Actualité à la Hune

18e Transat 6.50 Charente-Maritime/Bahia

Une première étape lente, tactique et sélective !

Ils seront 79 à s'élancer dimanche, au large de La Rochelle, pour rejoindre Madère, terme de la première étape de la 18e Mini-transat. Si les éditions 2007 et 2009 se sont révélées une incroyable course de vitesse au portant - record à battre 5 jours et 15 heures entre La Rochelle et Madère, soit 8,11 noeuds de moyenne !-, cette première étape 2011 devrait se révéler plus lente et tactique - et peut-être déterminante. Analyse météo et revue d'effectifs.

  • Publié le : 23/09/2011 - 14:04

Bahia, c'est par là ! Bahia, c'est par là ! A l'image de Nicolas Boidevézi (Défi GDE), les 79 Minis s'élanceront dimanche de La Rochelle, cap sur Madère, puis le Brésil - soit 4 200 milles en solo. (Cliquez sur les illustrations pour les agrandir). Photo © Christophe Breschi (www.ricochets17.com) 73 hommes et 6 femmes, 17 nationalités, de 21 à 60 ans. 33 protos, 46 voiliers de série, 7 bateaux accompagnateurs... Comme tous les deux ans, la caravane Mini reprend sa route dimanche, à destination de Salvador de Bahia, au Brésil, après une halte à Madère. Si la seconde étape (3 100 milles) qui traverse Cap Vert et Pot au noir est le plat de résistance de cette course unique en son genre, la métaphore culinaire convient mal aux 1 100 milles qui séparent la Charente-Maritime de Madère.

Mini-Transat 2011 : le parcours Voici le parcours - classique - de la Transat 6,50 édition 2011. Une étape de La Rochelle jusqu'à Madère, puis le grand saut atlantique vers le Brésil. Le tout avec des phénomènes météo variés et piégeux ! Photo © G.P.O. Un hors-d'oeuvre ? Certainement pas ! On a beau avoir un gros coeur, connaître son bateau sur le bout des doigts, avoir dans les bottes les 2 000 milles de qualification réglementaires, traverser le golfe de Gascogne fin septembre seul sur un voilier de 6,50 mètres vous met toujours la sueur aux tripes.

Pas de panique cette année, les conditions au départ ne devraient pas être bien méchantes. Voire même un peu tristounes pour les photographes. Sur les pontons, c'est plutôt sur le nombre de jours de nourriture à embarquer que les uns et les autres feront des paris ce week-end...

Départ mou et du près ensuite...

A l'heure où nous bouclons ces lignes, c'est un petit vent de Sud-Est de 5 à 10 noeuds qui devrait gonfler les spis asymétriques dans les pertuis dimanche soir à 17 heures 17. Ce timing de départ, clin d'oeil au département de la Charente-Maritime (17), plongera dans l'obscurité la flotte quatre heures plus tard. Dans l'ensemble, les skippers se réjouissent tous <de rentrer rapidement dans le vif du sujet>. Chacun devra néanmoins conserver à l'esprit que 78 bateaux croisent dans le quartier, sans compter les pêcheurs, bateaux accompagnateurs et autres plaisanciers.

Les prévis météo pour le dimanche 25 Une situation figée, mais tactique : un anticyclone sur l'Europe, un front ondulant à l'Ouest de l'Espagne. D'une façon ou d'une autre, il faudra aller chercher le vent. La route vers Madère sera longue et les écarts pourraient être importants. (Cliquez sur les illustrations pour les agrandir). Photo © Bracknell De toute façon, la première nuit devrait être blanche pour beaucoup tant la tactique sera primordiale pour rejoindre avec le meilleur angle 48 heures plus tard le flux de Sud, Sud-Ouest qui se pointe au large de la Galice. Selon Jean-Yves Bernot qui a toujours le sens de la formule, <les gars ne risquent pas d'être défigurés par la vitesse ! La situation est bloquée pour environ cinq jours avec un gros anticyclone sur l'Europe. Le front avance peu, il y aura peut-être des petites dépressions secondaires à aller négocier pour basculer, mais rien de marquant. Ce qui est sûr, c'est que la route directe ne sera pas optimale...>

Même si les fichiers peuvent évoluer d'ici dimanche, le débat risque de se résumer à lofer pour accélérer au risque de se faire coller trop près de la pointe de l'Espagne. Ou bien faire du VMG pour gagner dans l'Ouest et rentrer dans du vent soutenu en premier. Mais au risque alors de courir trop de route. Un bon casse-tête, ce hors-d'oeuvre ! <C'est une situation plutôt incroyable et très complexe. Ce qui est certain c'est que le vent est à l'Ouest et que ça va partir par l'avant>, prévient Nicolas Boidevézi, skipper de Défi GDE, l'un des favoris.

