Actualité à la Hune

En direct de la 33e Coupe de l’America à Valence

USA-17 enlève la Coupe à tire-d'aile ! La 2e manche à la loupe et les premières analyses

Une démonstration. De puissance, d'efficacité, de détermination, de lucidité. Deux victoires à zéro - avec respectivement plus de 15 et plus de 5 minutes d'avance. USA-17, son aile et son équipage, ont surclassé Alinghi 5 lors de la 33e Coupe de l'America, disputée à Valence. Pas toujours inspiré lors des phases de pré-départ, le defender suisse a par ailleurs connu un certain déficit de vitesse et de fluidité... sauf lorsque Loïck Peyron a pris la barre, notamment lors du bord de près de la deuxième régate. Quoi qu'il en soit, la Coupe retourne donc aux Etats-Unis. Que va-t-elle devenir ?

  • Publié le : 14/02/2010 - 08:27

Valence - Régate 1 - Le refus de tribord d'Alinghi 5 James Spithill, à la barre d'USA-17, vient d'entrer tribord amures à 24 noeuds sur la zone de pré-départ. Alinghi 5, bâbord amures, vient curieusement le bloquer - la pénalité est inévitable pour le defender. Photo © Gilles Martin-Raget (BMW-Oracle Racing) USA-17 : 1 / Alinghi 5 : 0.

USA-17 a remporté la première manche avec 15 minutes 28 secondes d'avance (3 minutes et 21 secondes d'avance à la bouée au vent).
Alinghi 5 a écopé d'une pénalité (360°) lors de la phase de pré-départ pour refus de tribord (voir ci-contre).

USA-17, moyenne bord de près : 20,2 noeuds
Alinghi 5, moyenne bord de près : 19,4 noeuds

USA-17, moyenne bord de portant : 23,5 noeuds
Alinghi 5, moyenne bord de portant : 20,7 noeuds

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Cette deuxième régate sera-t-elle celle de la revanche pour Alinghi 5 ou de la victoire totale pour USA-17 ?

Après la nette domination du trimaran ailé, au près comme au portant, lors d'une manche pourtant peu ventée, le defender peut logiquement craindre de perdre le pichet d'argent. Mais, n'est-ce pas, rien n'est jamais acquis avant le passage de la ligne...

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(Dernière màj : dimanche, 19h33).




LA MÉTÉO DU JOUR

Valence : la météo pour la matinée du dimanche 14 février Comment se présente le début de matinée à Valence (cercle noir) ? Un peu comme vendredi : du vent de Nord qui devrait peu à peu tourner à l'Est, puis au Sud-Est. Jouable, donc ? Oui... Mais les conditions instables du début de matinée ont obligé les organisateurs à retarder le départ à midi. Photo © D.R.

LE DÉROULÉ DE LA RÉGATE


Valence : la zone de départ des régates La zone de départ des deux multicoques géants est soigneusement balisée et protégée. (Cliquez sur les illustrations pour les agrandir). Photo © D.R. 08h27 : le week-end dernier, BMW-Oracle Racing ayant gagné le tirage au sort, c'est USA-17 qui est entré tribord lors de la première régate (et ce sera le cas lors de la troisième, si elle s'avère nécessaire).
Aujourd'hui, c'est donc Alinghi 5 qui bénéficiera de cet avantage lors de la phase de pré-départ.

08h46 : le Comité de course a décidé de retarder la procédure de départ de 10h00 à 11h54. Le coup de canon ne devrait donc retentir au plus tôt qu'à midi. Cela est dû au vent, assez instable en début de matinée, qui devrait s'établir au Sud-Sud-Est en milieu de journée. Harold Bennett, directeur de course : <Les prévisions annoncent que le vent de mer de cette nuit doit tomber ce matin. La mer doit s'aplanir et un vent de Sud-Est doit rentrer. Si c'est le cas, nous devrions avoir de 6 à 8 noeuds de vent et régater assez proches des côtes.>

09h11 : Alinghi 5 vient de quitter son ponton et sort du port de Valence.

