Nicolas Luven, 26 ans, vainqueur de la 40e Solitaire du Figaro.
Note :
À 26 ans, Nicolas Lunven remporte sa première victoire sur le Figaro.
Photo © Frédéric Augendre
Nicolas Lunven vient de remporter la 40e Solitaire du Figaro à 26 ans, à sa troisième participation.
Le parcours n'est pas banal.
Seuls deux autres coureurs avant lui - Kito de Pavant et Michel Desjoyeaux - s'étaient ainsi imposés à leur troisième coup d'essai, dans cette classique estivale qu'un observateur a un jour nommé "l'ENA de la course au large".
Jusqu'ici méconnu, le coureur de CGPI avait fait ses classes dans les courses du RORC, en match-race et en Open 7.50...
Redoutablement <zen> sur l'eau (le mot est de l'entraîneur finistérien Christian Le Pape), Lunven est à terre comme il navigue. Aussi ne fallait-il pas s'attendre à le voir, à son arrivée en vainqueur à Dieppe, tenter le saut périlleux arrière sur le ponton. Le jeune coureur est un animal à sang froid.
Une anecdote révélatrice de son tempérament : leader au départ de la troisième étape, il embarque sans la feuille du classement général qui lui aurait permis de tenir ses comptes.
Raisonnable et pas fiérot, il n'envisage pas aujourd'hui sa victoire comme un tremplin, mais prévoit de rester en Figaro pour <faire ses preuves> avant de viser plus haut (ou plus gros).
v&v.com : Dans quel état physique avez-vous terminé ce Figaro ?
Nicolas Lunven : La victoire efface les traces de fatigue. Mais, même lors de la dernière nuit en mer et la dernière demi-journée, j'étais encore assez frais pour me battre. La traversée de le Manche de nuit a été un enfer du point de vue des algues : nous en prenions sans arrêt, et je n'ai cessé de doubler des concurrents qui ne devaient pas veiller suffisamment, ou être assez vigilants.
v&v.com : Troisième participation au Figaro, une victoire ...
NL : C'est peu, c'est beau. Il y en a qui courent après une victoire pendant des années, j'y arrive à vingt-six ans et au troisième coup. Oui, c'est super.
v&v.com : Quatorzième la première année, 17e pour votre deuxième participation, vous venez de franchir une sacrée marche !
NL : En 2007, j'avais gagné le classement bizuth - il faudrait regarder les statistiques, mais 14e pour un bizuth, cela devait pas être mal, j'étais content de moi. L'an dernier, je m'étais préparé très tardivement, en récupérant le bateau au dernier moment : cette fois-ci, j'ai eu le bateau au mois de janvier. Voilà six mois que je me prépare, que je m'entraîne et que je pense à cette Solitaire du Figaro. Le contexte objectif était donc différent. Et sur un plan subjectif, je pense que sur cette édition, de Lorient jusqu'à Dieppe, j'étais sur une autre planète que mes concurrents.
v&v.com : C'est à dire ?
NL : J'ai eu de la réussite dans tout ce que j'ai entrepris, mes options ont fonctionné, je m'en suis toujours sorti. Quelqu'un me disait, à l'arrivée de la deuxième étape, qu'à chaque Figaro, il y a un concurrent dont c'est l'année. C'était mon année.
Nicolas Lunven reconnaît que sa victoire sur la Solitaire tient aussi au fait qu'il ait été très rapide sur l'eau, grâce au travail réalisé cette année aux côtés de la voilerie Quantum.
Photo © Jean-Marie Liot (CGPI)
v&v.com : Vous avez vécu cela comme un état de grâce ?
NL : J'étais constamment un peu au-dessus du lot. Je n'ai pas véritablement d'explication, mais en trois semaines de course, cela a marché pratiquement à chaque fois que je suis parti à l'opposé de tout le monde. Même si je ne pouvais pas prévoir, en virant de bord à 20 milles de l'arrivée de la dernière étape, que cela allait me faire gagner le Figaro...
v&v.com : À ce moment précis, vous sentiez-vous menacé ?