Le premier à contourner l'Espagne aura obtenu le droit légitime d'aller faire un peu de bannette au près dans un flux de Sud-Sud-Ouest soutenu, mais pas trop méchant. Attention tout de même à ne pas s'endormir, car l'anticyclone des Açores, qui est faible, pourrait se reconstituer et fermer la porte après les premiers à l'arrivée sur l'archipel portugais.

Passionnante sur un plan tactique, il ne faudrait pas que cette première étape tue la course en créant des écarts irrattrapables sur l'autoroute des alizés... Toujours est-il qu'à ce jour, les routages donnent un temps de parcours de neuf jours au moins pour les protos, très loin donc des records de l'épreuve.

S'il fallait le rappeler, la Charente-Maritime/Bahia Transat 6.50 est la seule course au large en solitaire sans contact avec l'extérieur et sans aide à la navigation ou routage. La météo à bord d'un Mini ? Une planchette sur les genoux avec des fonds de carte vierge qu'on crayonne au son des bulletins diffusés par BLU par la direction de course, assis au milieu d'un capharnaüm de voiles et de matériel matossés. Tout un poème et un bon sens marin requis pour celui qui veut y voir clair. Sébastien Rogues (Eole Génération-GDF Suez), qui a déjà l'expérience d'une Mini, a préparé sa météo avec Marc Guillemot.

Les champs de vent pour le lundi 26 Les champs de vent prévus le lendemain du départ. Trouver la meilleure trajectoire pour rejoindre le flux de Sud organisé ne sera pas simple : la partie la plus puissante se trouve au large. Il faudra serrer les dents pour ne pas lofer vers la pointe de l'Espagne trop tôt... Photo © N.O.A.A. <On cherche à coller avec nos moyens d'analyse à bord. Les consignes de manoeuvres ou de changements de trajectoires correspondent plus à des valeurs barométriques qu'à des waypoints précis>. Nicolas Boidevézi qui travaille depuis quatre ans avec Jean-Yves Bernot, s'appuie sur un road-book pour les quatre premiers jours de course. <Au-delà, on a développé une méthodologie qui consiste d'abord à comprendre l'environnement et être capable de réagir quand le scénario change. Et puis, on a quelques fiches de rappel scotchées dans le bateau, du style "Comment passer un front ondulant, comment passer un front froid...">

Pour David Raison, <c'est d'abord important d'avoir une bonne vision de la situation qui va continuer à évoluer d'ici dimanche. Les routages, c'est une seconde étape, mais il faut d'abord avoir les cartes isobariques en tête>.

Les Minis à La Rochelle Toujours aussi colorée et excitante, la flotte des Minis dans les bassins de La Rochelle. Devant les 79 petites étraves, un grand océan - et la victoire, au bout ? Photo © Pierrick Garenne (GPO) Au jeu des pronostics

Qui entrera le premier dans la baie de Funchal, à Madère ? Impossible à dire. Un récidiviste à l'expérience affirmée ? Bertrand Delesne (Zone Large), second de la dernière édition, Nicolas Boidevézi (GDE Environnement), vainqueur du Mini-Fastnet ? Un régatier, particulièrement doué dans les petits airs comme Sébastien Rogues (Eole Génération-GDF Suez) ou le Suisse Etienne David (TeamWork) ? Ou bien la Mini sacrera-t-elle un bateau de dernière génération, pas forcément plus à l'aise dans les petits airs, mais plus puissants au près ? Faut-il parier sur le plan Manuard de Thomas Normand (Financière de l'Echiquier), ou bien sur le Lombard d'Antoine Rioux (Festival des Pains) ?

Il y a évidemment aussi le Teamwork Evolution de David Raison, avec ses formes de scow et son impressionnant potentiel au reaching et au près. David pourrait faire merveille dans la descente le long de l'Espagne mais sera-il autant à la fête dans les premières heures de course ? Et le Finot-Conq de Guillaume Le Brec ? Redoutable en descente dans le vent et vainqueur de la dernière édition alors qu'il datait déjà de 2007, peut-il faire le doublé ? Sur le papier, il y a près d'une dizaine de couples marin-proto qui peuvent légitimement prétendre commander les bières pour les camarades à l'arrivée de Funchal.