09h22 : composition de l'équipage de USA-17, 10 équipiers, les mêmes que pour la régate de lundi, de mercredi et de vendredi.
Brad Webb (NZL) : numéro un. Simone de Mari (ITA) : piano. Ross Halcrow (NZL) : régleur gennaker. Dirk de Ridder (NED) : régleur de l'aile. Joey Newton (AUS) : régleur du chariot de l'aile. John Kostecki (USA) : tacticien. James Spithill (AUS) : skipper-barreur. Matteo Plazzi (ITA) : navigateur. Thierry Fouchier (FRA) : piano et régleur des voiles d'avant. Matthew Mason (NZL) : inclinaison de l'aile.

09h31 : la météo confirme un très léger vent de Sud pour midi, s'orientant Sud-Ouest 6-8 noeuds dans l'après-midi. Pour l'instant, il fait très beau, grand ciel bleu, et... très très froid !

09h37 : USA-17 vient de quitter le port de commerce sous aile seule.

09h56 : composition de l'équipage d'Alinghi 5, 14 équipiers (les mêmes que lundi, mercredi et vendredi), dont Ernesto Bertarelli (barreur), Loïck Peyron et Brad Butterworth.
Numéro 1 : Piet van Nieuwenhuijzen (NED). Pont-avant : Curtis Blewett (CAN). Piano : Rodney Ardern (NZL). Régleur près : Simon Daubney (NZL). Régleur portant : Nils Frei (SUI). Régleur grand-voile : Warwick Fleury (NZL). Chariot : Pierre-Yves Jorand (SUI). Barreur : Ernesto Bertarelli (SUI). Tacticien : Brad Butterworth (NZL). Bastaques : Murray Jones (NZL). Navigateur : Juan Vila (ESP). Plage avant : Jan Dekker (RSA/FRA). Equipier <flottant> et co-barreur : Loïck Peyron (FRA). Pré-départ : Peter Evans (NZL).

10h19 : le directeur de course, Harold Bennett, vient se sortir en mer avec son équipe. <Nous préparons un départ à midi, mais je ne suis pas sûr que la brise sera déjà là. Nous devons attendre que la brise de mer tombe, pour que la rotation au Sud, puis au Sud-Est s'effectue.>

10h51 : on rélève 3 noeuds au 325 à la marque 1 et 4-5 noeuds au 280 à la marque 2.

10h53 : l'Espagnol Juan Vila, navigateur d'Alinghi 5, espère un vent plus faible que lors de la première régate. <Des conditions plus légères nous redonnent de l'espoir. Nous avons optimisé le bateau pour cela...> <Nous avons eu une journée difficile vendredi, mais tout reste possible, renchérit Nils Frei, régleur suisse. Nous devrions avoir du petit temps et la régate s'annonce tactique>. <Le moral est bon, nous sommes prêts à y aller>, conclut Murray Jones, stratège néo-zélandais d'Alinghi 5.

11h25 : Harold Bennet, directeur de course, vient de demander aux deux concurrents de rester en stand-by. Il souflle 3 noeuds de vent sur la zone de départ, située à une dizaine de milles au Nord de Valence. Une petite houle de Nord-Est agite le plan d'eau.

11h45 : le départ va sans être un peu retardé. Il n'y a que 3,5 noeuds de vent au 340 à la première marque, et 5,5 noeuds au 310 à la seconde. Une brise faible et instable, pas encore établie au Sud-Sud-Est. [Rappel : sur le compas, l'Ouest est au 270, le Nord au 360 (ou au 0). 310 et 340 correspondent donc respectivement à Nord-Ouest et à Nord-Nord-Ouest].

11h53 : pavillon AP hissé (Aperçu). Le départ est donc retardé.

12h31 : 3 noeuds de vent au 290 à la première marque, 2-4 noeuds au 285 à la seconde. Vent quasi-nul sur la zone de départ. Les deux multicoques attendent à quelques milles du bateau-comité.

12h49 : vent faible au large de Valence. Le soleil tape, la chaleur monte - et notamment à terre, bien sûr. Une légère brise thermique commence à se faire sentir, mais qui entre en conflit avec le vent synoptique déjà en place. De leur confrontation... naît une annulation presque totale du vent, pour l'instant. Le comité rapproche le parcours de la côte. Sans doute s'attend-il à ce que le synoptique de Sud-Est l'emporte ?

13h47 : le nouveau parcours est mouillé à 3 milles plus à l'Ouest. Sur la zone de départ, la bascule semble s'installer, avec 4 noeuds au 180 (Sud). Mais il n'y a encore que 3,5 noeuds au 130 (Sud-Est) à la première bouée et 1,5 noeud au 240 (Ouest-Sud-Ouest) à la seconde.

