive, aux dires de la FIN. Photo © D.R. (Sunsail / FIN) Dans le détail, on note que la location des multicoques de plus de 10 mètres remporte toujours plus de succès face à celle des monocoques. La FIN souligne que cette tendance devrait se confirmer à l'avenir, tandis que dans un second temps, un nouveau transfert pourrait se faire entre multicoques et bateaux moteurs, les usagers ayant été séduits par une certaine facilité. En parallèle, une nouvelle clientèle, plus jeune, semble venir au nautisme.
Ainsi, plutôt que de s'étendre sur les chiffres, la FIN préfère gloser sur des indicateurs qualitatifs, comme l'envie en hausse des plaisanciers et les baies (sur)peuplées de pratiquants de toutes sortes. Le <toutes sortes> faisant d'ailleurs l'objet d'un sous-titrage : <Kayak, Kitesurf, paddle, planches à voile, dériveurs comme habitables de tout âge.>

Chiffres clé de la plaisance en France (sources FIN)

4 millions de plaisanciers
9 millions de pratiquants occasionnels
500 000 bateaux de plaisance en activité

Jean-François Fountaine souligne encore la recrudescence d'une pratique festive : <On le voit bien avec les rallyes, les navigations en flottilles, les grands rassemblements comme le Tour de Belle-Île et les événements nautiques exceptionnels comme le départ de la Route du Rhum : dès que la pratique est festive, c'est un succès ! Ce sont plus de 500 000 personnes qui ont participé à la Fête du Nautisme... Mais bien sûr, cela ne résout pas le problème du pouvoir d'achat.>


Navigation en eau trouble

Cannes, quel festival ! Cette photo prise sur le port de Cannes, alors que son salon nautique est encore en plein montage, ne révèle pas tout de la réalité : ce sont les très grandes unités de moteur, toujours plus nombreuses, qui constituent l'essentiel des transactions qui se jouent dans ce premier salon de la saison. Photo © D.R. (Festival de la plaisance de Cannes) Le bureau exécutif de la FIN avoue ne pas bien évaluer les répercussions des tressautements boursiers de cet été sur le secteur. <L'impact mécanique est une chose, s'essaie Yves Lyon Caen, mais il est difficile d'évaluer l'impact psychologique que cela aura. Dans six à huit semaines, on aura davantage d'indices.> La menace de nouveaux impôts, d'une diminution des crédits et de la suppression des niches fiscales particulièrement intéressantes dans certaines zones de location en concurrence directe avec des pays voisins proches, pourraient inquiéter tout autant. Et le vice-président d'indiquer qu'alors que le gouvernement envisage d'augmenter les attributions du Conservatoire du littoral, la FIN a indiqué qu'elle ne souhaitait pas que soient augmentés les droits de francisation qui le finance, en répercussion.

Les salons d'automne qui débutent demain, à Cannes, et la semaine prochaine à La Rochelle fourniront évidemment quelques pistes supplémentaires pour tâcher d'y voir plus clair dans une situation qui ne l'est pas plus que ça.
Pour ce qui est du concret, la FIN lancera au Grand Pavois son nouveau portail dédié à la location, organisé autour de nos îles d'Outre-Mer, afin de mieux vendre notre littoral... notamment aux étrangers. Histoire que nos activités locales bénéficient de l'aspiration de nos prétentions mondiales.