NL : Difficile de le dire ainsi, car je n'étais pas venu pour gagner la Solitaire du Figaro. Il y avait un plateau exceptionnel et je ne me voyais pas figurer aux avant-postes. Réussir ma première étape m'a mis d'emblée en confiance, mais jusqu'au bout j'ai pensé : <Si je ne gagne pas, ce n'est pas grave. Faire deuxième ou troisième, ce sera toujours une belle Solitaire ; j'aurai fait de belles étapes, en étant en permanence dans les bons coups. Il y aura peut-être eu deux ou trois gars meilleurs que moi, mais cela restera quand même une super Solitaire.> C'est comme cela que j'ai appréhendé ma façon de naviguer : <Je sens quelque chose, je le réalise. Si cela ne marche pas, il ne faudra pas que je sois déçu.>
v&v.com : Etait-ce si facile de continuer de raisonner de la sorte dans la dernière étape, alors que l'arrivée se joue dans les petits airs, particulièrement tordus sur les côtes normandes ?
NL : Sans cela, je n'aurais pas viré de bord. Je serais resté avec mes petits camarades et l'histoire ne se serait pas terminée de la même manière. J'ai tiré un bord vers le large de seulement 400 mètres, mais cela a suffi pour que je touche du vent et parte sans eux. Avec un esprit plus conservateur, je serais resté avec le groupe et je n'aurais pas viré. Fred Duthil, Yan Eliès et peut-être Michel Desjoyeaux seraient restés devant moi et m'auraient battu au classement final.
v&v.com : Sur ce Figaro où il n'y a jamais eu de gros écarts, ni de gros coups à jouer, quelle était la recette du succès ?
NL : Fallait aller vite ! C'était mon cas. Fallait pas chercher à faire une Troussel (Du nom du vainqueur des éditions 2006 et 2008, ndlr), c'est à dire gagner une étape avec huit heures d'avance. Il ne fallait pas, dans les bords tout droits, penser que c'était le moment de se reposer en prévision d'une future grosse option. C'est justement lorsqu'il ne se passe rien qu'il y a des micros trucs à négocier, c'est là que cela se joue. C'est l'image de cette Solitaire 2009 : peu de grandes options, mais beaucoup de petits détails, de la gestion de course et de la gestion du sommeil. Et toujours de la course au contact : à la différence des années précédentes, on avait toujours cinq à dix bateaux autour de nous, et suffisamment près pour pouvoir les identifier clairement.
v&v.com : L'intensité du match a-t-elle rendu la course plus éprouvante ?
NL : C'est la première année où je me suis trouvé si à l'aise en vitesse. Dans ce cas-là, on n'hésite pas à lâcher la barre dix minutes, même avec des concurrents à côté. Je me savais capable de grappiller des minutes de sommeil en restant au contact. J'espère pouvoir rééditer ce phénomène les prochaines années !
v&v.com : Quels sont les adversaires qui vous ont le plus inquiété ?
NL : Armel Le Cléac'h. C'est le champion pour faire des choix différents des autres. On le pense toujours définitivement enterré... Et il réapparaît toujours comme le Saint Esprit, là où on ne l'attend pas (excepté dans le final de la dernière étape, qui verra Le Cléac'h perdre plus de 5 heures à la côte et dégringoler de la 4e à la 35e place au classement général, ndlr). C'est lui qui m'aura le plus fait douter.
Selon Nicolas Lunven, Armel Le Cléac'h était de loin l'adversaire le plus redoutable... Mais son ultime coup, à l'arrivée de la dernière étape, n'est pas passé.
Photo © Frédéric Augendre
v&v.com : Comment avez-vous tenu vos comptes, dans la bagarre des dernières heures de course ?
NL : Erreur ou coup de génie ? Je ne sais pas et laisse à d'autres le soin d'en décider : je n'avais pas pris à bord la feuille du classement général, après la troisième étape. Je savais que j'étais premier et que j'avais à peu près cinq minutes d'avance sur Yann Eliès... Mais c'était flou vis à vis du troisième, et encore plus à propos du quatrième.
v&v.com : Vous vous étiez organisé pour avoir le moins de pression possible...
