Actualité à la Hune

vendée globe

47 jours de duel

Suspendons le temps un moment pendant cette parenthèse festive. Prenons de la hauteur sur la carto pour faire le point. Le temps, justement, est passé à 100 à l’heure sur ce Vendée Globe marqué par un duel impitoyable qui dure depuis 47 jours sur fond de temps record… Ce matin, 281 milles séparent Armel Le Cléac’h d’Alex Thomson. Encore cent de perdus en 24 heures par Banque Populaire.
  • Publié le : 28/12/2016 - 07:07

Banque Pop départAu départ de ce 8e Vendée Globe, Armel Le Cléac"h et son Banque Populaire VIII - ici au premier plan - imaginaient ils vivre de nouveau un duel aussi impitoyable ?Photo @ Vincent Curutchet/DPPI/Vendée Globe

Jérémie Beyou, était donc le troisième homme à prendre le virage de la délivrance. Mardi 27 décembre à 14 h 44, le skipper de Maître CoQ, dans sa troisième tentative de Vendée Globe, doublait pour la première fois de sa vie le cap Horn.

« Never Surrender » (ne jamais renoncer), tel était le motto écrit en lettres blanches sur des tee-shirts à tête de pirate que Jérémie et Anna Beyou avaient fait imprimer il y a quelques années pour une Solitaire du Figaro disputée à (presque) compte d’auteur. Pour Jérem’, le franchissement du « cap Dur » - salué au passage par l’appel du gardien du phare ! - est le résultat d’une vertueuse obstination, valeur magnifiée ce week-end par Thomas Coville, au terme de son fantastique record. Le Vendée Globe est plein de ces histoires de persévérance. Les deux hommes de tête en sont l’incarnation. Aidés par des partenaires indéfectibles - 27 ans de présence dans la voile pour Banque Populaire, 12 ans pour Hugo Boss - ils ont une foi tout aussi indéfectible en leur capacité à grimper au firmament. Voici maintenant 47 jours qu’ils s’affrontent en duel comme deux ogres affamés de victoire. Un match dont le déroulé est peut-être en train d’être relancé au large de l’Argentine.

Beyou HornPremier cap Horn pour Jérémie Beyou, 3e à 1 190 milles des leaders. Ce jalon symbolique après deux tentatives infructueuses dans les éditions 2008 et 2012 est le fruit de la persévérance.Photo @ Jérémie Beyou/Maître CoQ/Vendée Globe
 

C’est l’histoire de deux mecs…

Aux avant-postes, le récit de cette 8e édition du Vendée Globe est celui d’un combat singulier entre deux hommes qui se côtoient en course et sur les podiums depuis plus de 10 ans, sans vraiment se connaître. Ils ne sont ni amis ni partenaires d’entraînement. Juste deux rivaux liés par une même quête. Le corps à corps qui les oppose depuis le passage du cap Vert le 12 novembre, va sans doute créer entre eux un fil invisible, un lien tissé dans une matière rare et résistante à l’érosion : le respect.
Pour l’instant, à moins de 6 000 milles du terminus, le bilan est largement à l’avantage du bateau bleu. Tous classements cumulés, Armel Le Cléac’h a passé presque 34 jours en tête, soit 65 % du temps de course actuel, contre un peu plus de 17 jours pour Alex Thomson.

Armel Le Cléac"hPremier cap Horn en tête pour Armel Le Cléac’h après 47 jours de course... Le temps de référence de son rival de 2012, François Gabart, a été amélioré de 5 jours 5 heures et 38 minutes. Ce 28 décembre, le skipper de Banque Populaire VIII est à moins de 6 000 milles de l"arrivée.Photo @ Armel Le Cléac’h/Banque Populaire/Vendée Globe