14h13 : vent toujours faible sur l'ensemble de la zone. Deux noeuds de vent au 90 (Est) autour des deux bouées du parcours.

14h30 : le Comité vient de demander aux bateaux-spectateurs de s'écarter de la zone de départ. Un (bon) signe ? On relève 3 noeuds de Sud-Est à la première bouée et 6,5 noeuds au bateau-comité.

15h01 : le vent, maintenant établi au Sud-Sud-Est, reste assez faible, 3 à 4 noeuds. Mais Harold Bennett a fait savoir qu'il pouvait lancer un départ jusqu'à 16h30 et qu'il se donnerait toutes les chances d'y arriver.

15h33 : le vent semble s'établir au 150, cette fois, 4-5 noeuds. Et, dans les bouffes de vent, USA-17 commence à décoller !

15h45 : le vent monte graduellement - de 8 à 9,5 noeuds sur la zone de départ, orienté au 115 (Est-Sud-Est). Et il y a maintenant 6 noeuds au 100 (soit quasiment Est) à la seconde marque. Le Comité est en train de déplacer la première. Ça se précise, dirait-on !

16h03 : le nouveau parcours est mouillé. Le vent est identique sur l'ensemble du parcours, de 4,5 à 6 noeuds au 95-100° (Est).

16h06 : le Comité vient de mouiller la bouée de la ligne de départ.

16h09 : comme vendredi, le parcours sera tribord. Toutes les marques seront donc à laisser à tribord.

16h15 : procédure de départ lancée ! Nous sommes dans les 10 minutes !

16h18 : Larry Ellison, le patron de BMW-Oracle Racing, est à bord et va rester pendanrt la régate. Il semble que Russell soit lui aussi resté sur USA-17.

16h19 : pavillon affalé. Nous sommes dans les 6 minutes !

16h21 : Alinghi 5 entre tribord... mais très tard et venant d'une zone interdite pour lui : il était en dessous et non au-dessus de la ligne de départ au moment du coup de canon des 5 minutes ! Du coup, Alinghi prend une pénalité ! Et USA-17 est parti loin de la ligne, hors de portée de son adversaire !

16h25 : top départ ! Magnifiquement pris par USA-17, tribord amures, lancé, alors qu'Alinghi vire et part plusieurs secondes derrière, bâbord amures vers la droite du plan d'eau.

16h28 : USA-17 vire et couvre Alinghi. Le trimaran a environ 350 mètres d'avance, et marche à 17-18 noeuds contre 16-17 pour Alinghi.

16h33 : USA-17 a toujours 300 mètres d'avance.

16h37 : l'avance de USA-17 est de plus de 400 mètres maintenant.

16h38 : Alinghi vire.

16h41 : les bateaux vont croiser pour la première fois ! Alinghi semble avoir repris du terrain ! USA-17 vire à son tour. Alinghi mène maintenant de 70 mètres !

16h42 : on peut noter qu'Alinghi porte un petit solent, qui a l'air très efficace au près malgré le peu de brise. Les deux bateaux dansent et tanguent sur un fond de houle.

16h44 : l'avance d'Alinghi se maintient et augmente même : 200 mètres ! Le cata semble beaucoup plus équilibré que vendredi, naviguant plus harmonieusement, à gîte presque constante, comme USA-17. Une vraie régate se déroule sous nos yeux !

16h53 : les deux bateaux, tribord amures, filent vers la bouée au vent. Vitesses : de 17 à 20 noeuds. Alinghi mène maintenant de 400 mètres !

16h59 : depuis la fin du premier virement, c'est Loïck Peyron qui tient la barre d'Alinghi 5.

17h05 : Alinghi 5 mène de 530 mètres devant USA-17. Un total renversement par rapport à vendredi !

17h07 : nous sommes à 11 minutes de la layline qui mènera à la première bouée, à laisser à tribord. Sur cette première partie du parcours, on a assisté à une bascule vers la droite qui a avantagé Alinghi, puis un retour à gauche qui redevient un peu favorable à USA-17.

17h15 : Alinghi vient de déployer un pavillon rouge de réclamation - pourquoi ? Et son avance n'est plus que de 250 mètres.

