Salon de Düsseldorf, Grand Pavois de La Rochelle, Festival international de la Plaisance de Cannes, Salon nautique de Paris… Malgré une météo économique difficile, les Salons nautiques montrent la capacité de réaction et d'innovation des chantiers et des équipementiers. Analyse et tour d'horizon des nouveautés.

Actualité à la Hune

Nautic 2014 – Économie

La France aux deux visages

  • Publié le : 09/12/2014 - 00:01

Bali 4.5Nouvel acteur du marché du cata, le Bali 4.5 vise essentiellement le dynamique secteur de la location.Photo @ D.R. Catana

Des entreprises performantes dans un monde qui bouge, mais un marché intérieur déprimé. Voilà en bref le bilan de l'année 2014 que tirait la FIN en préambule du Nautic. État des lieux.

 

76,5 %. C'est le taux d'exportation des fabricants de voiliers français entre le 1er septembre 2013 et le 31 août 2014 – période sur laquelle la Fédération des Industries Nautiques (FIN) analyse les performances du secteur. Cocorico donc ! Le chiffre atteint même 82 % pour les mono et multicoques de plus de 15 mètres, un record.

La France reste donc bien le premier pays producteur de voiliers dans le monde et se déploie efficacement sur un marché qui semble vouloir retrouver le chemin de la croissance. Et ces chiffres sont le fait d'une Europe plus dynamique que l'an passé (+ 4,5%) – Royaume Uni, Scandinavie ayant clairement repris, l'Allemagne restant stable et solide. Dans le reste du monde, le ralentissement des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine Afrique du Sud), gênés notamment par des dévaluations de plusieurs monnaies en 2013,  est compensé par la reprise américaine. Une reprise qu'Yves Lyon-Caen, président de la FIN croit solide «car elle commence à se diffuser aux classes moyennes», socle historique de la consommation nautique.

Plusieurs tendances lourdes du marché doivent néanmoins pousser la FIN à tempérer son optimisme. Primo, c'est le secteur du multicoque habitable et lui seul qui tire la croissance (+13,6%). Les monocoques sont plutôt en baisse (-1%), particulièrement dans les petites tailles. Pas étonnant donc de voir de nouveaux acteurs sur le marché du multi : Bavaria a racheté Nautitech, Olivier Poncin est parti une nouvelle fois à l'assaut des plus grandes marques avec une nouvelle gamme (Bali). Plus confidentiel, l'Italien Comar se lance avec le Comet Cat 37 et il se dit dans les allées du Nautic que le groupe allemand Hanse cherche activement à créer ou racheter une marque sur ce segment.  Secondo, la croissance en valeur ne doit pas occulter une baisse globale des volumes. Ce n'est pas nouveau, mais on produit moins de voiliers qui sont par ailleurs plus gros, plus équipés, donc plus chers – ce qui sauve les statistiques...

 

Chantier Marée HauteFace à la raréfaction des client français, les petits chantiers comme Marée Haute, ici, n'hésitent pas à investir les salons étrangers.Photo @ Pierre-Marie Bourguinat

Le marché intérieur du neuf divisé par deux en huit ans. Dans ce domaine, le marché français devient préoccupant. S'il n'a baissé en valeur que de 3%, en nombre de transactions, c'est une toute autre histoire : -12% (source Affaires maritimes). 2014 s'inscrit dans une chute continue (excepté 2010/2011) depuis 2006 – et non depuis 2009 comme on l'entend souvent. En huit ans, le nombre de voiliers neufs immatriculés en France est passé de 3 902 à 1 881 – soit un recul de 52%.

Où sont passés nos clients ? Question clé à l'heure où le Nautic ouvrait ses portes. Si plusieurs nouveaux chantiers étrangers sont venus «tester» Paris, les poids lourds font parfois grise mine. Amel, exposant historique, a séché le Nautic et un responsable de grand chantier français s'interrogeait en off : «Nous sommes le seul pays européen qui organise trois grands salons en trois mois. Pour quel marché ? Si ça continue, nous prendrons tous des stands commerciaux à Paris et les nouveautés seront exposées à Düsseldorf...»

Avec des finances largement tributaires du Nautic, la FIN ne peut pas être insensible au problème. «Il n'y a pas durablement d'industrie nautique forte sans un marché intérieur fort», rappelait jeudi dernier son président, qui a commandé une enquête en collaboration avec la Fondation Bénéteau pour essayer de comprendre les nouvelles attentes des plaisanciers français. La synthèse des 1 400 questionnaires distribués devait être dévoilée mardi au salon. Une tardive mais bonne occasion de faire le point sur la sociologie de nos pratiques.

 

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Tableau de bord : L'économie nautique française 2014 en 5 chiffres clés

3,7 milliards d'euros. C'est le chiffre d'affaire de la filière en 2014. L'industrie (construction, équipements) représente un bon tiers, les services se taillant la part du lion.
72,4 % Taux d'export pour les voiliers. Il n'est que de 68% pour les bateaux à moteur.
5 % Baisse des effectifs dans la production, qualifiée de «modeste par rapport à l'adaptation au nouveau marché» par la FIN.
3 334. Le nombre de voiliers produits en France (2 234 habitables et 1 100 non habitables)
1 881. Le nombre de voiliers neufs vendus sur le territoire en 2014. A comparer aux 11 228 mutations de
propriété (occasion).