Hugo Boss a survolé l’Atlantique Sud, s’est emparé d’un record à Bonne Espérance, a rivalisé au contact dans l’océan Indien (et même repris les commandes à l’Est des Kerguelen) avant de céder les rênes à Banque Populaire VIII qui domine sans partage depuis le 3 décembre. Pendant un mois et demi, la distance qui sépare les deux rivaux s’est tendue et rétractée comme un élastique jusqu’à ce qu’Armel fasse le break dans le Pacifique, cumulant jusqu’à 820 milles d’avance au moment de doubler le cap Horn le 23 décembre. C’est le plus grand écart jamais enregistré entre les deux hommes. Mais il est en train de fondre avec la montée des températures au large de l’Argentine. La progression du « chacal » est ralentie par un anticyclone, droit devant, tandis que le Boss comble son retard dans des vents d’ouest. Ce matin, le différentiel de vitesse est de 4 nœuds : le marin gallois est revenu à 281 milles du Breton.
Dans leur boule de cristal, quelques cartomanciens-navigateurs voient l’écart se réduire à 10 milles au passage du Pot au Noir… le suspense serait alors à son comble pour le dernier acte en Atlantique Nord. Affaire à suivre.

Alex ThomsonPour son 4e Vendée Globe, Alex Thomson porte haut les couleurs de la Grande-Bretagne. Après avoir accusé plus de 800 milles de retard sur Armel Le Cléac’h à la fin de l’océan Pacifique, il est de retour dans le match avec une carte à jouer au large de l’ArgentinePhoto @ Marine nationale/Nefertiti/Vendée Globe

La prime à l’expérience

Avec 1 200 milles de marge sur Beyou, qui rase ce matin l’île des États, et plus de 1 900 milles sur le 4e Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac), prochain cap-hornier sur la liste aujourd’hui, Le Cléac’h et Thomson, semblent désormais à l’abri.
Cette 8e édition devrait donc être remportée par un triple ou un quadruple récidiviste, ce qui rompt avec la statistique selon laquelle le vainqueur est (presque) toujours un bizuth. Dans cette catégorie, les deux sérieux clients qu’étaient Morgan Lagravière (Safran) et Paul Meilhat ont rivalisé de malchance. Le skipper de SMA est aujourd’hui en approche de Papeete, à Tahiti, où une partie de son équipe technique l’attend pour remplacer le vérin de quille du bateau. Le rôle du premier « novice » revient désormais au kiwi Conrad Colman (Foresight Natural Energy), 9e, qui tente actuellement d’échapper à une grosse dépression dans l’est de la Nouvelle-Zélande. Ce matin, la distance qui sépare Conrad des leaders est presque équivalente à celle de ces derniers par rapport à l’arrivée…

Dick départEn 4e position, Jean-Pierre Dick devrait franchir le cap Horn aujourd’huiPhoto @ Jean-Marie Liot/DPPI/Vendée Globe

Pulvérisés, explosés

Un duel au sommet, des bizuths malheureux… l’autre constante de cet opus 2016-2017 est la vitesse avec laquelle ont été avalées les différentes portions du parcours. Pulvérisés, éclatés, explosés, les meilleurs chronos ont été largement révisés à la baisse. Fruit total du hasard, le départ du Vendée Globe, le 6 novembre à 13 h 02, a coïncidé avec une fenêtre météo exceptionnelle ouverte sur une descente de l’Atlantique express. C’est celle qu’empruntait Thomas Coville qui s’élançait le même jour, moins de deux heures après la libération des 29 IMOCA, pour le résultat que l’on connaît.

Le record de Sodebo Ultim’ sera probablement très difficile à battre. De même que les différents temps de passages aux caps de Bonne Espérance (Hugo Boss), Leeuwin et Horn (Banque Populaire VIII) déjà gravés sur les tablettes de ce Vendée Globe. L’avance de plus de 5 jours sur le temps de référence 2012-2013, acquise au moment de franchir la pointe de l’Afrique du Sud a été conservée, voire améliorée au passage de la Terre de Feu. À ce jour, seul le record de distance sur 24 heures (545 milles, le 10 décembre 2012 dans l’océan Indien), reste encore la propriété de François Gabart.
 

Classement mercredi 28 décembre à 5 heures

1.       Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII),  à 5 700 milles de l'arrivée
2.       Alex Thomson (Hugo Boss), à 281 milles du premier

3.       Jérémie Beyou (Maître CoQ) à 1 193 milles       
4.       Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac), à 1 903 milles
5.       Yann Eliès (Quéguiner-Leucémie Espoir), à 2 196 milles

Classements et positions live ici : cartographie du Vendée Globe.