17h16 : USA-17 vire, il est maintenant bâbord amures vers la bouée. Les deux bateaux foncent l'un vers l'autre. Alinghi est devant, et tribord. Il va peut-être forcer USA-17 à virer ? Suspense. L'avance d'Alinghi a fondu ! Les deux bateaux se rapprochent. Alinghi est devant. USA-17 est sur la layline, mais Alinghi croise devant. Cela dit, il doit virer à son tour ! Un virement assez lent - peut-être un peu tardif ? Tous deux foncent vers la bouée. USA-17 devant. Alinghi derrière, mais au vent.

17h23 : USA-17 mène, mais de peu - une centaine de mètres.

17h24 : USA-17 passe la première bouée avec 28 secondes d'avance !

17h27 : USA-17 file à 26-30 noeuds vers la deuxième bouée, Alinghi un peu moins vite.

17h33 : USA-17 a maintenant 850 mètres d'avance sur Alinghi 5.

17h37 : à mi-chemin de la deuxième bouée, l'avance de USA-17 est de 1 100 mètres. Le trimaran mené par James Spithill est flashé à 33 noeuds !

17h50 : sur Alinghi 5, on se prépare à changer le solent pour un gennaker, afin de tenter quelque chose pour réduire l'écart. Sur les deux bateaux, on note le travail incessant du chariot de GV (Alinghi) et du braquage et de la cambrure de l'aile (USA-17), le tout rendu possible par les moteurs à bord.

17h53 : USA-17 passe la deuxième bouée en tête, avec 1 800 mètres et 2 minutes et 44 secondes d'avance sur Alinghi 5.

17h54 : Alinghi 5 change son petit solent n°3 pour un plus grand.

18h04 : ce changement de voile d'avant n'apporte pas grand-chose à Alinghi 5. Avec son moment de redressement supérieur (donc sa plus grande puissance), USA-17 fait encore parler la poudre sur ce bord de largue : son avance est de 2 200 mètres.

18h10 : gonflé, USA-17 affale son solent et hisse un grand gennaker en bout de bout-dehors !

18h16 : USA-17 est à 4,5 milles de l'arrivée. Et Alinghi 5 est à plus d'un mille derrière lui. Le vent est semble-t-il un peu tombé. Les bateaux vont entre 18 et 24 noeuds <seulement> maintenant.

18h25 : la lumière tombe peu à peu. USA-17 est 2 150 mètres devant Alinghi 5, qui déballaste. Le vent est de plus en plus faible.

18h28 : USA-17 doit empanner pour passer la ligne ! Alinghi 5, lui, continue et va essayer de faire la ligne sur le même bord, car il est descendu un peu mieux.

18h31 : TOP ARRIVÉE POUR USA-17, qui remporte la seconde manche - et la 33e Coupe de l'America !
Il s'impose avec 5 minutes et 26 secondes sur Alinghi 5.

Mais Alinghi 5 a toujours son pavillon rouge de réclamation - personne ne sait encore pourquoi.

Notez que USA-17 est le premier challenger à s'imposer lors d'une Coupe de l'America courue sous la prééminence du <Deed of Gift> originel. La Coupe revient aux Etats-Unis, qu'elle avait quittés en 1995.

Les concurrents et les bateaux accompagnateurs, feux allumés, retournent vers Valence alors que la nuit tombe. A bord de USA-17, sous aile seule, les équipiers se congratulent et se prennent en photo, les flashes crépitent. Valence, illuminée, pointe à l'horizon.

18h53 : en fait, Alinghi fait savoir qu'il ne protestera pas, malgré son pavillon rouge de réclamation hissé vers le deuxième tiers du premier bord de près. Brad Butterworth expliquera finalement, lors de la conférence de presse, que l'équipage pensait que, lors du premier près, une des bascules de vent avait excédé les 30 degrés <autorisés> par les Instructions de course. Finalement, les hommes d'Alinghi décideront de retirer ce <protest>.

Juste après la victoire à bord de USA-17 USA-17 vient de passer la ligne d'arrivée - et de gagner la 33e Coupe de l'America. Tandis que la nuit tombe, le trimaran ailé fait route vers Valence, embarquant au passage quelques membres de l'équipe américaine. Photo © Guilain Grenier (BMW-Oracle Racing)


19h33 - Analyse à chaud : quel bilan rapide peut-on tirer de ces deux régates
?