NL : Je n'arrive pas à fonctionner avec de la pression. Prendre le classement à Dingle, j'y ai pensé, puis je me suis dit : <Laisse tomber, on verra bien.> L'issue est heureuse, aussi ai-je envie de dire que j'ai eu raison, sinon j'aurais passé mon temps à faire des calculs. C'est évidemment facile d'épiloguer ainsi... Il y a bien eu un moment sur l'eau où j'ai regretté de ne pas avoir ce classement, mais cela ne m'a pas torturé plus que cela.
v&v.com : Vous gagnez sans avoir remporté une seule étape. Cela vous laisse-t-il des regrets ?
NL : Je préfère avoir gagné la Solitaire que d'avoir remporté une étape. Je n'ai pas gagné d'étape, mais ce n'est pas très grave. J'essaierai de me rattraper à l'avenir.
v&v.com : Vous restez donc sur le circuit Figaro ?
NL : Il ne faut pas s'emballer et savoir garder la tête sur les épaules. J'ai encore beaucoup à apprendre en Figaro. De surcroît, cela me plaît beaucoup. Les bateaux sont top, j'aime beaucoup les skippers que je côtoie dans cette classe, nos projets ne sont pas trop lourds à gérer. Je suis jeune, je pense avoir encore besoin de faire mes preuves dans cette série-là.
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22/08/2009 - 01:00
Le Figaro est au Bac ce que le Vendée Globe est à la Fac !
Il faut d'abord son bac pour rentrer en Fac... et courir le Figaro pour s'offrir le Vendée Globe ! Simplement parce que lorsque l'on gagne la Solitaire, on a plus de chances de remporter le tour du monde ! Foi des statistiques et démonstration.
21/08/2009 - 08:28
1, 2, 3… Sourires !
Premier en 285h 56min 55s, Nicolas Lunven, 26 ans, 3e participation. Le Vannetais remporte la course sans gagner une étape, ce qui ne s’est produit que sept fois avant lui. Deuxième...
20/08/2009 - 16:17
Nicolas Lunven, Yann Eliès et Fred Duthil dans un mouchoir de poche
Au terme de quatre étapes serrées, Nicolas Lunven a remporté le 19 août la Solitaire du Figaro 2009 à Dieppe, devant Yann Eliès et Frédéric Duthil. Une performance remarquable pour ce jeune figariste de 26 ans, compte tenu du niveau particulièrement relevé du plateau de cette 40e édition qui ne comptait pas moins de cinq anciens vainqueurs, dont Michel Desjoyeaux. Fabien Delahaye, premier bizuth, se classe 18e au général.
19/08/2009 - 19:31
Nicolas Lunven remporte la 40e édition
Quatrième de la dernière étape entre Dingle et Dieppe, derrière Antoine Koch, Nicolas Troussel et Thomas Rouxel, Nicolas Lunven est récompensé de sa régularité tout au long de cette 40e édition de la Solitaire du Figaro. Le jeune navigateur de 26 ans inscrit son nom au palmarès de la Solitaire dès sa troisième participation.
17/08/2009 - 15:17
Gestion du sommeil et alimentation en Figaro II
Gérer son sommeil et s’alimenter correctement font partie des préoccupations principales du coureur en solitaire. Laurent Gouézigoux, qui participe pour la troisième fois à la Solitaire du Figaro à bord de "Trier c’est préserver", nous donne son avis sur ces 2 questions.
13/08/2009 - 08:11
Mais quand est-ce qu’ils dorment ?!
Les étapes s'enchaînent, les écarts se réduisent, les cernes se creusent et les yeux piquent. Ils arrivent au port l'air exsangue et la bouche pâteuse, mais racontent leur parcours avec ferveur, sans mollir... La question nous taraude et nous fait fantasmer : mais bon sang, quand est-ce qu'ils dorment, les Figaristes ?