En série, un des favoris manquera à l'appel, mais sera dans les coeurs de tous dimanche. Jean-Marc Allaire a été retrouvé mort noyé sur une plage du Cap Ferret (33), le 12 septembre - une chute à la mer qui a eu lieu alors que Jean-Marc convoyait son Pogo 2 à La Rochelle. Ce jour-là, les conditions de mer étaient brutales dans les passes du bassin d'Arcachon, Jean-Marc portait un gilet, mais sa longe de harnais a été retrouvée à l'intérieur de son bateau...

Dimanche en fin d'après-midi, la procédure de départ fera huit minutes et non sept, la dernière étant consacrée à la mémoire de Jean-Marc, que les 79 Minis honoreront en laissant leurs voiles faseyer sur la ligne. <Ce drame nous rappelle que la mer est hostile>, explique Sébastien Rogues, qui a connu dans sa vie de Ministe une alerte en tombant de son bateau à l'arrivée d'une course en 2008, repêché in extremis. Comme beaucoup de concurrents, Sébastien sait que la seule vraie sécurité consiste à s'attacher, <même si je ne le fais pas tout le temps>. <Il faut y penser ,car on fait un sport égoïste, dit-il. En partant, on laisse des gens derrière nous. Voir le chagrin des proches fait beaucoup réfléchir. En tout cas, chacun d'entre nous portera une partie de Jean-Marc jusqu'à Bahia...>


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Retrouvez ici le site de la course

En complément

  1. jean-marc allaire et son mini n deg;464 12/09/2011 - 17:23 Mini 6,50 Jean-Marc Allaire tombé à l'eau au large de Cap-Ferret Le corps de Jean-Marc Allaire, skipper du Pogo 2 Baker Tilly-Ag2r La Mondiale, qui devait courir la Transat 6,50 2011, fin septembre, a été retrouvé à la côte après que son bateau a été repéré vide par un chalutier au large de Cap-Ferret.
  2. adrien ducroz 09/09/2011 - 05:31 Transat 6,50 Charente-Maritime / Bahia Aurélien Ducroz, tout schuss dans la Mini ! Il était skieur, champion du monde de freeride. Il ne connaissait presque rien à la mer. Pourtant, Aurélien Ducroz est venu chercher une deuxième vie dans la Mini. Réjouissante épreuve ! 80 bateaux seront au départ de la 13e Transat 6.50, le 25 septembre. 80 trajectoires différentes – et autant d’histoires. En complément du dossier consacré à la course dans le numéro d’octobre de Voiles et Voiliers (en kiosque le 16 septembre), voici l'interview vivifiante d’Aurélien Ducroz !
  3. raison de plus  02/08/2011 - 10:36 Transgascogne 2011 - Mini 6,50 David a fait entendre raison ! Deuxième de la seconde étape de la Transgascogne entre Ribadeo (Espagne) et Port Bourgenay derrière Thomas Normand (Financière de l'Echiquier), mais vainqueur de la première manche voici quelques jours, David Raison a donc au final enlevé l’épreuve sur son drôle de proto TeamWork Evolution.
  4. raison l rsquo;a emport eacute;  28/07/2011 - 00:01 Transgascogne 2011 - Mini 6,50 Raison l’a emporté ! Le Mini 6,50 de David Raison vous a déjà été montré sur ce site et dans notre magazine – les speed-tests de son curieux proto étaient affolants. Et c’est avec deux heures d’avance sur Sébastien Rogues et Nicolas Boidevezi que David (TeamWork Evolution) a remporté la 1ère étape de la Transgascogne.
  5. boidevezi et bourgu egrave;s vainqueurs d rsquo;un pouill egrave;me  22/06/2011 - 09:04 Mini-Fastnet / 6,50 Boidevezi et Bourguès vainqueurs d’un pouillème ! Sale temps, belle victoire ! Couru vers Cordouan (bouée BXA), et non le mythique phare irlandais, le Mini-Fastnet a vu la victoire de Nicolas Boidevezi-Laurent Bourguès (Défi GDE), juste devant Normand-Duthil (Financière de l’Echiquier) et Le Brec-Gabart (Occamat/ADT). «Une guerre des pouillèmes !»