La veille du départ de la 5e BPE, Belle-Île-Marie-Galante, le vainqueur en titre Nicolas Troussel nous décrit son "laboratoire à Troussel" ou comment il orchestre les coups de génie météo qui font ses victoires mythiques... et parfois ses déboires ? A 34 ans, le double vainqueur de la Solitaire du Figaro glousse et reste d'une sérénité déconcertante - limite planante -, voyant les choses résolument à sa manière...
Note :
Nicolas Troussel, 34 ans, double vainqueur de la Solitaire du Figaro, ne rêve que d'une chose : courir le prochain Vendée Globe. (Cliquez sur l'image pour la voir pleine page.)
Photo © D.R.
Sur la photo, difficile de manquer Nicolas Troussel, hilare et bonhomme, qui pose entre ses dauphins pour immortaliser sa victoire. Physique rond, tendre, au milieu des carnassiers aux yeux déments qui s'octroient d'habitude les podiums des épreuves de solitaire, il dénote. Troussel, lui, a l'air de tomber de la lune... Mais c'est d'une option incroyable dont il revient, en fait.
Un bord de folie, stupide pour un novice, improbable pour ses adversaires, jusqu'à ce que tous se rendent à l'évidence : la victoire est à Troussel et de loin.
A 34 ans, il a déjà empoché une Transat BPE - la suivante part demain - et deux Solitaires du Figaro (2006 et 2008). Alors, oui, il a bien un truc en plus. Et bien à lui.
Pour preuve, <Troussel>, son nom, est devenu un terme de marine. Une métonymie comme hommage pour désigner son art, son option magique, son choix météo ambitieux. Car seul Troussel semble capable de faire une Troussel...
Au téléphone, il répond d'une voix grave, légèrement bredouillante, d'un débit d'une lenteur invraisemblable... De temps en temps, il éclate de rire - preuve que Troussel ne manque pas d'énergie, quand c'est nécessaire - et s'explique.
v&v.com : En 2007, pour la dernière transat BPE, vous gagnez en empruntant la route Sud, c'est ça ?
NT : Ouais, la dernière fois, on a pris la route Sud à partir de Madère. On était en groupe sous l'île, j'ai empanné et je suis parti.
v&v.com : Et c'est tout ? Les autres vous ont laissé partir comme ça ?
NT : La technique (il pouffe), c'est d'attendre le dernier classement de la journée - la nuit, il n'y en a pas - pour partir et faire en sorte que les autres ne suivent pas, du moins jusqu'au lendemain matin, au prochain classement.
v&v.com : Allez, comment fonctionne le "laboratoire à Troussel", pour de vrai ?
NT : Je fais ma route. Après, que les autres la prennent ou non, ça dépend de leur choix, mais moi, dans ces moments-là, je ne regarde pas trop ce qu'ils font. Quand j'ai décidé, je fais ce qu'il me semble être le mieux pour... (Il hésite puis reprend.) Le mieux pour gagner, pour aller le plus vite possible de l'autre côté... sans me soucier des autres. Si la situation ne me semble pas claire, je vais rester ; sinon, j'y vais, voilà.
v&v.com : Du coup, en tant que telle, une Troussel ne s'appelle pas Troussel a priori, mais a postériori, une fois que personne ne l'a vue venir, mais qu'elle s'est avérée un succès ?
NT : ... Il y a deux ans, cela se reniflait bien. Après, moi je prépare ça, ben comme tout le monde. J'ai mon book de Bernot pour reconnaître les situations et puis pour essayer de... Enfin... Puis après je fais mon routage avec mes logiciels.
v&v.com : Vous savez rester humble...
NT : Non, moi je navigue comme... J'ai fait beaucoup d'erreurs et j'en ferai sûrement encore, c'est du reste comme ça qu'on apprend. J'essaye de travailler tous les jours pour m'améliorer : je regarde la météo, les cartes isobariques, si la réalité correspond à ce qu'annoncent les cartes et puis voilà. Et lorsqu'il y a une course ou un record, je fais mes propres routages.
v&v.com : En somme, vous courez 365 jours par an ?
NT : Dès qu'il y a quelque chose à apprendre, je m'y mets. Et puis ça m'intéresse, alors je passe du temps derrière mon ordinateur, à prendre mes fichiers de vent, à faire mes routages et à me mettre à la place des concurrents.
v&v.com : Vous avez couru le Vendée Globe virtuel ?
NT : Non. Par contre j'ai fait comme si j'étais à bord d'un bateau. J'ai fait plein de routages en allant chercher mes cartes isobariques et mes grilles. Une fois par jour, l'après-midi, je me replaçais par rapport aux concurrents. Du coup, je n'ai pas fait une route différente de celles des autres bateaux, mais j'ai pu voir quelques trucs. Bon, c'est pas comme faire la course... Pour courir la prochaine édition, je veux me prémunir de mon inexpérience de cette course : j'ai vraiment pris des notes sur tout. Le but étant de partir le moins possible vers l'inconnu.
v&v.com : Vous voulez vraiment prendre le départ du prochain Vendée Globe !
NT : C'est mon objectif : il faut que je lance une construction de bateaux dès cette année. J'ai passé mon hiver à faire des dossiers, des budgets, à tout mettre en place pour être prêt. Pour l'instant, je n'ai pas encore de sponsor, mais j'ai l'envie et du monde qui pousse derrière... J'ai quand même des pistes. Moi, je suis prêt ; c'est les sponsors qui ne le sont pas tout à fait... Il faut dire que ce n'est pas la bonne période.
v&v.com : Vous voudriez un bateau de quel architecte ?
NT : ...
v&v.com : En solitaire, comment s'équilibre la marche du bateau, l'élaboration de la stratégie météo et le rythme du skipper ?
NT : Je crois que c'est... J'ai toujours pensé que l'osmose avec le bateau est super importante. Il faut s'y sentir bien, y être à l'aise. Après, il y a des moments où il faut mettre l'accent sur la marche du bateau et d'autres où il vaut mieux se reposer parce que dans quelques heures, on sait que ça va être dur... Chaque heure a sa propre hiérarchie et c'est important de la respecter. De ça découle le bien-être à bord, le fait de bien sentir les coups et de ne pas faire d'erreurs. Il y a deux ans, il y avait eu beaucoup de vent au portant le long du Portugal et la plupart des concurrents n'a pas lâché la barre pendant 48 heures. Moi, j'avais préféré affaler le spi la nuit pour aller dormir... du coup, je me suis retrouvé un peu derrière. Mais 24 heures après, j'avais fait de bons empannages et j'étais revenu. Voilà, cela se gère aussi comme ça... Au bout d'une semaine, la course est loin d'être finie. Il en reste encore deux et rien ne sert de se griller bêtement. Ce n'est pas comme une étape du Figaro où on se retrouve à l'hôtel au bout de trois ou quatre jours. Là, si on passe 24 heures à ne pas dormir, il ne faut pas tomber après pour écraser six heures d'affiler.
v&v.com : Le mythe "Troussel" est-il difficile à assumer ?
NT : Cet été, on m'a dit pendant la Figaro que j'étais un peu surveillé par mes concurrents... Mais moi, je ne m'en rends pas spécialement compte. Je fais ma route, je ne me prends pas la tête. Pour moi, surtout sur une transatlantique, tout le monde ou presque peut gagner...
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Extrait du palmarès de |
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2008. Vainqueur de la Solitaire du Figaro, 14e de la Cap Istanbul, 10e de la Course des Falaises, 13e de la Transat AG2R avec Christopher Pratt. |
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