> L'aile d'USA-17 a fait la preuve de son efficacité, de sa puissance, de son rendement à toutes les allures.

> L'aile d'USA-17 a prouvé sa fiabilité lors de deux courses d'une quarantaine de milles (certains pointaient du doigt ses brèves sorties d'entraînement et mettaient en doute sa capacité à tenir toute une régate).

> L'aile d'USA-17 a fait la preuve de sa facilité de réglages et de sa souplesse d'utilisation, surtout au vu du peu d'entraînement de l'équipage en navigation. Cette voie était osée, et il est tout à l'honneur de l'équipe de BMW-Oracle Racing de l'avoir tentée - et si magnifiquement réussie en si peu de temps.

> L'électronique embarquée d'USA-17, certainement très puissante (250 capteurs, 5 calculateurs) a parfaitement secondé les équipiers du trimaran, facilitant leur contrôle des voiles, de l'angulation de l'aile et peut-être de la gîte du bateau. Larry Ellison n'est pas le patron d'Oracle pour rien... Et cela ne retire rien au fabuleux talent d'équilibriste de James Spithill.

> La plate-forme d'USA-17, décriée par certains pour son conservatisme, a su évoluer et montrer toute sa valeur sur petit clapot et houle plus formée. Le trimaran signé VP-LP a aussi su encaisser la puissance de l'aile et de ses voiles d'avant. Sa structure, à la fois saine et souple, et ses formes tendues ont su transformer la puissance en vitesse.

> La cellule arrière d'USA-17 et son barreur ont montré toute leur valeur, notamment lors des phases de départ, puis lors de certains temps forts de tactique et de stratégie, par exemple à la fin du long bord de près de la seconde manche. Agressivité, maîtrise et et lucidité.

> Inversement, la cellule arrière d'Alinghi 5 a fait coup sur coup deux grosses erreurs lors des phases de pré-départ : refus de tribord lors de la première régate et mauvais positionnement doublé d'un mauvais timing lors de la seconde. Les pénalités encaissées n'ont rien changé au résultat final mais, dans un cas comme dans l'autre, ont dû quelque peu entamer la sérénité du début de course.

> Les performances d'Alinghi ont globalement déçu. Certes, la première régate a peut-être vu le cata suisse moins bien optimisé et moins judicieusement toilé que son adversaire (ce qui reste de toute façon une des bases de la régate) - et en tout cas moins facilement adaptable à des conditions changeantes. Mais seul le premier près de la deuxième manche, quand Loïck Peyron a pris la barre, a montré ce que valait réellement le defender. Au reaching, il était cependant logique qu'il aille moins vite que le trimaran, celui-ci étant doté d'un moment de redressement supérieur - donc d'une puissance intrinsèquement plus grande.

> Au chapitre des surprises, notons la très belle manoeuvrabilité d'Alinghi 5 (l'abattée, l'empannage et le départ de la première régate restent un modèle du genre) et, comparativement, la relative lourdeur, parfois, du trimaran dans certaines phases de transition.

> Reste maintenant la question du futur de la Coupe. Où se courra la 34e édition ? A San Diego ? A Valence ? Larry Ellison aime la cité espagnole, et il l'a répété lors de la conférence de presse, dimanche soir. Mais on l'imagine quand même mal s'éloigner à ce point de ses bases américaines. Et sur quel type de bateaux ? Mono ou multi ? Coutts et Ellison n'ont jamais caché leur préférence pour une Coupe multi-challengers. Ce qui nous oriente plutôt vers des monocoques, par exemple des Class America d'un nouveau genre ? Russell, voici quinze jours à Valence, expliquait du bout des lèvres que, <peut-être, des sortes de super RC 44 constitueraient une solution envisageable>... A suivre !

La 33 Coupe de l'America au GGYC ! C'est fait ! Le Golden Gate Yacht-Club a remporté la 33e édition de la Cup ! De gauche à droite : James Spithill (barreur), Russell Coutts (numéro deux du défi), Larry Ellison (patron du défi américain) et John Kostecki (tacticien). Photo © Guilain Grenier (BMW-Oracle Racing)

ILS ONT DIT

Quelques déclarations lors de la conférence de presse

Ernesto Bertarelli (SUI), propriétaire et barreur, Alinghi : <Je suis très fier de mon équipe et de ce que nous avons accompli ces dix dernières années. Il y a sûrement des choses que nous aurions pu faire différemment mais sur la globalité, je n'ai pas de regret. Bravo Larry, bravo Russell, well done. Je tiens à féliciter le team BOR pour ce qu'il nous a montré sur l'eau, comme sur l'impressionnant travail réalisé, en design et en développement. Leur bateau était plus rapide. Ils l'ont mis plus tôt que nous à l'eau et ont donc beaucoup appris avant nous.
Nous avons été surpris par l'aile et nous avons sûrement minimisé son impact. Sur la première manche, j'ai - et nous avons - été très surpris dès les 25 premières minutes. Aujourd'hui au reaching, c'était encore plus frappant, nous avons changé de génois mais à chaque fois, l'aile était plus rapide, plus réactive et plus efficace. (...)
Je vais maintenant attendre de savoir comme va se dessiner la prochaine l'America's Cup et ce que Larry et Russell vont proposer, avant de me décider.>






Brad Butterworth (NZL), tacticien, Alinghi :
<Je pense que nous avons eu deux vraies courses. Malheureusement, il n'y en a eu que deux. Je voudrais féliciter BMW-Oracle Racing d'avoir conçu, construit et réussi à pousser si fort un tel bateau. Je voudrais remercier tout ceux qui ont travaillé avec nous. 




A propos d'aujourd'hui, nous voulions la droite de la ligne et nous étions un peu déconcertés par ce départ donné si tard dans la journée. Nous étions en retard et nous avons eu ensuite du mal à empanner pour aller là où nous voulions sur la ligne. Nous avons donc récolté une belle pénalité, ce qui en faisait deux en deux courses...on aime bien que ce soit équilibré (rire). Après, nous sommes parvenus à obtenir le côté que nous voulions - la droite - , et je pense que nous avons eu plus de pression. Concernant, le drapeau de "protest" que nous avons hissé pendant la course, c'est par ce que nous estimions ne pas avoir pu tirer suffisamment de bénéfices de notre option à droite, en raison d'une bascule trop forte (limitée à 30 degrés dans les Instructions de course).>






Larry Ellison (USA), fondateur et propriétaire de BMW-Oracle Racing : <Nous avons déjà un Challenger Of Record. Nous tiendrons prochainement une conférence de presse à ce sujet. Concernant le lieu de la prochaine édition, San Francisco est un bon endroit pour régater, mais pour organiser une America's Cup multi-challengers, il faut d'importantes infrastructures, à l'image du travail incroyable fait à Valence. La décision ne peut pas se prendre à la légère et nous allons échanger avec les lieux possibles avant de décider où sera organisée la 34e America's Cup. Nous sommes ouverts à toutes les options. Nous allons parler avec San Francisco, comme avec Valencia qui a été une ville hôte fantastique pour les deux dernières America's Cup. Et comme vous le savez, nous avons beaucoup insisté pour que cette édition ait lieu ici. Je peux aussi vous dire que pour la 34e America's Cup, les juges seront indépendants, comme l'organisation qui sera en charge de l'organisation et le terrain de jeux sera le même pour tous les concurrents.>



Russell Coutts (NZL), directeur de l'équipe, BMW-Oracle Racing : < Il y a encore deux mois, je ne savais pas si nous avions travaillé dans le bon sens et suffisamment pour battre Alinghi. Une équipe dans laquelle j'ai été, dont je connais la force et avec laquelle j'ai gagné l'America's Cup. J'espère sincèrement les voir très vite de retour et se battre pour tenter de remporter le trophée à nouveau. 


Je pense que pour les prochains bateaux, nous devrions trouver un consensus avec le reste des personnes impliquées dans l'America's Cup. Ce serait irresponsable pour l'une des parties de prendre des décisions au nom de tous les autres. Vous devez vraiment bien réfléchir à ce que vous faites. C'est un trophée qui a 159 ans, nous devons prendre soin de lui.>

James Spithill (AUS), skipper/barreur, BMW-Oracle Racing : <Cette America's Cup a été une expérience unique, pour toute l'équipe mais surtout pour les marins. Sur le bateau, il n'y avait pas grand monde qui avait une expérience du multicoque. Pour moi personnellement c'était vraiment un sacré défi, une montagne à gravir. Heureusement, j'ai pu vraiment compter sur Franck Cammas et l'équipe de Groupama, ainsi que Glenn Ashby, Roman Hagara et beaucoup d'experts des multicoques. Je n'aurai vraiment pas pu atteindre ce niveau sans leur aide et leur soutien.>


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LE DEFENDER
Alinghi 5 : les chiffres officiels

Le catamaran Alinghi 5, defender suisse A la barre du catamaran suisse Alinghi 5, son propriétaire. Rien d'étonnant : Ernesto Bertarelli régate depuis toujours sur le lac Léman - et en multicoque. Il sera parfois remplacé par Loïck Peyron. Photo © George Johns (Alinghi) Catamaran en carbone composite.

Patron du défi : Ernesto Bertarelli (SUI)
Barreurs : Ernesto Bertarelli (SUI) et Loïck Peyron (FRA)

Longueur hors-tout : nc
Longueur flottaison : 90 pieds (29,70 mètres).
Largeur : équivalente à deux terrains de tennis côte à côte
Tirant d'eau : nc
Tirant d'air : le mât pivotant et basculant équivaut à la hauteur d'un immeuble de 17 étages (*)
Grand-voile : nc
Gennaker : 1 100 mètres carrés
Surface de voile au près : nc
Surface de voile au portant : nc
Poids annoncé : nc

Architectes : le Design Team est composé de 23 personnes et coordonné par Grant Simmer. Rolf Vrolijk est à la tête de cette équipe en tant que premier architecte.
Chantiers : Alinghi Villeneuve et Décision Corsier, SUI
Heures de travail nécessaires à la construction : 100 000
Surface de carbone utilisée : 30 000 mètres carrés

(*) A Valence, l'équipe suisse a semble-t-il changé de mât pour adopter un espar plus haut, dont on peut supposer qu'il atteint 70 mètres. De ce fait, la voilure a également été augmentée.



LE CHALLENGER
USA-17 : les chiffres officiels

USA-17 : un véritable avion ! Ce plan de François Chevalier illustre à merveille l'invraisemblable élancement de l'aile du trimaran américain. A raison de neuf panneaux d'environ 8 mètres, on obtient 72 mètres réels d'envergure ! Photo © François Chevalier Trimaran en carbone composite

Patron du défi : Larry Ellison (USA)
Barreur : James Spithill (AUS)

Longueur hors-tout estimée : 115 pieds (37,95 mètres)
Longueur flottaison : 90 pieds (27,60 mètres)
Largeur : 90 pieds (27,60 mètres)
Poids annoncé : nc (estimé : 11,9 tonnes).
Tirant d'eau : nc

Aile pivotante et basculante : carbone, Kevlar et toile aéronautique.
Composition : un élément principal et neuf volets réglables.
Tirant d'air de l'aile : 68 mètres (*)
Corde de l'aile : de 3 à 14 mètres
Epaisseur de l'aile : de 50 cm (haut) à 2 mètres (tiers inférieur)
Poids de l'aile : 3,5 tonnes
Surface de l'aile : 650 mètres carrés
Génois : 620 mètres carrés
Gennaker : 780 mètres carrés.
Surface de voilure au près : 1 270 mètres carrés
Surface de voilure au portant : 1 430 mètres carrés

Architectes : Van Peteghem/Lauriot-Prévost, BOR Design Team, Mike Drummond, 30 designers et scientifiques
Chantiers : Core Builders, Anacortes (WA), USA ; Hall Spars, Bristol (RI), USA
Heures de travail nécessaires à la construction : 150 000

(*) A Valence, l'équipe de BMW-Oracle a installé un volet supplémentaire en haut de l'aile, comme plusieurs de ses membres l'avait d'ailleurs laissé entendre dans les interviews publiées sur notre site.


LE TERRAIN DE JEU

Valence : le terrain de jeu Voici le terrain de jeu de la 33e Coupe de l'America, disputée au large de Valence, Espagne. Vaste ? Et comment : il mesure 55 milles sur 35. C'est qu'il faut, quelle que soit la direction du vent, pouvoir y insérer des parcours de régate d'une quarantaine de milles ! Photo © D.R.